‹ Chèref-namehChapitre 22 sur 22 · AA · texte numérisé non relu

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bon caractère et sa grande sagacité: il était renommé pour ses qualités morales ^Lju JjLâs et ses perfections humaines (1243). Dans les combats, c'était un lion qui brandissait le glaive (le poignard) avec dextérité; dans les festins (1244), c'était une nuée bienfaisante, qui semait des pierreries. Il était tellement généreux, que l'or du meilleur aloi n'avait pas plus de valeur à ses yeux que la pierre la plus vile : sa munificence était portée à un si haut degré que tous les trésors que renferment la mer et les entrailles de la terre (les mines) n'auraient pas suffi à ses libéralités d'un seul jour.

(Vers.) L'océan fat témoin de ses largesses continues, et il ^r'gu: se soufiSeta de honte en voyant sa main (répandre ses bienfaits). Que la mine (?) d'où proviennent les perles ne prétende pas lutter (en fait de générosité) avec la paume de cette main, car il n'y reste plus (après ses largesses) absolument rien que du vent (1245).

Mais il avait, malgré toutes ces brillantes qualités, un tempérament atrabilaire ^^b^, un caractère violent et le ton brusque. Il infligeait de rigoureux châtiments en punition de fautes légères et comblait de bienfaits pour une seule facétie, comme nous venons de le rapporter par inductions d'après les anciennes relations et les versions qui nous ont été transmises à ce sujet (1246).

Le chah Ismaïl vécut, dans le principe, à l'ombre de la protection de son auguste père, jusqu'à ce quil fut investi, en 963 (A. D. 1555-56), du gouvernement du Khoraçàn. U fut destitué de ce poste au bout de quelques mois (1247), par suite des calomnies de quelques malveillants, et emprisonné au château de Q'àhqahah. Lorsqu'il y fut resté enfermé pendant vingt ans, son père décéda. Il fut alors extrait de sa prison, et placé sur le trône de l'Iran du commun accord des émîrs et des notables qizilbâches. Il ne s'y était pas encore consolidé, et son autorité absolue n'était pas encore établie d'une manière durable, lorsque le mahque de jugement et de prudence le porta à abroger, con-

trairement au système de ses pères et de' ses aïeux , Tusage de frapper d'anathème les deux cheikhs (patriarches de Tislamisme), l'auteur (le possesseur) des deux lumières (' Otsmân), 'Âïchah la véridique avec le reste des dix précurseurs (que Dieu leur soit propice!) (1248), et Finduisit à adopter un système de gouvernement, qui avait pour but de permettre aux Sunnites et auxGhfites de l'Iran d'exercer librement et paisiblement leur culte res* pectif sans s'inquiéter et se contrarier réciproquement (ou mutuellement). Les Q'izilbâches, qui poussaient jusqu'au fanatisme le zèle dont ils étaient animés pour leur schisme (1 249), en conçurent de l'antipathie pour ce souverain, et résolurent de saisir la première occasion qui se présenterait pour attenter aux jours de ce souverain aussi éclairé que juste et bon musulman. Ils finirent par se coaliser et conspirer, à cet effet, avec sa soeur utérine Pèry-khân-khânume. Une nuit que cet auguste padichâh s'était rendu dans une de ses petites maisons avec son mignon 'Haçane'hig'Halwâdjtf'auglu (le fils du confiseur), il s'y endormit ^^J^» sur le lit de repos; et le lendemain, dans l'après-midi, on rapporta, de cette maison le corps inanimé de ce monarque ainsi que 'Haçane-big à moitié mort. Malgré toutes les recherches et les perquisitions que firent les émirs et les notables (pour découvrir l'auteur de ce crime), on ne put jamais savoir la vérité. Émîrkhân le Turkoman et les autres chefs (émîrs) q'izilbaches, qui se trouvaient, en ce moment, à Q'azwîn, procédèrent aux cérémonies de la sépulture et des fanérailles de ce souverain qui habite le paradis (1250).

(Vers.) Lorsque par suite de maladie et de souffrances, le moment du départ arrive, le destin djLj enlève toute défaite aux mortels. Tout fruit malsain tombe à terre de son propre mouvement. Quand le tronc ^ est mort, et que le corps entier ^Ijj), pâle comme l'argent j^;;^ (argenté) tombe en dissolution, :yMj, à quoi peuvent servir le linceul parfumé et lô cercueil d'airain? (1251).

