THÉORIE ET PRATIQUE
Ire Partie.
Instructions.
Érection.
Exercices.
IIe Partie.
Exhortation.
Éclaircissements.
Documents.
p ai vin.
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
Nous voulons, dans cette préface, rappeler sommairement ce qu’a fait le bienheureux Léonard pour la propagation du Chemin de la Croix, signaler l’abus qui a été fait de son nom et de son autorité par certains écrivains, relever les principales erreurs qu’ils ont accréditées et qui ne sont encore que trop répandues, au grand préjudice des fidèles, enfin indiquer ce que nous avons fait pour compléter l’ouvrage de notre saint auteur et le rendre le manuel le plus exact, le plus complet et le plus pratique sur la matière.
Tout le monde sait que le bienheureux Léonard a été, a tous égards, le plus illustre promoteur de l’exercice du Chemin de la Croix. Pendant ses quarante années d’apostolat, il n’a rien négligé pour rendre cette dévotion populaire.
C’est lui surtout qui provoqua du Saint-Siège les déclarations servant à dissiper les doutes relatifs aux indulgences dont il est enrichi, et à aplanir les difficultés qui s’opposaient a sa propagation.
PRÉFACE
C’est lui qui sollicita et obtint des Souverains Pontifes qu’on pût l’ériger en tous lieux, et même en plusieurs endroits de la même paroisse.
C’est à ses instances encore que sont dus ces Avertissements et ces Décrets de la Congrégation des Indulgences qui règlent tout ce qui concerne l’érection et la pratique du Chemin de la Croix
La ne s’est pas borné son zèle; il prit à tâche d’établir cette dévotion partout où il prêchait. C’était, à son avis, un des moyens les plus efficaces de consolider et de perpétuer les fruits de la mission. Une liste écrite de sa main, et que nous donnerons à la fin de cet ouvrage, indique près de six cents lieux où il érigea lui-même les Stations. C’est lui qui conçut et réalisa, avec l’approbation du pape Benoît XIV, le dessein de les ériger dans l’enceinte du Colisée à Rome, où le Chemin de la Croix se fait encore solennellement aujourd’hui, tous les dimanches et vendredis de l’année, par la Congrégation des Amants de Jésus et de Marie qu’il institua spécialement dans ce but1. Il s’était fait une règle, non-seulement de vaquer lui-même a cet exercice tous les jours, mais encore de l’imposer souvent a ses pénitents2 *, pratique qu’il recommande d’ailleurs à tous les confesseurs5.
Non content d’établir en tous lieux le Chemin de la Croix, d’en recommander la pratique en toute rencontre et aux personnes de toute condition, séculières et régulières, et de stimuler le zèle de ses confrères et des supérieurs ecclésiastiques a le propager, il laissa, en outre, plusieurs écrits précieux sur cette salutaire dévotion. Ce sont d’abord deux grands sermons déjà imprimés dans le
1 Voyez sa Vie , Ire p. c. 17. OEuvres , t. I, p. 1,75.
Résolutions , §§ 20 et 50. OEuvres , t. VIII
5 Voyez sa Fie, II'* part. eh. 3 OEuvres , t. I, p. 207.
DU TRADUCTEUR
tome vic, parmi les Sermons divers; puis et surtout la Via sacra, cest-à-dire la Voie sacrée ou théorie et pratique du Chemin de la Croix, le seul ouvrage qu'il ait publié lui-même sur cette matière. Nous y avons inséré, à la suite de l’exercice pratique du Chemin de la Croix qui en fait partie, quatre autres séries de méditations, ou exhortations sur les quatorze stations1 , lesquelles, aussi bien que les sermons, ne furent mises au jour qu après sa mort. Nous ne parlons pas d’un exercice très-court du Chemin de la Croix qui se trouve dans la Voie du Paradis 2.
Iï.
C’est pour la première fois que la Via sacra du bienheureux Léonard est traduite et publiée en français. Plusieurs écrits, à la vérité, ont été annoncés et imprimés sous son nom. Mais c'est un patronage usurpé, il faut le dire, bien légèrement.
