‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 341 sur 377 · ACTE IH, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE IH, SCENE I

De suivre ou d'obéir que suivant qu'il leur platt. Je sais une autre voie, et plus noble et plus sftre. Sylla, si vous voulez, quitte sa dictature ; Et déjà de lui-même il s'en «erait démis, S'ilvoyoit qu'en ces lieux il n'^ût plus d'ennemis. Mettez les armes bas, je réponds de l'issue, . J'en donne ma parole après l'avoir teçue. Si vous êtes Romain, prenez l'occasion.

SERTORIUS

Je né m'éblouis point de cette illusion.

Je connois le tyran, j'en vois le stratagème;

Quoi qu'il semble promettre, il est toujours lui-même.

Vous.qu'à sa défiance il a sacrifié

Jusques à vous forcer d'être son allié ^ . .

POMPÉE

ttélas f ce mot me tue, et, je le dis sans feinte, C'est l'unique sujet qu'il m'a donné de plainte. J'aimois mon Aristie, il m'en vient d'arracher*; Mon cœur frémit encore à me le reprocher : V^rs. tant de biens perdus sans cesse il me rappelle ; Et je vous rends, seigneur, raille grâces pour elle, A vous, à ce grand cœur dont la compassion Daigne ici l'honorer de sa protection.

SERTORIUS

Protéger hautement les vertus malheureuses. C'est le moindre devoir des âmes généreuses' : Aussi fais-je encor plus, je lui donne un époux.

POMPEE

Un époux ! dieux ! qu'entends-je î Et qui, seigneur?

1 Cette transi tioa ne die paraît pas assez ménagée. Je crois queSertorias devait, dans rénumératioh des cruautés de SyUa, compter cello d'avoir forcé Pompée à répudier -sa femme. (Y.)

t J'aimais mon Aris fi j est taiMe^ trivial, et comique. CV,]— J'aimois mon Aristie ne nous parott m trivial, ni comique surtout; nous n'y ▼oyons qu'une expression simple ou naïve, qui, employée à propos, ne seroit pas déplacée dans le sujet le plus noble. Il y a loin du naïf, du familier même, au trivial ; et ce qui n'est que simple n'est pas toujours comique. (P.) ,

a Sertorius ne doit point dire qu'il est une ame généreuse : il doit le laisser entendre : c'est le défaut de tous les héros de CoroeUle de se vanter toujours. (V.)

504 SERTORIUS

SERTOmUS.

Moi.

POMPÉE

Vous?

Seigneur, toute son ame est à moi dès renfanCe : Timitez point Sylla par cette flolencc; :Vfes maux sont assez grands, sans y joindre celui De voir tout ce que j'afme entre l<^s bras d'autrni.

SERTORIUS

Tout est encor à vous. Venez , venez, madame, Faire voir quel pouvoir j*usurpe sur votre ame, Kt montrer, s'il se peut, à tout le genre humain 1^ roi*ce qu'on vous fait pour me donner la malh i.

POMPEE

(Test elle-ipême, ô ciel !

SERTORIUS

Je vous laisse avec eHe,

1 La force qu'on vous fait est un barbarisme : on dit prtmdre a/orce, faire force de rames, de voiles, céder à la force, employer la force : mais Xkon faire force à quelqu'un. Le terme propre est faire violence Q^ forcer. Remarquons ici que le grand Pompée est présenté sous un it^pect bien déravorable ; c'est llavcnture la plujâ honteuse de sa vie : il a répudié Antistia, qu'il aimait, et a épousé Emilie, la petite-£[lle de Sylla, pour faire sa cour à ce tyran : cette bassesse était d'autant plut iionteiisc, qu^ Emilie était grosse de son premier mari quand Pompée répousa par un double divorce. Pompéo avoue ici sa honte à Sertoriut et à sa première femme : il ne parait que comme un esclave de Sylla, <}ui craint de déplaire à son maître; dans'cet^ position, quelque chose «lu'il dise où qu'il fasse, il est impossible de s'intéresser à lui. On prend un intérêt médiocre à ScrtoriiTs amoureux. Viriate est peut-être le premier personnage de la pièce; mais quiconque n'étalera que de la politique n'excitera jamais les grands mouvementé, qui sont l'ame de la tragédie. Il est dit, dans le Boléarat, que Bo^eai^ n'aimait pas cette fameuse conférence de Sertorius et de Pompée^. On prétend que Boileau .lisait que cette scène n'était Ai dans la' raison , ni dans la nature , et qu'il était ridicule que Pompée vint redemander sa /emme à Sertorius, tandis qu'il en avait une autre de la main de Sylla.. J'&voue que Tobjet «le cette confétence peut être critiqué ; mais j'ai bien de la peine à rroire que Boile&u ne fût pas contenu des morceaux adroits et sublimes de cette scène ; il savait trop bien que le goût consiste assavoir adlAirer les beautés au milieu des défauts. (Y.) — Le Boléana est un livre assez méprisé, qui n'a jamais eu d'autorité chez les littérateurs instruits. \V.y

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