‹ Chemin de la croixChapitre 49 sur 153 · JÉSUS CONSOLE LES FEMMES EN PLEURS · texte numérisé non relu

JÉSUS CONSOLE LES FEMMES EN PLEURS

Si vous aussi, pécheur, vous eussiez vu Jésus couvert de plaies de la tête aux pieds, comme le virent les femmes de Jérusalem, sans doute vous vous fussiez mis avec elles à pleurer sur ses douleurs. Et cependant ce ne sont pas l'a les pleurs que Jésus demande de vous : Super vos ipsas flete , et super filios vestros : « Pleurez sur vous-mêmes, dit-il aux femmes de Jérusalem, et sur vos enfants. «Voilà les larmes dont Jésus a soif ; il désire que vous pleuriez, et que vous pleuriez amèrement vos péchés. Que de larmes ne répand-on pas pour la perte d’un petit intérêt temporel? et quand il s’agit de la perte des biens éternels, nous avons le cœur de pierre. Ah! demandons à Jésus avec toute la ferveur possible cette salutaire pénitence pour laver nos âmes de toutes les taches du péché.

IXe STATION.

TROISIÈME CHUTE DE JÉSUS

Ni vous, ni lui, mon pauvre pécheur, n’êtes encore rassasiés ; vous n’êtes point rassasié de désordres, et Jésus n’est point rassasié de souffrir pour votre amour. Voyez cependant à quelle extrémité il est réduit, comme tout son corps est brisé, exténué, sans forces, ce qui est cause qu’il tombe pour la troisième fois sur le flanc de la montagne. Contemplez-le, la face dans la poussière, ranimant un reste de vie qu’il conserve par miracle pour vous demander, d’une voix lamentable, aide et secours. Et quel secours pouvons-nous vous donner, aimable Jésus? — Savez-vous lequel? Un secours de soupirs et de larmes. Oh ! mes frères, pussent nos cœurs une bonne fois se briser de douleur 1 Tous tant que nous sommes, protestons en vrais pénitents que dorénavant notre nourriture ordinaire sera de pleurer la Passion de Jésus-Christ.

Xe STATION.

JÉSUS DÉFOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS ET ABREUVÉ DE FIEL

Si jusqu’ici quelqu’un d'entre vous fut sourd à la voix de Jésus qui, dans tant de stations, a tâché de vous parler au cœur, ah! écoutez avec quelle tendresse il vous invite en cet endroit,' cet aimable Sauveur, a contempler ses plaies. Me voici, mon fils, dit-il; vois comment par amour pour toi je me suis laissé arracher jusqu’à la peau du dos. Ne vois-tu pas que je ne suis plus qu’une plaie de la tête aux pieds, en proie à un spasme douloureux, sans autre rafraîchissement que de la myrrhe, du fiel et du vinaigre?

CINQUIÈME EXERCICE

Sache donc que ce que je souhaite le plus, que la seule chose que j’attende, cest un peu de retour de ta part. Oh ! combien tu m’obligerais par une larme, un soupir, une émotion tendre du cœur! — Eh! qui donc ne se sent ému à ces paroles si douces, si engageantes du Sadveur? Ah! mon Dieu, mon Dieu! puissions-nous fondre en larmes de compassion! Et puis, que serait-ce encore que cela? Jésus n’a pas seulement donné des larmes pour nous, mes frères, il a donné du sang; nous devrions donc lui rendre sang pour sang : Sanguinem pro sanguine. Quant à moi je sais ce que j’ai a faire. Que chacun examine de son côté quelle mortification extraordinaire, héroïque il pourra pratiquer pour répondre à tant d’amour de la part de Jésus.

XIe STATION.

JÉSUS CRUCIFIÉ

Voyez l’aimable Sauveur étendu sur ce tronc noueux, considérez avec quelle cruauté on lui tire les bras pour les faire arriver jusqu’aux trous, et comme on enfonce de gros clous émoussés dans ses chairs tendres et délicates. Ah! quels spasmes! quelles douleurs! Souffrez de grâce que je décharge mon cœur contre celui qui a été la cause d’un tel supplice. Pécheur, mon frère, ou je n’y comprends rien, ou vous vous trompez certainement. Le divin Sauveur, pour vous gagner le ciel, se livre aux fouets et aux épines; il fait de ses chairs adorables une effroyable boucherie ; et vous, c’est bien la dernière de vos pensées de faire pénitence ; vous avez une souveraine horreur de la plus légère incommodité, de la moindre souffrance corporelle. Savez-vous pourquoi? C’est que vous avez le

jugement dérangé, et que vous ne savez pas vous aimer vous-même d’un amour véritable et bien ordonné. Vous aimez votre corps , mais seulement pour quelques jours d’une misérable existence, et vous le perdez pour toute une éternité. Vous aimez votre chair pour un instant, car le plaisir passe en un instant, et vous la condamnez à des supplices éternels, qui ne finiront jamais, jamais, jamais. Esprit-Saint, je vous en conjure, ouvrez les yeux à tel et telle qui m’écoutent, afin qu’à la vue de Jésus crucifié ils reconnaissent leur folie, et se déterminent à embrasser la pratique de la pénitence. Ah! mes frères, prions Jésus de nous faire comprendre cette vérité, si bien que désormais nous ne fassions plus que pleurer et expier nos péchés, qui furent l’unique cause de notre aveuglement et de ses tourments.