Nous signalerons, entre autres, un volume qui parut pour la première fois en 1813, et fut réimprimé plusieurs fois, à partir de 1827, en France et en Belgique, sous le titre de Via Crucis, ou méthode pratique du Chemin de la Croix, d'après l'ouvrage du bienheureux Léonard de Port-Maurice, ou même : traduit de l'ouvrage italien du bienheureux Léonard de Port- Maurice.
Qui ne croirait que c’est bien là l’ouvrage de notre saint missionnaire ? Quoiqu’il suffise de le parcourir pour rencontrer à chaque pas des motifs de douter de son authenticité, on ne se persuade pas aisément qu’un pareil titre puisse n’être qu’un mensonge et une duperie. Eh
1 Dans l’édition italienne, ces quatre derniers exercices sont im-
primés dans un autre volume que la Via sacra. - OEuvres , t. II
PRÉFACE
bien ! sur 400 pages que renferme ce livre, il n’y en a que quinze environ qui soient, non pas traduites, mais imitées du bienheureux Léonard : c’est l’exercice du Chemin de la Croix. Cet exercice, extrait de la Voie sacrée, s’imprime séparément en italien à l’usage du peuple. L’auteur anonyme1 de la Via Crucis n’a apparemment connu que ce petit imprimé, et lui a emprunté le fond des considérations sur les \ 4 stations, considérations qu’il a rendues d’ailleurs dans un style emphatique, aussi peu en harmonie avec la nature du sujet qu’avec le caractère du Bienheureux.
Non-seulement les deux ouvrages, à part cet exercice, n’ont rien de commun entre eux, mais de plus il est échappé à l’écrivain français, relativement a l’érection canonique du Chemin de la Croix et aux conditions à remplir pour en gagner les indulgences, beaucoup d’assertions fausses, inexactes, et en opposition avec les solutions qui se trouvent dans l’ouvrage italien.
Cependant, grâce à l’autorité si respectable sous laquelle s’abritait l’auteur de la Via Crucis ou Méthode 'pratique, etc., il se procura facilement les approbations les plus propres à donner de la vogue â son livre. La troisième édition (1828), au rapport de Y Ami de la Religion, porte les approbations de plus de quarante évêques, qui témoignent le désir que l’ouvrage se répande.
Il en est résulté, et c’est ce qu’il y a de plus fâcheux, que les erreurs et les inexactitudes qu’il renferme ont été adoptées et reproduites par la plupart des auteurs qui ont écrit sur la matière, en sorte quelles sont passées en quelque sorte en usage, au grand détriment des fidèles;
1 Cet auteur doit être un prêtre du diocèse de Bordeaux. L'Ami de la Religion (t. 41, p. 367) trahit son anonyme et le nomme M. l’abbé Lacombe.
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car il est de ces erreurs qui sont de nature à leur faire perdre les indulgences. C’est pourquoi nous nous faisons un devoir de relever au moins les principales.
L’auteur de la Via Cruels, suivi malheureusement par plusieurs autres écrivains, méconnaît les conditions essentielles pour avoir part aux indulgences, lorsqu’il affirme :
1-° Qu « un acte de contrition devant chaque croix remplace la méditation pour les fidèles qui sont incapables de méditer. » (Page 102. Ed. de Tournai, 1852.)
2° Que «les personnes qui ne savent ni lire, ni méditer, pourront satisfaire à toutes les conditions exigées en récitant à chaque station un Pater , un Ave et un Gloria dans l’intention des souverains pontifes, en pensant, si l'on peut, à la passion de Jésus-Christ. » (Pag. 102-103.)
3° Que « ceux qui n’auraient pas le temps de parcourir de suite les 1 4 stations peuvent les partager en deux ou plusieurs fois. Pourvu qu’ils les aient toutes parcourues dans le même jour, ils auront droit aux indulgences, aussi bien que s’ils les eussent suivies sans interruption. » (Page 104.)
