‹ Chemin de la croixChapitre 109 sur 153 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

COMMENT DOIVENT SE COMPORTER LES SOEURS CONVERSES DANS LEURS DIFFÉRENTS EMPLOIS.

Rien de plus ordinaire dans les monastères que d’entendre les religieuses de chœur se plaindre des sœurs converses. Elles se plaignent de leur arrogance, de leur stupidité, de leur désobéissance; on les accuse d’être cause qu’on ne vit pas en paix, que l’on a de continuelles inquiétudes; on leur reproche de ne pas assister aux exercices de piété, de perdre le temps au parloir, de gaspiller les effets du couvent, de donner au dehors ce qui pourrait encore servir, de dire des paroles piquantes, de... de... de... Doucement, s’il vous plaît. Savez-vous qui est cause de tant de désordres? C’est vous-mêmes, mesdames les professes, vous qui, par vos mauvais exemples, les animez à mener cette vie relâchée et si peu religieuse, vous qui, par la protection dont vous les couvrez, appuyez tous leurs écarts. Malheur à la supérieure, si elle avait le courage de dire un mot 'a la sœur converse de la mère une telle ! tout le monastère se mettrait en rumeur.

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La cause de ces désordres, c’est vous qui les tenez occupées du matin au soir 'a faire des pâtisseries, à arranger de petits pots de confiture, à faire des achats au parloir, sans même leur laisser le temps d'entendre un bout de messe les jours ordinaires. Jamais vous ne leur faites un quart d’heure de lecture spirituelle, jamais vous ne les laissez assister a la méditation, à l’examen, aux exhortations, si bien qu’elles n’ont de religieux que leur pauvre habit ; et après cela vous vous plaignez quelles ne vivent pas en religieuses!... Pardonnez-moi si je me suis laissé aller a décharger mon cœur; j’ai cru nécessaire, avant d’instruire les sœurs converses, de vous invitera vouloir bien exercer votre charité à leur égard, ne fût-ce qu’en leur lisant les instructions que je vais leur tracer, afin qu’elles leur soient profitables. Quant à vous, sœurs converses auxquelles je m’adresse, songez a mettre en pratique ces quelques avis, de peur qu’à l’article de la mort votre plus grand regret ne soit, non pas d’avoir été religieuses, mais de n’avoir jamais compris ni pratiqué les obligations d’une véritable religieuse.

Tâchez d’être bien instruite de vos règles, et de tout ce qui est nécessaire pour votre salut. — Grande est l’ignorance de beaucoup de religieuses converses, qui sont complètement plongées dans les ténèbres. Demandez-leur quelles sont leurs règles, à quoi elles se sont obligées par leur profession, ce quelles ont promis à Dieu par les vœux d’obéissance, de pauvreté, de chasteté, de clôture ; elles ne savent que répondre. Bien plus, dans certains couvents, en ayant interrogé moi-même quelques-unes sur les principaux mystères de la foi, elles haussèrent les épaules, et ne purent apporter d’autre excuse de leur ignorance, si ce n’est qu’on ne les leur avait jamais enseignés ; désordre incroyable et digne d’être pleuré avec des larmes de

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sang ! Je ne voudrais pas, ma sœur, que vous fussiez du nombre de ces pauvres aveugles; vous saurez qu’à l’article de la mort l'ignorance ne vous servira point d’excuse : vous êtes obligée de connaître les choses nécessaires au salut de votre âme, et non-seulement les choses qui suffisent pour faire une bonne chrétienne, mais aussi et surtout les obligations de votre état religieux. Priez la supérieure de vous assigner une religieuse capable, qui vous instruise avec charité, ou bien suppliez votre confesseur de daigner vous instruire dans les moments où il est moins occupé. Ne venez pas me dire que vous n’en avez pas le temps, que vous n’avez pas plus de capacité qu’il ne faut; combien de temps n’employez-vous pas en conversations inutiles, ou pour contenter quelque caprice? Comment donc pouvez-vous dire que vous n’avez pas de temps pour ce qui regarde votre salut? Et puis, il ne faut pas si grande capacité pour apprendre ce que Dieu veut de vous ; mais vous devez avoir une sainte crainte qu’après avoir vécu renfermée dans un cloître, vous n’alliez vous précipiter pour toute une éternité dans un océan de feu. Réveillez-vous donc et tâchez de vous faire instruire de tous vos devoirs.

