‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 90 sur 377 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

MtnOCMOB,

EHe-mème; ils en sont les téoMint.

Quoi ! l*estinwi-?oas tant ?

AMTKCMUS,

Quoi! l'estimez-vous moîDS?

SÉLBOCOfw

Elle vaut bieD un trdne, il ftiot que je le die *.

AMTIOCRUS.

Elle vaut à mes yeux tout ce qu'en a TAsie.

SÉLKUC378.

Vous Taimez donc, mon frère?

AlfTIOCWS.

Et vous Taimes aussi *; Cest là tout mon malheur, c'est là tout mon souci. J'espérois que Téclat dont le trdne se pare Toucheroit vos désirs plus qu'un objet si rare; Mais aussi bien qu'à moi son prix vous est connu, Et dans ce juste choix vous m'avez prévenu. Ah! déplorable prince!

SÉLECCVS.

Ah! destin trop contraire!

t Ces discoars sont d'un style familier ; et il faut que je le die est plus qu'inutile ; car, lorsqu'on se sert de ces tours , t7 faut que Je le diie, que je Vavoue, qttej'en convienne, c'est pour exprimer sa répugnance. Mon ennemi a de» vertus, il faut que j* en convienne ; je vais vous apprendre une chose désagréable, mais il faut que je la dise. Séleucus n'a aucune répugnance à dire que Rodogune est préférable aux trônes de l'Asie. (V.)

s Plusieurs critiques demandent ccHnment deux frères si unis, et qui n'cmt tous deux qu'un même sentiment, ont pu se cacher une passion dont l'aveu involontaire échappe à tous ceux qui l'éprouvent î comment >e sesont^ls pas au moins soupçonnés l'un l'autre d'être rivaux ! Quoi 1 tous deux débutent par se céder le trône pour une maîtresse I A peine serait-U permis d'abandonner son droit à une couronne pour une femme dont on serait adoré ; et deux princes commencent par préférer à l'empire une femme à laquelle ils n'ont pas seulement déclaré leur HBour. C'est au lecteur à slnterroger lui*4nême, à se demander quel «ffet cette idée fait sur lai, si ce double sacrifice est vraisemblable ,. *^ A'est pas un peu romanesque -, mais aussi il faut considérer que ces fiaoes ne cèdent pas absolument le trône, mais un droit incertain au tvÔM : voUà ce qui les justifie. (Y.)

ANTI0CHU8

Que ne ferois-je point contre ui autre qu^un frère !

SBLEUCUS.

0 mon cher frère! ô nom pour un rival trop doux * ! Que ne ferois-je point contre un autre que vous !

ANTIOCHUS

Où nous vas-tu réduire, amitié fraternelle ?

SÉLEUCUS

Amour, qui doit ici vaincre de vous ou d'elle *?

ANTIOCHUS

L'amour, Vamour doit vaincre ^, et la triste amitié

Ne doit être à tous deux qu'un objet de pitié.

Un grand cœur cède un trône, et le cède avec gloire :

Cet effort de vertu couronne sa mémoire;

Mais lorsqu'un digne objet a pu nous enflammer.

Qui le cède est un l&cbe, et ne sait pas aimer ^.

1 Ceci répare tout d'un coup ce que leur proposition semble avoir de trop avilissant et de trop concerté ; mais ces répétitions par écho, que lin ferois-je point contre w« antre , sont-elles assez nobles, assez tragiques, et d'un assez bon goût! (V.)

8 Cette apostrophe à l'amour est-elle digne de la tragédie! (V.)

3 Cette réponse ne sent-elle pas un peu plus l'idylle que la tragédie ! Remarquez que Racine, qui a tant traité l'amour, n'a jamais dit : l'amour doit vaincre. Il n'y a pas une maxime pareille, même dans Bcrénice. En général, ces maximes ne touchent jamais. Tous ceux qui ont dit que Racine sacrifiait tout à l'amour, et que les héros de Corneille étaient toujours supérieurs à cette passion, n'avaient pas examiné ces deux auteurs. Il est très commun de lire, et très rare de lire avec fruit. (V.)

* Cette maxime n'est-elle pas encore plus convenable à un berger qu'à un prince t Qui cède sa maUresse est un lâche, et ne sait pas aimer; et qui cède un trône est un grand cœur. Avouons que dans Cyrus ni dans Clélie on ne trouve point de sentences amoureuses d'une semblable afféterie. Louis Racine , fils de l'immortel Jean Racine, s'élève avec force contre ces idées, dans son Traité de la Poésie^ page 353, et ajoute: » La femme qui mérite ce grand sacrifice est « cependant une femme très peu estimable ; et l'on peut remarquer que, « dans les tragédies de Corneille, toutes ces femmes adorées par leurs u amants sont, par les qualités de leur ame, des femmes très cornu munes ; ce n'est que par la beauté que Cléopâtre captive César, et « qu'Emilie a tout empire sur Cinna. » Cet auteur judicieux en excepte sans doute Pauline, qui immole si noblement son amour à son devoir.

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