‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 375 sur 377 · CELSUS · texte numérisé non relu

CELSUS

Oui, seigneur; le perfide

vous retrouvez souvent l'auteur de Cinna; elle mérite plus d'attention et de remarques que les autres. L'entrevue de Pompée et de Sertorius eut le succès qu'elle méritait ; et ce succès réveilla tous ses ennemis. Le plus implacable était alors l'abbé d'Aubignac , homme célèbre en son temps, et que sa Pratique du Théâtre, toute médiocre qu'elle est, fesait regarder comme un législateur en littérature. Cet abbé, qui avait été longtemps prédicateur, s'était acquis beaucoup de crédit dans les plus grandes maisons de Paris. Il était bien douloureux sans doute à l'auteur de Cinna de voir un prédicateur et un homme de lettres considérable écrire à madame la duchesse de Retz, à l'abri d'un privilège du roi, des choses qui auraient flétri un homme moins connu et moins estimé que Corneille. «Vous êtes poète, et pnëte de théâtre, dit-il à u ce grand homme dans sa quatrième dissertation adressée à madame « de Retz ; vous êtes abandonné à une vile dépendance des histrions : « votre commerce ordinaire n'est qu'avec leurs portiers ; vos amis ne « sont que des libraires du Palais. Il faudrait avoir perdu le sens, tt aussi bien que vous, pour être en mauvaise humeur du gain que vous *t pouvez tirer de vos veilles et de vos empressements auprès des his- " trions et des libraires. Il vous arrive assez souvent, lorsqu'on vous »< loue, que vous n'êtes plus affamé de gloire, mais d'argent... Défaites- .< vous, monsieur de Corneille, de ces mauvaises façons de parler, qui « sont encore plus mauvaises que vos vers... J'avais cru, comme plu- '« sieurs, que vous étiez le poëte de la critique de l'Ecole des femmes, " et que Licidas était un nom déguisé comme celui de M. de Corneille ; '4 car vous êtes, sans doute, le marquis de Mascarille, qui piaille tou- « jours, qui ricane toujours, qui parle toujours, et ne dit jamais rien M qui vaille, etc. •» Ces horribles platitudes trouvaient alcrs des protecteurs, parceque Corneille était vivant. Jamais les ZoYle, les Gacon, le§ PréroB, n'ont vomi de plus grandes indignités. II attaqua Corneille sur sa famille, sur sa personne ; il examina jusqu'à sa voix, sa démarche, toutes ses actions, toute sa conduite dans son domestique ; et dans cet torrents d'injures il fut secondé par les mauvais auteuis, ce que l'on

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A vu plus de cent bras punir son parricide ; Et livré par votre ordre à ce peuple irrité, Sans rien dire...

POMPÉE

Il suffit, Rome est en sûreté ;

croira sans peine. J'épargne à la délicatesse des honnêtes gens*, et à des yeux accoutumés à ne lire que fx qui peut instruire et plaire, toutes ces personnalités, toutes ces calomnies que répandirent contre ee graad homme ces faiseurs de brochures et de feuilles qui déshonorent la nation, et que l'appât du plus léger et du plus vil gain engage encore plus que l'envie à décrier tout ce qui peut faire honneur à leur pays, à insulter le mérite et la vertu, à vomir imposture sur imposture, dans le vain espoir que quelqu'un de leurs mensonges pourra venir enfin aux oreilles des hommes en place, et servir à perdre ceux qu'ils ne peuvent rabaisser. On alla Jusqu'à lui imputer des vers qu'il n'avait point faits; ressource ordinaire de la basse envie, mais ressource inutile; car ceux qui ont .assez de lâcheté pour faire courir un ouvrage sons le nom d'un grand homme n'ayant jamais assez de génie pour l'imiter, l'imposture est bientôt reconnue. Mais enfin rien ne put obscurcir la gloire de Corneille, la seule chose presque qui lui restât. Le public de tous les temps et de toutes les nations , toujours juste â la longue, ne j uge les grands hommes que par leurs bons «uvragcs , et non par ce qu'ils ont fait de médiocre ou de mauvais.

Les belles scènes du Cid, les admirables morceaux des Horacts, les beautés nobles et sages de Cinna^ le sublime de Cornélie, les rôles de Sévère et de Pauline, le cinquième acte de Rodogune^ la conférence de Sertorius et de Pompée ; tant de beaux morceaux, tous produits daiœ un temps où l'on sortait à peine de la barbarie, assureront â Corneille une place parmi les plus grands honmies jusqu'à la dernière postérité. Ainsi l'excellent Racine a triomphé des injustes dégoûts de madame de Sévigné, des farces de Subligni, des méprisables critiques de Visé, des cabales des Boyer et des Pradon ; ainsi Molière se soutiendra toujours, et sera le père de la vraie comédie, quoique ses pièces ne soient pas suivies comme autrefois par la foule ; ainsi les charmants opéras dcQuinault feront toujours les délices de quiconque est sensible à la douce harmonie de la poésie, au naturel et à la vérité de l'expression, aux grâces faciles du style, quoique ces mêmes opéras aient toujours été en butte aux satires de Boileau, son ennemi personnel, et quoiqu'on les représente moins souvent qu'autrefois. Il est des chefs-d'œuvre de Corneille qu'on joue rarement; il y en a, je crois, deux raisons : la première, c'est que notre nation n'est plus ce qu'elle était du temps des

* Ne ponToit-Il pas Icnr épargner aussi Ic« sottises de d'Anbigoac, en se dispeniant de les reproduire? (P.)

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