‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 368 sur 377 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

Et quand il me verra commander une armée Contre lui tant de fois à vaincre accoutumée, Il se rendra facile à conclure une paix Qui faisoit dès tantôt ses plus ardents souhaits. J'ai môme entre mes mains un assez bon otage, Pour faire mes traités avec quelque avantage. Cependant vous pourriez, pour votre heur et le mien. Ne parler pas si haut à qui ne vous dit rien ^. Ces menaces en Tair vous donnent trop de peine. Après ce que j'ai fait, laissez faire la reine ; Et, sans blâmer des vœux qui ne vont point à vous, Songez à regagner le cœur de votre époux.

VIRIATE

Oui, madame, en effet c'est à moi de répondre. Et mon silence ingrat a droit de me confondre*. Ce généreux exploit, ces nobles sentiments, Méritent de ma part de hauts remerciements : Les différer encor, c'est lui faire injustice.

11 m'a rendu sans doute un signalé service; Mais il n'en sait encor la grandeur qu'à demi. Le grand Sertorius fut son parfait ami. Apprenez-le, seigneur (car je me persuade Que nous devons ce titre à votre nouveau grade ; Et iH)ur le peu de temps qu'il pourra vous durer, Il me coûtera peu de vous le déférer); Sachez donc que pour vous il osa me déplaire. Ce héros; qu'il osa mériter ma colère; Que malgré son amour, que malgré mon courroux, Il a fait tous eQbrts pour me donner à vous; Et qu'à moins qu'il vous plût lui rendre sa parole, Tout mon dessein n'éloit qu'un atteinte ^ frivole;

1 Ce sont des vers de Jodeîet ; et Je ne vous dis rien, après lui avoir parlé assez longtemps, est encore plus comique. (V.)

1 Le silence ingrat de Viriate! celte ingrate de fièvre! joignez à cela de hauts remerciements. (V.)

8 La dernière édition donnée par Pierre Corneille (1682), et celle publiée par Thomas Corneille, son frère (1692), portent atteinte. Cependant Voltaire, et après lui tous les éditeurs modernes ont mis attente, qui rend la phrase inintelligible, et qui, djms l'édition originale \1662), doit être regardé comme une faute d'impression.

542 SERTORIUS

Qu'il s'obstinoit pour v<mis au refus de ma maiii.

▲BISTIK.

Et tu peux lui plonger un poigaard dans le sein ! Et ton bras...

VIBUTE.

Permettez, madame» que j'estime La grandeur de Tamour par la grandeur du crime.

Chez lui-même, à sa table, au milieu d'un festiuy. D'un si parfait ami devenir l'assassin»

Et de son général se faire un sacrifice. Lorsque son amitié lui rend un tel service; Renoncer à la gloire, accepter pour jamais L'infamie, et l'horreur qui suit les grands forfaits; Jusqu'en mon cabinet porter sa violence; Pour obtenir ma main, m'y tenir sans défense; Tout cela d'autant plus fait voir ce que je doi A cet excès d'amour qu'il daigne avoir pour moi ; Tout cela montre une ame au dernier point charmée ; Il se: oit moins coupable à m'avoir moins aimée; Et comme je u*ai point les sentiments ingrats. Je lui veux conseiller de ne m'épouser pas. Ce seroit en son lit mettre son ennemie. Pour être à tous moments maîtresse de sa vie ; Et je me résoudrois à cet excès d'honneur. Pour mieux choisir la place à lui percer le cœur '.. Seigneur, voilà Teffet de ma reconnoissance. Du reste, ma personne est en votre puissance : Vous êtes mattre ici; commandez, disposez, Et recevez enfin ma main si vous l'osez.

1 Rodelinde dit dans Pertharite :

Pour mieax choisir la place à te percer le cœar.

A ces conditions, prends ma main si tu l'oses.

Mai& CCS Tcrs ne font aucune i]Qpres8K)B ni dans PerlhariU^ ni d«is SerioriuSy parceque les personnages qui les proâHUnceat n'ont pis d'assea fortes passions. On est quelquefois étonné que le mêm* vers, le même hémistiche, fasse un très |[rand effet dans un endroit, et soit à peine remarqué dans un autre. La situation en est cause : aussi on appelle vers de situation ceux qui par eux-mPmes n'ayant rien de sih blime le deviennent par les circonstances où ils sottt ptaeés. ( V.)

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