‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 362 sur 377 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

J^ai cru dans sa naissance et votre dignité Pareille aversion et contraire fierté.

Cependant on me dit qu'il consent Thyménée, Et qu*en vain il s'oppose au choix de la journée. Puisque, si dès demain il n'a tout son éclat, Vous allez du parti séparer votre État.

Gomme je n'ai pour but que d'en grossir les forces, Taurois grand déplaisir d'y causer des divorces, Et de servir Sylla mieux que tous ses amis, Quand je lui veux partout faire des ennemis. Parlez donc : quelque espoir que vous m'ayez vn prendre. Si vous y prétendez, je cesse d'y prétendre; Un reste d*autre espoir, et plus juste et plus doux, Saura voir sans chagrin Sertorius à vous. Mon cœur veut à toute heure immoler à Pompée Tous les ressentiments de ma place usurpée; Et, comme son amour eut peine à me trahir, rai voulu me venger, et n'ai pu le haïr. Ne me déguisez rien, non plus que je déguise.

VIRIATK.

Viriate à son tour vous doit même franchise, Madame; et d'ailleurs même on vous en a trop dit. Pour vous dissimuler ce que j'ai dans l'esprit.

J'ai fait venir exprès Sertorius d'Afrique Pour sauver mes États d'un pouvoir tyrannique; Et mes voisins domptés m'apprenoient que sans lui Nos rois contre Sylla n'étaient qu'un vain appui. Avec un seul vaisseau ce grand héros prit terre* ; Avec mes sujets seuls il commença la guerre : Je mis entre ses mains mes places et mes ports, Et je lui conHai mon sceptre et mes trésors. Dès l'abord il sut vaincre, et j'ai vu la victoire Enfler de jour en^ jour sa puissance et sa gloire. Nos rois lassés du joug, et vos persécutés. Avec tant de chaleur l'ont joint de tous côtés,

t Ces particularités ont déjà été annoncées dès le premier acte. Viriate fait, au cinquième, une nouvelle exposition. Rien ne fait mieux voir qu'elle n'a rien à dire : point de passion, point d'intrigue dans Viriate, nul changement d'état. (V.)

634 SERTORIUS

Qu'enfin il a poussé nos arnies fortunées Jusques à vous réduire au pied des Pyrénées. Mais, après Ta voir mis au point où je le roi, Je ne puis voir que lui qui soit digne de moi ; Et, regardant sa gloire ainsi que mon ouvrage, J3 périrai plutôt qu'une antre la partage. Mes sujets valent bien que j'aime à Icnr donner Des monarques d'an sang qai sacbe gouverner, Qui sache faire tète à vos tyrans du monde. Et rendre notre Espagne en laniiers si féconde. Qu'on voie un jour le P6 redouter ses efforts, Et le Tibre lui-même en trembler pour ses bords.

AHisns.

Votre dessein est grand ; mais à quoi qu'il aspire...

VIRIATE

Il m'a dit les raisons que vous me voulez dire.

Je sais qu'il seroit bon de tarfre et différer

Ce glorieux hymen qu'il me faut es|)érer :

Mais la paix qu'aujourd'hui l'on offre à ce grand homme

Ouvre trop les chemins et les portes de Rome.

Je vois que, s'il y rentre, il est perdu pour moi,

Et je l'en veux bannir par le don de ma fol.

Si je hasarde trop de m'èlre déclarée,

J'aime mieux ce péril que ma perle assurée;

Et, si tous vos proscrits osent s'en désunir,

Nos bons destins sans eux pourront nous soutenir.

Mes peuples aguerris sous votre discipline

N'auront jamais au cœur de Rome qui domine ;

Et ce sont des Romains dont Tunique souci

Est de combattre, >'aincre, et triompher ici.

Tant qu'ils verront marcher ce héros à leur tète,

Ils iront sans frayeur de conquête en conquête.

Un exemple si grand dignement soutenu ^

Saura... Mais que nous veut ce Romain inconnu i ?

1 Comme Pompée et Sertorius ont eu un entretien qui n'a rien produit, Aristie et Viriate ont ici un entretien non moins inutile, mas plus froid. Viriate conte à Aristie l'histoire de Sertorius, qu'elle a déjà coAtëe à d'autres dans les actes précédents. Les fautes principales de langage sont, daigner pencher sa main^ pour dire abaisser sa main: consent Vhyménée, au lieu de consent h Vhymènéc; s'il n'a tout son

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