DORANTE, CLARICE, LUCRÈCE, ISABELLE
CLARICE , faisant un faux pas, et connue se lai&âanl ciiuii- ^»
Ay!
DORANTE, lui donnant la main.
Ce malheur me rend un favorable oflSce *,
Au reste, cette scène est d'un ton très supérieur à toutes les comédies qu'on donnait alors : elle peint des mœurs vraies ; elle est bien écrite, à l'exception de quelques fautes excusables. (V.)
1 Une comédie qui n'est fondée que sur im faux pas que fait une «iemoiselle en se promenant aux Tuileries semble manquer d'art daos &on exposition ; et les compliments que se font Clarice et Dorante n'annoncent ni intrigue ni caractère. (V.)
2 Si cette Clarice n'avait pas fait un faux pas, il n'y aurait donc pus. fie pièce! Ce défaut est de l'auteur espagnol. L'esprit est plus content quand l'intrigue est déjà nouée dans l'exposition ; on prend bien plus de part à des passions déjà régnantes, à des intérêts déjà établis. Tn amour qui commence tout d'un coup dans la pièce, et dont l'iirigine est si faible, ne fait aucune impression, parceque cet amour n'est P»s assez vraisemblable. On tolère la naissance soudaine de cette pas- »ion dans quelque jeuue homme ardent et impétueux qui s'enflamme w premier objet; encore y faut-il beaucoup de nuances. On croirait presque que ce Dorante, qui aime tant à mentir, exerce ce talent dans
n LE MENTEUR.
Puisqu'il me donne lieu de ce petit service * ;
Et c'est pour moi, madame, un bonheur souverain
Que cette occasion de vous donner la main.
L'occasion ici fort peu vous favorise.
Et ce foible bonheur ne vaut pas qu'on le prise.
DORANTE
Il est vrai, je le dois tout entier au hasard ;
Mes soins ni vos désirs n'y prennent point de part ;
Et sa douceur mêlée avec cette amertume
No me rend pas le sort plus doux que de coutume.
Puisque enfin ce bonheur que j'ai si fort prisé,
A mon peu de mérite eût été refusé.
CLARICE
S'il a perdu sitôt ce qui pouvoit vous plaire, Je veux être à mon tour d'un sentiment contraire, ^t crois qu'on doit trouver plus de félicité A posséder un bien sans l'avoir mérité.
J'estime plus un don qu'une reconnoissance : Qui nous donne fait plus que qui nous récompense ; Et le plus grand bonheur au mérite rendu* Ne fait que nous payer de ce qui nous est dû. La faveur qu'on mérite est toujours achetée ; L'heur en croit d'autant plus, moins elle est méritée ; Et le bien où sans peine elle fait parvenir Par le mérite à peine auroit pu s'obtenir.
DORANTE
Aussi ne croyez pas que jamais je prétende Obtenir par mérite une faveur si grande : J'en sais mieux le haut prix ; et mon cœur amoureux, Moins il s'en connolt digne, et plus s'en tient heureux. On me l'a pu toujours dénier sans injure;
«a déclaration d'amour, et que cet amour est un de ses mensonges ; cependant il est de bonne foi. (V.)
t Lieu d*un service n'est pas français : on donne lieu de rendre ser- Tice. (V.)
* Cela n'est pas français : on rend justice au mérite, on ne lui rend pas bonheur (peut-être les premiers imprimeurs ont- ils mis bonheur au lieu d'Aonneur). Cette scène languit par une contestation trop oagae. (Y.)