‹ Chemin de la croixChapitre 100 sur 153 · MODESTIE, PRUDENCE · texte numérisé non relu

MODESTIE, PRUDENCE

Les saints, par les exemples d’une rigueur excessive qu’ils nous ont laissés, ont consacré la doctrine qu’il faut fuir ses parents. Non-seulement ils répugnaient de les voir et de converser avec eux, mais ils évitaient soigneusement de s’immiscer en quoi que ce soit dans leurs affaires, jusqu’à ne vouloir pas même recevoir de leurs nouvelles. Saint Jean Climaque rapporte d’un vertueux père du désert qu’ayant reçu un paquet de lettres de son pays, il se mit à se demander quel fruit il pourrait retirer de la lecture de ces lettres. « Je n’en retirerai aucun, se dit-il; elles ne feront que me ravir cette précieuse paix du cœur

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dont je jouis présentement ; »et sans plus d’examen il les jeta au feu : Ite , cogitationes patriœ, et pariter comburi - Allez, dit-il, souvenirs du monde ; qu’ai-je a faire de parents et d’amis, et pourquoi m’occuperais-je de ce qui les regarde?»

Or, faisons ici une réflexion : si un saint redoutait tellement de penser à ses parents, si pour se tenir recueilli avec Dieu il ne voulut même pas lire leurs lettres ; une religieuse qui n’est pas encore sainte, mais qui a le cœur fort sensible, qui voudrait voir continuellement ses parents à côté d’elle, qui s’inquiète lorsqu’ils ne paraissent pas au parloir, qui tous les jours ne fait qu’envoyer et recevoir des lettres pour se tenir au courant de tout ce qui les concerne; quel recueillement, quel esprit intérieur, quelle union avec Dieu pourrait-elle jamais avoir?

— «Un peu de compassion, mon père ; à la fin nous ne sommes pas des solitaires; et puis les supérieures veulent qu’on aille au parloir et qu’on fasse bonne mine a ses parents. »

Eh bien! puisque la misère de notre temps exige cette condescendance , au moins comportez-vous religieusement, et lorsque l’obéissance ou la nécessité vous oblige de vous rendre au parloir, allez d’abord vous prosterner devant le très-saint Sacrement et dites : Seigneur, j’y vais par obéissance, aidez-moi de votre grâce, prêtez-moi votre secours, afin que je n’en sorte point avec la conscience souillée. — Puis, n’y allez jamais seule, mais prenez avec vous trois sages compagnes qui sont : la retenue, la modestie et la prudence.

Retenue. Lorsque vous paraissez au parloir, vous devez vous montrer polie, tant avec vos parents qu’avec les autres personnes;’ mais que votre politesse soit grave et modeste. Parlez peu et dégagez-vous au plus tôt. En un

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mot, comportez-vous de telle sorte qu'on sen aille avec la résolution de ne plus revenir. Vous y réussirez si vous mettez en pratique les enseignements que sainte Térèse a laissés par écrit a ses filles : et La religieuse, leur dit-elle, doit plutôt se faire gloire d’être grossière que recherchée, en matière de compliments et de vains discours. » Jugez de la quelle est l’erreur de ces religieuses, qui lisent certains ouvrages légers tout exprès pour se familiariser avec les formes élégantes du langage et passer pour de belles parleuses, tandis que sainte Catherine de Sienne écrivait a sœur Eugénie, sa nièce : « Je t’engage a ne paraître devant les séculiers que la tête baissée, et dans tes discours montre-toi sauvage comme un hérisson. » Tâchez donc d’observer une grande retenue dans vos entretiens avec les séculiers; mettez toujours en avant des discours de piété, parlez de Dieu, de la manière de se bien confesser, de la laideur du péché et d’autres choses semblables. Oh! alors comme on se retirera touché, édifié! Voyez, dira-t-on, comme elle est changée; autrefois elle se familiarisait avec nous: elle aimait tant à plaisanter! Maintenant on dirait a peine qu’elle nous connaît. On voit qu’elle est vraiment morte au monde. — Ainsi les visiteurs s’en iront avec une haute idée de vous et de votre couvent, et en voyant que vous ne partagez pas leurs goûts, ils ne viendront plus aussi souvent troubler votre retraite.