On envoya, au bout de deux jours^ quelqu'un à Chiràz pour

faire venir Soulthàn Mou hammed-Mirza. II hésita et différa de se rendre à Q'azwîn, en réfléchissant quMl n'avait pas toute la capacité et Phabileté nécessaires pour remplir cette tâche (1252). Il arriva enfin, au bout de deux mois, à Qazwin (1253), et on ie promut à ia royauté.

Dans la même année, le souverain maître du monde, le monarque, qui, de son temps, subjuguait les empires (1254), le sulthân Mouràd-khân, blessé de ce qae le chah Isma'ïi s'était permis, envers la sublime porte, quelques procédés contraires aux usages et au droit des gens Jy^j ojcli (1255), résolut de livrer le territoire persan au vent du néant et de la destruction. La nouvelle de la mort du chah Ismaïl parvint tout-à-coup aux oreilles de ce sulthân sans pareil et sans égal, qui persista, comme auparavant, dans? le projet qu'il avait conçu.

Année 986. (A. D. 1577-78.)

Au commencement de cette année. Émir-khân le Turkoman, qui était la fleur et la crème des émirs q'izilbâches, Châh-roukb khân le Dzou 1-q'adre, Moucéïeb-khân le Tékélu, Pîreh-Mou hammed rUstâdjIou (1256), le qorùudjy-hûchy Àfcbâr Qouly-big, Q'orq'maz-khân ie Châmlou, 'Houceïnq'ouly le Roumlou, le khalfa ^*ko.' borgne j^ se coalisèrent et s'emparèrent de l'administration des affaires du royaume d'Iran. Ils se partagèrent les diverses provinces, et ils ne laissèrent que le simple titre de padichâh (1257) au chah Soulthàn Mouhammcd (1258), que l'on avait complètement privé de la lumière. Ils remirent les rênes du vézirat aux mains habiles de Mirza Selmàn Djâbiry (peut-être Khaboury?) d'Iszphahân (1259), qui ne jouissait pas non plus d'une trèsbonne vue. Ils prétendaient mettre ordre aux affaires du monde (temporelles) et administrer le royaume sous le sceptre d'un souverain aveugle et sous le ministère d'un vézîr privé de la lumière du iour.

(Hémistiche.) Quelle vaine chimère! quelle pensée absurde! (1260).

Dans Tespace d'une année, tous les trésors accumulés et les richesses enfouies par le chah Thahmasp, pendant cinquantetrois ans, furent livrés au vent de Tanéantissement, et le désordre se mit dans tout le royaume d'Iran.

Dans la même année, le sulthân Mourâd-khàn, instruit de tous ces événements, résolut de mettre à exécution le plan qu'il avait conçu Tannée précédente. L'unique pensée qui préoccupait son noble génie, était de détruire de fond en comble le royaume d'Iran et d'exterminer la race (la famille) des hérétiques jj ^L»Jl« (schismatiques ?). Il confia à son secondi vézir Mouszthafa-pacha le commandement en chef de ses troupes aussi redoutables qu'une mer en fureur, et plaça sous ses ordres près de cent cinquante mille hommes de cavalerie.

Celui-ci rendit exécutoire le firman aussi rapide que les arrêts du destin, qui enjoignait, de la manière la plus formelle, au mir-i-miràn et aux émirs du Kowrdistân de s'appliquer de tout leur pouvoir et de mettre tous leurs soins au pillage et à la dévastation de la province d'Âdzèrbaïdjân. Khosrew-pacha, béglerbéguy de Vân, se mit, en conséquence, en marche de concert avec les émirs du Kourdistân contre Mahmoûd-big le Roumlou, gouverneur de Khoï et de Selmàs(1261): il le tua, et se rendit maître de Khoï et de Selmâs. Il envoya de là des troupes contre Ou/raumy (Ourmiah): elles firent prisonnier 'Houce'ln-djàn-big (126^) de Khnous, gouverneur de cette ville, qui fut amené et mis à mort à Van (1263).

Dikus la même année, la province de Tèbriz fut conférée par le divan q'izilbâche à Émîr-khân le Turkoman (1264), et le gou- '/'"J//* vemement de Ljokhor-Sdd à Mouhammed-khàn dit Toqmaq (martel).