XIIe STATION.

JÉSUS ÉLEVÉ EN CROIX

Voilà enfin, exposé à la face du monde entier, un Dieu crucifié après avoir été traîné sous une croix. Ahl prosternés à genoux, prenons tous copie d’un si beau modèle exposé à nos regards I Considérez, pécheur, mon frère, considérez comment se comporte Jésus sur sa croix. Vous le voyez déjà envahi par les pâleurs de la mort, languissant au milieu des plus cruelles angoisses et prêt à rendre le dernier soupir. Or, dites-moi, quelle est la plus grande peine qui afilige cet aimable Sauveur, suspendu en l’air sur trois clous, et tout ruisselant de sang? quelle est-elle? Ecoutez-le de sa bouche divine : Sitio, «j’ai soif. » Jésus ne se plaint d’aucun autre mal que de sa soif. Mais quelle est cette soif qui le tourmente tellement? quelle est-elle? le savez-vous? Ah ! c’est la soif de vos larmes, de votre

p M. VIII. 4 0

CINQUIÈME EXERCICE

amour; c’est le grand, mais très-grand désir qu’a Jésus de vos soupirs. Sitio, «j’ai soif. » Et vous, ingrat, laisserez-vous Jésus mourir de soif, plutôt que de le rafraîchir par une tendre compassion ? Voyez cependant comment, dans un spasme violent, inclinant la tête, il expire, hélas 1 et meurt avec cette soif dévorante de votre amour. — Ah ! mon doux Jésus, j’ai connu trop tard vos désirs, trop tard je me résous à correspondre à votre amour. — Courage, mes frères! mieux vaut tard que jamais, pourvu qu’enfin nous nous déterminions une bonne fois à payer de retour celui qui nous a tant aimés. Après tout, est-ce qu’un Dieu mort pour nous ne mérite pas notre amour? Un Dieu qui a donné sa vie, et quelle vie ! une vie d’un prix infini, pour nous procurer le salut éternel : quelle pensée capable de faire tourner la plus forte tête ! Un Dieu a donc mis la vie d’un pécheur au-dessus de sa propre vie. Votre âme, mon pauvre pécheur, votre salut éternel vaut donc autant que la vie d'un Dieu! Et vous la prisez si peu! Ah! détrompons-nous, mes frères, et ici, aux pieds de Jésus-Christ, prenons la généreuse résolution de consumer à l’avenir toute notre vie à son service, et de renoncer au péché ; de fuir cette occasion dangereuse, de faire une bonne et sainte confession, afin qu’arrivés à l’article de la mort, par un acte de confiance et d’amour nous remettions notre âme entre les mains de Jésus.

XIIIe STATION.

JÉSUS ENTRE LES BRAS DE SA MÈRE

C’est un drame bien douloureux que celui qui se passa au sommet du Calvaire lorsqu’on y vit le Fils d’un Dieu attaché à la croix ; mais la scène devint doublement

lamentable lorsque ce même Fils de Dieu, déjà mort, fut déposé entre les bras de sa Mère affligée. Ah! Mère infortunée, quel glaive de douleur vous perce le cœur, en contemplant sur votre sein ces membres déchirés, ensanglantés, du plus aimé des fils! Oui, sa douleur fut grande, dit le séraphique saint Bonaventure; Marie sentit tellement son cœur percé par les épines et les clous, déchiré par les coups, qu’elle fut comme transformée en épines, en clous et en plaies : Quœro Matrem Dei , et invenio spinas, et clavos ; quœro Mariam, et invenio vulnera et flagella , quia tota est conversa in ista. Ce fut une admirable transformation que celle-là, mes frères ; mais l’étonnement cesse dès qu’on sait que ce fut l’ouvrage de l’amour. Ah ! plût à Dieu que nous fussions aussi tellement pénétrés de l’amour de Jésus et de Marie, qu’en quittant cette sainte montagne nous eussions l’âme tellement préoccupée de leurs tourments, que tous les objets nous apparussent comme du sang, des épines, des lances et des clous, en un mot, que tout notre cœur se transformât dans la passion de Jésus et de Marie. O très-sainte Mère, Mère de grâce, ne nous refusez pas une grâce si précieuse; faites que plongés continuellement dans vos peines nous pleurions sans cesse nos péchés qui en furent la cause.

XIVe STATION.

Page 1