Chéloniens et Batracien urodèle, recueillis
L’Ordre des Chéloniens peut être regardé comme l’un des plus naturels du Règne animal; on ne voit pas, en effet, qu’aucune des espèces qu’on y comprend prête au doute à ce point de vue, et qu’on ait jamais proposé d’en placer une ailleurs, ni qu’on y ait d’autre part jamais introduit aucune espèce d’un autre groupe, dès l’époque où les Sciences naturelles, sorties des premières périodes de confusion et de tâtonnement, ont poursuivi l’étude de la classification des êtres d’une manière régulière et sur les bases scientifiques de l’observation.
Une autre particularité de ce groupe et qui n’est pas moins intéressante dans l’état actuel de la Science, c’est que « les fossiles trouvés jusqu’ici ne répandent pas une bien vive lumière sur scs origines et sa phylogénie », et même « qu’on ne connaît rien jusqu’à présent sur les ancêtres paléozoïques des Chéloniens » (Zittel, 1893). On peut même ajouter que dans la période actuelle, en s’en tenant aux êtres qui s’en rapprochent le plus, c’est-à-dire ceux de la Classe des Reptiles, avec lesquels, par la conformation de l’encéphale, par leur appareil respiratoire, leur température animale, les Chéloniens offrent des similitudes telles qu’on ne peut pas ne pas les y réunir, ils forment cependant une division irréductible sans aucune espèce de passage, et sans parler des deux Ordres, au contraire intimement liés, des Lacertiliens et des Ophidiens (Bispéniens de Blainville), on ne peut nier que les Emydosauriens, si voisins cependant sous plusieurs rapports, notamment pour ce qui concerne les appareils reproducteurs, n’en diffèrent tellement, par leurs organes locomoteurs, surtout par leur squelette et leur armature maxillo-mandibulaire, que personne ne peut songer à les confondre, et que, pour le vulgaire même, en dehors de toute considération scientifique, un Crocodile et une Tortue sont choses très dissemblables.
Malgré cette homogénéité remarquable, la classification des Tortues, qui ne comprennent, approximativement, pas moins de 200 espèces, se partage en subdi-
visions naturelles, et si l’on fait abstraction des Tortues des eaux douces, voisines des Emydes dont les genres demanderaient peut-être une révision, pour en fixer les caractères d’une manière plus simple et plus pratique, on peut dire que la détermination des espèces ne présente en général que peu de difficultés.
Ce n’est pas ici le lieu d’insister sur cette classification, point que j’ai traité dans un travail antérieur ( 1 ), et qui a été l’objet de remarques de la part de diflérents zoologistes; nous n’avons d’ailleurs à nous occuper ici cjue d’un nombre très restreint d’exemplaires, trois, lesquels sous ce rapport n’ofïrent pas d’ambiguïté et doivent être rapportés à deux espèces.
L’une de ces espèces est représentée, dans les collections du D l ‘ Rivet, par une carapace formée de la dossière et du plastron en union naturelle et dans un état de parfaite conservation qui rend la détermination facile. C’est une espèce décrite et figurée par Gray, il y a une cinquantaine d’années, d’après des types rapportes de la République de l’Equateur : il lui imposa le nom de Geoclemmys annulata , mais c’est plutôt peut-être dans le genre Geocmyda , largement compris, qu’il conviendrait de plaeer ce type sous le nom de Geocmyda annulata , Gray. Pour la synonymie et les détails descriptifs, je renverrai au Catalogue de M. Boulanger ( 2 ), les éléments d’études que nous possédons n’ajoutant, on peut dire, rien à ce qui esl connu d’après les auteurs, et n’offrant, par conséquent, aucun élément pour une discussion soit sur les caractères réels de l’espèce, soit sur sa situation dans la classification naturelle. Tout cc qu'on peut rappeler, c’cst que la forme bombée de la carapace se rapproche beaucoup de celle des Testudo et que la détermination spécifique est surtout basée sur la coloration très foncée de la dossière et plus encore sur celle du plastron, coloration qui n’est interrompue que par la présence sur ec dernier de deux bandes jaune clair pouvant atteindre une certaine largeur, étendues longitudinalement et parallèlement une de chaque côté sur toute la longueur du pont plastro-dorsale qu’elles limitent en quelque sorte en dedans. Cette même teinte se retrouve en dessous au bord externe de plusieurs écailles marginales, au moins sur les deux exemplaires de M. Rivet. Cette particularité très caractéristique n’est pas sans analogie, d’ailleurs, avec des dispositions différentes, mais-d’une non moins grande constance que l’on connaît dans d’autres espèces du groupe des Emydididæ.