Année 987. (A. D. 1679-80.)

Le sèrdâr Mouszthafa-pacha^se mit en marche cette année

(1265), à la tête d'une innombrable armée, pour faire la conquête de la Géorgie et du Chirwân. Minoutchebr, fils du Géorgien Gfrigoréh ojcjô^ gouverneur SL d'Akhiskhah (1266), vint lui faire sa soumission, et eut Thonneur d'embrasser l'islamisme avec une multitude à'aénaours (nobles) géorgiens. On lui octroya sa principauté héréditaire à titre d'apanage transmissible par substitution ^^^iUU cUâl. Toq'maq-kbàn, tvâly du Djokhar-^d, conjointement avec Imâm-q'ouly-khân le qadjâr (1267), gouverneur de Guèndjeb et de Bèrda', intercepta, au lieu nommé TckU^ dir, le passage à l'armée victorieuse, et fut battu (1268). Da* voud-pacba, fils de Louarasp (Lohrasp), le Géorgien (1269), qui gouvernait le château fort de Tiflîs au nom des Q'izilbàches, évacua ce château avec toute la principauté, et prit le chemin de la fuite. Mouszthafa-pacha occupa la forteresse et la province, oik il laissa une forte garnison, et se rendit dans le Chirwân. Lorsque les armées victorieuses vinrent camper aux environs de Zaguèm^ le Géorgien Lévond (Léonce), qui en était le gouverneur (prince), eut l'honneur d'être admis au baise-main du glorieux serdâr, et se soumit au péage. »L (tribut?) et à la capitation (kharâdj). Grâce aux faveurs sans bornes du monarque et aux augustes bienfaits du khosroès, l'ilâlèt de Zaguèm et sa principauté héréditaire lui furent restituées. Le sèrdâf se remit en marche; et lorsqu'il vint camper entre les deux rivières de Q^anag et de Q'abry (1270), Émtr-khân, tvûiy de Tèbriz, se mit en marche à la tête de troupes de l'Adzèrbaïdjân et de Nakhidjéwân, de concert avec Imâm-q'ouly Soulthân le Q'adjâr, toûlji de Guèndjeb, de Bèrda et du Q'ara-bâg^ d'Arrân, dans l'intention de surprendre les troupes de l'islam (othomanes) à la faveur des ^riôs.' ténèbres. Les Q'izilbâches rencontrèrent d'abord l'armée victorieuse au moment où elle venait de se disperser pour se ravitailler, et en tuèrent une partie: ils lui enlevèrent en outre près de mille chameaux du nombre de ceux qui appartenaient à l'empereur, avec trois mille chevaux et mulets. Lorsque ces nouvelles parvinrent aux oreiUes du sèrdâr, il donna à Behrtoi-pacha, mlr>

irfnirân d'Ârzeroûm, et à 'Otzmân-pacha, mtr^i-mirân du Diârbékr, l'ordre de mettre un terme aux ravages des Q'izilbâches avec un détachement (un corps ^^yu») de l'armée victorieuse. Une multitude de chefs (émirs) et de guerriers persans mordirent la poussière dans cette bataille, quelques autres furent engloutis par la mer du néant en se noyant' dans les eaux du Eour (1271). Les troupes victorieuses passèrent une journée entière dans ce campement à cause du débordement des eaux du Q'anag ; et le lendemain, elles en effectuèrent le passade pour entrer dans le Chirwàn, où elles construisirent, à Arèche, un foi't (château fort), en bois et en terre (argile), dont elles achevèrent la construction. 'Otzmân-pacha le Tcherkès, fils à'Ouz-témify fut envoyé à Chamâkhy, en qualité de véztr; Q' aithas-pacha fut placé à Ârèche avec le grade de béglèrbéguy, et le sèrdàr s'en retourna à Ârzeroùm en prenant la route de la Géorgie. Le chah Soulthàn Mou- 'hammed fit sortir du château fort d^Alamoute le Géorgien Simaoûn (1272), qui y était enfermé depuis le règne du chah Thahniasp, lui accorda le gouvernement et la souveraineté de la province çlCJ) de Tiflls avec ses appartenances et dépendances, et le fit partir pour la Géorgie. Lorsque Sima oûn arriva dans les parages de Tiflls, les infidèles et les aznaonrs de ce pays se rassemblèrent sons sa bannière, et interceptèrent le passage à l'armée de l'islam: ils firent éprouver de grandes pertes au sèrdâr Mouszthafa - pacha. Immédiatement après le prince Sima' oûn, Soulth&n 'Hamzah-mirza, fils du chah Soulthàn Mouhammed, Mirza Selmàn le vézîr et plusieurs grands émirs (officiers généraux) arrivèrent de Q'azwin à Guèndjeh et dans le Q'arabâg à la tète d'à-peu-près trente mille cavaliers. Par un heureux hasard, 'Aadil-guirfiï-khân, fils du khàn des Tatars (1273), survint, comme un lion rugissant, au secours de 'Otzmàn-pacha et du sèrdàr Mousztbafa-pacha, après avoir passé par la porte Caspienne {Dèrhènd) du Chirwân , avec environ quinze mille hommes de cava- ^^g; lerie. H fit son entrée à Ghamâkhy (ou Ghamâkha)j au moment oiiAras (Ourou8?)-khàn le Ronmlou, gouverneur SL du Cbirwàn,

