‹ Chemin de la croixChapitre 132 sur 153 · DU DEGRÉ DE PERFECTION DANS LA PRATIQUE DES VERTUS · texte numérisé non relu

DU DEGRÉ DE PERFECTION DANS LA PRATIQUE DES VERTUS

LXII. Pour me faciliter la pratique de la charité ainsi que des autres vertus, je viserai aussi haut que possible,

MES RÉSOLUTIONS

et je me proposerai de porter toutes les vertus a un degré héroïque. Quoique en réalité je sente bien que je ne pourrai jamais y atteindre, cependant la résolution que j’aurai prise de tendre au comble de la perfection me stimulera à ne point rester trop en-dessous. Voici sommairement les vertus que j’ai en vue.

1 . Je me propose d’avoir une foi aussi actuelle, et aussi vive ou même plus vive, que si je voyais de mes propres yeux les mystères qui en sont l’objet, et de les tenir pour aussi vrais et aussi certains qu’ils le sont dans l’esprit même de Dieu.

2. Je me propose d’avoir une espérance aussi ferme et aussi confiante que si j’étais tout à fait sûr de mon salut éternel, ou que je fusse déjà en paradis; j’attends donc avec assurance la grâce, la gloire et tous les biens qui ne sont pas contraires à mon salut, basant ma confiance sur ces quatre fondements inébranlables, savoir que Dieu est juste, fidèle, miséricordieux et tout-puissant; c’est-àdire qu’il peut, qu’il veut, qu’il a promis, et qu’il doit, en considération du sang versé pour nous par Jésus-Christ, notre divin Sauveur, et des bonnes œuvres que j’espère pratiquer, moyennant son secours.

3. Je me propose de pratiquer la charité envers Dieu avec toute la ferveur possible de volonté, sans autre motif que la souveraine bonté de Dieu ; et quand même je serais assuré de ma damnation future, néanmoins je voudrais, comme je le veux présentement, aimer mon Dieu d’un amour suprême, de l’amour le plus absolu, uniquement parce qu’il le mérite ; sous ce rapport je ne veux me laisser surpasser par aucune créature , je prétends l’aimer autant que qui que ce soit, et je voudrais pouvoir égaler l’amour souverain de l’auguste Mère de Dieu. Aussi les actes de foi, d’espérance et de charité seront l’aliment

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ordinaire de mon âme ; la nuit et le jour, seul ou en compagnie, je les répéterai sans cesse, soit formellement, soit d’une manière implicite et comme par convention, en disant : « Je crois, j’espère et j’aime » ; ayant l’intention, une fois pour toutes, en prononçant ces paroles, de faire les actes avec toutes les conditions requises.

4. Je me propose d’exercer la vertu de religion , pour ainsi dire, â tout moment, en rendant à Dieu le culte qui lui est dû, avec ma langue, avec mon cœur, avec mon corps, ainsi qu’en baisant la terre, les croix, les reliques et autres objets sacrés, en me prosternant devant le trèssaint Sacrement , en prenant de l’eau bénite, en faisant des actes intérieurs d’adoration, et en disant : Mon Jésus, miséricorde, ou d’autres oraisons jaculatoires semblables; en un mot, je ferai en sorte de ne jamais demeurer oisif, mais de me tenir toujours occupé, soit extérieurement, soit intérieurement, à reconnaître l’excellence de Dieu et mon misérable néant devant lui.

5. Je me propose de pratiquer la sainte vertu d’humilité, non-seulement en supportant et en affectionnant les mépris, mais en allant jusqu’à m’en réjouir et les désirer, m’estimant heureux de paraître vil aux yeux du monde , et me comportant comme tel à l’égard de tous les hommes, que j’envisagerai comme m étant supérieurs sous tous les rapports.

6. Je me propose d’observer mes vœux, et de pratiquer la charité envers le prochain dans le degré le plus éminent dont je sois capable : de prêter une obéissance aveugle en tout, de vivre dans une pureté angélique et dans une pauvreté absolue, d’aimer tout le monde de l’amour le plus ardent et plus que moi-même. En un mot , je me propose de pratiquer toutes les vertus dans leur plus haute perfection, en la manière et la forme que l’ont fait les Saints les plus éminents qui se trouvent en paradis.

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Mais quelque bonnes, quelque saintes que soient ces résolutions, elles seraient plus nuisibles qu’utiles si elles n’étaien t fondées sur une profonde humilité, et une véritable défiance de moi-même, qui me fassent confesser ouvertement et sentir intimement que non-seulement je suis aussi éloigné de ces vertus héroïques que le ciel est éloigné de la terre, mais que même je n’y arriverai jamais de ma vie en pratique sans une grâce très-spéciale de Dieu; car, comme le remarque fort bien notre père saint François, nous ne sommes ni plus ni moins que ce que nous sommes devant Dieu , et nous avons juste autant de vertus que nous en faisons voir par nos œuvres, rien de plus ; si bien que sans cette connaissance claire de moimême et ce sentiment vrai de mon néant, les bons propos que je forme présentement ne serviraient qu’à fomenter la vanité et à nourrir l’orgueil spirituel. Malgré cela, je ne laisserai pas, dans l’oraison, de viser à un but élevé, et de prendre des résolutions sublimes , afin d’arriver au moins à un degré médiocre de vertu, comme disent les Saints. Puisque notre Dieu n’agrée et ne récompense autre chose que la vertu , il faut bien que je tâche de l’acquérir à quelque degré; j’y emploierai donc toutes mes forces et toute mon industrie.

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