‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 357 sur 377 · ACTE IV, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III

Et voulez une guerre à ne finir jamais. Déjà de nos soldats Tame préoccupée Montre un peu trop de joie à parler de Pomi)ée, Et si Terreur s'épand jusqu'en nos garnisons, Elle y pourra semer de dangereux poisons.

SERTORIUS

Nous eu romprons le coup avant qu'elle grossisse, Et ferons par nos soins avorter ParliGce. D'autres plus grands périls le ciel m'a garanti.

PERPENNA

Ne ferions-nous point mieux d'accepter le parti, Seigneur? Trouvez- vous rofTre ou honteuse ou mal sûre ?

SERTORIUS

Sylla peut en effet quitter sa dictalure;

Mais il peut faire aussi des consuls à son choix.

De qui la pourpre esclave ^ agira sous ses lois ;

Et, quand nous n'en craindrons aucuns ordres sinistres,

Nous périrons par ceux de ses lâches ministres.

Croyez-moi, pour des gens comme vous deux et moi 2,

Rien n'est si dangereux que trop de bonne foi.

Sylla par politique a pris celle mesure^

De montrer aux soldats l'impunité fort sûre ;

Mais pour.Cinna, Carbon, le jeune Marius,

H a voulu leur tête, et les a tous perdus.

Pour moi, que tout mon camp sur ce bruit m'abandonne.

Qu'il ne reste pour moi que ma seule personne.

Je me perdrai plutôt dans quelque ailVeux cliutat,

t Loi pourpre esclave est une de ces expressions de génie dont on ne trouve'd'exemples que clicz les poètes vraiment inspirés ; elle eût mérité qu& Voltaire en fît la remarque (P.)

* Des gens comme vous deux ! (V.)

8 Un homme d'Etat prend des mesures; un ouvrier, un maçon, un tailleur, un cordonnier, prennent un€ mesare. (V.) — Parmi les mesures que prend un homme d'Etat pour arriver à son but, ne peut-il pas en être une sur laquelle il compte beaucoup plus que sur les autres! Alors ne diroit-il pas très bien, au singulier, j'ai pris cette mesure, parccqu'ellc m'a paru devoir me conduire inrailliblcment au succès! On dit, il est vrai , d'un tailleur et d'un cordonnier, qu'ils prennent me~ sure, mais non qu'iZs prennent une mesure. La différence parolt très petite, mais n'en est pas moins réelle. (P.)

528 SEUTOmUS.

Qu'aller, tant qu'il vivra, briguer le consulat. Vous...

PERPENNA

Ce n'est pas, seigneur, ce qui me lient en peine : Exclu du consulat par Thymon d'une reine, Du moins si vos bontés m'oblieunent ce bonheur, Je n'attends plus de Rome aucun degré d'honneur ; Et, banni pour jamais dans la Lusilanie, J'y crois en sûreté les restes de ma vie.

SERTORIUS

Oui ; mais je ne vois pas encor de sûreté A ce que vous et moi nous avions concerté. Vous savez que la reine est d'une humeur si flère... Mais peut-être le temps la rendra moins altière. Adieu : dispensez-moi de parier là-dessus.

PERPENNA

Parlez, seigneur: mes vœuK sont-ils si mat reçus? Est-ce en vain que je l'aime, en vain que je soupire?

SERTORIUS

Sa retraite a plus dit que je ne puis vous dire.

PERPENNA

Elle m'a dit beaucoup : mais, seigneur, achevez, Et ne me cachez point ce que vous en savez. Ne m'auriez-vous rempli que d'un espoir frivole ?

Non, je vous l'ai cédée, et vous tiendrai parole. Je l'aime; et vous la donne encor malgré mon feu; Mais je crains que ce don n'ait jamais son aveu ; Qu'il n'attire sur nous d'impitoyables haines. Que vous dirai-je enfin ? L'Espagne a d'autres reines ; Et vous pourriez vous faire un destin bien plus doux^ .Si vous faisiez pour moi ce que je fais pour vous. Celle des Vacéens, celle des UergétesS Rendraient vos volontés bien plus tèt satisfaites ; La reine avec chaleur sauroit vous y servir.

i On ne s'aHendait ni à la reine des Vacéens, ni à celle des Ilergétes. Rien n'est plus Troid que de pareilles propositions ; et, dans une tragédie, ]e froid est encore plus insupportable que le comique déplacé et que les fautes de langage. (V.)

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