SCÈNE lïl
DORANTE, CLITON
CLITON
Il est mort î Quoi î monsieur, vous m'en donnez aussi, A moi, de votre cœur l'unique secrétaire,
A moi, de vos secrets le grand dépositaire ! Avee ces qualités j'avois lieu d'espérer Qu'assez malaisément je pourrois m'en parer*.
DORANTE
Quoi! mon combat te semble un conte imaginaire?
CLITON
Je croirai tout, monsieur, pour ne vous pas déplaire ; Mais vous en contez tant, à toute heure, en tous lieux, Qu'il faut bien de l'esprit avec vous, et bons yeux. Maure, juif, ou chrétien, vous n'épargnez personne.
DORANTE
Alcippe te surprend! sa guérison t'étonnc!
L'état où je le mis étoit fort périlleux ;
Mais il est à présent des secrets morveilleux :
Ne t'a-t-on point parlé d*une source de vie
Que nomment nos guerriers poudre de sympathie?
On en voit tous les jours des effets étonnants.
CLITON
Encor ne sont-ils pas du tout si surprenants ; Et je n'ai point appris qu'elle eût tant d'efficace*. Qu'un homme que pour mort on laisse sur la place, Qu'on a de deux grands coups percé de part en part, Soit dès le lendemain si frais et si gaillard.
DORANTE
]^ poudre que tu dis n'est que de la commune;
On n'en fait plus de cas : mais, Cliton, j'en sais une
Qui rappelle sitôt des portes du trépas.
Qu'en moins d'un tourne-main on ne s'en souvient pas :
Quiconque la sait faire a de grands avantages.
CLITON
Donnez-m'en le secret, et je vous sers sans gages.
DORANTE
Je te le donnerois, et tu serois heureux ;
Mais le secret consiste en quelques mots hébreux,
t Dans ces deux vers, que Cliton répète ici aprè^ les avoir dits à la fin du second acte, on peut remarquer qu'espérer, ne se prenant jamais en mauvaise part, ne peut pas servir de synonyme à craindre, et qu'ici l'expression n'est point juste. (V.)
> Efficace, pris comme substantif, n'est plus d'usage ; on dit effica* ciléf ou plutôt on se sert d'un autre mot. (V.)