XII
COMMENT UNE RELIGIEUSE DOIT SE COMPORTER DANS L OFFICE D’ABBESSE OU DE PRIEURE.
Je n’ai pas l'intention de traiter de tous les offices que les religieuses ont à exercer dans leurs couvents, mais seulement des principaux, de peur que cet opuscule ne dépasse de justes limites.
Vous avez donc été élue supérieure? Eh bien ! figurezvous qu’on vous a mis sur les épaules une grande croix ; portez-la avec courage, ne la traînez pas, marchez a la suite de Jésus-Christ, et pour ne pas vous égarer, mettez les pieds sur ses traces sanglantes ; en d’autres termes, portez votre croix avec humilité, avec prudence et avec résignation, afin quelle ne devienne point la croix de vos subordonnées.
D’abord je suppose que votre élection s’est faite légitimement, c’est-à-dire, sans coopération de votre part, sans intrigues, sans présents, sans sollicitations de votes favorables, et qu’ainsi vous soyez véritablement préposée par Dieu même au gouvernement de votre monastère. S’il en était autrement, vous pourriez vous attendre au sort ordinaire de celles qui s’élèvent par des voies détournées : c’est un déluge de calamités et pour elles et pour le couvent tout entier. Leur gouvernement n’étant pas béni de Dieu, elles ne font que gémir pendant leur vie et gémiront beaucoup plus encore au moment de la mort.
Dans la ville de Bergame, une abbesse se trouvait à l’agonie ; les religieuses entouraient son lit et l’aidaient de leurs prières ; le confesseur recommandait son âme à Dieu, lorsque la pauvre moribonde, saisie d’épouvante,
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s’écria : « Mes sœurs, je meurs accablée de tourments et de frayeurs a cause que je meurs abbesse. Je ne voulais pas de cette charge, vous le savez, et cependant rien ne m’épouvante maintenant comme de l’avoir exercée. » — Or, si une âme vertueuse qui refusa la supériorité éprouvait tant de craintes à l’article de la mort, qu’en serait-il de vous si vous l’aviez recherchée, et peut-être par des voies indignes?
Mais je suppose, je le répète, que vous ayez été élue légitimement et qu’ainsi vous soyez en légitime possession de votre gouvernement, souffrez, pour que vous vous en tiriez avec succès, que je vous propose quelques avis, qui, bien médités, vous éclaireront et vous aideront à exercer vos fonctions d’une manière moins imparfaite; car de les remplir avec une perfection pleine et entière, ce n’est pas chose si facile.
Le point fondamental est celui-ci : Soyez humble. — Oh ! qu’un certain air altier est préjudiciable à une supérieure! Redorera te posuerunt, noli extolii 4, vous dit PEsprit-Saint dans l’Ecclésiastique : vous avez été élevée par vos consœurs au gouvernement de la communauté, ne vous laissez pas enfler par une ambition fastueuse, qui affecte la domination. Non, non; soyez humble, soyez avec vos consœurs comme si vous n’étiez pas plus qu’elles; la douceur et l’humilité seront les plus puissants attraits pour vous gagner l’estime et le cœur de vos subordonnées. Prenez pour modèle Jésus-Christ, le véritable chef de l’Eglise : «Apprenez de moi, vous dit-il, que je suis doux et humble de cœur : » Discite a me quia mi fis sum et humilis corde 1 . Apprenez de moi la véritable manière de gouverner, et ne craignez point que la douceur et l’humilité portent jamais préjudice à votre dignité. Une abbesse
1 Eccli 32, 1.
Matth. 41, 29.
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altière ne soumet ses subordonnées qu’en les froissant, et celles qui sont soumises de force ont recours aux prélats et font du tapage. Au contraire, une abbesse humble dans ses manières est aimée de toutes ses religieuses; ses corrections et ses avis sont reçus de bonne grâce ou avec moins de ressentiment, et toute la communauté vit en paix. Sainte Marie-Madeleine de Pazzi disait que l’amour, l’estime et la confiance sont trois liens qui attachent le cœur des subordonnées à celui de la supérieure, et que ces trois liens sont brisés, détruits par l’orgueil. Soyez donc humble, encore une fois, soyez humble.