assiégeait 'Otzmàn-pacba dans les murs de la ville de CSiamàkby (Chamàkha), et était sur le point de l'en faire sortir de vive force. 'Âadil-gnirftï vint à propos pour le délivrer: il fit prisonnier Araskhân, et livra ses subalternes en pâture au cimeterre et aux flècli'cs meurtrières. Il passa le Koùr dans l'intention de piller et de dévaster son ordou, qui se trouvait du côté du Mog^ân (ou de Moug an) ^). Lorsqu'il eut livré ce campement au pillage et à la déprédation, et qu'il eut fait prisonnières les femmes et les familles qui s'y trouvaient, il retourna dans le Cbirwàn (1274). An moment où les troupes tatares s'étaient débandées et dispersées de toutes parts, et où ' Aadil-guîrftI était resté seul avec un petit nombre de ses affidés (1275), Mirza Selmàn le vézir (je supprime la conjonction ^.f) le surprit avec une vingtaine de mille hommes de cavalerie q'izilbâche au lieu nommé Aqszou (eau blanche) dépendant de la juridiction de Cbamâkhy. Us se livrèrent plusieurs combats; et à la suite d'une lutte aussi meurtrière qu'acharnée, *Aadil guirfiï fut saisi (fait prisonnier) par le poignet de la prédestination avec les mirzas tatarës (1276).

Dès que 'Otzmàn -pacha fut instruit de cet échec, il en fut tellement consterné qu'il s'enfuit de Ghamâkhy et se nendit à Dèrbènd, où il s'enferma dans le château fort de Démùwr-qapom (Porte de fer) (1277). L'armée q'izilbâche marcha de Ghamâkhy sur Arèche (1277*), tua Q'aïthâs-pacha ainsi que 'Abd-ur Bahmân-big de Wousthân, chargés l'un et l'autre de la défense de cette place, et mirent le feu à la forteresse, qui fut réduite ea un monceau de cendres: elle s'en retourna de là tranquillement dans le Q'arabâg'. Bèha-uddin-big, fils d'Oulamnh, qui était chargé de la défense de Çfàbalah et d^Agdâche (1278), abandonna le château fort qui lui était confié, et se rendit par Za-

1) Il est dit dans le Borhân-i-q âtM (édit. de Scatari, p. 766 et 775) : ^Lu

Mog^ân est le plariel de Le Mog (mage). C'est le nom d'one contrée d'Adzer-

baïdj&n, dont Moug an (jUyo est la capitale. ij\ty^ Ifou^' an est le nom d'une ville de l'AdzerbaI<]|j&n, qui a de riantes et de charmantes plaines ainsi que des prairies fordoyantes et agréables. On écrit aussi (j Uy» Mou^ân arec un qétf.

giièm à Tiflfs. La mère du soulthàn 'Hamzah-mirza, enorgneil- ^5^'' lie de tant de conquêtes et éblouie par les vaines illusions de son sexe, perdit de vue et laissa à l'abandon les affaires du Chirwân. Elle emmena 'Aadil-guir&îkbân, et revint, au coeur de l'hiver, à Q'azwîn, sans avoir forcé 'Otzmân-pacha à évacuer Démour-qapou (1279).

