‹ Chemin de la croixChapitre 2 sur 153 · PREMIÈRE INSTRUCTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE INSTRUCTION

I. Indulgences du Chemin de la Croix. — II. Conditions pour les gagner.

Nous présentons ici aux fidèles le Chemin de la Croix aplani, et dégagé des nombreuses difficultés qui les en éloignaient . A force de doutes et de fausses interprétations au sujet des Bulles pontificales, on était parvenu ale faire envisager comme dépourvu des avantages spirituels qui ont toujours été le plus puissant stimulant en faveur des pratiques de piété : car d’ordinaire les hommes s’attachent plutôt au bien par l’espoir de la récompense à laquelle ils aspirent, que par amour pour le bien en lui-même, ce qui les touche peu. Le saint roi David avait, certes, un cœur selon le cœur de Dieu, et cependant il a déclaré que s’il se portait à observer la loi divine, c’était particulièrement en vue de l’utilité qu’il en attendait : Inclinavi cor meurn ad faciendas justipcationes tuas propter rclribulionem1 . Il

‘ Psal. 118.

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n’est donc pas étonnant que jusqu’ici la pieuse pratique du Chemin de la Croix n’ait pas été embrassée par les fidèles avec toute l’ardeur qu’on pourrait désirer, vu qu’on mettait en doute les nombreuses indulgences dont il a été enrichi par les Souverains Pontifes. Mais, grâces en soient rendues au Seigneur, après tant et de si longues contestations, la déclaration faite par Clément XII, et renouvelée par notre saint-père le pape Benoît XIY, est venue enfin tranquilliser les esprits, dissiper les nuages et mettre la vérité en évidence. Désormais il n’y a plus aucune foi à ajouter à tous ces petits livrets dans lesquels on trouve la plus grande variété d’opinions touchant les Indulgences du Chemin de la Croix. Les uns les restreignaient exclusivement aux membres de l’Ordre de Saint-François, les autres, aux seules églises du même Ordre, d’autres encore prétendaient qu’il fallait réciter six Pater et six Ave à chaque station : c’étaient la autant d’obstacles qui empêchaient les fidèles de profiter de ce trésor de mérites, qui ôtaient à l’Ordre séraphique la gloire de le propager, et qui privaient les âmes du Purgatoire d’un puissant secours.

Toutes les opinions doivent cesser lorsque l’oracle du Vatican s’est fait entendre. Sachez donc que, comme vous le verrez dans les Bulles des Souverains Pontifes et les Avertissements subséquents, que nous reproduirons ciaprès ( Documents émanés clu Saint-Siège, n. i et n.)7 sachez, dis-je, que tous les Chemins de la Croix érigés ou qui seront érigés dans la suite par des Frères Mineurs dépendants du Général de l’Ordre Séraphique, dans les églises, oratoires, hôpitaux, et autres lieux pieux, même indépendants de cet Ordre, jouissent des mêmes indulgences que les Chemins de la Croix érigés dans les églises ou couvents de l’Ordre. En d’autres termes, quiconque prati-

quera le pieux exercice du Chemin de la Croix là où il est érigé dans la forme prescrite par les décrets pontificaux, gagnera les mêmes indulgences que s’il visitait réellement et personnellement les stations de la Voie sacrée à Jérusalem.

Ces indulgences sont très-nombreuses et ne peuvent être mises en doute, surtout celles qui ont été accordées au saint Sépulcre; il devait en être ainsi eu égard à la dignité de ces lieux, consacrés par la présence et par le sang adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; le trésor des indulgences de Terre-Sainte doit donc être suppose comme incontestable plutôt que démontré. De là vient que, lorsque saint François demanda au pape Honorius III, de la part de Notre-Seigneur, le fameux pardon d’ Assise ou l’indulgence de la Portioncule, les cardinaux de la sainte Eglise s’y opposèrent d’abord, précisément par le motif que « les indulgences de Terre-Sainte seraient dépréciées : » Indulgentiœ Terrœ Sanctœ négliger entur* . Ainsi, on doit tenir pour indubitable que les indulgences accordées aux Lieux-Saints sont très-considérables; et vous devez en éprouver une grande consolation, si vous réfléchissez qu’il est maintenant certain que vous pouvez les gagner toutes, chaque fois que vous visitez un Chemin de la Croix érigé par les Frères Mineurs ou Franciscains deTObservance, “ou par tout autre prêtre dûment autorisé à cet effet, comme nous le dirons dans la suite. ”