Ne faites pas d’innovations. — C’est un grand abus et qui se remarque tous les jours dans les couvents, chaque nouvelle abbesse veut faire de nouvelles lois et de nouveaux décrets, en bouleversant toute l’économie des constitutions de l'Ordre: si elle le pouvait, elle referait l’Institut à neuf. De grâce, ne donnez pas dans ces excès ; pénétrez-vous de cette belle maxime , que vous n’êtes pas maîtresse absolue ; le maître suprême, c’est Dieu, qui, par l’entremise des supérieurs subalternes, a dicté les règles qu’il faut observer : ces règles-là, faites qu’on les observe ainsi que les coutumes de votre monastère.
Si cependant l’antique observance y était en décadence, ce ne serait pas innover que de s’efforcer, avec tous les ménagements voulus, de la remettre en vigueur ; attendu qu’il est du devoir d’une bonne et véritable supérieure de s’appliquer a ramener sa communauté à sa ferveur primitive. Si donc les sacrements n’étaient plus aussi fréquentés que vos constitutions le prescrivent, vous êtes obligée d’y remédier. Si l’usage des pénitences extérieures au réfectoire était tombé en désuétude, tâchez de le faire revivre, et soyez la première â vous humilier, soit en baisant les pieds des religieuses, soit en vous metp. m. viii. 33*
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tant a genoux les bras en croix, soit par d’autres pratiques semblables.
Mais si quelque zélatrice indiscrète vous suggérait d’introduire, par des prescriptions inopportunes, de nouvelles austérités, je vous en conjure, n’adhérez pas a son sentiment, si ce n’est dans le cas très-rare que toutes les religieuses aspirassent a une réforme plus sévère, et que les supérieurs majeurs l’approuvassent. Du reste, déclarez toujours que vous n’entendez pas obliger la où vos règles et les ordres des supérieurs n’imposent 'aucune obligation. De cette façon, si quelque religieuse un peu relâchée venait a murmurer de ce que vous vous opposez à un abus, a une irrégularité, vous pourriez lui dire : « Ma chère sœur, vous savez que c’est l'a ce que prescrivent nos règles, nos coutumes, et ce que veulent les supérieurs; ces décrets ne sont pas de mon invention, mais des ordres du prélat. — Dites-lui avec saint Paul : «Ce n’est pas moi, mais le Seigneur » : Non ego, sed Dominus ; la règle, le supérieur le commande ainsi, et c’est ainsi qu’on doit faire. — Après cela, laissez crier, si vous ne voulez pas aller brûler vous-même .en purgatoire, comme il arriva â une abbesse dont il est parlé dans le livre intitulé : Apparitions diverses du père François de la Croix, carme déchaussé. Cette supérieure trop faible apparut après sa mort â ses religieuses, ayant les vêtements et le voile tout enveloppés de flammes : « Mes filles, s’écria-telle, je brûle et je souffre, pour avoir négligé l’observance des règles et l’exécution des ordres du supérieur. »
Ne soyez pas importune dans l’exercice de votre autorité. — b y a telle abbesse qui a la prétention de mettre la main à tout; on la voit du matin au soir rôder dans tous les lieux de service; elle veut faire la chambrière, la sacristine, la portière, la cuisinière, et en voulant tout
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faire, elle trouble tout le monde. Donnez vos ordres, et puis laissez faire à qui de droit.
Je verrais avec plus de peine encore que vous fussiez du nombre de ces cervelles inquiètes qui veulent tout changer; elles entreprennent de nouvelles constructions sous prétexte de rendre le couvent ou plus beau, ou plus commode, et a force d’avoir la tête toujours remplie de briques et de mortier, elles ne font jamais oraison.
Vous vous rendriez surtout odieuse à vos subordonnées si, pour embellir la sacristie, vous retranchiez sur la portion au réfectoire, sur la fourniture de vêtements et autres choses de nécessité. Illusion diabolique trop commune, mais ignorée des supérieures! pour avancer les travaux matériels on néglige le travail intérieur et spirituel ; et on jette le trouble dans le monastère en condamnant les pauvres religieuses à voir tout le long du jour des séculiers traverser les dortoirs sans une véritable nécessité.