Cette première espèce des Chéloniens faisant partie des Collections rassemblées par la Commission de l’Arc du Méridien équatorial, est donc de création relativement récente et a été décrite par Gray en 1860, d’après des exemplaires rapportés par Fraser, d’Esmeraldas. Elle fut inconnue pendant longtemps au Muséum, lorsqu’en 1879 on en acquit de M. Hagenbcck un individu qui vécut pendant 9 mois à la Ménagerie où, le prenant pour une espèce nouvelle, je l’avais désigné sous le nom
t 1 ) Léon Vaii.lant, Essai sur la Classification générale des Chéloniens (Ann. Sc. nat., 7* série, t. XVI, 189^, p. 33 1 ). ( - ) Boulenger, Catalogue 0/ the British Muséum , 1889, p. 126.
ORD. CHÉLONIA.
B*, kl
provisoire de Testudo merccitoria , indiquant par eette épithète que l’animal provenait d’un aehat et que la loealité d’origine, vaguement donnée (Amérique centrale) ne pouvait être aeeeptée qu’avee certaines réserves. Bien que le D r Rivet ne nous ait rapporté que deux spéeimens: l’un en peau, jeune, la dossière étant longue de 88 mm ; l’autre, eité plus haut, réduit à la earapaee, mais en excellent état et mesurant sio 111111 , e’est-à-dire adulte et vraisemblablement femelle, eela complète dans nos eolleetions l’ensemble pour l’espèce, car l’individu de M. Hagenbeek semble bien être un mâle. Ce type étant parfaitement eonnu et même ayant été très exactement figuré par Gray ( 1 ), il me paraît inutile d’insister sur sa description, me eontentant de renvoyer à ee qu’en ont dit les auteurs et en particulier à l’ouvrage classique de M. Boulenger qui y a résumé et complété admirablement les études antérieures ( 2 ).
Je me borne à rappeler que tout en se rattachant au groupe aneien des Elodites de Duméril et Bibron par la présence d’une éeaille margino-sus-eaudale double, ees Tortues offrent un aspect frappant de ressemblance avec les Tortues terrestres manquant absolument de palmature aux pattes et même étant un peu Tylopode avec les doigts immobilisés, quoique ayant des ongles sensiblement aigus. Leur dossière, légèrement teetiforme, présente une earène médio-dorsale peu prononcée ehez l’adulte, mais nette chez le jeune, d’après l’individu de la eollcetion Rivet et l’un de eeux déerit et figuré par Gray. La earapaee en dessus est uniformément brun noir, sauf la carène plus pâle, jaunâtre, surtout sur le jeune; le plastron dans sa partie moyenne est de eette même teinte, mais plus foneée, offrant ehez l’adulte deux bandes d’un jaune légèrement rabattu de sombre, une de ehaque eôté, oecupant le bord du lobe plastral antérieur, puis s'élargissant jusqu’à atteindre par endroits i6 mm à i8 mm , au niveau de l’angle axillaire, pour se prolonger en arrière parallèlement à son homologue el suivre ensuite le bord du lobe postérieur du plastron, puis se rétréeir, diminuer et se perdre tout à fait à l’angle rentrant postérieur à la pointe de l’échancrure plastrale sous-anale; sur le jeune, eette teinte jaune plus elair cncerele complètement aussi bien en avant qu’en arrière la portion centrale noire (*). La carapace rapportée par M. Rivet a le plastron fortement relevé, recourbé en avant et plat sinon un peu convexe dans le restant de son étendue; l’individu de M. Jaxnraeh a eette même partie quelque peu creusée en gouttière, suivant sa longueur. Celte particularité nous porte à penser que celui-ci est un mâle et l’autre une femelle.