Mais quelle est l’étendue de ces indulgences et en quoi consistent-elles? C’est ce qu’on ne saurait préciser. Vous ne devez pas facilement ajouter foi à certains petits livres qui ont la prétention d’indiquer, par un chiffre certain et déterminé, la quantité d’indulgences attachées au Chemin

1 Lect. 3 noct. 2. Consecr. eccl. Portiunc.

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de la Croix, d’autant plus que les règles ou Avertissements publiés par ordre de Clément XII, et confirmés par le pape régnant Benoît XIV, sous le sceau et le seing de l’éminentissime cardinal Pic de la Mirandole, Préfet de la Congrégation des Indulgences, défendent « d’annoncer en chaire ou de toute autre manière, et à plus forte raison d’écrire dans les chapelles ou aux stations, un nombre certain et déterminé d’indulgences... Qu’il suffise donc de dire, ajoutent les mêmes Règles, que quiconque pratiquera avec dévotion ce saint exercice en méditant la Passion du Sauveur, gagnera les mêmes indulgences que s’il visitait réellement les stations du Chemin de la Croix à Jérusalem1. »

Cette mesure est extrêmement sage, attendu qu’un incendie, qui éclata au saint Sépulcre du temps de saint Pie V, dévora les archives et entre autres les documents authentiques concernant ces indulgences ; de sorte qu’on ne peut, sans s’exposer à blesser la vérité, en indiquer la quantité avec certitude. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elles sont très-précieuses et en grand nombre. Et bien que vous ne puissiez gagner pour vous-même qu’une seule indulgence plénière par jour, il est cependant vrai qu’en appliquant les autres aux âmes du purgatoire, vous pouvez espérer d’en délivrer plusieurs chaque fois que vous pratiquez ce pieux exercice. Il faut avoir soin cependant de faire cette application au commencement, ou du moins avant la fin de l’exercice ; il serait trop tard d’y songer lorsqu’il est terminé; elle ne servirait plus de rien. N’oublions jamais cette remarque qui est très-importante.

* Avertissements } art. ix. ci-après : Documents, v, te , n n.

Les conditions nécessaires pour participer à cet immense trésor d’indulgences peuvent se réduire à quatre.

La première, c’est que le Chemin de la Croix soit érigé par les Frères-Mineurs soumis au Ministre Général de l’Ordre., “c’est-à-dire par des Franciscains de l’Observance ou des Récollets, ” auxquels le privilège de l’ériger a été accordé à l’exclusion de tous autres : Privative quoad alios quoscumque, ainsi qu’il est dit dans les Brefs pontificaux. 11 Cependant, comme les Frères-Mineurs ne sont plus aussi répandus qu’autrefois, cette faculté est souvent accordée aujourd’hui, par induit spécial du Saint-Siège, à d’autres prêtres séculiers ou réguliers, et même à des évêques avec pouvoir de déléguer à cet effet tout prêtre quelconque de leur diocèse. Les Chemins de la Croix érigés en vertu d’une semblable délégation jouissent pareillement de toutes les indulgences. (Voyez ci-après : Eclaircissements, etc. §. v; — Documents, etc. n. xvn et xxi.) ”

Quant au terme d’érection, il doit s’entendre moralement. Celui qui érige ne doit pas nécessairement planter ou fixer les croix de ses propres mains ; il suffit que l’érection se fasse sous la direction d’un supérieur local de quelqu’un de nos couvents, ou d’un autre supérieur majeur, ou d’un religieux quelconque de notre Ordre, délégué à cet effet, et qui soit au moins prédicateur ou confesseur approuvé, conformément à ce qui est prescrit par les Règles ou Avertissements déjà cités, art. 1 et n, u ou enfin de tout autre prêtre muni d’un pouvoir spécial. Et le seul rit essentiel pour l’érection c’est la bénédiction des croix. La sacrée Congrégation des Indulgences a formellement déclaré, en 1 842 et en 1846 ( Documents , etc. n. xn), qu’il n’est pas nécessaire pour la validité de l’érecp. m. vm. 2

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tion, quelque part qu’elle ait lieu, que le prêtre qui a béni les croix les place de ses propres mains, ni même qu’il fasse le Chemin de la Croix ou prenne parta cet exercice. Les croix dûment bénites peuvent être mises en place par toute aulre personne, clerc ou laïque, en particulier, sans cérémonie et même un certain laps de temps après. ”

Il faut remarquer cependant qu’en vertu d’un décret émané le 30 juillet 1748, de la sacrée Congrégation des Indulgences, la délégation du religieux qui érige et le consentement du supérieur local de l’Ordre, ainsi que la permission tant de l’Ordinaire que du curé ou du supérieur de l’église, monastère, hôpital ou autre lieu pie, où l’érection se fait, devront être donnés par écrit, et non autrement, de manière a pouvoir être exhibés au besoin, sous peine de nullité à encourir par le fait même, “ si l’authenticité de l’érection, a défaut de ces pièces, ne peut être dûment constatée. ” On donnera le Décret dont il s’agit ci-après ( Documents , n. iv.), et l’on expliquera en outre ce qu’il y a à observer pour en accomplir les prescriptions ( Eclaircissements , §. vu.)