Soyez complaisante et affable. — La base du gouvernement religieux doit être la confiance des inférieures à l’égard de leurs supérieures. Si les religieuses n’ont pas la confiance de vous exposer leurs besoins, de vous communiquer leurs peines, de vous demander les permissions convenables, de vous découvrir les désordres qui s’introduisent dans la maison, comment pourrez -vous gouverner? Et si le bruit court qu’on ne peut vous dire un mot sans vous fâcher et vous mettre en colère, comment voulez-vous qu’on ait confiance en vous? Chacune s’éloignera de votre chambre, on fuira votre présence, et excepté quelque amie particulière ou quelque nièce, toutes les autres vous tourneront le dos. Si donc vous voulez attirer à vous le cœur de vos inférieures, prenez un air de bonté et de complaisance; pour autant que l’observance régulière n’en souffre pas, donnez satisfaction à tout le monde avec une affectueuse affabilité.
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Il sert peu de dire : quant à moi, j’ai bon cœur envers tout le monde. — Il ne suffit pas d’un bon cœur qu’on ne voit point, si votre manière d’agir extérieure est trop sévère, et votre ton trop rude. J’ai connu une abbesse pareille : autant elle avait d’aptitude et de capacité pour le gouvernement tant spirituel que temporel, autant elle était sèche et brusque dans ses rapports avec ses filles ; il n’en fallut pas davantage pour lui ôter leur confiance et les éloigner d’elle. Si vous êtes de cette trempe, que l’art corrige en vous les défauts de la nature ; mais gardezvous d’user de certains artifices humains , propres a faire soupçonner que vous dites une chose pour l’autre, ou que les sentiments du cœur ne répondent pas aux paroles, attendu que cette duplicité, non-seulement fomenterait la défiance de la part des subordonnées, mais vous ferait perdre tout le crédit, toute l’estime, qui forment le plus bel apanage d’une supérieure.
Corrigez, mais avec douceur. — Les eaux qui tombent impétueuses et rapides , battent le sol desséché et l’arrosent à peine, mais sans le fertiliser ; au contraire les pluies douces et légères, qui viennent en temps opportun, fécondent les campagnes et les couvrent de moissons. Telles doivent être vos corrections, surtout les premières; plus elles seront faites avec ménagement et avec douceur , plus aussi elles pénétreront. Qu’elles ne trahissent ni impatience, ni mépris ; quelles viennent en temps favorable et soient renouvelées à propos; et vous verrez qu’une âme arrosée de la sorte produira des fruits qu’elle n’eût jamais produits, si elle eût été battue par la tempête. Commencez par louer celle que vous avez à reprendre, mettez-lui devant les yeux ses belles qualités , les talents dont elle est douée pour bien .servir Dieu ; puis appelez son attention sur ses manquements et sur l’obliga-
d’une religieuse.
tion que vous avez de maintenir les usages, de conserver la paix et le bon ordre dans le monastère; en un mot, tâchez de la gagner par de bons procédés, et ce que vous pouvez faire en secret ne le faites pas en pubüc.