Dans le Tableau ci-après on trouvera les mensurations principales des trois
t 1 ) Gray, Proceed. Zool. Soc., 1860, p. 23 ., PI. XXÎ\.
( 3 ) Boulenger, Cat.of the Chelonians in the British Muséum , 1889, p. 126.
( 3 ) Cette disposition en anneau (ring, Gray) est sans doute ce qui a frappé l’auteur de l'espèce et lui a fait adopter son épithète spécifique: le mot circutnducla ou autre analogue aurait peut-être été préférable au point de vue grammatical strict: ee dessin doit plutôt être comparé à un eerele qu’à une annélation.
exemplaires qui nous ont servi dans eette étude; les numéros individuels delà Colleetion du Muséum sont les suivants :
N° 06 - 219 . Individu jeune, en peau, rapporté par M. le D r Rivet de Santo-Domingo (République de l’Equateur) ;
N° 03 - 206 . Carapaee d’un individu adulte 9 , rapportée par M. le D r Rivet;
N° 6621 . Individu monté, aequis de M. Hagenbeek (Amérique centrale); a vécu à la Ménagerie.
Gcocmjda annulata Gray.
mm
mm
Ml
,, plus grande hauteur.
Carapace \ L . /4 ,
( plus grande largeur ( ! ).
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l Longueur ( 2 ) , , ,
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1 Longueur . .. < . , ;
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Plastron. <, ,, ■
) Largeur (A .
io5
io 5
( Flèche delà concavité.
Pont dorso-plaslral ; longueur axillo-inguinale.
CHELYDRA ROSSIGNONII.
Pi. I, Il et III.
18G2. Chebjdva serpentina. Lin.né : Yar. acutirostris , Peters, Monatsb. Berlin Acad ., p. 627.
1870. Ennjsaurus Rossignonii, Bocouht, Mission scientifique Mexique , Reptiles , p. 18, PI. V, fig. 2. 1 <jû2 . ChehjAra Rossignonii , Boulenger, Ann. and Ma g. nat. Hist ., 7 e sér., t. JX, p. 4 g.
Carapace plutôt déprimée, la hauteur 11’ayant guère que le tiers de la longueur, très régulièrement bombée, sans accidents à noter; son eontour est également en courbe régulièrement ovoïde. Les plaques éeailleuses du disque sont lisses : la première vertébrale longue de 7i nl,n , large de ioi nim , est plutôt heptagonale, le bord antérieur très faiblement concave dans sa direction générale, sauf une sorte de promontoire antérieur en son milieu qui empiète sur la margino-nuehale, les trois autres bords légèrement anguleux; les deux plaques suivantes sont quadrilatérales ou, si l’on veut, hexagonales, par suite de l’angle ouvert, très peu saillant, que forment en leur milieu les bords latéraux; les dimensions sont respectivement
( l ) Vers le milieu de h» longueur delà carapace.
( : ) Sus-nuclio-eaudalc.
(■*) Ou point médian antérieur au sommet de l’échancrure sous-anale.
( 4 ) Au milieu des pouls dorso-plastraux.
( 5 ) Une rainure médiane longitudinale peu profonde (? dessiccation).
ORD. CHÉLOMA.