“Le prêtre qui érige, quel qu’il soit, régulier ou séculier, étant muni d’une délégation en forme soit du Saint-Siège, soit de son évêque ou de son supérieur autorisé a cet effet, il faut encore que tout ce qui a rapport à l’érection, savoir, la demande d’érection et l’autorisation de l’Ordinaire, se fassent par écrit ; que le document contenant l'une et l’autre reste dans les archives ou les registres de l’évêché, et qu’il en soit fait mention dans les registres du lieu où les stations sont érigées. (. Eclaircissements , § vu, et Documents, n. vi et xxn.)

“Ces écritures ne sont requises sous peine de nullité que comme moyen de constater la réalité et la validité de l’établissement du Chemin de la Croix; c’est pourquoi, si elles

avaient été omises, et qu’on n’eût d’ailleurs aucun doute relativement à l'érection, il suffirait que l’Ordinaire y suppléât par de nouvelles lettres d’institution ou de confirmation, quel que soit le laps de temps écoulé depuis l’érection [Documents j n. v.)”

11 est bon que, la première fois, l’exercice du Chemin de la Croix se fasse processionnellement, avec le concours de tous les fidèles, qu’on bénisse les croix avec la plus grande solennité possible, et qu’on ait soin d’adresser aux fidèles une exhortation pour les engager à observer la modestie, la piété et le recueillement; car c’est la une des dispositions réclamées par les souverains pontifes lorsqu’ils appellent cette sainte pratique « une pieuse méditation des traces du Sauveur, » devotam illorum gressuum meditationem . On exigera surtout qu’il règne un silence parfait dans l’église, l’oratoire, l’enceinte où se fera la cérémonie. Si ce lieu n’était pas saint auparavant, il le devient a partir de ce moment, puisqu’il est désormais consacré a la prière. D’ailleurs un des principaux avantages qu’on se propose dans la propagation du Chemin de la Croix, c’est d’introduire tout doucement parmi les chrétiens l'usage de la méditation, et au moyen de cet usage, la réforme des mœurs. C’est pourquoi on aura le plus grand soin d’écarter de l’endroit où il est établi tout ce qui pourrait occasionner quelque irrévérence, ainsi qu’il est sévèrement prescrit dans les Avertissements, article ni, afin que chacun puisse le fréquenter commodément et avec piété.

Pour ériger le Chemin de la Croix dans un couvent de religieuses, ainsi qu’il est réglé par les mêmes Avertissements, art. vm, il n’est pas nécessaire d’entrer dans la clôture ; il suffit que le prêtre bénisse les croix a la grille et fasse une courte instruction aux religieuses pour leur

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indiquer la manière de faire ce pieux exercice avec fruit, et les exhorter à sy appliquer fréquemment.

La seconde condition pour gagner les indulgences du Chemin de la Croix, cest de le faire en état de grâce, car sans la grâce il est impossible de plaire à Dieu. Toutefois si quelqu’un avait le malheur de se trouver en état de péché mortel, qu’il n’abandonne pas pour cela cette pieuse pratique ; car, selon une opinion suivie par plusieurs théologiens, il pourra gagner les indulgences pour les âmes du purgatoire1, et il en recueillera pour lui-même de grands avantages spirituels, en obtenant de Dieu la lumière et la force dont il a besoin pour se relever de son misérable état. On a vu les pécheurs les plus obstinés se convertir en faisant le Chemin de la Croix, et prendre la résolution de changer de vie.