Prenez garde cependant à un écueil contre lequel se sont brisées plusieurs supérieures; elles espéraient s’attirer l’amour de leurs subordonnées en dissimulant les manquements et les irrégularités, et en allant jusqu’à y .condescendre; mais le contraire est arrivé : au lieu de la bienveillance, elles ji’en ont remporté que l’animadversion de toute la communauté, qui leur attribuait à juste titre la décadence de la règle. C’est pourquoi , si la douceur et la bonté ne réussissent pas à l’égard de quelques-unes, employez la force ; toutefois avant de frapper réfléchissez -y, et dans les résolutions graves ne vous fiez pas à vous seule, entendez l’avis de quelque personne apte â vous donner de bons conseils ; surtout recourez a l’oraison, et si dans certains cas vous ne pouvez empêcher un moindre mal sans courir la chance probable d’en occasionner un plus grand, il vaut mieux souffrir et patienter. Toutefois vous ne devez pas fermer les yeux et laisser les transgressions impunies, si vous ne voulez pas encourir la colère de Dieu; car si une supérieure, comme il est rapporté dans l’ouvrage cité plus haut , se fit voir, après sa mort, cruellement tourmentée en purgatoire, uniquement pour quelques petites fautes qu elle n’avait pas réprimées, qu’en sera-t-il de ces abbesses qui lâchent la bride à leurs subordonnées, sans s’inquiéter des haines invétérées qu'elles nourrissent, des amitiés particulières qu’elles fomentent, des passions auxquelles elles s'abandonnent, au point de ne plus même tenir compte des règles les plus importantes? Si les religieuses réfléchissaient à la charge énorme que les supérieures ont sur les épaules, croyez-vous qu’on verrait encore dans l(ÿ
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couvents tant de petites ambitions s’agiter pour atteindre a un poste qui ne leur convient pas et qui entraîne tant de dangers ?
Gouvernez par vous-même , et ne laissez point le gouvernement entre les mains d’autrui. — A peine une nouvelle supérieure est-elle installée que les religieuses s’adressent mutuellement cette demande : Eh bien! qui gouvernera pendant ce triennat? qui est-ce qui gouvernera? — Mais ce sera la supérieure qui gouvernera. — Non pas, me répond-on; ce sera la mère une telle. — Oh! quel désordre! car du moment que telle commande qui ne devrait pas commander, telle autre n’obéit pas qui devrait obéir. Malheur a vous si les religieuses sont dans cette persuasion que vous subissez l’influence d’une amie, d’une sœur! plus personne ne voudra se soumettre à vous ; il n’est rien qui éloigne davantage l’esprit des inférieures que de se voir contraintes de faire la volonté , non pas de la supérieure qu’elles se sont élue, mais de celle qui est leur égale dans la communauté. C’est vous que Dieu a choisie pour supérieure , et c/est a vous qu’il donne les grâces nécessaires pour exercer cette charge ; si d’autres, privées de ces grâces, se mettent à gouverner, non-seulement elles gouverneront mal, mais elles pousseront le monastère à sa ruine.
Gouvernez donc par vous-même, et il ne suffit pas pour bien gouverner que vous donniez vos ordres, vous devez aussi veiller à ce qu’ils soient exécutés. Vous ne devez pas inquiéter les officières, comme je l’ai déjà dit, mais bien vous informer si tout marche avec ordre. Visitez plusieurs fois le jour les infirmes, demandez si elles ne manquent de rien, et le soir bénissez-les de votre main avec l'eau bénite.
» Faites en sorte que vos religieuses aient le confesseur
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extraordinaire toutes les fois que le Concile de Trente le leur accorde. Si vous ne le faisiez pas, vous auriez à rendre à Dieu un compte rigoureux , car il pourrait arriver qu’il fût nécessaire à lfune ou à l’autre. Et vous ne devez pas attendre qu’on vous le demande ; ce serait une grande illusion : c’est précisément celle qui en a le plus besoin qui ne pourra jamais se déterminer à venir vous dire : « Ma mère, j’ai besoin de l’extraordinaire. »
Lorsque des confesseurs tant ordinaires qu’extraordinaires se présentent pour la première fois, il est indispensable que vous leur donniez les renseignements que vous jugerez nécessaires pour le bien de la communauté, car des confesseurs mal renseignés peuvent facilement prendre le change, et au lieu de maintenir la paix, ne faire que la troubler.
Vous devez vous informer de la manière de vivre des livranciers du monastère et des autres personnes qui en dépendent; exigez qu’ils fréquentent de temps en temps les sacrements; et si jamais vous vous aperceviez que quelqu’un prêtât la main aux légèretés de quelque religieuse extravagante , en se chargeant de billets ou de messages indus, congédiez-le si vous ne voulez pas vous attirer une condamnation au tribunal de Dieu.
