JÉSUS DÉPOSÉ DANS LE SÉPULCRE
Les plus augustes funérailles qui aient jamais été célébrées dans le monde sont celles qui eurent lieu sur le Calvaire, lorsque, accompagnés d’une troupe nombreuse d’anges en deuil, de Marie, de Jean et des saintes femmes, tous fondant en larmes, Joseph et Nicodème portèrent procès-
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sionnellement le corps sacré de Jésus au lieu de sa sépulture. Ces pieux disciples, par la modestie et la vénération profonde avec laquelle ils traitaient ces membres adorables, donnèrent une preuve de Tardent amour qu’ils portaient à Jésus. Mais le cœur de Marie fut alors comme une mer agitée de mille affections diverses. Dans sa douleur extrême, cette tendre Mère aurait voulu s’ensevelir avec son divin Fils, et ne le pouvant pas, elle couvrait ses restes sacrés de ses ardents baisers, jusqu’à ce qu’enfm, étant tombée faible entre les bras des saintes femmes, elle permit de déposer le corps adorable du Sauveur dans un sépulcre nouveau, dont l’entrée fut fermée avec une grande pierre. Cette station réclame deux choses de vous, pécheur, mon frère : c’est de consoler Marie, et de préparer un lieu plus décent aux membres sacrés de Jésus. Vous plaît-il que je vous suggère le moyen de vous acquitter de ces deux devoirs importants? Formez dans votre cœur un sépulcre au Sauveur, et ne quittez pas ce lieu sans emporter avec vous les augustes reliques de votre Dieu. Oh! alors, certes, Marie sera contente, et Jésus le sera pareillement. Mais comment oseriez-vous déposer le corps trèspur de Jésus dans un cœur si corrompu? Ah I lavez-le avec les larmes de la pénitence, en répétant avec le saint roi David : Cor mundum créa in me , Deus : « Seigneur, créez en moi un cœur pur. » Que le fruit de ce saint exercice soit de vous inspirer un véritable repentir et de vous faire confesser intérieurement vos fautes ; et en retournant ne pensez pas à autre chose qu’à opérer un changement de vie total. Dieu vous soit en aide.
LA VOIE SACRÉE
SECONDE PA R T I E
EXHORTATION
AUX PRÉLATS ET AUX PASTEURS DES AMES, PARTICULIÈREMENT AUX MISSIONNAIRES ET PRÉDICATEURS DE L’ORDRE DE SAINT-FRANÇOIS, POUR LES ENGAGER A INTRODUIRE LE CHEMIN DE LA CROIX DANS TOUTES LES PAROISSES.
Desolatione desoJata eut omnistsira , quia nullus est qui rccogitet cor tc. Jerem. 12.
Toute la terre est plongée dans la désolation, parce qu’il n’esi personne qui médite dans son cœur.
Rien n est plus déplorable que l’état dans lequel nous voyons^ croupir aujourd’hui la plupart des fidèles; je parle de ces hommes esclaves de toutes les passions et indifférents pour la vertu, tout absorbés dans les intérêts matériels et les divertissements du monde, ne recherchant que les jouissances passagères d’ici-bas, et vivant dans l’oubli absolu des biens véritables et éternels, seuls dignes de notre estime. Nous avons donc bien sujet de renouveler les lamentations de Jérémie : Desolatione desolata est omnis terra, quia nullus est qui recogitet corde : « Toute la terre est plongée dans la désolation, parce qu'il n’est personne qui rentre en soi-même pour méditer. » VoiPa la source de nos malheurs : on ne pense pas 'a ce a quoi on devrait penser, et ce déréglement de l’es-
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prit est le principe de tous les désordres dans la conduite. On ne pense pas aux maximes éternelles, on ne pense pas aux bienfaits de Dieu, on ne pense pas aux obligations de son état, on ne pense pas aux dangers de la vie qu’on mène ; et surtout on ne pense pas à tout ce que le Fils de Dieu a souffert pour notre salut dans sa cruelle Passion ; par suite, la désolation s’est étendue par toute la terre ; car il est manifeste que le monde entier n’est plus qu’un vaste gouffre d’iniquités.