de 85 mm de long sur io5 mm de large: l’un et l’autre ont, comme la première, au milieu du bord antérieur, un petit prolongement saillant empiétant sur l’écaille précédente; la quatrième vertébrale sensiblement plus petite, 63 mm sur ioi mm , a la même forme générale que les deux précédentes, sans prolongement visible en avant, le bord antérieur étant à peine légèrement convexe en son milieu; la dernière plaque vertébrale, la plus petite, 82 mm sur io3 mm , est trapézoïde; les deux bords latéraux sont toutefois incurvés, concaves en dedans dans leur quart antérieur, convexes dans le reste de leur étendue. Les plaques épidermiques costales sont plus grandes : la première en triangle isoseèle à base tournée en avant et en dehors, convexe, mesurant d'angle à angle i45 mm , est légèrement sinueuse pour s’articuler avec les quatre premières plaques margino-brachiales ; les deux autres côtés mesurent 95 mm et n5 mm respectivement et sont, surtout le postérieur, peu sinueux; les seconde et troisième costales sont assez régulièrement quadrilatérales; la longueur, prise d'aA ant en arrière, étant égale une fois et demie à une fois un tiers la largeur; cette dernière dimension pour la seconde costale atteint i 37 mm ; quant à la quatrième costale elle est irrégulièrement trapézoïde et sensiblement plus petite que les précédentes. Les plaques marginales sont au nombre de 25 se décomposant en : i nuchale, et, de chaque côté : 4 margino-brachiales, 3 margino-latérales, 4 margino-fémorales, i margino-sus-caudale; la nuchale est en quadrilatère allongé transversalement, mesurant 8 mm de large en son milieu sur 3i mm de long; les neuf marginales suivantes, ayant d’abord cette même forme mais beaucoup plus courtes, s’élèvent graduellement de plus en plus, si bien que pour les deux dernières et particulièrement la sus-caudale, la hauteur atteint 3i mm et la largeur 48 mm .
L’étude du plastron, au moins en ce qui concerne la disposition des plaques écailleuses épidermiques, présente pour l’examen topographique certaines difficultés, la constitution de ces parties étant rendue très obscure à cause de la faible épaisseur des téguments, en sorte qu’après la dessiccation de ceux-ci, ii ne reste qu’une espèce de couche minee, sorte de vernis, si l’on peut dire, appliquée sur le plastron osseux, et si intimement, qu’il est assez difficile de discerner ce qui appartient à l’un plutôt qu’à l’autre et de reconnaître les limites des pièces épidermiques et osseuses. Pour ee qui concerne ce plastron squelettique, on sait que chez les Chelydridæ, tout en présentant les neuf pièces fondamentales habituelles, il offre à l’animal un appareil protecteur beaucoup moins parfait que dans la plupart des espèces typiques de l’Ordre, en premier lieu, étant très réduit en étendue non seulement par sa disposition cruciforme qui fait de la portion moyenne un losange allongé, laissant aussi bien en avant qu’en arrière une grande partie de la face abdominale à nu, ce qui avait permis à Mitchell, dès i 832, de reconnaître chez les Chéloniens le mode de respiration par inspiration active, et non par déglutition, comme on l’avait admis sur des considérations anatomiques mal interprétées et comme d’ailleurs, longtemps après, on a pu le voir exposé et professé par les
Arc de méridien équatorial , t. IX, (2). B,.7
CIIÉLONIENS ET BATRACIEN ÜRODÈLE.
zoologistes des plus autorisés, mais encore parce que les pièces en sont lâchement unies, surtout sur la ligne médiane, qui, sauf en avant où les épiplastraux s’articulent synarthrodialement, est constituée par des tissus mous ou scléreux aisément sécables par les instruments tranchants. C’est à ces particularités peut-être qu’on peut attribuer les différences qu’on a signalées dans la disposition, et même le nombre, des pièces écailleuses chez une espèce voisine, le Chelydra ( Macroclemmys ) Temminckii , Holbrook ( 1 ). Aussi n’est-ce pas sans réserves justifiées que nous présentons cette étude, faite d’après un individu certainement très âgé et étudié en peau.
En y apportant cependant toute l’attention possible, voici quels paraissent être le nombre et la disposition de ces pièces écailleuses cutanées. En avant se trouve une intcrgulaire double, chacune des parties ayant la forme d’un triangle isoscèle surbaissé, car l’angle au sommet est voisin de l’angle droit, le côté antérieur libre est sensiblement convexe; le côté commun aux deux triangles est-il la limite certaine de deux écailles réelles, c’est-à-dire une véritable séparation, une scissure effective? Il serait assez difficile sur cet individu de juger la question; pour pleine sûreté, il faudrait avoir le revêtement écailleux absolument isolé par macération; toutefois les auteurs pour les espèces voisines et particulièrement chez le Chelydra serpentina n’hésitent pas à donner la plaque gulaire comme double [Duméril et Bibron ( 2 ), Boulengcr ( 3 )j.
