‹ Chemin de la croixChapitre 123 sur 153 · CHAQUE JOUR · texte numérisé non relu

CHAQUE JOUR

Aspirations et prières.

XI. Pour me tenir toujours occupé à aimer la bonté infinie de Dieu, je m’imposerai, moyennant la bénédiction de mon père spirituel, certaines pratiques à observer chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année et en tout temps.

Tous les jours donc, aussitôt que je m’éveillerai le matin, j’élèverai mon cœur vers Dieu et j’invoquerai sa divine miséricorde, en répétant plusieurs fois : Mon Jésus, miséricorde ; je réclamerai aussi l’assistance divine pour toutes les actions de la journée. Ensuite je ferai l’acte de retour vers Dieu dont j’ai parlé, en aspirant à lui de toutes mes forces, et en protestant chaque jour que je veux i’aimer avec toute la ferveur possible, comme si c'était le dernier jour de ma vie, me proposant en outre de chercher son bon plaisir en toutes choses. Enfin, prosterné à ses pieds, je ferai les actes de foi, d’espérance,

MES RÉSOLUTIONS

de charité, de contrition et d’offrande. Après quoi je revêtirai le cilice, et. ayant pris de l’eau bénite, je m’acheminerai vers le chœur en récitant le psaume : Deus , Deus meus ad te de luce vigilo, etc. — Je ferai la même chose quand je m’éveillerai la nuit, et que je me lèverai pour me rendre à matines; je réciterai alors, en traversant le dortoir, le psaume Miserere . — Arrivé au chœur, je me conformerai en tout à ce que j’ai déjà marqué en parlant de l’office divin (§ iv et v).

Cilice.

XII. Tous les matins je revêtirai le cilice, comme je l’ai dit § ni , et je le porterai deux ou trois heures, c’est-àdire jusqu’après la sainte Messe, que je ne célébrerai jamais sans cilice, quelle que soit la solennité.

Application aux âmes du purgatoire des indulgences et des mérites satisfactoires.

XIII. Chaque matin, après l’acte d’offrande, je formerai l’intention de gagner toutes les indulgences que je pourrai, même celles dont j’ignore l’existence, si les œuvres que j’ai coutume de faire peuvent tenir lieu des œuvres prescrites. Quant aux indulgences applicables aux fidèles trépassés, j’en appliquerai une à l’âme la plus sainte, et les autres à celles envers lesquelles j’ai des obligations spéciales de justice ou de charité, comme sont les âmes de mes parents et bienfaiteurs, ou bien à celles qui ont eu le plus d’amour pour Dieu et de dévotion à la sainte Vierge, et par conséquent le plus de sollicitude pour leur salut.

XIV. Le mérite satisfactoire de toutes les bonnes œuvres que je pourrai faire dans l’espace des vingt-quatre

MES RÉSOLUTIONS

heures, je l’appliquerai aussi a l’âme la plus sainte, et s’il en reste quelque chose, â celles que j’ai désignées plus haut. Ainsi tous les matins, sans plus d’explication, je dirai : j’ai l intention d’appliquer toutes les indulgences que je pourrai gagner aujourd’hui, ainsi que le mérite satisfactoire de mes bonnes œuvres, aux âmes du purgatoire, dans la forme accoutumée. Quant â l’indulgence des six Pater, Ave et Gloria , je la gagnerai trois fois par jour.

Offrande de ses actions à Dieu.

XV. Tous les matins, après avoir fait les actes précités, je formerai l’intention de consacrer en célébrant, d’absoudre en confessant, de recevoir et d’administrer les sacrements selon les fins prescrites, et je renouvellerai l’intention d’assister, s’il était possible, à toutes les messes qu’on célébrera ce jourdà dans le monde entier, les offrant toutes à Dieu, comme si je les entendais réellement toutes, et les offrant pour la fin indiquée précédemment, conformément a ce que j’ai exprimé dans l’acte d’offrande imprimé, qui commence par ces mots : Dieu éternel l, et que je réciterai tous les jours au matin.

Chapelet de sept dizaines et autres pratiques en l’honneur de la sainte Vierge et de l’Ange gardien.

XVI. Chaque jour je réciterai la couronne de sept dizaines en l’honneur de la sainte Vierge, et lorsque mes occupations ne m’en laisseront pas le temps, j’y suppléerai par sept actes de félicitation en mémoire des sept allégresses qu’éprouva son très-saint Cœur.

1 Voyez tora. II, p. 512.

MES RÉSOLUTIONS

XVII. Chaque jour je ferai douze inclinations profondes en l’honneur des douze prérogatives dont Marie a été enrichie par l’adorable Trinité : je la vénérerai comme ma souveraine ; je la féliciterai de ce quelle a été créée immaculée et toute pure, et choisie pour être la Mère de Dieu ; je lui demanderai à chaque inclination une pureté angélique de corps et d’esprit, une humilité profonde et la conversion de tous les pécheurs ; je protesterai enfin que je l’aime du fond du cœur, et que je l’aimerai jusqu’au dernier soupir, comme mon auguste Reine.

XVIII. Chaque fois que j’entendrai sonner l’heure, je réciterai un Ave Maria, en me réjouissant de ce que Marie a été conçue sans la tache du péché originel, et élevée à la dignité de Mère de Dieu, et je remercierai la très-sainte Trinité d’avoir bien voulu lui accorder ces glorieux privilèges. Je saluerai mon Ange gardien, lui rendant grâces de m’avoir assisté pendant l’heure écoulée et le suppliant de vouloir bien m’assister pendant la suivante, afin que je sois fidèle à Dieu en toutes choses. Pour suppléer aux heures de la nuit où je n’entends pas sonner l’horloge, je dirai les Ave Maria en d’autres temps.

