‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 83 sur 377 · ACTE .PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE .PREMIER

SGÉNE I.

LAONICE, TIMAGÉNE.

LAONICE

£u(in ce j6iir pompeux, cet heureux jour nous luit, Qui d*an trouble si long doit dissiper la nuit i ; Ce grand jour où Thymen, étouffant la vengeance, Entre le Parthe et nous remet rintelligence, Affranchit sa princesse, et nous fait pour jamais Du motif de la guerre un lien de la paix; Ce grand jour est venu, mon frère, où notre reine. Cessant de plus tenir la couronne incertaine, Doit rompre aux yeux- de tous son silence obstiné >,

1 A ce magnifique début, qui annonce la réunion entre la Perse et la Syrie, et la nomination d'un roi, etc., on croirait que ce sont des princes qui parlent de ces grands intérêts ( quoiqu'un prince ne dise guère qu'un jour est pompeux) ; ce sont malheureusement deux subalternes qui ouvrent la pièce. Corneille, dans son examen, dit qu'on lui reprocha cette faute : il était presque le seul qui eût appris aux Français à juger; avant lui, ou n'était pas difficile. Il n'y a guère de connaisseurs quand il n'y a point de modèles. Les défauts de cette exposition sont : 10 qa*on ne sait point qui parle ; to qu'on ne sait point de qui Ton parle ; 3o qu'on ne sait point où l'on parle. Les premiers vers doivent mettre le spectateur au fait, autant qu'il est possible. (Y.)

> Quelle reine 1 elle n'est pas nommée dans cette scène. On ne dit point que l'on soit en Syrie : et il faudrait le dire d'abord. (V.) — Corneille en donne une raison dans l'argument qui précède la pièce. Il craignit que l'on ne confondit la Cléopàtre de Syrie avec celle d'Egypte, beaucoup plus célèbre. Cette excuse ne couvre pas le défaut -, une exposition plus claire et plus soignée n'eût permis aucune méprise.

i\0 RODOGUNE.

De deux pripces gémeaux * nous déclarer Tatné : Et Fayantage seul d'un moment de naissance, Dont elle a jusquMci caché la connoissance, Mettant au plus heureux le sceptre dans la main. Va faire Tun sujet, et Taulre souverain. Mais n'admirez-?ous point que cette même reine Le donne pour époux à Tobjct de sa haine >, Et n'en doit faire un roi qu'afin de couronner Celle que dans les fers elle aimoit à gêner '? Rodogune, par elle en esclave traitée, Par elle se va voir sur le trône montée *, Puisque celui des deux qu'elle nommera roi Lui doit donner la main et recevoir sa foi.

TOfÀOÈME.

Pour le mieux admirer, trouvez bon, je vous prie,* Que j'apprenne de vous les troubles de Syrie *. J'en ai vu les premiers, et me souviens «icor Des malheureux succès du frand roi Nicanor^, Quand, des Partbes vaincus pressant l'adroHe fuite ',

1 Le mot de jumeaux n^étoit pas encore généralement reça.

î Sa haine se rapporte à Vépoux^ qui est le substantif le plus roisin; cependant l'auteur entend la haine de Cléopâtre : ce sont de ces fautes de grammaire dans lesquelles Corneille, qui ne châtiait pas son style, tombe souvent, et duis lesquelles Racine ne tombe jamais depnis Andromaque, (V.)

8 Le mot gêner ne signifie panni nous qxi'embarragser, inquiéter. Ainsi Pyrrhus dit à Andromaque : Ah / que vous me gênez I 11 vient, à la vérité, originairement de géhene, vieux mot tiré de la Bible, qui signifie torture^ prison; mais jamais il n*est pris en ce dernier sens.

* Cela n'est pas français ; une machine est montée par quelqu'un ; une reine n'est pas montée au trône par un autre, et se va voir montée est ridicule. (V.)

» Pour le, etc. ; ce /« ne se rapporte à rien ; et pour le mieux admirer est un peu du style comique : trouvez bon, Je vous prie, etc. ; tout cela ressemble trop à une conversation familière de deux domestiques qui s'entretiennent des aventures de leurs maîtres sans aucun art. (V.>

6 Succès veut dire au propre événement heureux; mais il est permis de dire malheureux, mauvais, /uneste succès. (Y.)

7 II semble qu'il ait pressé les Parthes de fuir : l'auteur veut dire que Nicanor poursuivait les Parthes fuyant. (V.)

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