‹ Chemin de la croixChapitre 136 sur 153 · RÈGLES POUR DISCERNER LES MOUVEMENTS DE LA NATURE ET CEUX DE LA GRACE · texte numérisé non relu

RÈGLES POUR DISCERNER LES MOUVEMENTS DE LA NATURE ET CEUX DE LA GRACE

LXIV. 1 . La nature désire que toutes ses actions soient publiques ; elle s’y complaît et s’en glorifie. La grâce, au contraire, tâche toujours de cacher les siennes; elle désire qu’elles soient méprisées, et dit intérieurement : Dilectus meus mihi et ego illi1.

2. La nature met toute sa sollicitude dans les choses temporelles et les recherche avec avidité ; elle se réjouit de l’abondance et se désole dans la misère. La grâce, au contraire, ne fait aucun cas des biens qui passent, elle ne s’en soucie pas; bien plus, elle les méprise et n’aspire qu’au souverain Bien, en qui seul elle goûte la paix.

3. La nature est inconstante dans les bonnes œuvres; ce quelle fait aujourd’hui elle le défait demain ; elle recule devant la moindre difficulté et abandonne le bien commencé. La grâce, au contraire, regarde Dieu, persévère avec constance dans le bien quelle a entrepris et marche

1 Gant. 2, 16.

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généreusement en avant, aussi bien dans l’adversité que dans la prospérité.

4. La nature se complaît en elle-meme, elle recherche les choses curieuses, elle est avide d’amusements et de passe-temps avec les créatures, et elle craint d’affliger le corps a cause de la sollicitude excessive qu’elle porte 'a sa santé. La grâce, au contraire, ne cherche que le bon plaisir de Dieu, elle traite le corps comme une bête de somme, et proteste qu’elle ne veut ici-bas que la sainteté.

5. La nature s’ingère même dans les choses spirituelles, elle voudrait nager continuellement dans la joie et les consolations intérieures, et savoir quelle jouit d’une grande considération devant Dieu. La grâce, au contraire, rend l’homme humble, patient et juste sans qu’il le sache ; n’ayant en vue que de satisfaire le cœur de Dieu, elle l’aime et le sert courageusement, même au milieu des aridités.

6. La nature donne toujours dans les extrêmes, en outrepassant les limites de la discrétion. La grâce, au contraire, tient un flambeau pour nous diriger dans un juste milieu, afin qu’on ne fasse ni plus ni moins que ce qu’il convient de faire et que l’obéissance permet.

7. La nature cherche toujours sa satisfaction intérieure ou extérieure, et elle oppose de frivoles prétextes a quiconque lui persuade la mortification. Mais la grâce recherche les mépris, le dénuement, la souffrance; elle dirige ses inclinations vers Dieu quelle tâche d’aimer de toutes les manières possibles, pour accomplir en tout sa trèssainte volonté.

8. L’instinct de la nature est toujours enclin aux sept péchés capitaux, ou bien il nous fait aspirer â des choses relevées et sublimes, dans l’ordre spirituel comme dans l’ordre temporel ; il enfle le cœur et le rend sensible aux

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applaudissements du monde, à la vaine gloire ; il nous porte à nous flatter nous-mêmes sous tous les rapports et de toutes les façons, et ses insinuations pénètrent le cœur et y produisent des émotions délicates, des douceurs sensibles qui séduisent aisément celui qui n’est pas recueilli en soi-même et ne se tient pas sur ses gardes. La grâce, au contraire, s’oppose de toute manière à l’enflure du cœur, à la présomption de l’esprit et au charme des sens; elle nous porte constamment à l’humilité, à la résignation, à la pureté, au détachement de toutes choses et à l’union avec Dieu.

C’est d’après ces caractères ou indices que je me réglerai pour suivre toujours les inspirations de la grâce, et réprimer les instincts de la nature, afin que l’exercice même de la vertu ne soit point vicié devant Dieu, et que je ne sois point du nombre de ceux qui vivent dans l’illusion, en prenant l’apparence pour la réalité. Avant d’agir j’invoquerai la lumière et le secours de Dieu, en disant : Mon Jésus, miséricorde !

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