‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 89 sur 377 · SÉLEUCUS, ANTIOCHUS, TIMAGÈNE, LAONICE · texte numérisé non relu

SÉLEUCUS, ANTIOCHUS, TIMAGÈNE, LAONICE

SÉLEUCUS

Vous puis-je en confiance expliquer ma pensée '?

ANTIOCHUS

Parlez, notre amitié par ce doute est blessée.

SÉLEUCUS

Hélas ! c'est le malheur que je crains aujourd'hui. L'égalité, mon frère, en est le ferme appui ; Cen est le fondement, la liaison, le gage; Et, voyant d'un côté tomber tout l'avantage,

pièce n'est pas jusqu'à présent au-dessus de la haute comédie, et est trop vicieux. (V.)

1 Quel prince Y le spectateur peut-il savoir si c'est Séleucus ou Antiochusf La réponse deTimagène ne semble-t-elle pas un reproche! et si ce Timagène était un homme dé cœur, son discours sec ne parattraiti] pas signifier. Chargez -vous vous-même d'une proposition si humii tante; dites vous-même à votre frire que vous renoncez au droit de régner 1 (V.)

S Antiochus, qui tremble que son frère n'accepte pas l'empire, a-t-il des sentiments bien élevés! ne devrait- il pas préparer les spectateurs à cette aversion qu'il a montrée pour régner! J'ai vu de bons critiques penser ainsi : je soumets au public leur jugement et mes doutes. (Y.)

* On ne sait point encore que c'est Séleucus qui parle. Il était ais de remédier à ce petit défaut. (V.) '

Avec juste raison je crains qu'entre nous deux L'égalité rompue en rompe les doux nœuds» Et que ce jour fatal à rbeur de notre vie Jette sur Tun de nous trop de honte ou d'envie *.

ANTIOCHUS

Gomme nous n'avons eu jamais qu'un sentiment, Cette peur me touchoit, mon frère, également; Mais, si vous le voulez, j'en sais bien le remède *.

SÉLEUCUS

Si je le veux! bien plus, je l'apporte et vous cède Tout ce que la couronne a de charmant en soi 3. Oui, seigneur, car je parle à présent à mon roi, Pour le trône cédé, cédez-moi Rodogune, Et je n'envierai point voire haute fortune. Ainsi notre destin n'aura rien de honteux. Ainsi notre bonheur n'aura rien de douteux; Et nous mépriserons ce foible di*oit d'aînesse, Vous, satisfait du trône, et moi, de la princesse.

ANTIOCHUS

Hélas!

SÉLEUCCS.

Recevez-vous l'offre avec déplaisir?

ANTIOCHUS

Pouvez-vous nommer offre une ardeur de choisir, Qui, de la même main qui me cède un empire» M'arrache un bien plus grand, et le seul où j'aspire?

SELEUCUS

Rodogune ?

1 Pourquoi trof de honte î y a-t-il d« la honte à n'être pas l'aîné ! «t, s'il est honteux de ne pas régner, pourquoi céder le trône si vite ?

S Ce vêts est de la haute comédie. On a déjà dit que cet usage dura trop longtemps. (V.)

3 II parait singulier que Séleucus ait précisément la même idée que s<œ frère. Il y a beaucoup d*art à les représenter unis de l'amitié la plus tendre ; n'y en a-t-il point un peu trop à leur faire naître en même temps une idée si contraire au caractète de tous les princes 1 cela est-il bien naturel! peut-être que non. Cependant les deux frères intéressent : pourquoi! parcequ'ils s'aiment ; et le spectateur Toit déjà dans quel «nbarras ils vont se précipiter l'un et l'autre. (V.)

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