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XXXII. Avant comme après le dîner et le souper, je

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dirai le Bénédicité et les Grâces posément, et avec la piété que mérite une action aussi importante, afin de reconnaître les bienfaits du Seigneur, quand même je ne me trouverais pas avec la communauté. J'aurai soin qu’en mission le Bénédicité et les Grâces se disent de la même manière qu’au réfectoire. Lorsque je ne pourrai pas assister aux grâces, à cause de la nécessité d’aller me coucher avant les autres* pour me lever aussi plus tôt, je les dirai en particulier, mais en récitant les mêmes prières.

Discipline. — Chaussure. — Coucher. — Croix armée de pointes.

XXXIII. Tous les jours je me donnerai la discipline, même les jours de grande solennité; en mission, ce sera aussitôt après le lever, et dans les couvents, ce sera le soir après l’examen, ou la nuit après matines, sans m’en dispenser même les jours où la communauté ne la prend pas. En voyage, je la prendrai même dans les couvents et les maisons de séculiers, pourvu qu’il n’y ait pas danger d’être entendu.

XXXIV. Je marcherai déchaussé tout le temps de ma vie, même dans les plus longs voyages, aussi bien l’hiver que l’été, pour imiter notre père saint François et ses compagnons, ainsi que Notre-Seigneur dans le temps de ses prédications ; et pour obtenir de Dieu la conversion de quelques âmes en plus.

XXXV. Je dormirai toujours sur des planches nues, ou tout au plus tapissées d’une simple couverture; je prendrai pour oreiller un morceau de bois, ou bien je mettrai sur l’oreiller une planche recouverte d’un drap : cette planche pourra facilement être placée le soir et ôtée le matin.

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XXXVI. Je porterai sur la poitrine, durant le jour et meme la nuit, une croix armée de sept pointes, non-seulement pour en souffrir les piqûres, mais aussi pour avoir près du cœur un souvenir continuel des douleurs du cœur de Marie. Si l’obéissance ne me le permettait pas, j'y suppléerai par des actes intérieurs.

Examen de midi. — Quatre choses nécessaires pour conserver la paix intérieure.

XXXVII. Je ferai chaque jour deux examens de conscience, l’un a midi et l’autre au soir.

Dans l’examen de midi, je ferai une revue rapide de mon cœur, pour voir s’il conserve la paix intérieure, basée sur la sainte vertu d’humilité, et sur un ardent amour de Dieu : j’examinerai brièvement si cette sainte paix n’a pas souffert en moi quelque altération, afin de la rétablir par des actés de contrition, et de ferventes invocations que j’adresserai a Dieu pour implorer son secours, en répétant plusieurs fois : Mon Jésus, miséricorde.

Afin donc de conserver cette paix intérieure, et de maintenir cet esprit d’amour dans toute sa ferveur, il y a quatre choses que je reconnais m’être surtout indispensables, et que je me propose de pratiquer : 1 . Etre mort au monde, aux créatures, à moi-même et à tout ce qui n’est pas Dieu ; tenir mon cœur dégagé de toutes les choses créées, de telle sorte que je ne fasse pas plus de cas de tout ce qui n’est pas Dieu et ne se rapporte pas à Dieu, que d’un grain de sable. — 2. Vivre dans un abandon absolu entre les bras de la divine Providence, et regarder tous les événements de chaque jour, grands ou petits, fâcheux ou agréables, comme autant de dispositions de celle Providence paternelle; tenant pour certain que c’est

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ce qu’il y a de mieux et de plus convenable tant pour la gloire de Dieu que pour mon salut. — 3. Aimer les peines soit intérieures, soit extérieures, chérir l’abjection, les mépris et l’abandon des créatures. Le paradis du ciel consiste dans les jouissances, le paradis de la terre dans les souffrances ; quand je ressentirai du dégoût pour les mépris, les infirmités, la douleur, je jetterai aussitôt un regard sur Jésus, qui eut pour compagnes inséparables la douleur, l’humiliation et la pauvreté, portées au suprême degré. — 4. Ne pas entreprendre beaucoup de choses à la fois, quelque bonnes quelles soient, mais seulement celles qui sont compatibles avec mon ministère, conformément à l’esprit d’obéissance; surtout ne pas agir avec précipitation, avec impétuosité, mais avec calme et avec modestie : cette sainte modestie doit briller dans mes paroles, dans mes gestes, et dans toutes mes démarches.

Je ferai donc chaque jour, vers midi, la revue de mon cœur pour voir si cette sainte paix est altérée en quelque chose, si ma ferveur ne s’est pas relâchée, si je n’ai pas manqué, en d’autres termes, â quelqu’un de ces quatre points : en cas de manquement, je ferai un acte de contrition avec le bon propos de m’amender.

Examen du soir.

