Acte d’acceptation de la mort
O mon Dieu, de toute éternité vous avez décrété ma mort, et quant à l’événement en soi, et quant à ses moindres circonstances.
Je l’accepte donc, d’abord, en elle-même, et je vous l’offre en sacrifice d’holocauste, me réjouissant de pouvoir, par la destruction de mon être, faire éclater davantage votre suprême autorité, votre droit absolu de vie et de mort sur moi et sur toutes les créatures.
Je vous l’offre en sacrifice de propitiation, et en expiation de mes péchés. Je me réjouis de ce que ce corps, qui a été complice de tant d’offenses contre vous, va être dévoré par les vers; et comme j’espère, grâce uniquement à votre miséricorde, être délivrée des peines de l’enfer, j’accepte dès à présent et j’embrasse de bon cœur celles du purgatoire ; je m’estime heureuse de satisfaire au moins par ce faible tribut de souffrance aux droits de votre souveraine justice, tandis que j’espère payer, pendant toute l’éternité, un continuel tribut de bénédictions à votre immense bonté.
Je vous l’offre en hostie pacifique, c’est-à-dire en action de grâces pour les bienfaits ineffables, infiniment précieux et sans nombre, que vous m’avez préparés de toute éternité, que vous m’avez conférés dans le temps et que, je l’espère, vous m’accorderez dans le ciel.
RETRAITE MENSUELLE
J’unis ma mort à la mort, si agréable à vos yeux, de votre divin Fils ; je vous offre aussi la mienne pour les fins si excellentes pour lesquelles il vous a offert la sienne ; j’unis les douleurs, les peines, les angoisses, les agonies qui précéderont et accompagneront ma mort, à celles qu’il endura sur la croix.
J’accepte volontiers la mort, parce qu’alors au moins je cesserai aussi de commettre le péché et que je n’offrirai plus le spectacle de cet insupportable désordre, savoir, une créature raisonnable, qui a eu le bonheur d’être créée pour aimer Dieu, et qui se comporte comme si elle n’avait d’autre fin que de l’offenser.
J’accepte volontiers la mort, parce que j’espère, en vertu des mérites infinis de Jésus-Christ, mon Sauveur, être admise à contempler, ô mon Dieu ! votre face adorable ; par là je me trouverai dans l’heureuse nécessité de vous aimer enfin td’un amour véritable, ardent, désintéressé, éternel, et j’aurai la consolation de vous voir souverainement aimé par d’innombrables créatures, et surtout aimé par vous-même autant que vous méritez de l’être.
J’accepte aussi la mort quant aux circonstances que vous avez déterminées. Si le temps, le lieu et les autres accidents de ma mort étaient entre mes mains, je n’hésiterais pas à les remettre entre les vôtres, persuadée que vous connaissez mieux et que vous voulez plus fortement ce qui m’est utile
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et avantageux, que je ne puis le connaître et le vouloir moi-même.
Vous avez déterminé Tannée, le mois, le jour, le moment de ma mort ; pour moi j’ignore quand elle arrivera, j’ignore si ce mois sera le dernier pour moi, si cette semaine sera la dernière, si ce jour sera mon dernier jour. Ce que je sais, c’est que pour plusieurs et plusieurs, dont la mort est moins probable que la mienne, cette semaine sera de fait la dernière semaine, ce jour le dernier jour. Vous avez déterminé le lieu, la chambre, le lit où je dois mourir ; vous avez fixé la maladie, les symptômes, les accidents peut-être subits, qui doivent me causer la mort.
J’adore et j’accepte toutes vos dispositions, je m’y soumets de bon cœur, je me sacrifie en tout et pour tout à votre aimable volonté, je me jette sans réserve entre les bras de votre paternelle providence : j’unis cette résignation à la résignation avec laquelle votre divin Fils accepta sa passion et sa mort.
Je désire toutefois et je vous prie de me faire la grâce, ô mon Jésus ! de mourir après avoir été munie du saint Viatique et de tous les autres sacrements de l’Eglise ; je les demande expressément maintenant pour alors, et je réclame présentement d’une manière particulière l’absolution sacramentelle dans ma dernière agonie, pour le cas où je ne pourrais pas en exprimer la demande alors par quelque signe sensible; de même je forme mainte-
RETRAITE MENSUELLE
nant pour alors l’intention expresse de profiter de toutes les indulgences que je puis gagner à l’article de la mort : In manus tuas , Domine , commendo spiritum meum.
O ma très-sainte Mère, Marie, vous qui êtes le refuge des pécheurs et l’avocate spéciale des mourants , je vous conjure par les peines que vous avez endurées à la mort de votre divin Fils, de daigner m’assister avec une tendresse de mère, dans ce redoutable passage, et me délivrer de tous les assauts du démon, afin que je rende mon âme dans les plaies de mon Jésus, votre bien-aimé Fils. Ora pro me peccatore, nunc , et in hora mords meœ.
Mon aimable protecteur, saint Joseph, mon ange gardien, mes saints patrons, N. N., vous qui connaissez mieux que moi combien ce passage est important, combien il est dangereux et combien j’ai besoin d’être aidée, ah ! ne m’abandonnez pas dans une telle nécessité : mettez le comble à tous les bienfaits que vous m’avez si charitablement accordés, par la grâce la plus grande de toutes, celle de m’aider à faire une bonne et sainte mort, afin que je puisse jouir des effets de votre protection pendant tous les siècles. Amen. Omnes sancti et sanciœ Dei , inter cedite pro me.
PRATIQUES DE PIÉTÉ