PRÉSENCE DE DIEU
LXV. La sauvegarde de toutes* ces résolutions sera la présence de Dieu. J'ai confiance qu’en ayant soin de tenir constamment le regard fixé sur mon Dieu, qui est présent a mes yeux et a mon âme, je serai fidèle à les observer. Je remarquerai donc qu’il y a deux manières de se mettre en la présence de Dieu, savoir : par l’imagination et par l’entendement.
La première a lieu quand nous nous représentons Jésus-Christ, notre Sauveur, comme s’il était sous nos yeux, ce qui peut se faire encore une fois de deux manières, c’est-à-dire intérieurement ou extérieurement. La
MES RÉSOLUTIONS
présence du Verbe fait homme est extérieure quand nous nous le figurons hors de nous, par exemple, sur le Calvaire. Elle est intérieure, quand nous nous le représentons au dedans de nous. Lors donc que je voudrai réfléchir à la Passion du Sauveur, je me servirai d’ordinaire de la représentation intérieure, m’imaginant voir Jésus- Christ souffrant dans mon cœur; c’est ce que je ferai spécialement pendant l’oraison mentale.
La seconde manière de se mettre en la présence de Dieu, laquelle a lieu par l’entendement, est fondée sur la foi. On la pratique en considérant Dieu présent à toutes les créatures par son essence, par sa connaissance et par sa puissance. Cette présence n’est pas une simple imagination, mais un article de foi. Or ici encore on peut suivre deux méthodes différentes.
La première est de considérer Dieu comme un océan sans bornes, qui s’étend au-dessus, au-dessous, autour de nous et partout, a la façon de l’âme, en quelque sorte, par rapport au corps ; c’est lui qui fait tout, qui voit tout, qui ordonne tout, et sans lui on ne peut rien faire, parce que tout dépend de lui. C’est à cette présence que je m’exercerai en dehors de l’oraison, me considérant comme abîmé en Dieu, imprégné de Dieu ainsi qu’une éponge dans l’eau, et envisageant Dieu en toutes choses.
La seconde méthode consiste â considérer Dieu audedans de nous, comme un pur esprit qui pénètre l ame tout entière; car, pour me servir de cette comparaison, de même que l’habit couvre le corps, et que le corps couvre l’âme, ainsi l’âme renferme en elle-même le Dieu trine et un. En effet, il est certain que Dieu habite d’une manière particulière dans une âme qui vit en état de grâce, qu’il y réside comme sur son trône et qu’il y trouve ses délices. De la vient que l’âme, concentrée en elle-même,
MES RÉSOLUTIONS
contemple en elle, des yeux de la foi, la majesté de Dieu, l’adorable Trinité aussi aimable qu’aimante, et par ce regard amoureux prend son essor et s’élance jusqu’au sein de Dieu, pour demeurer seule, tout à fait seule avec lui dans un oubli profond des créatures, et l’aimer tranquillement, paisiblement dans les ombres de la foi : ainsi deux amis réunis dans une chambre, au sein de l’obscurité, s’y entretiennent ensemble avec bonheur, quoique sans se voir. C’est de cette manière que je traiterai ordinairement avec Dieu dans l’oraison ; mais hors de l’oraison je me servirai de l’autre méthode, c'est-à-dire que je considérerai Dieu présent en toutes choses.
Mais pour avoir un signe de rappel qui m’excite 'a me tenir toujours en la présence de Dieu, je me servirai de la langue et de la main : de la langue toutes les fois que je dirai : Mon Jésus, miséricorde ! ou bien l’oraison jaculatoire si familière à notre glorieux père saint François : Deus meus et omnia ; en même temps je jetterai un regard intérieur sur Dieu, présent en moi et hors de moi. Je me servirai de la main comme je l’ai indiqué déjà en parlant de l’Office divin (iv). En effet, un moyen bien facile de penser à Dieu et de l’avoir toujours présent, c’est de rattacher son souvenir à un signe sensible ; c’est pourquoi je remuerai tantôt un doigt, tantôt un autre, surtout en confessant, en prêchant, en conversant, en mangeant, en voyageant, soit seul, soit en compagnie, dans les accidents. les troubles, les tentations; j’aurai recours tantôt à mon ange gardien et aux saints, tantôt à la bienheureuse Vierge, en remuant le doigt qui me les rappelle, et en faisant divers actes si j’en ai le loisir, sinon, ces actes sont compris dans le pacte que je forme maintenant pour toujours avec Dieu, afin qu’il connaisse ma bonne volonté, et cela suffit.
MES RÉSOLUTIONS