La troisième condition , qui est, pour ainsi dire, l’âme de ce saint exercice, c’est la méditation de la passion du Sauveur, des tourments, des humiliations, des outrages affreux qu’il a endurés pour notre salut, ainsi que l’enseignentdans leurs brefsles Souverains Pontifes Innocent XIÏ, Clément XII et Benoît XIV : Ad recolendam seu meditan dam Christi passionem. D’où il suit que l’œuvre indispensable pour gagner les indulgences consiste a méditer la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; de telle sorte que si quelqu’un en vaquant a ce pieux exercice se contentait de méditer mentalement la Passion il gagnerait les indulgences. 11 (Voyez Avertissements, art. vi, et les déclarations de la Congrégation, Documents, n. xui.) ”

Quant aux personnes simples qui ne savent pas médi-

‘ 1 C’est en effet le sentiment d'un grand nombre d’autorités respectables, citées et suivies par Ferraris, Biblioth. v° indulgenlia , art. 3, n. 21.”

ter, ni considérer distinctement et avec ordre les mystères de la Passion, il suffît, comme il est dit dans le sixième Avertissement de la sacrée Congrégation, qu’elles sachent que les croix ou les tableaux quelles ont sous les yeux représentent les lieux saints où Jésus a enduré pour nous les plus cruels tourments, et que par cette pensée elles excitent dans leurs cœurs des sentiments de compassion envers ce bon Sauveur, autant que leur capacité le permet.

Toutefois on exhorte tous les fidèles, mais sans les y obliger, à réciter le Pater, l 'Ave, le Gloria et un acte de contrition k chaque station, conformément a l’usage introduit. “Que ces prières soient de conseil seulement et non de nécessité, c’est ce qui a été confirmé par plusieurs déclarations de la sacrée Congrégation. (Voyez Documents n. xi, ad 4m ; et n. xm.) Quant aux réflexions, il paraît qu’il ne suffît pas quelles roulent sur la Passion en général, mais quelles doivent se rapporter a chacune des quatorze stations, dont le sujet est censé universellement connu, et d’ailleurs suffisamment rappelé par les tableaux. (Voyez Documents, n. xiv.) ’*

La quatrième condition est de visiter réellement toutes les stations, en allant de l’une a l’autre, a moins qu’il n’y ait empêchement physique ou moral. C’est ce qui ressort * du décret d’innocent XI rapporté dans le nouveau Bréviaire ( Rubric . particul. n. 171 .) : Vice crucis gressus, et devotam illorum gressuum meditationem. u Ce point est confirmé par des déclarations formelles de la Congrégation des Indulgences. Documents , n. xm et xv. — Voyez aussi, touchant cette condition , les Eclaircissements, § xix. — Déplus il faut visiter les quatorze stations successivement et d’un seul trait, c’est-a-dire sans interruption notable. Voyez Eclaircissements, § xxi, et Documents, n. xvi. ”

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Il n’est cependant pas nécessaire qu’il y ait entre les stations le même nombre de pas, ou la même distance, qu’il y a sur la Voie sacrée à Jérusalem ; rien de semblable n’est requis par les Brefs pontificaux ; et quoiqu’il soit convenable d’ériger le Chemin de la Croix dans un endroit assez spacieux pour observer entre les stations des distances qui satisfassent le coup-d’œil et favorisent la dévotion, qu’on n’aille pas croire que l’exiguité du lieu soit un obstacle à son établissement. ( Documents , etc. n. m).

Il n’est pas non plus nécessaire de se confesser et de communier; il suffît, comme on l’a dit plus haut, d’être en état de grâce.

Il est bon de remarquer qu’on peut gagner les indulgences du Chemin de la Croix, non-seulement les vendredis du mois de mars, où il serait excellent et trèsconvenable de le faire processionnellement, avec le plus grand concours de monde et la plus grande solennité possibles, mais encore tous les jours de l’année, et en le faisant en particulier. On peut même les gagner plusieurs fois par jour pour les trépassés; car tel est le privilège des indulgences de Terre-Sainte.

Que les prédicateurs et les curés aient soin d’instruire les fidèles de ces conditions, afin qu’ils participent plus sûrement au trésor des indulgences.

Voila la Voie sacrée aplanie, et les indulgences qui y sont attachées mises à la portée de tout le monde. Il ne reste plus qu’à vous indiquer la manière de pratiquer avec fruit une si belle dévotion. Pratiquez-ia fréquemment, non-seulement dans le bat de vous enrichir d’un trésor d’indulgences, mais beaucoup plus encore pour embellir votre âme de grâces et de mérites devant Dieu, et obtenir mille autres faveurs spirituelles et temporelles

dont vous avez besoin. Tâchez môme de vous associer des compagnons dans la pratique de ce saint exercice, en exhortant toutes les personnes avec lesquelles vous êtes en relation à s’y affectionner. C’est dans le but d’éclairer et de seconder votre piété que nous traçons l’Instruction* suivante.

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