Année 988. (A. D. 1580-81.)

Au retour du printemps de la dite année, le serdâr Mouszthafa-pacha quitta ses quartiers d'hiver d'Ârzeroùm, et marcha sur le château fort de Q'arsz, dont il se mit à restaurer la citadelle. Dès que la nouvelle de la prise de la province du Chir* wân par les q'izilbàches, de la fuite de 'Otzmân-pacha à Démourq'apou et de la captivité du prince tatare'Aadil-guir&ï parvint aux augustes oreilles du sulthàn Mourâd, il destitua Mouszthafapacha de son grade de serdâr, et confia ce poste éminent à son troisième vézir Sinân-pacha (1280). Dans la même année, la divine Providence permit que le grand-vézîr Mou hammed-pacha le Bosniaque tombât, frappé d'un coup de couteau, sous la main d'un assassin inconnu et parvint au rang des martyrs (1281). Jamais l'auguste dynastie de 'Otzmân ('otbomane) n'avait possédé son pareil (1282). Il avait été, pendant une quinzaine d'années, investi, comme vézir, des pleins pouvoirs du sulthân Souleïmân-khân, avait ensuite occupé le même poste, pendant toute la durée du règne du sulthân Sélîm-khân; et le châli Thahmasp,

dans sa correspondance, le qualifiait du titre de père adofdif sZjyj)

Au commencement du premier mois de rèbi de la même an< née (17 avril 1580) 'Aly-qouly-khân, fils de Soulthân 'Houceïnbig, fils de Dourmicbe-kbân le Châmlou, gouverneur de Hérât, s'insurgea et se révolta contre le chah Soulthân Mou hammed, de concert avec Mourchid-qouly-khân, fils d'Iègân (ou fils unique de?) châh-q'ouly l'Ostâdjlou, gouverneur de Khauf et de Bâ-

kherze (1283). Ils saisirent l'heure la plus propice et le moment le plus favorable pour élever à la royauté 'Abbàs-mirza, fils da chah Soulthân Mou hammed, qui n'avait alors que dix ans, et ils i». ^5/. ' voulurent forcer et contraindre les émîrs et les gouverneurs des autres villes du Khoraçân à se soumettre et à leur obéir. Ils marchèrent, entre autres, de prime abord, à la tète de leurs troupes, contre Mouszthafa-q'ouly-kh&n Pemâk (le jeune ou le beau) gouverneur de Mèchehed (1 284), et il se livra entre eux un combat des plus acharnés au lieu nommé Tharaq ou Thourouq (1285) situé à deux pharsakhs (10 kilomètres) de distance de la ville de Mèchehed (1286). Mourtéza-qouly Soulthân fut défait et s'enferma dans la citadelle (jLa» la forteresse) de Mèchehed. 'Alyq'ouly-khân resta campé, pendant quatre mois, sous les murs de cette ville, et finit par s'en retourner à Héràt sans avoir atteint son but. Vers la fin de la même année, la mère de Soulthân 'Hamzah-mirza fit marcher une partie de l'armée q'izilbâche, sous les ordres du muhurdâr (garde des sceaux) Châh-roukh-khân (1287), contre Mîr Mourâd(?), wâly du Mazèndérân pour venger le sang de son père Mtr 'Abd-allah. Ce corps d'armée fit prisonnier Mîr Mourâd-khân, et l'amena à Q'az^tn, où la reine donna l'ordre de le mettre à mort afin de venger celle de son père; et elle confia le gouvernement et l'administration du Mazèndérân à son propre frère Mir 'Abd(?)(1288). Les chefs (émîrs) qizilbâches redoutant l'esprit de domination de cette princesse , avisèrent aux moyens d'y mettre un terme, et résolurent enfin de l'accuser d'intrigues amoureuses avec le prince tatare 'Aadil-guirSï, afin de les faire mourir l'un et l'autre. Une tourbe de barbares q'izil bâches poussés à ce crime par les chefs les plus marquants ^[Lù ç\^\ pénétra dans l'intérieur du sérail du monarque: ils en arrachèrent, par force et par la violence, cette faible et vertueuse diLo princesse, qui avait porté la main à la ceinture de

son époux dénué de tout sentiment d'honneur «lil*^ (1289), la firent sortir du palais et la massacrèrent. Elle resta toute une

joarnée dans la campagne, nue, dépouillée de ses vêtements et exposée aux regards du peuple JU ^:>^ ^L« j^, sans que per. sonne songefft à l'ensevelir et à l'inhumer. 'Âadil-guirfil fut également mis à mort et terrassé dans la poussière de la destruction avec une centaine de mirzas et de guerriers tatares (1290).