Rénovation des vœux.

XIX. Trois fois le jour, au signal de Y Angélus, je réciterai à genoux les prières accoutumées, mais avec cette particuliarité qu’après le premier Ave Maria , je renouvellerai le vœu de pauvreté entre les mains de Jésus enfant; après le second, le vœu d’obéissance entre les mains de Marie ; et après le troisième, le vœu de chasteté entre les mains de saint Joseph ; je m’inclinerai profondément au Verhum caro factum est , pour honorer les abaissements du Verbe qui s’est anéanti pour moi.

•MES KÉSOLUTIONS.

XX. Tous les jours je ferai le Chemin de la Croix, quand je serai au couvent, à moins d’un empêchement notable qui m’en ôterait le loisir.

Mortification intérieure et extérieure.

XXI. Tous les jours, dans l’oraison du matin, je renouvellerai le bon propos de travailler à l’abnégation de ma volonté propre, de mon propre jugement et de mes inclinations naturelles, en toutes circonstances, et même dans les moindres choses. Ainsi, je réprimerai sans cesse l’amour-propre , et j’aurai constamment le glaive de la mortification a la main pour retrancher toutes les envies, soit de regarder des choses curieuses ou dangereuses, soit de proférer certaines paroles oiseuses, vaines et inutiles, soit de chercher a savoir des nouvelles qui ne me regardent pas. J’éviterai surtout la sensualité dans mes repas, me mortifiant en tout par le motif de plaire a Dieu.

Mortifications dans le manger et le boire. — Prières de table.

XXII. Ainsi, par esprit de mortification, quand je serai dans un de nos couvents de retraite, je ne mangerai jamais ni viande, ni œufs, ni poisson, quelle que soit la solennité du jour. J’accepterai la portion, mais je la laisserai poliment sur la table, me contentant de potage et de pain sec, accompagné tout au plus d’un peu de fromage et de fruits; je ne prendrai jamais de sel, et je ne ferai pas usage d’oranges, ni de citrons, ni de sauces ou autres chose* semblables, propres à exciter l’appétit ou le goût;

MES RÉSOLUTIONS

j’userai beaucoup moins encore de pâtés, de confitures et autres friandises. Je mangerai simplement le potage tel qu’on me l’aura servi, et le plus souvent je le rendrai insipide en y mêlant de l'eau. Je renoncerai de cette manière, pour l’amour de Dieu, à toute sorte de satisfaction dans le manger, et je me propose de ne jamais en parler pour quelque motif que ce soit, d’en rejeter même la pensée avec autant de soin qu’on rejette les pensées contre la pureté. Que si l’obéissance m’interdisait cette mortification, j’inclinerai la tête et je tâcherai de manger ce qui me sera prescrit sans faire attention à ce que je mange ; en outre j’y suppléerai par quelque exercice intérieur, par exemple, en faisant un plus grand nombre d’actes d’amour, de contrition et autres semblables.

XXIII. En temps de mission, notre nourriture, qui ne se composait d’abord que de deux potages et d’une salade, a été modifiée par ordre de notre saint-père le Pape Benoît XIV, de sorte que nous devons y joindre une portion solide : je la prendrai donc aussi par obéissance, mais je tâcherai toujours de mortifier la sensualité autant que je le pourrai, et je ne permettrai jamais qu’on serve plus d’une portion de poisson ou de viande salée; ce qu’on présentera en plus sera donné aux pauvres.

XXIV. Lorsque en voyage je m’arrêterai dans un couvent, j’accepterai ce qu’on me présentera . et après en avoir mangé quelque peu, excepté de la viande, je laisserai poliment le reste. Que si l’obéissance ou les égards dus à mon compagnon ne me permettaient pas d’en user de la sorte, j’v suppléerai par des actes intérieurs, comme plus haut. J’en userai de même chez les séculiers pour ne point les contrarier , de même aussi en voyageant par fleuve ou par mer, ou lorsque je serai logé dans quelque hospice avec des confrères, c’est-à-dire que je prendrai

MES RÉSOLUTIONS

un peu de tout pour ne point faire de déplaisir aux autres.

XXV. Le soir, lorsque je me trouverai dans nos couvents de Retraite, je ne prendrai qu'un seul mets, savoir, le premier qui me sera présenté, soit la salade, soit le potage, mais non la portion solide ; ou si je la prends, je ne la mangerai pas.

XXVI. En mission, le matin hors de temps de jeûne, je prendrai un peu de panade et quelques fruits; les dimanches et jours de fêtes, je me permettrai quelque poisson salé et pas autre chose.

XX VII. Le samedi au soir, si je suis dans un couvent, j’observerai un jeûne rigoureux, comme les vendredis, en m’abstenant de la salade accoutumée. Si je suis en mission, je laisserai la panade le matin, me contentant de pain sec et de fruits comme le vendredi.

XXVIII. A toutes les veilles des fêtes de la sainte Vierge, où Ton mange par terre, comme aussi tous les vendredis du mois de mars, si je me trouve dans un de nos couvents, je me bornerai au pain et à l'eau, du moins le matin.

XXIX. J’offrirai à Dieu les prémices des fruits qui paraîtront à table, en m’abstenant d’en manger : quant aux autres j’en laisserai toujours quelque chose, spécialement de ceux pour lesquels je me sentirai plus de goût.

XXX. Je serai très-sobre en fait de vin, et j’aurai soin d’y mêler toujours la moitié d’eau, plutôt plus que moins.

XXXI. Je ne boirai jamais hors de temps des repas, malgré l'ardeur de la soif ou une nécessité apparente ; je ne me permettrai pas davantage de manger quoi que ce soit en dehors de la réfection commune, soit au couvent, soit ailleurs.

Page 1