Telle est la doctrine que sainte Térèse communiquait à ses religieuses, en leur inculquant fortement de traiter toujours des sujets spirituels dans leurs entretiens avec les séculiers. « Gardez-vous bien, disait-elle, de devenir les disciples des séculiers; tâchez plutôt d’être leurs maîtresses, si bien que vous n’appreniez point leur langage, mais qu’ils soient forcés d’apprendre le vôtre. Et si à cause de ces sortes de discours ils vous traitent d’impo-

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lies, ne vous en inquiétez pas, non plus que s’ils vous traitaient d’hypocrites. Que si pour le même motif ils ne venaient plus vous voir, vous auriez beaucoup gagné, car vous ne recevriez plus la visite que de ceux qui comprennent le langage du ciel. »

Je recommande surtout l’attention sur elles-mêmes à ces religieuses qui vont au parloir et a la porte, non-seulement pour rire et s’amuser, mais aussi pour savoir tout ce qui se passe dans le monde, puis remplissent le couvent des nouvelles du dehors, et ce qui est pis encore, remplissent le monde des nouvelles du couvent, en racontant à des séculiers tout ce qui se passe dans l’intérieur du cloître, si bien qu’au grand détriment de la religion, on en parle sur les places publiques, dans les magasins et dans toutes les réunions. Oh! quel scandale! et à quel châtiment ne doivent pas s’attendre ces langues intempérantes! Malheur à vous si vous êtes de ce nombre!

Modestie. Sainte Térèse était si jalouse de' cette modestie qui doit accompagner la religieuse au parloir , quelle reprenait très-sévèrement ses filles si elles avaient le malheur de manquer en la moindre chose â cette belle vertu. Vous qui lisez ces pages, ne vous y êtes-vous jamais rendue répréhensible par vos gestes, vos rires, vos regards, en un mot, par des manières toutes contraires à votre profession? Ah ! quel grave dommage ne résulte-t-il pas pour vous et pour le couvent d’une conduite si libre et si peu religieuse ! Souffrez donc que j’en dise toute ma pensée.

Malheur â vous si vous paraissez au parloir avec un costume â moitié sécularisé, une robe si bien ajustée à votre taille qu’elle ne ressemble plus a une tunique religieuse!

Malheur à vous si vous y paraissez, non pas avec un voile tout uni sur la tête, selon l’usage des religieuses les

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plus régulières, mais bien avec un voile plissé, orné d’un rebord de luxe, propre à servir de parure, et laissant s’échapper autour du visage quelques petites boucles de cheveux, vanités qui vous font passer pour une frivole sectatrice du siècle, et une ennemie des épines et des plaies de Jésus crucifié !

Malheur a vous si vous portez des fleurs sur la poitrine, des bagues aux doigts, un éventail a la main, et si vous faites usage d’odeurs et de parfums qui sentent le monde !

Malheur à vous Si, imitant certaines vierges folles, vous admettez des séculiers a manger dans l’intérieur du couvent, vous asseyant à table avec eux, et vous exposant, par l’abondance des mets et des vins exquis, a perdre l’usage de la raison, votre honneur, votre âme, et le paradis même !

Malheur à vous si, vous laissant aller aux usages du siècle, vous souffriez, sous quelque prétexte que ce fût, que quelqu’un se permit avec vous des légèretés et des badinages, non-seulement en paroles, mais encore en actions, jusqu’à vous toucher â travers la grille! Sainte Térèse ne peut retenir ses larmes â la seule pensée qu’un pareil cas puisse se présenter, et elle dit en pleurant que cent enfers ne suffiraient pas pour châtier un tel sacrilège. Vous vous flattez que tout en manquant à la modestie extérieurement, vous vous maintiendrez religieuse et chaste à l’intérieur. Il n’en sera pas ainsi si vous plaisantez avec toute sorte de personnes au parloir ; l’expérience nous apprend que tant d’autres, semblables à vous, qui ne craignaient pas plus que vous, ont fait des chutes lamentables, et se sont précipitées hors du cloître non- seulement de cœur, mais aussi de corps, et des bras de Jésus-Christ sont passées à ceux du démon. Il suffit quelquefois d’une seule religieuse trop libre pour perdre de

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réputation toute une Congrégation. Concluons donc : les petits-maîtres et les freluquets au parloir, c’est la ruine d’un couvent.