Les plaques humérales sont en quadrilatères irréguliers; le bord antérieur oblique en avant, formant un angle plus ou moins aigu avec le bord externe convexe, et un angle très ouvert avec le côté interne, limite rectiligne, qui le sépare de la pièce homologue du côté opposé; ({liant au bord postérieur en partant de l’angle postéro-interne, il forme une convexité très prononcée en avant, pour se recourber vers le bord interne de l'os épiplastral à son tiers postérieur et le traverser obliquement d'arrière en avant; celte disposition, assez nettement accusée du côté gauche, laisse quelque doute à droite où le tégument éraillé met l’os à découvert (').
Les plaques pectorales et fémorales sont pentagonales par suite de l’angle rentrant qu’elles forment en dehors pour s’articuler avec la plaque abdominale rejetée sur le prolongement alaire du plastron, cc qui rend anguleux le côté postérieur de la première et le côté antérieur de la seconde; elles n’offrent d’ailleurs, ni Tune, ni l’autre, rien de spécial à noter. Quant aux plaques abdominales, on sait que chez les Chelydridæ elles occupent une situation tout à fait anormale, étant en quelque sorte rejetées en dehors du plastron proprement dit sur le prolongement alaire ou pont dorso-plastral qui unit la dossière au plastron; pour s’accommoder à l’étroi-
( J ) Boulenger, 1889, p. 26.
( 2 ) Duméril et Bibron, Erpétologie générale, t. II, 1 835 , p. 352 .
(■’) Boulenger, Catalogue of the Chelonians, Bhynchocephalians , etc., 1889, p. 22. ( 4 ) La symétrie probable a été rétablie sur la Planche III.
ORD. CHELONIÀ.
tesse de cette partie, elles s’allongent considérablement, formant un hexagone transversal dont un des sommets, l’interne, pénètre dans l’angle rentrant formé par les plaques pectorale et fémorale, dont il vient d’être question, et dont le sommet externe moins net et, autant qu’on en peut juger, moins régulier, est également reçu dans un angle symétriquement correspondant, formé par des pièces osseuses ou plutôt cartilagineuses au nombre de deux ou trois, d’après les plaques épidermiques imparfaites qui les recouvrent. Ces pièces écailleuses placées à la suite les unes des autres, en série longitudinale, peuvent être regardées comme représentant, l’antérieure et la postérieure, les plaques axillaire et inguinale, l’intermédiaire étant accessoire. Ces dispositions ne diffèrent pas sensiblement, comme on peut le constater, de celles connues pour l’autre espèce du genre, le Chelydra serpentina , Linné. La plaque fémorale en pentagone irrégulier a son côté antérointerne obliquement dirigé d’avant cil arrière, et de dedans en dehors; le côté antéro-externe, le plus petit des cinq, lui fait suite, en obliquant sensiblement en arrière et en dehors; c’est lui qui constitue le eôté postérieur de l’angle rentrant qui reçoit le sommet interne de l’hexagone abdominal; le côté externe qui fait suite au préeédent est légèrement coneavc, c’cst le plus long, quoique peu supérieur en cela au côté antérieur. Le côté postérieur et le côté interne ou suturai sont très sensiblement rectilignes, et forment entre eux un angle droit. Quant à la plaque anale elle est en triangle rectangle, comme dans l’autre espèce du genre, le côté externe formant l’hypoténuse.
Les longueurs des sutures interécailleuses des différentes pièces du plastron, abstraction faite de la suture interventrale qui, d’après la position anormale de ees pièces, manque chez les Chelydridæ, sont les suivantes :
niiu
Suture intergulaire. 27
» interhumérale... 73
« interpectorale. 61
» interfémorale. 4G
» interanale. 85
Il aurait été très intéressant de pouvoir étudier d’une manière suffisante ce qu’on appelle les parties molles de Vanimal , tête et cou, membres, queue; malheureusement, l’état de conservation de l’individu, que sa taille a obligé de préparer à l’état sec, c’est-à-dire de dépouiller, a, comme toujours pour les Chéloniens, particulièrement pour des espèces aquatiques chez lesquelles le tégument en grande partie comme muqueux subit des altérations notables en sc desséchant, profondément modifié et dans leur structure et dans leur aspect ces parties.