XXXVIIÏ. L’examen du soir sera un peu plus long. M’étant mis en la présence de Dieu, je demanderai ses lumières pour connaître toutes les fautes commises dans le cours de la journée ; puis je parcourrai brièvement par la mémoire mes principales actions, en réfléchissant sur les lieux, les personnes et les occupations, afin de me rendre compte de mes pensées, de mes paroles, et de tous mes rapports avec le prochain, ainsi que de la ma-

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nière dont j’ai confessé, célébré et récité l’office divin. J’examinerai si je n’ai pas dépassé les limites du nécessaire dans la nourriture et le repos, si j’ai bien employé mon temps, et si j’ai veillé sur tous mes sentiments ; si je ne me suis pas laissé aller à quelque inquiétude, 'a quelque immodestie dans les regards, a des paroles oiseuses, vaines, inutiles, peu conformes a la charité, h la prudence, ou sentant la jactance ; si je n’ai pas cherché à excuser mes défauts, ou donné dans des ressentiments, des jugements téméraires, des soupçons ; si j’ai parlé avec trop de vivacité, si je me suis permis de petites amplifications, si j’ai négligé de chasser les pensées ou de réprimer les inclinations mauvaises. Après avoir découvert bien des fautes, je réfléchirai que j’en ai commis beaucoup plus que je ne connais pas; en effet, mes bonnes œuvres elles-mêmes sont peut-être infectées du venin de l’amour-propre, qui fait que je me recherche moimême plus que Dieu, et que je n’ai pas cette intention pure et simple que je devrais avoir ; du moins je détruis la valeur de mes bonnes actions par mon extrême froideur ; en sorte que j’aurai toujours un grand sujet de me confondre, et de demander pardon à Dieu par des actes de contrition et le bon propos de me corriger. Je m’arrêterai plus longtemps à ces actes qu’à l’examen de mes fautes, en ayant soin toutefois de me recueillir dès le principe en la présence de Dieu ; car si on se laisse aller 'a quelque distraction, on passe le temps sans faire rien de bon.

Prières du soir.

XXXIX. Le soir avant de me coucher, je me recommanderai à tous mes saints patrons, et j’en formerai comme une litanie, en disant :

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Kyrie eleison y — Christe eleison , — Kyrie eleison.

Sancta Maria , ora pro me. — Sancta Maria , ora pro me. — Sancta Maria , ora pro me.

Sancte Joseph, ora pro me.

Sancte Joannes-Baplista , sancte Petre , sancte Paule , sancte Joannes Evangelista, sancte Joachim, sancta Anna, sancte pater Francisce, sancte Antoni, sancte Bernardine, sancte Vincenti Ferreri, sancte Petre de Alcantara, sancte Paschalis , sancte Ludovice , sancte Francisce Xaveri , sancte Aloysi, sancte Francisce de Paula, sancte Philippe Neri, sancte Joannes a cruce , sancte Vincenti a Paulo, sancta Teresia, sancta Maria Magdalena de Pazzis, sancte Leonarde, sancte Aloysi martyr, Beate Salvator, orate pro me.

Omnes Sancti et Sanctæ Dei, orate pro me.

Or.EMUS. Protégé , Domine, etc.

Je ferai ensuite les actes de foi, d’espérance, de charité, et de contrition, avec la protestation que je veux vivre et mourir dans la sainte foi catholique, apostolique et romaine, et rendre mon âme à Dieu en formant l’acte d’amour le plus ardent. Puis je pratiquerai l’exercice de saint Vincent pour la bonne mort; je recommanderai mon âme à Dieu comme si cette nuit devait être la dernière pour moi et que je fusse assuré de devoir mourir, en disant trois fois : In manus tuas, Domine , commendo spiritum mcum : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. » Je réciterai le De Profundis et je prierai Dieu de m’en tenir compte pour quand je serai mort en réalité. Afin d’obtenir la grâce de mourir muni des sacrements de pénitence et d’eucharistie, j’invoquerai sainte Barbe, en récitant un Pater et un Ave.

Après cela, je supplierai mon ange gardien, de daigner m’assister durant le temps de mon repos, en disant :

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Angele Del, etc. Je jetterai de l’eau bénite dans ma cellule, et je formerai l’intention que toutes les pulsations de mon cœur soient autant d’actes d’amour.

Je m’étendrai modestement sur mes planches, et prenant en main la croix de mon chapelet, ou le crucifix que je porte sur la poitrine, je tâcherai de m’endormir dans cette attitude, en répétant à plusieurs reprises : Mon Jésus, miséricorde, après avoir récité d’abord la prière de saint Vincent pour la bonne mort.

Fuir l’oisiveté extérieure et intérieure. — Diverses pratiques et oraisons jaculatoires.