Soyez humble, et plaisez-vous dans votre pauvre état de converse. — L’ignorance est quelquefois fille de l’orgueil ; vous ne savéz pas les choses nécessaires, parce que vous ne voulez pas subir l’humiliation de les apprendre. Ce serait pis encore si vous rougissiez de ne savoir pas lire, ou d’être simple converse. Est-il possible que vous rougissiez d’un état qui a excité l’envie des premiers potentats du monde? Un Souverain Pontife, à la dernière extrémité, alla jusqu’à dire : a Plût à Dieu que je n’eusse été que portier dans le plus pauvre couvent du monde, et que je n’eusse pas eu en mains les clefs de Pierre! oh!

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que je m’ouvrirais bien plus facilement les portes du ciel ! » Un pape désire la condition d’un simple convers, et vous, vous en auriez honte I En revanche, combien n’en est-il pas qui ont compris cette vérité, savoir, que non-seulement il n’y a pas de honte, mais qu’il y a même une souveraine grandeur à servir Dieu dans la condition de pauvre frère laïque ! combien ne voyons-nous pas de personnes illustres par leur science, comme par leur noblesse, qui ont embrassé cet état !

Vous seriez d’ailleurs dans l’illusion si vous vous imaginiez que, pour n’avoir pas le voile noir et ne savoir ni lire ni écrire, il vous fût moins facile qu’aux religieuses de chœur de devenir une sainte. Vous pouvez être sainte autant que toute autre et même plus : « C’est un grand bonheur, disait souvent un saint religieux, d’être frère convers, parce que les occupations des simples frères sont telles pour la plupart qu’elles n'occupent guère l’esprit, et ainsi laissent toute liberté de penser à Dieu. » En effet, tandis que vous faites la lessive, que vous portez de l’eau, que vous balayez la maison, que vous curez la vaisselle, et que vous travaillez à la cuisine, vous pouvez demeurer constamment unie à Dieu, faire fréquemment des actes d’amour et tenir votre esprit toujours occupé de saintes pensées. Au contraire, la supérieure, l’économe, la cavière, et autres, qui doivent nécessairement s’occuper des intérêts et de l’administration du monastère, ne sauraient aussi facilement que vous reporter toute leur attention vers Dieu. Il est donc manifeste que votre condition ne vous empêche nullement de tendre à grands pas vers la perfection, que la voie vous en est même plus aisée qu’aux religieuses de chœur. Mais cette facilité ne vous servirait de rien, si vous ne pratiquiez une obéissance prompte et aveugle, et si vous n’aimiez point le travail et la sainte pauvreté.

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Servez de bon cœur, et acceptez avec promptitude tous les emplois que vous impose l’obéissance. — On voit bien souvent dans les monastères de femmes ce qu’on remarque parfois dans les couvents de religieux, savoir qu’un supérieur surcharge un prêtre respectable, lui met un balai en mains, endosse un emploi humble et bas à un jeune homme distingué par ses talents et par sa naissance, tout en épargnant un frère laïque; parce qu’il est sûr que celui-là ne témoignera aucune répugnance et remplira exactement son office ; tandis que le dernier fera de l’opposition et s’acquittera de son service de travers et avec dépit. La supérieure imposera une besogne fatigante à une professe de chœur plutôt qu’à une converse, parce quelle est assurée de trouver dans celle-là plus de promptitude que dans celle-ci. A Dieu ne plaise, ma sœur, que vous soyez jamais du nombre de ces religieuses délicates! Souvenez-vous que vous êtes venue au couvent pour être employée aux offices les plus humbles; priez la supérieure de n’avoir aucun égard pour vous, protestant qu’elle vous trouvera toujours prête à tout ; et pour que vous teniez à cette ponctualité, pour que vous compreniez que c’est par là que vous gagnerez le cœur de Dieu et celui delà supérieure, écoutez le trait suivant.