Année 989. (A. D. 1581-82.) ^^-

Au commencement de cette année (février 1581), le serdâr Sin&n-pacha vint à Àrzeroûm, et le chah Soulthân Mou hammed partit, de son côté, pour sa résidence d'été de l'Arrân, afin de repousser le serdàr. H envoya ensuite à Àrzeroûm Ghàh-q ouly Soulthân le Dzoul-q adre, fils de Tubbèt ag'a et Maq'szoûd ag'a le timgûdjy {nKmooicHUKh?) qu'il chargea d'aller faire leur cour à Sinân-pacha, à l'effet d'entamer des négociations pour la conclu* sion de la paix. Lorsque ces ambassadeurs furent , arrivés à la cour du serdâr, il fut convenu que celui-ci retournerait à Constantinople, et que le chah Soulthân Mou hammed reviendrait également à Q'azwtn, d'où il enverrait, en ambassade, à la cour du soulthân, un personnage de marque, qu'il chargerait de féliciter le monarque à l'occasion de la fête de la circoncision du prince impérial, tandiis que les ouvertures de paix entre les deux puissances seraient faites par l'organe du serdâr. Sinân-pacha s'en retourna à la porte de félicité, comme il en était convenu, et le chah Soulthân Mou hammed y envoya, en qualité d'ambassadeur, Ibrahîm khân le Turkoman, qui fut chargé de présents et de cadeaux destinés à la cour 'othomane. Le sulthân Mourâdkhân rejeta les propositions de paix, destitua Sinân-pacha du poste de grand-vézlr et du commandement en chef des armées victorieuses, et fit mettre aux fers, selon l'usage (1291), Ibrahlmkhân.

Dans le courant du dernier mois de rèbt de cette même année 'Aly-q^ouly-khân le Ghâmlou recommença ses hostilités, et marcha, à la tête d'un nombreux corps d'armée ^Jf %^^ contre

Derwiche Mou bammed Sonlthân le Roùmloo, gouverneur de Nichabour (1292); mais il revint à Héràt sans avoir obtenu le moindre résultat, après avoir toutefois ravagé et ruiné <!e pays.

Vers la fin de cette année, le sulthAn Mour&d^hân conçut le projet de célébrer la ftte de la circoncision de son fortuné fils Sonlthân Mou hammed-khàn de la manière prescrite par le Qanoûn (le Nomacamanjy et suivant la coutume «i^li des souverains de la dynastie 'othomane. Il expédia, en conséquence, des tduwt*ches et des qapoudjis de la sublime Porte dans toutes les régions des provinces bien gardées de son empire pour rassembler tout ce qui était nécessaire (à cette fête), et pour y convier les émirs et les notables CAïàn) (1293).

Année 990. (A. D. 1582-83.)

^"^^'; Au commencement de cette année, l'incomparable sulthân convoqua les mtr-i-miràns, les émirs (généraux) ainsi que les notables de l'empire (1 294), et donna l'ordre de procéder, sans relâche, aux préparatifs indispensables pour la célébration de la

fête et pour rehausser l'éclat -jL^ /^i de la capitale. Il décida que Ton préparerait la salle de banquet (1295) dans le palais d'Ibrahim-pacha situé à l'ouest, de l'hippodrome. Il fut ordonné à de nombreux artistes et inventeurs de nouveautés wU>d? v^^' d'orner les rues et les bazars de la ville de précieuses étoffes d'Europe et de brocards des sept couleurs, de façon qu'eUe devint un objet de jalousie pour les ateliers de peinture (les musées) de la Chine, et excitât même l'envie du paradis céleste. Les illustres vézîrs et les honorables béglèr-béguis (gouverneurs généraux) se rendirent dans ces différentes localités. Le souverain maître (sulthân) du monde, ce monarque vraiment digne de ceindre le diadème et d'occuper le trône de la dynastie 'othomane, honora de sa présence ce lieu aussi riant que le paradis, et s'installa, pendant deux mois à peu près, avec une foule d'intimes serviteurs de sa sublime cour (12î)6), dans l'appartement qui

