‹ Chemin de la croixChapitre 45 sur 153 · JÉSUS CONSOLE LES FILLES DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

JÉSUS CONSOLE LES FILLES DE JÉRUSALEM

A quoi bon quelques larmes pour une immense douleur? Aussi l’aimable Sauveur, se tournant vers les filles de Jérusalem, leur dit : «Ne pleurez donc pas sur mes douleurs, femmes compatissantes ; mais pleurez plutôt sur vos péchés et ceux de vos enfants. » Non, pour pleurer la Passion de Jésus, il ne suffit pas de quelques soupirs; mais ces quelques soupirs, si disproportionnés à l’affliction de Jésus, suffisent, mon pauvre pécheur, pour remédier aux immenses désastres d'une âme plongée dans l’iniquité, ses péchés fussent-ils aussi nombreux que les cheveux de votre tête. O puissance prodigieuse d’une véritable contrition, qui change une âme au point de faire d’un démon, un ange. Et cette contrition, mes frères, cette douleur est en notre pouvoir avec l’aide de Jésus- Christ qui ne nous fait jamais défaut au besoin. Avant donc que ce saint exercice se termine, arrosons nos cœurs de la salutaire amertume d’une contrition sincère, en pleurant, suivant l’avis du Sauveur, nos propres péchés.

QUATRIÈME EXERCICE

Xe STATION.

TROISIÈME CHUTE DE JÉSUS

Regardez par terre, âme pieuse, que voyez-vous ? Hélas! c’est Jésus, cet aimable Sauveur, qui, accablé sous son énorme fardeau, est gisant dans la fange. Voyez comme en cet état il lève les yeux sur vous et vous dit : Me voici, âme bien-aimée, me voici succombant pour votre amour sous le poids exorbitant de cette croix et surtout de vos énormes péchés. Voici votre Dieu dans les fers, dans l’ignominie, en butte a tous les outrages. Me voici entre les mains des barbares; je suis traîné au supplice, comme un infâme, entre deux larrons. Et cependant sachez que ce serait un dédommagement surabondant pour mon cœur désolé que le soupir amoureux d’un seul au milieu de cette foule. — Ah! cœur abandonné de mon Jésus, vous donnez donc vos peines, vos douleurs â si vil prix? Quoi! vous estimez qu’un seul soupir de la part d’un pécheur contrit paierait équivalemment vos tourments? Et quel sera donc, mes frères, ce pécheur fortuné qui, par un acte de contrition, par un peccavi bien sincère, gagnera l’amour de Jésus? Ah! tous, tous, pénétrés de contrition, pleurons nos péchés qui lui ont causé tant de peine.

Xe STATION.

JÉSUS DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS ET ABREUVÉ DE FIEL

Le monde ne vit jamais un spectacle plus horrible, plus lamentable que celui-ci. Le Fils de Dieu est mis 'a nu, bien plus, écorché tout vivant en présence de cette popu-

lace qui, par ses sifflets et ses ironies, tourne en dérision les opprobres de son Sauveur et s’en fait un sujet de divertissement. Ces risées et ces clameurs populaires sont comme autant de poignards qui percent le cœur de Jésus. Un peuple comblé de ses bienfaits, et poussant l’aveuglement et la barbarie jusqu’à bondir de joie au milieu de ses plus extrêmes souffrances! — Voila, mon frère, une image de ce qui se passe dans ces antres de la luxure, dans ces veilles et ces réunions criminelles. Quels éclats de rire à chaque parole bouffonne, à chaque trait scandaleux, c’est-'a-dire, en d’autres termes, chaque fois qu’on écorche tout vivant le corps adorable de Jésus ! Et après cela, vous vous lamentez de ce que votre maison s’en va en ruine, de ce que votre famille se dissout, et que vous ne pouvez plus en sortir; tandis que votre impiété en est venue au point que vous tressaillez au comble de l’abomination : Exultant in rebus pessimis . Il faut s’amender, mes frères, il faut s’amender, si l’on ne veut pas voir éclater de plus terribles châtiments.

XIe STATION.

JÉSUS CRUCIFIÉ

Le corps du Sauveur, exténué par la fatigue et la perte du sang, est rudement renversé par terre; on étend la croix, et l’on commence l’atroce crucifiement. Considérez Jésus, avec quelle bonne volonté, quel empressement il tend les pieds et les mains. Un bourreau furieux saisit un gros clou, et a grands coups de marteau l’enfonce dans la main droite du divin Sauveur; on attache ensuite une corde à la main gauche, dont les nerfs se sont con-

QUATRIÈME EXERCICE

tractés, et on la tire violemment pour la faire arriver jusqu’à l’endroit désigné; puis on étend de même ses pieds. Ah ! voyez comme les plaies s’élargissent, comme les os se disloquent, comme les chairs se déchirent, et comme toutes les jointures du corps se brisent. — Amateurs des plaisirs mondains, ou êtes-vous ? Venez ici, vous qui poursuivez toutes les délicatesses de la vie. Voyez à quelle extrémité votre sensualité a réduit mon Sauveur. Juste ciel ! qu’est-ce qu’un Dieu pouvait faire de plus pour mettre une borne à vos voluptés? Or, je ne demande de vous qu’une seule chose ce soir, c’est que vous jetiez un regard fixe, attentif et compatissant sur Jésus souffrant et cloué a la croix. Eh bien! qu’en dites-vous? quels sont vos sentiments? Il me paraît impossible qu’à la vue de Jésus crucifié, et crucifié pour vous, vous ne preniez pas la résolution de revenir de vos égarements. Courage donc, pécheurs, mes bien-aimés frères, décidez-vous à vous confesser et à pleurer vos péchés pour l’amour de Jésus.