On lit dans les Vies des Pères du désert1 qu’un certain Marc était particulièrement, entre tous les solitaires, l’objet de la prédilection de l’abbé Sylvain. Les autres en murmuraient, et quelques anciens, aux oreilles desquels les plaintes étaient parvenues, crurent qu’il était de leur zèle de s’élever contre cette partialité apparente. Ils se présentèrent à l’abbé et se mirent à lui reprocher sa préférence trop marquée. Celui-ci, sans chercher à se justi-

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fier, les pria de le suivre dans le monastère; puis, en leur présence, il frappa successivement a la porte de plusieurs cellules, en disant : « Mon frère, venez, je vous en prie, j’ai besoin de vous ; » mais l’un ne l’entendait pas, l’autre feignait de ne pas l’entendre, un troisième alléguait quelque empêchement, et personne ne bougeait. On arriva ainsi a la cellule de Marc, et l’abbé dit simplement 'a demi-voix : a Marc. » Celui-ci accourut aussitôt, et ayant reçu l’ordre d’aller remplir une besogne assez pénible, il y vola. L’abbé Sylvain introduisit les vieillards dans la cellule de Marc, et ils remarquèrent qu’au moment ou il avait été appelé, il était occupé à écrire, et qu’il avait laissé un caractère inachevé, à moitié tracé, pour se rendre promptement a l’appel de l’abbé. A cette vue, tous les anciens dirent a ce dernier : « Vous avez raison d’estimer singulièrement Marc, nous aussi nous l’aimons, car sans aucun doute il est bien cher a Dieu. » — Imitez, ma sœur, imitez cette promptitude ; montrez que le travail ne vous pèse pas, et vous serez chère à votre supérieure et a Dieu.

Servez, uon-seulement avec une obéissance prompte, mais avec une obéissance aveugle. — Toutes les religieuses converses ne se ressemblent pas ; quelques-unes sont babillardes et perdent des heures entières à bavarder au parloir ou dans les lieux de service avec l’une et avec l’autre, en sorte que leur besogne n’est jamais faite à temps. D’autres sont d’une vivacité sans pareille, elles entreprennent tout avec tant d’ardeur, tant de précipitation, quelles brisent, gâtent ou abîment la plupart des objets. Il en est qui sont excessivement affairées, elles mettent la main à cent choses a la fois, préviennent l’heure du lever pour avancer leur ouvrage, et prime n’est pas encore sonnée que leur cuisine est déjà faite ; mais au

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moment du repas les aliments refroidis, enfumés et dégoûtants, provoquent les plaintes de la communauté. On en trouve qui font le docteur; sur chaque chose elles veulent émettre leur sentence et prescrire ce qu’il faut faire, ce qu’il faut dire, quel serait le meilleur parti à prendre; en un mot, elles tranchent de la conseillère et même de l’abbesse. Gardez-vous bien, ma sœur, d’être de ce nombre ; je ne dis pas que, si vous vous apercevez que la supérieure, faute de renseignements ou d’expérience, donne un ordre qui ne vient pas à propos, vous deviez vous abstenir de l’en avertir, non, mais je dis qu’après l’avoir avertie modestement, vous devez faire en sorte quelle soit promptement obéie. Gravez-vous bien avant dans le cœur cette vérité : La supérieure peut se tromper, et de fait elle se trompe plus d’une fois en commandant ; mais l’inférieure, qui agit avec la pure intention de plaire à Dieu, ne se trompe jamais en obéissant. Jean-le-Solitaire reçut l’ordre d’arroser tous les jours avec l’eau du Nil un bâton sec ; le fleuve était éloigné de quatre milles, et cependant chaque matin, sans faire la moindre observation, il entreprenait son voyage avec son vase sur l’épaule. Si la supérieure vous ordonnait d’arroser tous les jours un manche à balai qui se trouve dans votre cuisine, que diriez-vous? Vous diriez quelle perd la tête, et vous mettriez tout le couvent en rumeur. Ce n’est pas ainsi qu’en usa le vertueux solitaire ; il continua pendant trois ans à arroser son bâton desséché, et Dieu, pour récompenser cette obéissance prompte et aveugle, fit pousser au bâton des racines et des branches, en sorte qu’il devint un bel arbre. Profitez de cet exemple, ma sœur : laissez â la supérieure le souci de bien commander; pour vous, votre temps sera bien employé, si vous ! l’employez à bien obéir.