En ce qui concerne la tête, elle paraît, à première vue, plus déprimée, plus large et plus obtuse que chez le Chelydra serpentina mesurant io8 mm de large sur g5 mm de long du bout du museau à l’occiput; la hauteur en ce dernier point pouvant être
estimée à 82 mm . Les yeux ( x ) situés vers le milieu du museau, sont dirigés en haut obliquement de dedans en dehors, s’éeartant nettement par là de la disposition caractéristique ehez le Chelydra ( Macroclemmys ) Temminckii, Holbrook. Le tégument céphalique, autant qu’on en peut juger, ne présentait aucune trace de plaques et devait être uniformément grenu supérieurement ( 2 ). Sur le eou et à la région gulaire les granulations sont excessivement fines. Une question importante, ear les auteurs y attachent avee raison, depuis Boeourt, une valeur spécifique, était de déterminer exactement le nombre des barbillons. Bien qu’au premier abord, rien ne semble plus aisé, surtout pour un individu de eette taille, la chose est des plus difficiles; on en distingue, il est vrai, une première paire assez rapprochée de la symphyse mandibulaire et de dimensions relativement considérables; leur longueur est de 7 mm , sur un diamètre d'environ 3 mm ; ees ehifïres, dans l’état actuel, ne peuvent être présentés que sous expresses réserves, l’intervalle qui les sépare est de i 4 mm ; (juant aux deux barbillons postérieures, on les soupçonne à une distance de g mm à n mm en arrière des précédents, et, eomme ceux-ei, à 4 mm ou 5 mm de la mandibule, mais ils sont réduits à une élevure eutanée à laquelle l’aplatissement et la soudure avee le tégument général eutané donnent tout aussi bien l’aspeet d’une simple rugosité de eelui-ei; toutefois, il est juste de dire qu’elles sont isolées et que dans leur voisinage la peau ne présente rien d'analogue, eelui de droite a pu même être redressé ( 3 ).
Les membres sont couverts, ainsi que le eou, d’une peau finement ehagrinée; toutefois on observe ça et là des épaississements épidermiques en plaques donnant de véritables éeailles; elles sont assez nombreuses sur la faee antéro-externe de l'avant-bras, et s’y rangent en séries transversales au nombre de io à 12 ('■); au membre postérieur, 011 11 e voit d’épaississements analogues qu’au bord postérieur et inférieur tranchant qui, continuant la sorte de frange eutanée enémienne, élargit en ee point le membre pour en augmenter la puissance natatoire, disposition assez habituelle ehez les reptiles essentiellement aquatiques (cf. Crocodïlus^Varanus, etc.). Il faut ajouter que les extrémités antérieures et postérieures présentent une palmature bien visible, malgré l’état de dessiccation des parties; aussi, doiventelles puissamment favoriser la locomotion aquatique; les doigts sont, en outre, terminés par des ongles robustes, aigus, reeourbés, dont la longueur peut atteindre jusqu’à 3 y mm , au nombre de einq antérieurement, de quatre postérieurement, constituant un moyen de défense, qui, non moins que le bee, dont la bouehe est armée, doit rendre eet animal redoutable au même titre que les deux espèces
( 1 ) Planches I et IL
( 2 ) Le dessin symétrique indiqué sur le dessus de la lêlé à la Planche III donne une idée inexacte dè ce qu’on observe sur la pièce originalé.
( 3 ) C’est d’après ces données qu’ils ont été rétablis sur la Planche III
( 4 ) Voir Planches 1 et IL
ORD. CHÉLONIA.
voisines Chelydra serpentina , Linné, et Chelydra ( Macroclemmys ) Temminckii , Holbrook.