XL. Pour terminer les pratiques de chaque jour, j’aurai un soin scrupuleux d’éviter l’oisiveté extérieure, et me garderai bien de perdre le temps â m’entretenir avec mes confrères ou avec des séculiers de choses vaines et inutiles, si ce n’est rarement et pour des raisons impérieuses de convenance. Mais j’éviterai plus soigneusement encore l’oisiveté intérieure, celle de l’esprit. C’est pourquoi, au couvent comme dans les rues, je marcherai toujours avec modestie, en répétant fréquemment l’oraison jaculatoire : Mon Jésus , miséricorde. Je baiserai toutes les croix que je rencontrerai sur mon passage, en disant . O Crux, ave, spes unica. Je prendrai de l’eau bénite toutes les fois que je le pourrai, et â cet effet, je tâcherai d’en avoir toujours dans ma cellule, ou dans ma chambre quand je serai en mission ; et je ferai de plus chaque fois un acte de contrition, en disant : Quia peccavi tibi, et non amaoi te super omnia, Deus meus, bonitas infinita, amo te super omnia, et uïeo doleo super omnici , nolo amplius peccare : miserere mei.

En voyant Jésus souffrant ou quelque instrument de

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la passion, je dirai : Passio Domini nostri JesuChrisfi sit semper in corde meo.

En voyant une image de la sainte Vierge, je réciterai un Ave Maria, et la saluant par une inclination profonde, je dirai : Vous êtes ma bien-aimée .

Quand je rencontrerai quelqu'un, je le saluerai par ces mots : Loué soit Jésus-Christ. Je m’engage à propager partout, dans les missions, cette manière de saluer, afin que Notre-Seigneur Jésus-Christ soit béni et loué à jamais. De cette façon, je tâcherai de me tenir constamment occupé à louer et a faire louer ce bon Sauveur.

Intention qui doit animer toutes les pratiques précédentes.

XLI. Je regarderai toutefois comme le point capital, dans toutes mes actions, de les faire avec une intention non seulement droite, mais pure et simple, afin quelles soient très-méritoires et agréables 'a la majesté divine. Je reconnais que je devrai apporter 'a ce point toute l’attention possible, attendu qu’une action faite avec une intention pure et simple vaut plus devant Dieu que cent autres. Cette pureté d’intention est ce qui ravit le cœur de Dieu et lui procure le plus de gloire; c’est elle qui sanctifie l’âme et la rend parfaite ; c’est elle qui donne du prix à toutes les autres vertus, et en élève le mérite au plus haut degré; car elle est comme la fleur de l'amour de Dieu En conséquence, je ne négligerai rien pour arriver, avec la grâce de Dieu, â m’acquitter de toutes les pratiques que je me suis tracées, avec cette intention pure et simple qui consiste à ne chercher en toutes choses que le bon plaisir de Dieu, faisant tout en Dieu, avec Dieu et pour Dieu. Car c’est une chose bien plus excellente, plus méritoire et plus agréable à Dieu de pratiquer des actes p m vin. 44

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de vertu en Dieu et pour Dieu, que de les pratiquer par amour de Dieu ; celui qui pratique la vertu par amour de Dieu, peut y mêler quelque fin secondaire; tandis que celui qui agit en Dieu et pour Dieu seul, c’est-à-dire qui n’envisage que Dieu seul en toutes choses, exclut toute autre fin. et de cette manière se forme une intention pure qui ravit le cœur de Dieu.

Je me propose doqc d’avoir celte intention dans toutes les pratiques dont j’ai parlé précédemment ; pour l’avoir avant d’agir, je réveillerai ma foi, dans la partie supérieure de l’âme ; je contemplerai l’adorable Trinité au fond de mon cœur, et je lui rapporterai l’action que j’ai à faire, ne cherchant que son agrément et son bon plaisir, et disant intérieurement : Tout pour vous , mon Dieu. J’espère réussir si je maintiens dans mon cœur la paix intérieure indiquée plus haut (§ xxxvii). C’est pourquoi, * dans l’examen de midi, je réfléchirai si en agissant j’ai constamment dirigé le regard de mon âme vers Dieu, et si j’ai cherché uniquement à lui plaire en toutes choses ; quand je me trouverai en défaut, je m’en repentirai en m’assignant une pénitence et en renouvelant le propos de m’amender. Bien plus, comme ce point est de la plus haute importance, et l’âme, pour ainsi dire, de la vie spirituelle, je prie Dieu et la sainte Vierge de m’assister afin que je puisse en venir parfaitement à la pratique. Je voudrais que cette intention fût actuelle dans toutes mes actions, et si c’est trop exiger, qu’elle fût au moins virtuelle, ou conventionnelle : je dirai à cette fin, au commencement de chaque action : Mon Jésus , miséricorde. Par cette invocation, j’entends une fois pour toutes renouveler cette intention pure et simple qui, n’envisageant que Dieu seul, cherche uniquement sa satisfaction et son bon plaisir en toutes choses.

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