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Servez de bonne grâce et avec diligence, de manière que toute la communauté soit satisfaite. — Il est un désordre qu’on remarque dans certaines communautés religieuses et que je déplore : c’est d’endosser certains offices â des personnes qui n’ont ni expérience, ni aptitude pour les remplir, ce qui fait que chacun a sujet de se plaindre d’être mal servi. Telle qui dans le monde fut cuisinière est parfois employée a la couture, et telle autre qui était demoiselle est envoyée à la cuisine; dès lors le service se fait de travers. Néanmoins, si vous étiez vraiment humble, ma sœur, et désireuse de bien servir, vous suppléeriez par votre application au défaut d’expérience. Il se trouvera toujours dans la communauté quelqu’un capable de vous instruire si vous avez envie d’apprendre ; demandez conseil aux plus anciennes, soyez attentive, et vous vous formerez si bien que vous pourrez passer maîtresse à votre tour. Entre-temps, le peu qu’on vous donne à faire, tâchez de vous en acquitter le mieux que vous pouvez. En religion, on use d’économie, les religieuses ont ce qui suffit et rien de plus; si de ce peu qui leur est donné vous détruisez , vous rendez inutile la plus grande partie par votre négligence, pouvez-vous être exempte de remords? Si votre monastère, par exemple, fournit deux plats de viande pour le repas commun, et que vous, par votre nonchalance, vous soyez cause que l’une soit excessivement dure, â moitié cuite, à moitié brûlée, ou empestée par la fumée, vous privez vos religieuses de la moitié de leur alimentation : n’y a-t-il pas lieu de s’en faire des reproches? Puis, que de désordres résultent de cette négligence! Les religieuses se trouvant si mal servies en communauté, se pourvoient par elles-mêmes, et chacune veut avoir son petit plat à part, si pas sa cuisinière. Ne souffrez pas, ma sœur, que de pareils abus s’introduisent par votre

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faute ; car une fois introduits, il n’y aura plus moyen de les extirper, et ils subsisteront au grand détriment de la pauvreté religieuse et de la discipline régulière.

Ne vous plaignez pas à tout propos, mais souvenezvous que vous êtes venue en religion pour servir Dieu et sauver votre âme. — Vos plaintes sont nombreuses, et en m’adressant a vous, ma sœur, je m’adresse à toutes les autres sœurs converses : Vous vous plaignez que personne ne pense à vous, que personne n’a soin de vous et ne s’occupe de vous diriger dans le chemin de la perfection ; vous vous plaignez que le confesseur vous écoute avec peu de patience, et que quand vous vous présentez â son confessionnal il est déjà fatigué et vous expédie au plus tôt; vous vous plaignez qu’on ne vous accorde jamais une heure de relâche pour faire une lecture spirituelle, pour vous préparer à la sainte communion; chacune s’inquiète de se faire bien servir par la sœur converse, mais nulle ne s’inquiète si la converse sert bien le bon Dieu , vous vous plaignez que jamais la supérieure ne vous donne un avis, ni ne daigne vous appeler à sa chambre, qu’elle a toujours l’air mécontente et n’a pas la patience de vous avertir, au moins en particulier, de vos manquements. Ce serait réellement un grand malheur pour vous, ma sœur, d’être ainsi privée de tout soin; mais je crains bien que parfois les soins manquent à votre âme, parce que vous repoussez ces soins spirituels. Je remarque, en effet, que pour une pénitence qui vous est imposée vous bouleversez toute la maison : si l’on vous adresse une réprimande charitable, vous boudez pendant trois mois et vous taxez la supérieure d’indiscrétion ; quant à vos confesseurs, vous voudriez qu’ils vous disent des choses sublimes et au-dessus de votre capacité; vous vous fâchez au contraire d’entendre des vérités qui vous touchent au vif et

