‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 367 sur 377 · PERPENNA, ARISTÏE, VIRIATE, THAMIRE, ARCAS · texte numérisé non relu

PERPENNA, ARISTÏE, VIRIATE, THAMIRE, ARCAS

PERPENNA, àVirialc.

Sertorius est mort ; cessez d'être jalouse, Madame, du haut rang qu^auroit pris son épouse. Et n'appréhendez plus , comme de son vivant, Qu'en vos propres États elle ait le pas devant*.

1 J'ai dit souvent qu'on doit soigneusement éviter ce concours de syllabes qui offensent roreine,>us9i('à ce qve. Cela paraît une minutie ; ce n'en est point une : ce défaat répété forme un styie trop barbare. J'ai lu dans une tragédie :

Nous raU«Bdr»at tous troit JM^'A ce qa'ii m aontre, Parceqne les proscrits s'en Toai à s« reBcoatre, (Y.)

t C'est une diose également révoltante et froide que l'ironie avec laquelle cet assaniu vient répéter à Yiriate ce qu'elle lui avait dit an second acte, qu'elle craignait qu'Aristie ne prit lepa$ devant. Il vient se proposer avec des qualités où Viriate trouvera de quoi mériier wne reine. Son bras l'a dégagée d'un choix abject. Enfin il fait entendre à la reine qu'il est plus jeune que Sertorius. Il n'y a point de connaisseur qui ne se rebute à cette lecture ; le seul fruit qu'on en puisse retirer, c'est que jamais on ne doit mettre un grand crime sur la scène, qu'on ne fasse frémir le spectateur; que c'est là où il faut porter le trouble et l'eflfroi dans l'ame, et que tout ce qui n'émeut point est indigne de la scène tragique. C'est une règle puisée dans la nature, qu'il ne faut point parler d'amour quand on vient de commettre un crime horrible, moins par amour que par ambition. Comment ce froid amour d'un scélérat pourrait-il produire quelque intérêti Que le forcené Ladislas, emporté par sa passion, teint du sang de son rival, se jette aux pieds de sa maîtresse, on est ému d'horreur et de pitié. Oreste fait un effet admirable dans Andromaque, quand il paraît devant Hermione, qui l'a forcé d'assassiner Pyrrhus. Point de grands crimes sans tie

5ft0 SERTORIUS.

Si l'espoir d*Aristie a fait ombrage au vôtre,

Je puis TOUS assurer et dVlle et de tout autre,

Et que ce coup heureux saura vous maintenir <

Et contre Je présent et contre Ta venir.

(Tétoit un grand guerrier, mais dont le sang ni Tàge

Ne pouvoieut avec vous taire un digne assemblage ;

Et malgré ces défauts, ce qui vous en plaisoit,

C'étoit sa dignilé qui vous tyrannisoit.

Le nom de général vous le rcndroit aimable ;

A vos rois, à moi-même il et oit préférable;

Vous vous éblouissiez du titre et de remploi :

Et je viens vous offrir et Tun et l'autre en moi,

Avec des qualités où votre ame hautaine

Trouvera mieux de quoi mériter une reine.

Un Romain qui commande et sort du sang des rois

( Je laisse Tàge à part ) peut espérer son choix.

Surtout quand d'un affront son amour Ta vengée,

Et que d'un choix abject son bras Ta dégagée.

ARtSTlE.

Après t'être immolé chez toi ton général. Toi, que faisoit trembler Tombre d'un tel rival, L&ch^, tu viens ici braver encor des femmes >, Vanter insolemment tes détestables flammes, Temparer d'une reine en son propre palais. Et demander sa main pour prix de tes forfaits! Grains les dieux, scélérat; crains les dieux, ou Pompée; Grains leur haine, ou son bras, leur foudre, ou son é[>éc ; Et, quelque noir orgueil qui te puisse aveugler. Apprends qu'il m'aime encore, et commence à trembler. Tu le verras, méchant, plus tôt que tu ne penses; Attends, attends de lui tes dignes récompenses.

PERPENNA

S'il en croit votre ardeur, je suis sûr du trépas; Mais peut-être, madame, il ne l'en croira pas ;

grandes passions qui fassent pleurer pour le criminel même. C'e:it là la vraie tragédie. (V.)

* Un coup qui saura la maintenir! Voilà encore ce mot de savoir aussi mal placé que dans les scènes précédentes, l V.)

* Pourquoi Aristie ne fait-elle aucun effet! c'est qu'elîe est de trop (Jans cette scène. (V.

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