‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 84 sur 377 · ACTE I, SCÈNE I. III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. III

n tomba dans lenn tears »ii bcwt de sa poursuite. Je n'ai pas onblié que cet événement Du perfide Trypbon fit le sonlèvematt ^^ Voyant le roi captif, la reine désolée^ n cmt pouvoir saisir la couronne ébranlée t ; Et le sort, favorable à son lÀehe attentat. Mit d'abord sous ses lois la moitié de i*État. La reine, craignant tout de ces nouveaux oraget. En sut mettre à l'abri ses plus précieux gages i; Et, pour n'exposer pas l'^fance de ses fils. Me les fit chez son frère enlever à Mempbis ^. Là, nous n'avons rien su que de la renommée, Qui, par un bruit confus diversement semée », N'a porté jusqu'à nous ces grands renversements Que sous l'obscurité de cent déguisements.

LAONICE

Sachez donc que Tryphon, après quatre batailles, Ayant su nous réduire à ces seules murailles ^,

1 Le spectateur ne sait pas quel est ce Tryphon ; il fallait le dire.

î Un empire, un trône peut être ébranlé, mais non pas une couronne. Il faut toujours que la métaphore soit juste. (V.)

5 En sut mettre à l'abri est louche et incorrect ; le mot de gages seul n'a aucun sens, que quand il signifie appointements : il a reçu ses gages ; mais il faut dire les gages de mon hymen, pour signifier mes enfants, [y.)

* Me les fit enlever, phrase louche. Elle peut signifier, les fit enlever de mes bras ou m'ordonna de les enlever; en ce dernier sens, elle est mauvaise. Enlever à Memphis est impropre ; elle les porta, les conduisit à Memphis, les caclia dans Memphis. Enlever à Memphis signifie tout le contraire ; enlever à signifie âler «, dérober à : enlever le Palladium à Troie, enlever Hélène a Paris. Élever, au lieu d'enlever, ôterait toute équivoque. Peut-être y a-t il eu dans la première édition une faute d'impression, qui a été répétée dans toutes les autres. (Y.)

5 II ne faudrait pas imiter cette phrase, quoique l'idée soit intelligible : OB ne dit pas semer la renommée, comme on dit, dans le discours familier, semer un bruit. Im renommée diversement semée par un bruit, cela n'est pas français : la raison en est qu'un bruit ne sème pas, et que toute métaphore doit être d'une extrême justesse. (V.)

6 Qadles sont ces murailles 1 ne fallait-il pas d'abord nommer Seleuciet Ce sont là des fautes contre l'art, non pas un manque de génie. Cet oubli des convesamces ne diminue point le mérite de l'invention. (Y.)

En forma tôt le siège * ; et, pour comble d'effroi, Un faux bruit s'y coula « touchant la mort du roi. Le peuple, épouvanté, qui déjà dans son ame, Ne suivoit qu'à regret les ordres d'une femme. Voulut forcer la reine à choisir un époux. Que pouvoit-elle faire et seule et contre tous? Croyant son mari mort, elle épousa son frère *. L'effet montra soudain ce conseil salutaire ^. Le prince Antiochus, devenu nouveau roi *, Sembla de tous côtés traîner l'heur avec soi * :

1 Tôt ne se dit plus; il est devenu bas. (Y.)

* S*y coula n'est pas du style noble. (V.)

3 II semble qu'elle épousa son propre frère ; ne devait-on pas exprimer qu'elle épousa le frère de son maril l'auteur ne devait-il pas lever cette petite équivoque avec d'autant plus de soin, qu'on pouvait épouser son frère en Perse, en Syrie, en Egypte, à Athènes, en Palestine ? Ce n'est là qu'une très légère négligence; mais il faut toujours faire voir combien il importe de parler purement sa langue, et d'être toujours clair. |V.)

* Montrer une chose bonne ou mauvaise, utile ou dangereuse, ne signifie pas montrer que cette chose est telle, prouver qu'elle est telle; il montrait ses blessures mortelles ne dit pas, il montrait que ses blessures étaient mortelles. (V.)

L'effet montra soudain ce conseil salutaire est une tournure elliptique qui sied très bien à la poésie, et que Racine a imitée dans ces vers de Bajazet :

J'entretins la sultane^ et, cachant mon dessein, Lui montrai d'Âmurat le retour incertain.

Corneille sous-entend les deux mots dont la prose ne pourroit se passer : l'effet montra soudain que ce conseil étoit salutaire. Racine est plein d'ellipses plus hardies. Tout le monde connolt, tout le monde a cité cti vers d'Hermione dans Andromaque:

Je t'aimois inconstant, qu'aurois-je fait fidèle?

Le poëte y sous-entend quatre mots qu'il sacrifie à la précision. (P.)

5 Ce mot nouveau est de trop ; il gâte le sens et le vers. (T.)

6 On a déjà remarqué que Vheur ne se dit plus, mais on ne traîne avec soi ni l'heur ni le bonheur; traîner donne toujours l'idée de quelque chose de douloureux ou d'humiliant : on traîne sa misère, sa honte ; on traîne une vie obscure, les rois vaincus étaient traînés au Capitole. Et traîné sans honneur autour de nos murailles. Le mot traîner est encore heureusement employé pour signifier une ^oucé vio-

Page 1