‹ Chemin de la croixChapitre 95 sur 153 · Méthode pour entendre la messe avec fruit · texte numérisé non relu

Méthode pour entendre la messe avec fruit

Afin d’acquitter pleinement les quatre grandes dettes que nous avons contractées envers Dieu, figurez-vous que vous êtes ce débiteur de l’Evangile qui doit dix mille talents, et que vous entendez la justice divine vous intimer l’ordre de payer sans délai. Vous la suppliez de prendre un peu de patience et de vous accorder seulement le temps qu’il faut pour entendre la messe, parce que vous savez que dans ce divin sacrifice Jésus-Christ vous donnera le moyen de vous acquitter. Puis le prêtre montant à l’autel, vous divisez la messe en quatre espaces de temps ou en quatre parties, de la manière suivante :

Dans la première partie, depuis le commencement jusqu’à l’Evangile, humiliez-vous avec Jésus-Christ, abîmezvous dans la considération de votre néant; confessez sincèrement que vous n’êtes rien devant la majesté infinie de Dieu ; et ainsi humiliée d’esprit et de corps (car il faut toujours assister 'a la messe dans la posture la plus respectueuse et la plus modeste), dites-lui :

O mon Dieu ! je vous adore et vous reconnais pour mon Seigneur et le maître de ma vie ; je pro-

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teste que tout ce que je suis et tout ce que j’ai, c’est de votre bonté que je le tiens. Mais parce que votre souveraine majesté mérite un honneur et des hommages infinis, et que je ne suis qu’une pauvre créature, hors d’état de payer cette dette immense, je vous présente les humiliations et les hommages que Jésus-Christ vous offre lui-même sur cet autel.

Ce que fait Jésus-Christ, je veux le faire moimême. Je m’humilie et je m’abaisse avec lui devant votre suprême majesté. Je vous adore par les humiliations mêmes de mon Sauveur. Je me réjouis et je me félicite de ce que mon divin Jésus vous rend pour moi un honneur et des hommages infinis.

Continuez a produire intérieurement beaucoup d’actes semblables. Sans vous mettre en peine de répéter mot 'a mot la formule indiquée , servez-vous librement des expressions que vous suggérera votre piété. Oh ! que de cette manière vous vous acquitterez bien de la première dette !

Vous satisferez pour la seconde depuis l’Evangile jusqua l’Elévation. Jetez un coup d’œil sur vos péchés, et voyant la dette immense que vous avez contractée envers la justice divine, dites avec un cœur profondément humilié:

Voici, mon Dieu, cette âme perfide qui tant de fois s’est révoltée contre vous. Hélas! pénétrée de douleur, j’ai en abomination mes innombrables péchés et je les déteste de tout mon cœur : je vous offre en expiation la satisfaction même que Jésus-

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Christ vous présente sur Faute! . Je vous offre tous les mérites de Jésus, le sang de Jésus ; je vous offre Jésus lui-même, Dieu et homme tout ensemble, lequel, en qualité de victime, daigne encore renouveler son sacrifice en ma faveur. Puisque mon Jésus se fait, sur cet autel, mon médiateur ét mon avocat, et que, par son sang précieux, il vous demande grâce pour moi, j’unis ma voix à celle de ce sang adorable, et j’implore le pardon de tant de péchés que j’ai commis... Le sang de Jésus vous crie miséricorde ; mon cœur, pénétré de douleur, la réclame à son tour. Ah ! Dieu de mon âme, si vous n’ètes pas touché de mes larmes, soyez-le des gémissements de mon Jésus. Sur la croix, il a obtenu grâce pour tout le genre humain; ne l’obtiendra-t-il pas pour moi sur cet autel? Oui, je l’espère en vertu de son sang précieux, vous me pardonnerez toutes mes iniquités, et je ne cesserai de les pleurer jusqu’au dernier soupir de ma vie.

Répétez plusieurs fois ces actes d’une vive et profonde contrition, et soyez sûre qu’ainsi vous acquitterez complètement toutes les dettes que vos péchés vous avaient fait contracter envers Dieu.

Dans la troisième partie, c’est-à-dire, depuis l’Elévation jusqu’à la Communion, considérez les bienfaits sans nombre dont vous avez été comblée ; offrez au Seigneur, en échange , une victime d’un prix infini, savoir, le corps et le sang précieux de Jésus-Christ; invitez même les anges et les saints à remercier Dieu pour vous, à peu près de la manière suivante :

DES ACTIONS PRINCIPALES

Me voici , Dieu de mon cœur , chargée d’une dette énorme de reconnaissance , pour tous les bienfaits, tant généraux que particuliers, que vous m’avez accordés et que vous êtes encore disposé à m’accorder dans le temps et dans l’éternité. J’avoue que vos miséricordes à mon égard ont été et sont infinies ; cependant, je suis prêt à vous payer jusqu’à la dernière obole. En acquit de tout ce que je vous dois, je vous présente, par les mains du prêtre, le sang divin, le corps adorable, la Victime innocente, qui repose sur cet autel. Cette offrande, j’en suis sure, suffit pour compenser tous les dons que vous m’avez faits ; étant d’un prix infini, elle vaut à elle seule tous ceux que j’ai reçus jusqu’ici, et ceux que je recevrai de vous h l’avenir.