avait été meublé et décoré de la manière la pins admirable et avec le goût le plus exquis pour le logement de sa Hautesse. Chacun des vézirs, des émirs et des notables (seigneurs) s'était fait construire^ aux alentours et aux environs de l'hippodrome (de la place publique), un logement et un appartement en bois et en planches, où ils s'étaient installés pour contempler ces merveilles et ces chefs-d'oeuvre de l'art. D'habiles ingénieurs et d'ingénieux artistes exécutèrent et exposèrent aux regards des spectateurs toutea sortes de magnifiques travaux (1297) et d'élégants ouvrages, que la langue est incapable de dépeindre et que les doigts ne sauraient .d'écrire. Les maîtres tapissiers (décorateurs jL^Jiir»), entre autres, avaient préparé, chacun dans l'espace de deux années, cinq palmiers JjH, dont chacun avait la hauteur d'un cyprès ou d'un platane (1 298). Ils les avaient ornés de toutes sortes de fruits et de fleurs, telles que basilics et jacinthes si habilement confectionnés, que le ciel, malgré ses milliers d'yeux,' ne pouvait se lasser de les contempler. Il a passé dans toutes les bouches comme sur toutes les langues, et il a été consigné dans les registres des teneurs de livres, que chacun de ces pal- ^^^' miers avait coûté trente mille ducats en argent monnayé (1299). Le nombre des petits palmiers se montait, suivant l'usiage, à plus de cinq ou six cents (1300). On avait dépensé près de trente mille ducats (1 301) pour les sucreries et les ouvrages de confiseurs représentant, en sucre candi, toutes les classes et tous les ordres d'animaux, soit ruminants, soit volatiles, tant oiseaux que poissons, qui se trouvent dans le quart habitable de l'univers ^yL^ Ajj. Il y en avait dix à douze de chaque espèce (1302): dans l'ordre des ruminants, il y en avait dont la taille et la grandeur (1303) égalaient celle des béliers et des moutons; en fait de volatiles, il y en avait de la grosseur des oies et des grues : il s'y trouvait aussi des bètes féroces telles que des lions et des tigres (1304). Ils étaient si habilement confectionnés qu'en les admirant, la raison humaine (l'esprit de l'homme) restait ébahie comme à l'aspect de l'image d'une b'eauté tendrement aimée

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(1305), et l'oeil des spectateurs était tellement saisi d'admiration, qu'ils restaient immobiles comme des corps inanimés. Les confiseurs qui les avaient fondus en sucre candi, les étalèrent aux regards de sa Hautesse dans l'ordre le plus parfait et avec la plus irréprochable symétrie (1306).

On dépensa en outre, pendant ces deux mois, soixante mille autres ducats en travaux pyrotechniques (dUiXJ fusées) et en feux d'artifice (1307), dont la âamme s'élançait, depuis le commencement jusqu'au milieu de la nuit, au niveau de la sphère céleste et entravait la marche (le cours) des planètes. On peut, d'après cela, calculer approximativement le montant .des- autres dépenses (faites à l'occasion de cette fête). Les artisans de toutes les classes et de tous les corps de métiers avaient également créé des chefs-d'oeuvre analogues à leurs professions, qui se distinguaient par leur surprenante rareté. Chaque jour et chaque huit, les réunions d'amateurs des plaisirs et de la danse v^^ étaient égayées par une multitude de beautés piquantes et de cantatrices à voix harmonieuse, qui, par leurs accents mélodieux et leurs délicieuses modulations, remplissaient de joie et d'allégresse les coeurs des vieillards et des adolescents, des jeunes et des vieux, des petits et des grands.