I. Mais quel remède opposer à un mal si universel? Qu’il me soit permis, à genoux aux pieds de nos vénérables prélats, curés, recteurs et ministres de Dieu, de leur dire que le remède efficace contre la plupart des maux qui nous affligent est entre leurs mains : qu’ils s’efforcent par tous les moyens qui sont en leur pouvoir d’introduire dans chaque paroisse le Chemin de la Croix, et ils opposeront par là une digue puissante aux désordres qui menacent de tout envahir. Oh ! quel bien produirait parmi les fidèles ce salutaire exercice, qui n’exige d’ailleurs de ceux qui le pratiquent qu’un peu de réflexion ou de méditation sur les souffrances et les tourments endurés, pour notre amour, par le divin Sauveur! Que l’entendement puiserait de lumières, la volonté de ferveur, le cœur de componction, dans la méditation fréquente de la douloureuse passion du Fils de Dieu ! J’en appelle à l’expérience. Tous les jours j’ai eu occasion de constater que là où cette sainte pratique a été mise en vigueur, on a remarqué aussitôt une amélioration très-notable dans les mœurs.
En effet, le Chemin de la Croix est un contre-poison pour le vice, un frein pour les passions rebelles, un stimulant efficace qui porte le cœur à embrasser généreusement la pratique de la vertu. En voici la raison : c’est que celui qui se remet fréquemment devant les yeux le
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miroir resplendissant de la passion de l’Homme-Dieu, ne peut s’empêcher, au reflet d’une si vive clarté, d’être frappé des souillures qui couvrent son âme, et de les détester. Bien plus, à la vue d’un Dieu souffrant pour lui, il se sent excité à correspondre à tant d’amour, au moins en acceptant avec résignation les incommodités, les désagréments qui se rencontrent nécessairement dans toutes les conditions de la vie. En outre, le jour où l’on pratique ce pieux exercice on éprouve un certain dégoût pour les vanités du monde. C’est une observation qui a été faite par un grand nombre de vertueux pasteurs, savoir, que pour mettre un frein â la fureur des bals, des jeux, en un mot de tous les divertissements illicites ou dangereux, et obtenir que les jours fériés soient consacrés aux bonnes œuvres, il n’v a pas de moyen plus efficace que l’exercice du Chemin de la Croix. Lorsque tous les fidèles ont fait publiquement ce pieux exercice après vêpres, on remarque en eux plus de retenue, plus de modestie, et généralement de l’indifférence pour les amusements profanes.
Béni soit donc le saint exercice du Chemin de la Croix, qui attire si efficacement les cœurs et opère des changements si admirables ! De vénérables prélats, qui avaient été témoins de ces heureux effets, se sont épris d’un saint zèle pour propager le Chemin de la Croix. Quelques-uns sont allés nu-pieds l’ériger dans les églises de leurs diocèses, se conciliant, par une conduite si édifiante, l’affection de toutes leurs ouailles. D’autres ont fait peindre les stations dans leurs cathédrales; plusieurs ont ordonné que cette dévotion fût introduite dans tous les monastères soumis à leur juridiction, et il en est résulté un bien très-sensible : ce pieux exercice est comme un feu qui embrase le cœur des vierges consacrées â Dieu ; c’est une douce et sainte occupation qui les dégoûte des
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conversations vaines, des passe-temps inutiles; cest un stimulant qui les anime à tendre à la perfection, c’est un lien de paix et d’union entre elles. Enfin il est des prélats qui ont enjoint a tous les curés d’établir le Chemin de la Croix dans leurs paroisses, et de le visiter processionnellement avec le concours des fidèles au moins une fois le mois. Les pasteurs qui ont eu le bonheur d’enrichir leurs paroisses de ce grand moyen de salut pourraient nous dire les larmes qui ont été versées devant chaque station, les soupirs qui ont été poussés, les mortifications qui ont été pratiquées. On a vu des confréries entières se réunir le soir pour vaquer 'a ce saint exercice, et se donner la discipline jusqu’au sang, en suivant les traces ensanglantées de notre divin Rédempteur.