XIIe STATION.

JÉSUS ÉLEVÉ EN CROIX

Monde ingrat, couvre-toi la face de confusion, car en vérité tu n’es pas digne d’un spectacle si auguste. Et qui pourrait retenir ses larmes, mes frères, en voyant un Dieu traîné sur une croix à laquelle il est cloué, et élevé en l’air, à la vue d’un peuple immense, en laissant couler de ses plaies autant de fleuves de sang? Ah ! contemplez cette immense charité qui lui fait tenir les bras ouverts, pour donner à entendre que s’il souffre, il souffre par pur amour. Mais, hélas ! voyant que tant d’amour n’est payé

que de la plus noire ingratitude, il incline la tête comme un homme qui se meurt, et, au milieu de ses angoisses, remet son âme entre les mains de son Père éternel : Tradidit spiritum. — Quoi 1 Jésus-Christ, le Fils unique du Père, le Fils du Très-Haut, Dieu lui-même, a été crucifié, est mort pour moi? C’est pour moi que mon Sauveur Jésus-Christ^ expiré sur une croix? — Ah! oui, oui, que les rochers se brisent, que les montagnes s’entrechoquent, que le soleil s’obscurcisse, que les cieux se troublent et que les étoiles tombent du firmament, rien de plus juste : Jésus-Christ, le Fils de Dieu, a rendu l’esprit : Tradidit spiritum. Ou donc avez-vous le cœur, pécheurs? Jésus-Christ, le Fils de Dieu est mort, il a expiré pour vous sur une croix! Ah! vous pouvez bien le proclamer à haute voix, ô grand Apôtre : Qui non amat Dominum Jesum, anathema sit ; à quiconque n’aime pas le Seigneur Jésus crucifié et mort pour moi, anathème éternel I Et si jamais, mes frères, il se trouvait dans cette religieuse assemblée un seul de ces cœurs de bronze qui, insensible à un tel bienfait, n’eût pas encore pris la résolution, dans le cours de cette voie douloureuse, de renoncer au péché et de se confesser au plus tôt, que devrais-je faire? Le voici : je voudrais en sa présence embrasser les pieds adorés de mon Jésus, et puis tout en larmes et brûlant de zèle, lui dire : Voici, âme possédée, voici les monuments de ton obstination ; les vois-tu ces meurtrissures? Ce sont les effets de ta malice et de ta perversité. Eh bien! donc, si tu n’es pas encore rassasiée, décharge ta fureur, rouvre ces plaies, couvre ce visage de» nouveaux outrages ; perce de nouveau ce cœur, assouvis ta rage; car il est si bon Jésus, il est si bon qu'il est prêt à souffrir encore une fois la mort pour ton amour, pourvu que tu reviennes enfin de tes égarements. — Ah !

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QUATRIÈME EXERCICE

je suis bien sûr qu’à la vue de tant de bonté un cœur de rocher finirait par se rendre; d’autant plus que je vous vois déjà tous pénétrés de componction et déterminés à donner mille vies, plutôt que de jamais plus offenser Jésus. Confirmons donc au pied de la croix une si généreuse résolution, et prions Jésus de nous accorder la grâce de mourir avec une véritable douleur de l’avoir tant offensé par le passé.

XIIIe STATION.

JÉSUS ENTRE LES BRAS DE SA MÈRE

Un double spectacle s’offre à vous dans cette station, mes frères : d’une part la très-sainte Vierge qui, ayant reçu dans ses bras les restes ensanglantés de son bienaimé Fils, en a le cœur comme percé d’un glaive aigu, et expire presque de douleur ; de l’autre, l’obstination de tant et de tant de pécheurs qui, à la face de cette Mère affligée, renouvellent la Passion de son divin Fils : Rursum sibimetipsis crucifigentes Filium Dei : Marie, l’auguste Marie plongée dans un océan d’amertume est comme changée en une statue de douleur par la mort de son Fils ; les pécheurs en courant la voie des plaisirs sont devenus semblables à des brutes par l’emportement de leurs passions. Cette Mère inconsolée pleure au souvenir de si atroces tourments; ceux-ci se rient sans pudeur de ces peines extrêmes ! — Peut-on imaginer, mes frères, un contraste plus révoltant que celui-là? Et cependant il en est ainsi! Ah! ce serait peu que Jésus n’eût été crucifié qu’une seule fois. Mais aujourd’hui encore se renouvelle l’horrible scène du Calvaire, puisque par chaque péché qui se commet on donne de nouveau la mort à Jésus-

Christ. Et ce qui augmente l’énormité de la faute, ô pécheur, c'est qu’en péchant, non-seulement tu donnes la mort à Jésus, mais tu l’assassines dans les bras de sa mère désolée. Oh! monstruosité du péché mortel! Quel sera donc celui qui, à la vue de tant d’impiété, ne détestera pas ses fautes? Ah ! tous ensemble, jetons-nous au pied de Marie, demandons-lui pardon de l’injure faite à son divin Fils, et de la peine cruelle que nous avons causée à son cœur en péchant. Oui, mes frères, pour l'amour de Marie, pour l’amour de cette tendre Mère, proposons-nous tous de ne jamais plus pécher.

XIVe STATION.

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