La queue mérite une attention toute particulière. Dans sa forme générale, elle rappelle tout à fait la partie homologue du Chelydra serpentina ; sa longueur sur notre individu atteint 4oo mm , mais il faut tenir compte des modifications que le mode de préparation et le montage ont pu lui faire subir; on en conclura cependant, avec assez de vraisemblance, que sa longueur ne diffère que peu ou pas de la longueur de la carapace. Elle est garnie en dessus d’une quinzaine de grosses écailles osseuses, dont les six ou sept premières particulièrement saillantes (*■), sont ovalaires, allongées, pyramidales; la seconde, qui devait être la plus forte, manque malheureusement, mais, d’après la trace cicatricielle qu’elle a laissée, devait mesurer 2g mm de long sur i3 mm de large; la troisième, bien conservée, donne pour ces memes dimensions 3i mm et i3 mm avec une hauteur maximum de n mm ; l’antérieure est relativement beaucoup moins développée et les dimensions vont rapidement en diminuant jusqu’à la septième, qui ne mesure plus que i3 mm , 7 mm et 3 mm ; au delà ce ne sont plus que de médiocres renflements cutanés, des élévations beaucoup moins discernables. Ces écailles osseuses sont tout à fait comparables à certaines écailles unicarénées, qu’on rencontre çà et là sur les téguments de certains Croeodiliens en dehors du bouclier dorsal. Sur les côtés on peut reconnaître des écailles, mais plutôt épidermiques, car elles ne paraissent pas correspondre à des ossifications réelles; elles sont alignées suivant une direction horizontale vers les tiers supérieurs, puis vers la partie moyenne de la face latérale de la queue, au nombre de six ou sept, n’existant plus à partir de la quatrième écaille de la crête supérieure. Mais ce qui mérite d’attirer particulièrement l’attention, c’est qu’on n’observe, même sur cct individu évidemment très adulte et très âgé, aucune trace de la double rangée parallèle d’écailles osseuses nummulaires que l’on connaît sous la queue du Chelydra serpentina , signalées par les auteurs, Duméril et Bibron ( 2 ), Boulenger ( 3 ). Ce caractère me paraît d’autant plus important, que chez de très jeunes sujets de cette dernière espèce dont la carapace ne mesure pas plus de 4o mm à 5o mm ( ColL Mus ., n° 1230), on en perçoit déjà la trace par des taches arrondies, d’un blanc jaune clair, au nombre de six ou sept paires disposées sur deux rangs parallèles, disposition moins nette sur le jeune décrit et figuré par Bocourt comme type de son Chelydra Rossignonii. Ce caractère, sans doute spécifique, méritera de fixer l’attention des observateurs qui pourraient ultérieurement rencontrer cette espèce.
Telles sont les particularités que fait ressortir l’étude du remarquable individu rapporté par le D r Rivet et dont la localité n’est pas exactement déterminée.
( 1 ) Planches I et IL
( 2 ) Duméril et Bibron, i 835 , p. 353 .
p) Boulenger, 1889, p. 20. Cette particularité est même donnée là dans la caractéristique du genre; c’est plutôt cependant un caractère spécifique.
Il nous reste à examiner les travaux antérieurement publiés sur cet animal, pour en déduire ses rapports zoologiques.
C’est en 1862 que Peters ( 1 ) fit connaître, d’une manière, on peut dire, accessoire, ce type qu’il rapporta au Chelydra serpentina , Linné, de l’Amérique du Nord, comme une simple variété, à distinguer sous le nom de acutirostris. Par la comparaison qu’il avait pu faire avee des individus, qu’011 devait regarder comme de même taille el provenant de la dernière région sus-indiquée, les seules différences qui justifiaient cette distinction subspécifique étaient, dit-il, un museau plus pointu (d’où l’épithète proposée), une dossière plus fortement granulée et des plaques marginales plus larges. Peters n’insiste d’ailleurs que très légèrement sur ces détails insérés à la suite d’une Communication destinée à faire connaître quelques Reptiles envoyés par un M. Reisf, agent consulaire à Guayaquil, et particulièrement un Lacertien Phyllodactylus Reisjii , n. sp., qui s’y trouve décrit avec tout le soin désirable; une diagnose latine précise en est même donnée.