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dont vous avez si grand besoin. Allons donc, calmez-vous, et pour jeter les fondements d’une vie sainte et vraiment religieuse, je vais vous grouper un certain ombre d’avis : lisez-les, ou priez une de vos compagnes de vous les lire, et qu’on n’entende jamais plus une plainte sortir de votre bouche.

Soyez humble, ma sœur, soyez humble, et par conséquent réjouissez-vous de votre abjection et de vos fatigues continuelles qui, embrassées de bon cœur pour l’amour de Jésus crucifié, vous procureront tant de paix en cette vie et de gloire en l’autre!

Ne vous inquiétez pas d’être abandonnée, méprisée, laissée dans un coin, sans que personne s’occupe de vous; mais cherchez Dieu de tout votre cœur, et soyez certaine qu’il ne vous abandonnera pas, qu’il sera toujours avec vous.

Ne vous enorgueillissez pas de ce que vous vivez comme une sœur au milieu des religieuses de chœur, ou de ce que vous êtes assise avec elles dans le même réfectoire, et ne prétendez jamais être traitée comme leur égale. Il est bien vrai que Notre-Seigneur donnait à ses apôtres le nom de frères, mais malgré cela les apôtres ne laissaient pas de se reconnaître ses très-humbles serviteurs.

Souvenez-vous souvent que vous êtes entrée en religion en qualité de servante, et que c’est comme servante que vous avez fait profession; d’où il suit que vous ne devez avoir autre chose en vue que de servir humblement. Evitez donc avec soin l’arrogance de certaines converses qui voudraient marcher de pair avec les religieuses de chœur, et dans leur sot orgueil prétendent parfois 'a des égards auxquels elles n’eussent pas même songé si elles fussent demeurées dans le siècle.

Ne vous mettez pas en tête de rechercher un office

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plus honorable ou plus commode, mais abandonnez-vous pleinement aux dispositions de la sainte obéissance.

Ne vous laissez pas tyranniser le cœur par l’envie d’amasser, ou par l'ambition de vous attirer les bonnes grâces d’autrui, comme, par exemple, de plaire à la supérieure, au confesseur, ou à toute autre personne respectable.

Ne vous appropriez rien de ce qui appartient au monastère, pas même une épingle ; mais soyez fidèle dans l’administration des choses qui vous sont confiées.

Ne soyez pas récalcitrante, et prenez garde de faire bande à part avec les plus relâchées ou les mécontentes.

Souffrez les injures pour l’amour de Dieu, et à cause d’une parole lâchée par une religieuse, n’allez pas aussitôt vous mettre en querelle et fomenter des désirs de vengeance.

Ne faites pas la guerre à vos compagnes, en leur lançant des paroles piquantes, en leur reprochant leurs fautes passées, ou en leur remettant sous les yeux les taches de leurs parents, ou enfin en déchargeant votre bile de toute autre façon, comme le font les femmes du monde les plus vindicatives.

Soyez donc modeste et amie du silence, et vous vivrez en paix avec tout le monde en vous appliquant comme il faut 'a votre devoir. Gravez-vous dans le cœur cette belle résolution : Je veux plaire à mon Dieu, je ne veux chercher que lui seul de tout mon cœur, et pour le bien servir je veux observer avec toute l’exactitude possible mes vœux d’obéissance, de pauvreté, de chasteté et de clôture; si je n’avais pas encore fait ces vœux, je les ferais pour le bon plaisir de mon Dieu.

Si vous proférez ces paroles du fond du cœur et si vous en venez à la pratique, certes, vous serez une sage et r. m. vin. 38

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vertueuse fille, vous vous sauverez et vous obtiendrez une grande gloire en paradis.

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