Prudence . La simplicité de la colombe est le plus beau caractère d’une religieuse cloîtrée ; mais si a cette simplicité elle ne joint la prudence du serpent, elle est en péril évident de donner dans beaucoup d’égarements. Pour vous ouvrir les yeux, prenez garde a ce que je vais dire. Il arrivera parfois que vous serez appelée au parloir par votre frère, par un parent, mais il peut se faire que votre frère vienne beaucoup moins pour lui-même, que pour obliger un ami qui l’accompagne, et qui nourrit quelque inclination pour vous. C’est ce dont devrait se défier surtout votre tante, votre maîtresse a laquelle vous êtes confiée; bien souvent elle sera appelée au parloir, non pas qu’on se soucie de la voir, elle qui est déjà avancée en âge, mais parce qu’on voudrait bien passer le temps avec vous qui êtes jeune novice, et qu’on ne peut vous voir sans elle. Et vous qui vous apercevez du détour, qu’avezvous à faire? C’est de montrer beaucoup de dignité, ou, ce qui vaudrait mieux encore, de tirer une belle révérence et de vous retirer.

Cette précaution, vous devez en user même avec les religieux qui se présentent munis des permissions requises pour converser avec vous, du moment que vous vous apercevez que leurs discours ne tendent pas a la perfection, mais plutôt à insinuer le relâchement sous le masque de certaines doctrines commodes ; dégagez-vousen au plus tôt et fuyez; avec ces sortes de personnes ne dites pas un mot qui ne respire le paradis.

Quant aux religieux qui sont vos confesseurs, vous ne devriez jamais leur parler, si ce n’est au tribunal de la pénitence, lorsque vous avez k traiter des intérêts de

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votre conscience. Que si en certaines circonstances vous aviez 'a traiter d affaires domestiques, parlez-leur au tour et gardez-vous bien de jamais vous entretenir avec eux à la grille. Vous devez éviter la familiarité avec toute sorte de personnes, mais spécialement avec les confesseurs ou directeurs de votre âme, à l’égard desquels il semble que le cœur se laisse aller plus aisément à une sympathie naturelle. Si cette sympathie n’est pas modérée dès le principe, le feu s’allume bientôt et dégénère au point qu’on aime le confesseur, non pas comme un père spirituel, mais comme une personne qui plaît. De là suit la tiédeur, on s’entretient avec le confesseur comme avec un ami, on use d’expressions qui dénotent les sentiments tendres ; puis viennent les petits présents, les petits billets, et à la suite de tout cela les jalousies, et voilà le couvent sens-dessus-dessous. Quelle a été la cause d’une ruine si lamentable? C’est vous, dit sainte Térèse, carie confesseur était parfaitement indifférent; mais en le demandant si souvent, en le retenant si longtemps au confessionnal, en voulant prendre soin de son linge, de sa garde-robe, peut-être de sa table, vous avez attiré son attention, et les égards qu’il a eus pour vous ont mis le trouble parmi vos consœurs ; il en est résulté force cancans dans le monastère, de la déconsidération pour votre personne et la perte du confesseur; car il s’est vu contraint de se retirer s’il voulait éviter d’être déposé, au grand détriment de sa réputation.

Ah ! si je pouvais me faire entendre des confesseurs, je leur raconterais les disgrâces de plus d’un de leurs confrères, et je leur dirais : Ne parlez jamais à aucune religieuse hors du confessionnal ; réprimandez-les si elles osent proférer une parole qui trahisse quelque affection ou sente le compliment ; ne leur confiez point l’entretien

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de votre linge ; en un mot, soyez confesseurs et non mercenaires ; cherchez le bien des âmes et non votre avantage personnel.

