‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 376 sur 377 · ACTE V, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VIII

Et ceux qu'à me haïr j'avois trop su contraindre,

N'y craignant rien de moi, n'y donnent rien à craindre,

(à Yiriate.)

Vous, madame, agréez pour notre grand héros Que ses mânes vengés goâlent un pleia repos. Allons donner votre ordre à des pompes funèbres* A régal de son nom illustres- et célèbres, Et dresser un tombeau, témoin de son malheur, Qui le soit de sa gloire et de notre douleur.

Horaces et de Cinna: les premiers de l'État alors, soit dans Tépée, soit dans la robe, soit dans TÉglise, se fesaient un honneur, ainsi que le sénat de Rome, d'assister à un spectacle où l'on trouvait une instruction et un plfiisir si noble. Quels furent les premiers auditeurs de Corneille! un Condé, un Turenne, un cardinal de Retz, un duc de La Rochefoucauld, un Mole, un Lamoignon, des évêques gens de lettres, pour lesquels il y avait toujours im banc particulier à la cour, aussi bien que pour messieurs de l'Académie: le prédicateur venait y apprendre Té! oquence et l'art de prononcer; ce fut l'école de Bossuet; rhomme destina aux premiers emplois de la robe venait s'instruire à parler dignement. Aujourd'hui, qui fréquente nos spectacles î un certain nombre déjeunes gens et de jeunes femmes. La seconde raison efct qu'on a rarement des acteurs dignes de représenter Cinna et les Horaces. On n'encourage peut-être pas assez cette profession, qui demande de l'esprit, de l'éducation, une connaissance assez grande de la langue, et tous les talents extérieurs de l'art oratoire. Mais quand il se trouve des artistes qui réunissent tous ces ipérites, c'est alors que Corneille parait dans toute sa grandeur. Mon admiration pour ce rare génie ne m'empêchera point de suivre ici le devoir que je me suis prescrit, de marquer avec autant de franchise que d'impartialité ce qui me paraît défectueux, aussi biea que ce qui me semble sublime. Autant les injures des d'Aubignac et de ceux qui leur ressemblent sont méprisables, autant on doit aimer un examen réfléchi, dans lequel on respecte toujours la vérité que l'on cherche, le goût des connaisseurs qu'on a consultés, et l'auteur illustre que l'on commente. La critique s'exerce sur l'ouiirage, et non sur la personne : elle ne doit ménager aucun défaut, si elle veut être utile. (V.)

1 Donner un ardre à des pompes l et, qi.i pis est, noire ordre ! (V.) — Les éditions donuées par Corneille portent voire ordre ^ et non noire ordrCy comme Voltaire parott l'avoir lu dans quelque édition peu correcte.

FIN DE SERTORirS.

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