Anges du Seigneur, et vous, bienheureux habitants des cieux , aidez-moi à remercier mon Dieu, et offrez-lui en action de grâces, pour tant de bienfaits, non-seulement cette Messe à laquelle j’ai le bonheur d’assister, mais aussi toutes celles qui se célèbrent maintenant dans le monde entier; afin que parla je satisfasse complètement à sa tendre charité, pour toutes les grâces qu’il m’a faites, ainsi que pour celles qu’il est disposé à me faire maintenant et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Avec quelle douce complaisance ce Dieu de bonté ne recevra-t-il pas le témoignage d’une reconnaissance si affectueuse ! combien il sera satisfait de cette offrande,

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qui, étant d’un prix infini, vaut plus que tout au monde I

Dans la quatrième partie, depuis la Communion jusqu’à la fin, encouragez-vous à lui demander beaucoup de grâces. Dans ce moment où Jésus s’unit à vous, c’est lui qui prie et qui supplie pour vous : dilatez donc votre cœur ; ne vous bornez point à solliciter seulement quelques faveurs de peu d’importance, mais sollicitez des grâces de choix, puisque l’offrande de son divin Fils, que vous venez de lui faire, est d’un prix infini. Dites avec une profonde humilité :

« O Dieu de mon âme ! je me reconnais indigne de vos faveurs ; je le confesse sincèrement : non, je ne mérite en aucune manière que vous m’exau-. ciez, vu la multitude et l'énormité de mes fautes; mais pourriez-vous rejeter la prière que votre adorable Fils vous adresse pour moi sur cet autel, où il vous offre en ma faveur sa vie et son sang précieux? O Dieu d’amour, agréez les supplications de celui qui plaide ma cause auprès de votre majesté; et, en considération de ses mérites, accordez-moi toutes les grâces que vous savez m’être nécessaires pour accomplir l’œuvre importante de mon salut. C’est maintenant plus que jamais que j’ose vous demander le pardon de mes péchés, et la grâce de la persévérance finale. De plus, m'appuyant toujours sur les prières que vous adresse mon Jésus, je vous demande pour moi-même, ô mon Dieu ! toutes les vertus dans un degré héroïque, et les secours les plus efficaces pour que je devienne véritablement sainte ; je vous demande

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aussi la conversion des infidèles, celle des pécheurs, et particulièrement de ceux qui me sont unis par les liens du sang; je vous demande un grand esprit de dévotion pour mes consœurs ; sanctifiez-nous toutes, de sorte que notre couvent soit pour vous un véritable paradis de délices, et pour nous une école accomplie de vertus. Ainsi soit-il.

Demandez sans crainte , demandez pour vous, pour votre monastère, pour toute l’Eglise ; demandez surtout avec une grande confiance, et soyez assurée que vos prières, unies à celles de Jésus, seront exaucées.

Or, dites-moi maintenant, si vous aviez assisté de cette manière à toutes les messes que vous avez entendues jusqu’à présent, de quels trésors n’auriez -vous pas enrichi votre âme ! Ah ! quelle perte n’avez-vous pas faite en assistant à cet auguste sacrifice avec si peu de religion, promenant vos regards ça et là, vous occupant de ceux qui entrent et qui sortent, causant quelquefois, ou bien vous laissant aller au sommeil, ou tout au plus balbutiant quelques prières vocales. Je ne veux pas dire que vous ne puissiez réciter des prières vocales pendant la messe, mais si vous voulez en recueillir beaucoup de fruit, suivez la méthode que je vous ai enseignée en parlant de l’office divin : pendant que votre langue articule des prières vocales , ayez soin de vous acquitter intérieurement envers Dieu de vos quatre grandes dettes. Ce qui vaudrait mieux encore, ce serait de vous recueillir tout entière en vous-même pour ne vous appliquer qu’à cela, laissant de côté toute autre occupation, et vous comportant comme si vous vous trouviez réellement présente à l’auguste sacrifice qui s’est opéré sur le Calvaire, puis-

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qu’en effet c’est exactement le même ; faites donc pendant la messe ce que vous auriez fait au pied de la croix , et gardez-vous de dire : Peu importe une messe de plus ou de moins.

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