COMMENT CNE RELIGIEUSE DOIT SE COMPORTER DANS LES MOMENTS DE MÉLANCOLIE ET D AFFLICTION D* ESPRIT.

Gaudete in Domino semper, iterum dico gaudetex : l’Apôtre veut que toute tristesse soit bannie loin de nous, que notre cœur soit continuellement dans la joie, et que nous nous dilations dans le Seigneur. Or, que faites-vous lorsque la clôture vous pèse et que la mauvaise humeur vous domine? — Que voulez-vous que je fasse? je me retire en chambre et je pleure à mon aise. — Pauvre enfant! et vous n’avez pas honte d’une telle faiblesse? Vous ne voyez donc pas l’artifice du démon, qui fait avec vous ce que font les pêcheurs pour prendre le poisson dans les rivières? Ils commencent par troubler l’eau, afin que le poisson n’aperçoive pas les filets et s’y précipite. Ainsi le démon en use-t-il à votre égard; il vous agite le cœur par la tristesse afin de pêcher en eau trouble, c’està-dire, de vous faire tomber dans une foule d’imperfections et peut-être même de péchés. Lorsque vous êtes troublée et mélancolique, vous êtes incapable d’aucun bien et disposée à toute espèce de mal. Ce ne sont alors qu impatiences sans fin, que jugements et soupçons téméraires. Ne trouvant plus de goût dans les choses spirituelles, le démon vous excite à chercher votre satisfaction dans les créatures au prix de l’offense de Dieu.

— « Mais, mon père, je n’en ai que trop de motifs et au

Philip. 4, 4.

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dedans et au dehors : la supérieure me persécute, mes compagnes se moquent de moi; on ne me laisse plus moyen de vivre. »

La supérieure vous persécute? « Je reprends et je châtie ceux que j’aime, » dit l’Ecriture : Quos amo arguo et castigoi . Si la supérieure vous corrige de vos défauts, c’est un signe d'amour et non de haine. Plût à Dieu que tout le monde vous persécutât de cette manière! Vous devez baiser la main qui vous frappe, et rendre grâce à la supérieure qui cherche votre bien. Quant à vos compagnes, si elles rient de vous, eh bien! riez d’elles, et vous voilà quittes.

— « J’ai la conscience trop embrouillée ; je ne trouve pas de repos. »

Ouvrez-vous à votre confesseur ; manifestez-lui tous les replis de votre cœur, et vous en éprouverez un soulagement merveilleux. Sainte Térèse avoue qu’ellemême n’a jamais trouvé de moyen plus efficace pour recouvrer la paix et se maintenir dans le calme intérieur, que de manifester même les premiers mouvements de son cœur à un bon confesseur. En revanche, vouloir rester le cœur fermé et la langue muette vis-à-vis de ses pères spirituels, et prétendre avoir la paix, ce sont deux choses qui ne vont pas ensemble.

— « Je commets trop de péchés véniels, malgré toutes les résolutions que j’ai déjà prises. »

A bon compte, vous ne commettez pas de péchés mortels; car si vous en commettiez, vous n’auriez que trop raison de vous contrister et vous devriez en chercher au plus tôt le remède. Mais si vous ne commettez pas de péchés mortels, vous ne devez pas tant vous inquiéter. Il

Apoc. 3, 19.

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est vrai que ces péchés véniels diminuent la ferveur, mais ils ne détruisent pas la grâce, d’autant plus que vous ne les voulez pas, que vous vous recommandez a Dieu atîn qu’il vous en préserve. N’allez pas vous imaginer que le Seigneur se comporte envers vous comme un ami qui ne peut, rien souffrir; il connaît fort bien votre fragilité, et voit la bonne volonté que vous avez de ne lui déplaire en rien ; si après cela vous venez à tomber par faiblesse dans vos défauts ordinaires, humiliez-vous-en et soyez certaine qu’il ne vous aime pas moins qu'auparavant, pourvu toutefois que vous ne conserviez pas d’affection à ces fautes vénielles.