C’est pourquoi, le front dans la poussière, je conjure, par les entrailles de Jésus-Christ, autant qu’il est en mon pouvoir, nos vénérables pasteurs de ne pas frustrer leurs ouailles d’un si grand trésor. Si celui qui a enfoui un seul talent a mérité d’être précipité dans les ténèbres extérieures, que sera-ce de celui qui dérobe a son peuple un si riche capital? Ah! crovez-moi, messieurs, c’est de votre sollicitude, de votre zèle, de votre diligence que dépend tout le bien des fidèles confiés a vos soins; et en fait, vous ne pourriez leur rendre de plus grand service que de les habituer à méditer la passion du Sauveur.
Mettez donc la main à l’œuvre, messieurs ; je vous en supplie par l’amour que vous portez à Jésus souffrant, par l’amour que vous portez aux âmes, par l’amour que vous vous portez a vous-mêmes. Prenez sur vous d’instruire tous les fidèles, surtout le pauvre peuple, dans la dévotion du Chemin de la Croix, en leur enseignant en quoi consiste ce saint exercice, combien il est excellent, avantageux, facile ; quel profit ils peuvent en retirer pour
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eux-mêmes et pour les autres, pour les vivants et pour les morts. Afin d’en propager plus sûrement la pratique, il est bon de le donner pour pénitence sacramentelle ; c’est en effet un remède des plus efficaces ; il guérit et préserve tout à la fois; il nous obtient la rémission des peines dues aux péchés, au moyen des indulgences qui y sont attachées, et procure à l’âme de nouvelles forces en attirant sur elle des grâces plus abondantes ; c’est aussi une excellente préparation avant de recevoir la sainte communion, et une action de grâce très-fructueuse après l’avoir reçue. Courage donc, mes bien-aimés confrères dans le sacerdoce, courage! ne vous épargnez aucune peine pour propager une œuvre si salutaire. Prêchez, exhortez, soyez saintement importuns pour porter tout le monde à marcher dans cette voie royale de la Croix, qui a pour terme la gloire éternelle. Rappelez fréquemment aux fidèles qui vous sont confiés cette célèbre sentence du vénérable Thomas a Kempis : «Il n’y a rien d’aussi propre à convertir les âmes a Dieu, à les éloigner du péché, à leur faire expier les fautes commises, â les préserver d’y retomber, â les maintenir constamment dans la pratique de la vertu, que le saint exercice du Chemin de la Croix et la pieuse méditation de la passion du Sauveur. » Ah ! ne dédaignez pas les prières, les humbles instances de votre pauvre serviteur; ne résistez pas à l’impulsion de l’Esprit-Saint qui vous pousse a embrasser cette œuvre : il s’agit de procurer à Dieu beaucoup de gloire et au prochain de grands avantages ; d’amasser des trésors de mérites pour vous-mêmes, pour les vivants, pour les morts, pour tout le monde. Pensez-y bien, et prenez une résolution en conséquence.
II. C’est â vous maintenant que je m’adresse, avec le sentiment du plus profond respect, mes pères et mes
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frères bien-aimés en Jésus-Christ, supérieurs, prédicateurs et missionnaires de l’Ordre séraphique ; c’est vous surtout que je voudrais voir animés d’un saint zèle poulie Chemin de la Croix. C’est à vous, en effet, qu’il appartient spécialement de propager une si sainte dévotion, et, en qualité d’enfants de saint François d’ Assise, de graver dans le cœur des hommes le souvenir de la passion de notre divin Rédempteur. Souvenez-vous que si les stigmates ont été accordés a notre glorieux Père, si bien figuré par cet Ange de l’Apocalypse qui 'portait le signe du Dieu vivant , ç’a été uniquement pour qu’il imprimât sur le front des fidèles le signe mystérieux qui représente la passion de Jésus-Christ. A cette fin., la divine Providence a voulu que la garde des lieux sanctifiés par le sang du Sauveur nous fût confiée, et que notre Ordre jouît tout spécialement du privilège d’ériger les Chemins de la Croix auxquels seraient communiquées les indulgences des stations de Jérusalem.