Surtout ayez soin que le service de Dieu au chœur marche bien, et qu’on y observe exactement les cérémonies de l’Ordre. Veillez aussi a ce que les pauvres religieuses soient traitées charitablement et religieusement au réfectoire. Bien qu’il ne faille pas corriger sur-le-champ tous les manquements que vous pourriez remarquer, attendu que la prudence vous conseille quelquefois de dissimuler et de faire semblant de ne pas voir ce que vous voyez, ou de ne pas entendre ce que vous entendez; néanmoins, si les religieuses s’aperçoivent que vous avez
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la tête a vous, et (jue vous voulez savoir ce qui se passe dans le monastère, en un mot, que vous entendez gouverner par vous-même ; oh! sovez-en persuadée, elles se renfermeront dans les limites du devoir, et vous béniront, vous et votre gouvernement.
Ne soyez pas vindicative. — Ah ! qu’un certain esprit de vengeance est déplacé dans une supérieure! Il arrivera que quelque religieuse aura été opposée a votre élection, ou bien qu’en sa qualité de conseillère elle aura soutenu avec chaleur un avis contraire au vôtre ; voilà qu’aussitôt vous la prenez en aversion, vous cherchez toutes les occasions de la mortifier ou de la prendre en défaut; après cela, vous osez vous plaindre qu’on murmure contre vous dans la communauté ; ôtez-en l’occasion, mettez de côté la vengeance, et on ne murmurera plus. Combien de fois vous-même, quand vous étiez inférieure, n’avez-vous pas parlé mal de celle qui présidait? et maintenant encore ne condamnez-vous pas peut-être la conduite de celle qui vous a précédée dans le gouvernement? Supportez donc un défaut pour lequel vous avez tant besoin vous-même qu’on use de support à votre égard. Dieu vous préserve de vous servir de l’autorité pour punir celle qui n’a d’autre faute que de n’être pas de votre goût! Dans le livre que j’ai déjà cité, on rapporte qu’une supérieure apparut après sa mort à une de ses compagnes, et lui dit : « Peu s’en est fallu que je ne fusse précipitée en enfer, uniquement pour avoir usé de mon autorité de supérieure en vue de satisfaire un ressentiment personnel* »
Soyez exemplaire. — Le bon exemple d’une supérieure est l’âme d’un bon gouvernement. Les religieuses feront plus d’attention à vos œuvres qu’à vos paroles. Si vous êtes la première au chœur, à moins d’un empêchement légitime, si vous êtes la première aux exercices de la com-
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munauté; si l’on vous trouve humble, affable, fervente, tout le inonde suivra votre exemple; au contraire, si vous étiez la plus prompte a médire, la plus portée au ressentiment, à l’impatience; si vous prétendiez a des exemptions, si vous ne paraissiez que rarement à la table commune, il est certain que vous perdriez le crédit qui est indispensable au gouvernement monastique. Lorsque vous étiez simple religieuse, vous n’étiez observée que par la supérieure, et peut-être même ne Tétiez-vous guère par elle ; mais a présent que vous êtes supérieure, toute la communauté vous observe, et de votre exemple dépend la régularité de vos religieuses.
Si vous avouez que vous êtes pauvre en vertu, et que vous ne trouviez en vous que misères et défauts, imitez sainte Térèse. Cette sainte, ayant été élue supérieure d’un de ses monastères, tit poser 'a la place de l’Abbesse une statue de la très-sainte Vierge, et lui mit en mains les clefs du monastère; puis elle invita les religieuses à reconnaître cette auguste Reine pour leur mère, à recourir à elle dans leurs besoins, à la prendre pour modèle dans toutes leurs actions, et à ne point regarder ses propres faiblesses; s’adressant ensuite à la sainte Vierge ellemême, elle la supplia de daigner l'accepter, elle et toutes ces religieuses, pour ses sujettes, et de présider pendant le triennat au gouvernement du monastère, afin que tout marchât en bon ordre, pour la plus grande gloire de son divin Fils ; c’est ce qui eut lieu. Usez-en de même, et avec la protection de Marie espérez hardiment que tout prospérera sous votre gouvernement.
1». M VIII
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