— « Il fut un temps où je commis même des péchés mortels. »

Oui, mais aussi vous les avez confessés, et peut-être avez-vous déjà fait plusieurs confessions générales; à quoi sert donc d’avoir le cœur si resserré? Bien plus, vous pouvez espérer d’être maintenant plus avancée en grâce que lorsque vous possédiez l’innocence, baptismale, parce que vous l’avez recouvrée par beaucoup de larmes et que vous l’avez augmentée par tant de communions, tant de bonnes œuvres que vous faites. Vous êtes donc trèsfondée à croire que le Seigneur vous veut plus de bien maintenant que lorsque vous étiez encore revêtue de la robe du baptême. Or, s’il en est ainsi, consolez-Vous et .restez tranquille.

— « Mais qui sait si tant de péchés m’ont été pardonnés ?»

Je dis que vous en avez une assurance morale ; car,

supposé même que quelques-unes de vos confessions n’eussent pas été valides, au moins sur tant de confessions que vous avez faites, il y en a certainement une bonne, ne fût-ce que la confession générale ; or, un péché ne pouvant être remis sans l’autre, tous les péchés des

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confessions antérieures faites de bonne foi vous ont été certainement remis dans cette confession-)à. Et puis, si vous étiez en état de péché mortel, vous en commettriez bientôt de nouveaux, car les péchés mortels engendrent d’ordinaire leurs semblables, et l’on n’a pas coutume de rester longtemps sans passer de l’un à l’autre. En effet, l’âme étant alors ennemie de Dieu et esclave du démon, elle reçoit moins de secours d’en haut et est en butte à de plus violentes tentations de la part de l’enfer, de sorte qu elle ne peut résister. Or, puisque déjà depuis plusieurs années vous ne commettez plus de péchés mortels, c’est un signe manifeste que vous n’en avez aucun sur la conscience. Consolez-vous donc, ne m’en parlez plus et soyez tranquille.

— « Malgré tout cela, le démon me suggère à chaque instant que je suis damnée, et que pour moi il n’y a plus de remède. »

Voilà la chanson ordinaire des religieuses; elles s’envoient d’elles-mêmes en enfer avant le temps. Pour repousser cette suggestion diabolique, je ne trouve pas de motif plus efficace que celui que je proposai par écrit à une religieuse qui se trouvait très-agitée. Le démon lui apparaissait sous une forme visible, et pour la jeter dans le désespoir, il lui disait aussi que pour elle il n’v avait plus de remède, que, quoi qu’elle fît, la sentence était déjà portée et qu’infailliblement elle devait être damnée. La pauvre fille me faisait part de ses afflictions, et je tâchais de la consoler et delà réconforter, en lui faisant peser tous les motifs de confiance qu’elle avait ; mais je n’y gagnais rien. Enfin je lui écrivis en ces termes : « Puisque rien n’y fait, désormais lorsque le démon vous resserrera le cœur en vous disant que vous êtes damnée, répondez-lui : « Si je suis damnée, je ne veux pas y penser, mais je veux aimer Dieu p. m. viu. 32

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de toutes mes forces. » Le démon revint à la charge et dressa ses batteries accoutumées, en lui répétant qu’elle était damnée; mais la vertueuse fille lui répliqua avec un courage héroïque : « Si je suis damnée, je ne veux pas y penser, mais je veux aimer Dieu de toutes mes forces. » Alors le démon poussa des grincements affreux et s’écria : « Maudit soit ce moine qui t’a fait la leçon ! » Et il disparut pour ne plus revenir. Voila ce qui arrête beaucoup de religieuses et les empêche de faire des progrès dans la perfection : c’est cette maudite défiance qui les plonge dans un abîme de tristesse. Vous les voyez toujours l’air sombre, pensif, inquiet. Allons donc! ayez bon courage. Je vous assure moi, que vous vous sauverez, que vous aimerez Dieu pendant toute l’éternité et que vous nagerez dans un océan de délices et de contentement. Commencez donc a faire dès maintenant ce que vous ferez pendant les siècles des siècles, c’est-à-dire, aimez Dieu avec la paix du cœur et la joie de l’esprit : Jubilate Deo omnis terra ; servite Domino in lœtitia1 .

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