Il est aussi très-inexact de dire, en termes généraux et absolus, que le seul motif qui pourrait dispenser de passer d’une station à l’autre, serait l'impossibilité physique. (Page 101). L’impossibilité morale pourrait suffire ; mais quelle soit physique ou morale, elle ne dispense que dans le cas où elle provient de l’affluence des fidèles réunis dans le but de faire en commun le Chemin de la Croix.
11 impose, en revanche, des obligations qui n’existent, pas, en prétendant :
PRÉFACE
1° Qu « il faut absolument se mettre à genoux , devant chaque station. » (Pages 101 et 104.)
2° Que les six Pater, Ave et Gloria, que l’on a colitume de dire en finissant, sont prescrits pour gagner les indulgences. (Pages 102 et 104.)
3° Que, lorsqu’on fait le Chemin de la Croix avec une croix bénite à cette fin. on doit « transporter cette croix d’un lieu à un autre, pour marquer les stations. » (P. 1 01 .)
Enfin, il suppose à tort que les tableaux sont nécessaires, et que la bénédiction ou les indulgences du Chemin de la Croix y sont attachées ou en dépendent. (Pages 100-101 et 144.)
Si l’ouvrage du bienheureux Léonard eût été connu et médité, il eût prévenu ces écarts et dispensé de recourir au Saint-Siège pour une foule d’autres difficultés qui s’v trouvaient résolues d’avance.
Est-ce a dire que la Voie sacrée ou théorie et pratique du Chemin de la Croix, telle que son vénérable auteur l’a publiée en 1749, satisfait aujourd’hui encore à toutes les exigences, et ne présente ni lacune ni imperfection? Ce n’est pas ce que nous prétendons. Aussi nous sommesnous permis d’y faire plusieurs additions importantes et plus ou moins étendues.
D’abord, comme nous l’avons insinué plus haut, a l’exercice du Chemin de la Croix qu’il renfermait déjà, nous en avons ajouté quatre autres que l’auteur avait composés afin de varier au besoin, mais qui ne furent pas publiés de son vivant.
Nous avons fait précéder ces exercices de la Manière d’ériger le Chemin de la Croix en usage à Rome. Cette
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addition est d’autant plus nécessaire que l’érection ne s’en fait plus aujourd’hui exclusivement par les religieux franciscains, comme il y a un siècle, mais le plus souvent par des prêtres séculiers.
Ce n’est que postérieurement à l’époque où notre Bienheureux écrivait, que la faculté d’ériger le Chemin de la Croix commença a être accordée a des prêtres séculiers ou réguliers de divers Ordres, et même a des Evêques avec pouvoir de sous-déléguer. Il en est de même de la faculté d’attacher les indulgences du Chemin de la Croix à des crucifix portatifs, en faveur de certaines personnes qui sont empêchées de visiter les stations. Voilà des faits dont il faut nécessairement tenir compte. Nous les exposons en détail et nous signalons les modifications à introduire en conséquence dans le texte primitif.
Enfin, une multitude de décisions émanées de la sacrée Congrégation des Indulgences sont venues confirmer les assertions de notre auteur, résoudre des questions sur lesquelles son opinion n’était pas assez nette, ou dissiper des doutes qu’il n’avait pas prévus. Nous les ajoutons à celles qui furent provoquées par lui-même et consignées dans son livre. Ainsi nous présentons, sous le titre de Documents émanés du Saint-Siège, un recueil assez complet des brefs pontificaux, des décrets et des déclarations de la sacrée Congrégation, relatifs au Chemin de la Croix. Nous croyons avoir reproduit tous les documents qui sont de quelque importance. Craignant moins de pécher par excès que par défaut, nous n’avons pas même omis de rapporter les déclarations relatives à des points déjà clairement définis dans le bref de Benoît XIV et les Avertissements de la Congrégation, de 1742. Cependant, lorsque plusieurs consultations ne font que se répéter, nous nous bornons à en donner une seule in extenso. Certains doutes, en effet,
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
ont été proposés à la Congrégation des Indulgences jusqu’à trois, quatre et cinq fois. Et il ne faut pas s’en étonner. Les décisions de cette Congrégation ne reçoivent qu’une publicité assez arbitraire ; elles ne sont pas réunies en corps, mais éparses dans divers recueils périodiques, de sorte qu’on ne sait trop souvent ou les chercher au besoin, ou qu’on n’en soupçonne pas même l’existence.