Ce travail, on le voit, de peu d’importance à ce point de vue, était ignoré de Boeourt, lorsque celui-ci, s’occupant, après la mort d’Auguste Duméril, de décrire les Reptiles rapportés de l’Amérique centrale, indiqua, dans la première livraison datée de 1870, cette espèce ( 2 ), étudiée d’après deux spécimens trouvés par lui au Guatemala, dans le marais de Pansos, près du Rio Polochic. Par malheur les individus sont de très petite taille, les carapaces n’étant longues que de 6o mm ( 3 ). Or, on sait qu’avec I âge, chez les Chéloniens, peuvent varier l’aspect général, et même les dimensions relatives, surtout si les individus sont très jeunes. Cependant ce naturalisle, par une étude attentive, reconnut un certain nombre de caractères d'une importance sullisante pour distinguer ee Chclydre du Chelydra serpentina , Linné, et lui donna le nom à'Emysanrus Rossignonii; le plus frappant de ces caractères est la présence de quatre barbillons sous-mandibulaires, l’espèce type des Etats-Unis n’en présentant que deux. Une figure coloriée d’une exécution irréprochable, comme toutes celles données par l’auteur, complétait la description.
On ne peut disconvenir que les matériaux d’étude étaient, comme on le voit, encore très restreints et jusqu’à un certain point incomplets pour justifier absolument la légitimité de la nouvelle espèce. Toutefois M. Boulenger n’hésitait pas à l’admettre dans son Catalogue classique des Chéloniens du British Muséum ( i ).
En 1902, ee dernier auteur ( 5 ) publia un article magistral, dans lequel, avec toute
(9 Peters, Mittheilung iïber einen iieuen Phyllodactylus ans Guayaquil ( Mona ts. Acad. Berlin 1862, p. 627). (9 F. Bocourt, Recherches zoologiques pour servir à Vhistoire de la faune de l'Amérique centrale et du Mexique , 3 ° Partie, r* Section, 1870-1909, p. 18, PI. Y, fig. 2.
(•9 Une erreur typographique donne o œ , 6 o; mais il est facile de rétablir le chiffre exact d’après les types conserves au Muséum, el d’ailleurs l’explication de la Planche IV porte expressément que le dessin est de grandeur naturelle.
(9 Boulenger, Catalogue of the Chelonians in the British Muséum, 1889, p. 23 .
(9 Boulenger, On the Southern Snapping Turtle [Chelydra Rossignonii , Boeourt {Ann. and Mag. nat. Ilist.. 7* série, t. IX, 1902, p. 49)]*
ORD. CIIELOMA.
l’autorité qu’on lui reconnaît dans une question de cette nature, il s’est attaché à faire ressortir les caractères distinctifs de la Tortue happante méridionale , comme il l’appelle, et même étendant ses recherches à toutes les espèces du genre, au nombre de quatre, soit récentes, soit fossiles, il en résuma les rapports dans un Tableau synoptique. Les matériaux qu’avait à sa disposition le savant chélonographe du British Muséum, étaient beaucoup plus complets que ceux qu’avaient pu étudier ses prédécesseurs; il possédait cinq exemplaires, un mâle et une femelle adultes, dont les carapaces mesuraient respectivement 270 mm et 200 mm de long, plus trois jeunes, mesurant pour cette même dimension 56 mm , 66 mm et 66 mm . Un Tableau comparatif de mensurations diverses est donné dans cette Note pour chacun des ces cinq exemplaires, dont les trois premiers proviennent du Rio Durango par i 43 m ( 35 o pieds) d’altitude, et les deux derniers de Saint-Javier par i8 ,n (60 pieds) d’altitude, localités situées l’une et l’autre dans le nord-ouest de la République de l’Equateur, d’où provenait le type de Peters. Les conclusions de cette Note sont que l’espèce de Chélydre méridionale pour laquelle l’auteur adopte le nom de Clielydra Rossignonii Bocourt, se distingue des autres espèces par : un lobe antérieur du plastron anguleux; le pont dorso-plastral comparativement large n’atteignant pas le neuvième de la longueur du plastron; la présence de quatre barbillons submandibulaires ; les plaques vertébrales ayant plus des deux tiers de la largeur des plaques costales ; l’os hyosternal enfin ayant son bord externe plus court que le bord interne ( x ).
Pour donner une idée plus exacte de l’importance de ce travail, je crois utile de reproduire ici le Tableau des dimensions données par M. Boulenger pour ses cinq exemplaires en y ajoutant, comme point de comparaison, les dimensions de l’exemplaire rapporté par M. le D r Rivet, sous son numéro individuel 04-123 :
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