De là vient que nos Pères réunis en chapitre général à Rome, en 1688, se crurent obligés de décréter que tous les supérieurs de l’Ordre s’efforceraient de propager cette insigne dévotion, comme il ressort de l’article 44 des constitutions établies dans cette assemblée : Quia anima bus utile , et Deo prœ multis aliis devotionibus gratum fore speramus (il s’agit de l’exercice du Chemin de la Croix), cunctis Ordinis Superioribus enixe commendamus , etc.
Rien plus, se faisant un titre de gloire d’être les propagateurs de cette belle dévotion, ils recommandèrent, non-seulement d’être zélés à la propager, mais en outre de veiller attentivement à ce que nul autre n’usurpât le privilège d’ériger le Chemin de la Croix, avec publication des indulgences y annexées, ces indulgences n’avant été accordées qu’aux Chemins de la Croix établis par nous :
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Eis simul imponentes ut sedulo invigilent ne exteri, et qui nostrœ obedientiœ non subsunt, se in publicatione dicta rum indulgentiarum aliqûatenus ingérant , aut sibi dictum exercitium tanquam sui Ordinis peculiare ornamentum appropriare prœsumant. En effet, les règles ou Avertissements, publiés par ordre de Clément XII et renouvelés par notre saint Père le pape Benoît XIV, disent expressément que la faculté de l’ériger a été accordée exclusivement aux religieux qui dépendent du Ministre-Général des Frères Mineurs : Privative quoad alios quoscumque. ‘‘Sauf les induits spéciaux accordés par le Saint-Siège, comme on l’a déjà fait observer dans la première Instruction.
Me voici donc à genoux à vos pieds, mes vénérés pères, et très-chers frères en Jésus-Christ, pour vous supplier de déployer toute l’ardeur possible, afin de propager dans le monde entier cette sainte dévotion. Faisons en sorte, pour commencer, qu’elle s’établisse dans tous les couvents, et qu’on la pratique solennellement au moins une fois le mois, afin de la faire goûter aux fidèles ; que les supérieurs chargent un religieux fervent de diriger l’exercice, pour qu’il se fasse avec toute la modestie, le recueillement et la piété désirables, conformément à ce qui est prescrit par le bref Debitum d’innocent XII, en date du 19 mai 1694, et par les rubriques particulières du bréviaire franciscain, n. 131, dont voici les termes : Omnimoda adhibeatur cura ut in cunctis confraternita tibus erectis, seu erigendis in ecclesiis conventuum, seu monasteriorum , etc., exercitium Viœ Crucis et orationis mentalis quam citius stabiliatur, eoque introducto, una e dominicis, seu diebus festivis, pro quolibet rnense, a supe riore locali , de assensu discretorii conventus, in perpetuum assignabitur ad consequendam indulgentiam plenariam novissime a Sanctissimo Domino nostro Jnnocentio XII
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benigne concessam; quœ ordinatio in non exiguum cedet animarum profectum , si ubique terrarum a nostratibus praxi mandetur. Quon exécute cette ordonnance, et l’on verra, non-seulement refleurir parmi nous l’observance régulière, mais aussi s’accroître chez les fidèles la vénération pour notre saint habit, et le crédit de l’Ordre séraphique.
Elargissons nos cœurs, puisqu’il en est ainsi, et pour ouvrir un plus vaste champ a notre zèle, ne nous contentons pas de voir le Chemin de la Croix honoré par le concours des fidèles dans nos églises seulement, mais secondons les pieuses intentions des souverains pontifes Clément XII et Benoît XIV, qui, dans les brefs que nous reproduisons ci-après, montrent un si ardent désir de voir cette salutaire dévotion se propager de toutes parts; faisons-nous un devoir de coopérer à la réalisation d’un pareil vœu. Je sais bien que plusieurs sont arrêtés dans cette sainte entreprise par la crainte futile qu’en propageant cette dévotion on ne lui ôte de son crédit et qu’on diminue le concours dans nos propres églises. O funeste illusion ! Je ne sais s’il existe au monde de dévotion plus accréditée et plus répandue que celle du Rosaire, puisqu’on peut dire avec vérité qu’il y a bien peu de paroisses où il ne soit d’un usage commun, et moi-même, dans les missions, j inculque au peuple de le réciter le soir dans toutes les familles. A-t-il perdu pour cela de son crédit? en est-il moins vénérable? le concours a-t-il cessé dans les églises des dominicains? Loin de là, cette précieuse dévotion n’a fait que s’enraciner de plus en plus dans le cœur des fidèles, et il en est résulté, comme il en résulte encore continuellement, une gloire insigne pour l’Ordre des Frères Prêcheurs. Pourquoi donc ne croirionsnous pas aussi que la dévotion du Chemin de la Croix, en
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se propageant, n’en deviendra que plus précieuse et plus agréable aux yeux des peuples, tout en procurant plus de gloire à Dieu, plus de relief à notre Ordre et plus de fruits de salut aux âmes ?