Notre collection remédiera, en partie du moins, à cet inconvénient.
Le lecteur appréciera, nous en avons la confiance, Futilité des additions et des modifications dont nous venons de lui donner une idée. Elles rendront, en effet, l’ouvrage du bienheureux Léonard aussi exact que complet, et lui donneront toute l’opportunité d’un écrit entièrement neuf.
Cependant une difficulté se présentait dans l’exécution du travail que nous avons entrepris. D’une part, nous voulions conserver le texte de l’auteur pur et intègre ; d’autre part, il eût été incommode pour le lecteur de ne pouvoir le parcourir avec une entière confiance sans être obligé de recourir à des notes placées au bas de la page, ou renvoyées en forme d’appendice à la fin du volume.
Afin de conserver à chacun ce qui lui appartient et de rendre la Voie sacrée d’un usage plus facile et plus pratique, nous avons cru devoir intercaler nos additions dans le corps même de l’ouvrage, mais en ayant soin de les distinguer du texte primitif à l’aide de guillemets d’une forme spéciale “qui les encadrent.”
Auguste Souveraine,
C'est pour soulager votre Cœur désolé, ô Reine des Martyrs, que j’ai entrepris d’aplanir cette Voie sacrée, rougie du sang précieux de votre doux Jésus. Bénissez, ô puissante Souveraine, tous ceux qui, pour imiter le martyre que la douleur a fait éprouver à votre âme, s’affectionneront au saint exercice du Chemin de la Croix, et arroseront de leurs larmes le rude sentier que votre bienaimé Fils a marqué par les traces de son sang ; daignez aussi jeter un regard bienveillant sur ce modeste travail, et agréer l’humble offrande qui vous en est faite avec les sentiments d’un entier dévouement. Ah ! je le proteste, je voudrais avoir un cœur qui valût à lui seul tous les cœurs, afin de vous aimer pour tant de malheureux qui ne vous aiment pas; je voudrais avoir une langue qui valût toutes les langues, afin de publier partout vos grandeurs ; bien plus , je voudrais avoir mille vies en mon pouvoir, et même toutes les vies, pour vous les sacrifier toutes â la fois ; je serais heureux de m’anéantir tout à fait pour vous procurer un nouveau degré de gloire, si faible qu’il fût; et s’il est possible de désirer quelque chose de plus pour votre honneur, je le désire réellement par pur dévouement. Je sais que le don que je vous fais est bien mince,
mais je sais aussi que c’est le fruit des inspirations de votre Cœur désolé : pour ce motif je le crois digne de Vous, ô Marie! qui avez été la première, après votre divin Fils, à parcourir celte voie douloureuse, et qui n’avez cessé de la fréquenter assidûment pendant tout le reste de votre vie. C’est donc a Vous, ô Vierge de douleurs ! que je consacre mon œuvre; agréez-la et, je vous en supplie de nouveau, disposez les cœurs de tous vos serviteurs à suivre cette Voie sacrée avec une telle ferveur, que chaque pas soit un acte d’amour envers Jésus souffrant, et de compassion envers Vous-même, ô divine Mère, qui avez failli expirer au milieu de tant de tourments.
Tel est l’unique désir de celui qui depuis longtemps s’est donné tout à Vous, qui ne soupire que pour Vous, qui n’aspire qu’après Vous, et qui, sans Vous et sans la consolation de penser à Vous, ne trouverait plus qu’amertume dans cette vie. Bénissez donc, auguste Souveraine, et le donateur, et le don, et le cœur avec lequel il vous l’offre, tandis qu’humblement prosterné à vos pieds, il aime à se dire,
De Votre Souveraine Majesté,
Le très-humble, très-dévoué et trèsaffectionné serviteur et esclave,
Fr. Léonard de Port-Maurice.
LA VOIE SACRÉE