‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 46 sur 377 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

DORANTE, CLITON

CLITON

Mais, monsieur, pensez-vous qu'il soit jour chez Lucrèce * ? Pour sortir si matin elle a trop de paresse.

DORANTE

On trouve bien souvent plus qu'on ne croit trouver; Et ce lieu pour ma flamme est plus propre à rêver : J'en puis voir sa fenêtre, et de sa chère idée Mon ame à cet aspect sera mieux possédée.

CLITON

A propos de rêver, n'avez-vous rien trouvé Pour servir de remède au désordre arrivé?

Je me suis souvenu d'un secret que toi-même

Me donnoishier pour grand, pour rare, pour suprême* :

Un amant obtient tout quand il est libéral.

CLITON

J.C secret est fort beau, mais vous l'appliquez mal : Il ne fait réussir qu'auprès d'une coquette.

DORANTE

Jiî sais ce qu'est Lucrèce, elle est sage et discrète ^ ;

1 Nous avons déjà remarqué que le lieu de la scène changeait souvent dans cette comédie, et que, par conséquent, l'unité de lieu n'y était pas scrupuleusement observée. (V.)

* Un secret suprême ! voUk à quoi l'esclavage de ia rime réduit tro]» souvent les auteurs ; on emploie les mots les plus impropres, parcequ'ils riment. C'est le plus grand défaut de notre poésie : il vaut mieux rejeter la plus belle pensée que de la mal exprimer. (Y.)

8 D'où le sait^il, lui qui arriva hier de Poitiers? (V.) — II le sait de Cliton même, à qui il a donné ordre de s'en informer à la septième scène du second acte , et qui lui en a rendu compte à la quatrième

Page 1