Que faisons-nous donc, mes chers frères? Que tardons-nous à parcourir l’univers en tous sens, afin d’introduire ce salutaire exercice dans toutes les villes, dans tous les villages, dans tous les établissements religieux ou ecclésiastiques? Le bon moyen de sanctifier le monde catholique et de le délivrer de la tyrannie de Satan, c’est de faire tous ses efforts pour que les fidèles pensent souvent â la passion du Sauveur et qu’ils la portent gravée dans le coeur. Et ne vous effrayez pas de voir l’enfer se déchaîner quand il s’agit d’ériger quelque part le Chemin de la Croix ; c’est qu’il a le plus grand intérêt à empêcher cette salutaire dévotion de s’étendre, il la regarde à bon droit comme une forteresse contre laquelle ses efforts échoueront toujours. Que nous devrions rougir par conséquent d’être assez pusillanimes pour reculer devant les contradictions qui traversent presque toujours une œuvre aussi sainte 1 Je m’étonnerais qu’il n’y eût pas d’obstacle à vaincre. Mais il faut tenir tête à quiconque s’oppose à la gloire de Dieu, et ne pas craindre de traiter d’ennemis de la Croix de Jésus-Christ : Inimicos crucis Christi , tous ceux qui contrarient l’établissement de cette dévotion, et refusent de se montrer les disciples du Sauveur en l’aidant à porter sa croix.
Ranimons donc notre courage, et ne nous épargnons aucune peine pour instruire les peuples, pour dissiper les doutes, pour aplanir les difficultés, et surtout pour stimuler le zèle des pasteurs et de tous ceux qui ont charge d’âmes. Afin d’obtenir plus facilement leur concours pour la promotion d’une si belle œuvre, prenons à charge de
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les exempter de toute dépense, en exhortant les familles les plus aisées de 1 endroit a se cotiser pour faire chacune une station, ou a se réunir à plusieurs pour en faire une; et vous les verrez d’ordinaire s’y prêter avec empressement et avec piété.
Voilà le fruit principal que doivent recueillir nos pères de leurs stations de carême et de leurs missions : c’est de laisser après eux le Chemin de la Croix en honneur parmi les, fidèles. Pour cela il faudra avoir soin, comme on l’a déjà dit, de le faire la première fois avec toute la solennité possible. La bénédiction des croix sera précédée d’une instruction sur l’excellence, l’utilité et la facilité du Chemin de la Croix, ou sur toute autre matière qui ait trait à la passion de Notre-Seigneur ; puis, ce qui relève merveilleusement la cérémonie, c’est de faire une courte allocution à chaque station, ou si pas à toutes, du moins à la douzième, où l’on retiendra les fidèles un peu plus longtemps, pour leur faire bien peser tout le sens de ces paroles : un Dieu mort pour moi. C’est là surtout qu’il conviendrait de joindre l’action aux discours, et de rendre au Sauveur sang pour sang.
Oh ! quel grand bien on opère lorsque, à la suite d’un Carême, d’un Avent ou d’une mission, on laisse la population d’une paroisse pleine d’estime et d’ardeur pour cette pratique salutaire ! Comme je connais le zèle qui vous anime à étendre de plus en plus une dévotion si spéciale à notre Institut, si instamment recommandée par les Chapitres généraux de l’Ordre, il ne me reste qu’à solliciter humblement les prières de tout le monde, afin que moimême, le plus misérable et le dernier de tous, je ne cesse de m’employer jusqu’à la fin à la propager, protestant que j’y contribuerais volontiers au prix de ma dernière goutte de sang, de mon dernier soupir, de ma vie.