(Vers.) De jeunes idoles aussi attrayantes que des péris, qui * charmaient (1308) les auditeurs par leur douce mélodie, faisaient alternativement entendre, sur leurs instruments qui captivaient les coeurs et à l'aide de leur voix enchanteresse, des airs qui invitaient au plaisir et à la volupté, et qui redoublaient encore la jovialité des joyeux convives. •

' Pendant ces jours de fête, les maîtres d'hôtel de la sublime ^66! porte ne cessèrent d'apprêter et de préparer des services aussi nombreux que les étoiles qui brillent à la voûte azurée. Par un hasard des plus extraordinaires, on alla chercher jusqu'à douze journées de distance de Gonstantinople pour les amener à pied dans cette capitale, comme des quadrupèdes ferrés, quinze mille oies destinées aux rôtis de ces banquets. Grâce aux mets exquis

et au grand nombre de boissons délicieuses qui furent servis h ces festins, l'empire de la faim fut aboli de la surface de la terre. Après avoir achevé de célébrer cette somptueuse fête et ces joyeux banquets le sulthân, au comble de la joie, conféra à son auguste fils, qui était le refuge du monde (1309), Viiûlèt de Mag-^ niça (Magnésie), qui était la résidence habituelle de l'aîné des princes de la famille 'othomane et la demeure fortunée de cette généreuse dynastie. Le monarque le fit partir pour sa nouvelle résidence (1310); et lorsque son esprit aussi noble que juste et éclairé ne fut plus préoccupé de la circoncision de son illustre fils (1311), il projeta les rayons de ses méditations sur l'administration des afiaires de son empire. Il fit, en conséquence, em-^ barquer le Tcherkès'Haïdèr-pacha, mîr-4-mirân de Siwâs (Sebaste), avec une quinzaine (1312) de mille hommes d'infanterie et de cavalerie appartenant au corps des janissaires, et à l'escadron (bulouk^ nOAKi) des silthdârs (gendarmes) (1313), ainsi qu'une partie des sipâhis de la Roumilie (Komanie), et les dirigea, par la mer noire (la mer de Q'olzoum) sur Kaffah; d'où il les envoya dans le Chirwân au secours de*Otzmân-pacha (1314). Il donna au Bosniaque Mou hammed- pacha, mirA-mirân d'Ârzeroûm (1315), et à l'eunuque ^:>U Mou hammed -pacha, béglèrbéguy du Diârbékir, l'ordre de faire parvenir du numéraire (^J» la caisse militaire) et des vivres (q^^ provisions) au château fort de Tiflîs (1316). Le prince géorgien Sima'oun (Siméon), s'étant concerté avec les émîrs (chefs) q'izilbâches, principalement (1317) avec Toq'maq'-khân l'Ustâdjlou et Imâm-q'ôuly (1318) Soulthâa le Q'adjâr, leur coupa le chemin et leur enleva quarante kherwârs (charges) d'or, ainsi que tous les vivres et les subsistances nécessaires au château de Tifiis, qui se montaient à près de deux mille hhèrwârs (1319). Il périt en outre beaucoup de monde dans les combats livrés à cette occasion. Les béglèrbéguys prétendirent que ce trait de perfidie provenait de Mouszthafa-pacha, fils de Gfrigoreh (Grégoire), mîr-i-mirân de Tchildir, qui commandait l'arrière-garde de l'armée (1320), et qui s'était non-seulemeut

p."jp(7^!' rendu coupable de négligence et d^ncurie, mais qui, par ses sollicitations, avait encore poussé les Q'izilbàches à cet acte d'audace, lis allèrent jusqu^à affirmer que le vrai moyen de remédier à eus fautes serait de mettre aux fers Mousztbafa-pacha et de renvoyer à la cour impériale (1321). Les béglèrbéguys mandèrent, en conséquence, Mouszthafa-pacha, et voulurent s'emparer de sa personne; mais il fut prévenu, à temps, de leur perfide dessein, et sortit tout-à-coup le bras de la résolution de la manche de la bravoure, avec une multitude d'aznaours géorgiens qui raccompagnaient. Ils blessèrent à coups de sabre (1322) le serdâr Mou hammed pacha avec son homonyme l'Eunuque {khâdimé), qui était mlr-i-mirân du Siàrbékir.

L'agent {kètkhotida) de Mou hammed-pacha, gouverneur général militaire d'Ârzeroûm, qui l'avait saisi par la ceinture pour le faire prisonnier, et plusieurs personnes de sa suite furent tués par les aznaours : il monta lui-même à cheval en toute hâte, et se sauva de cette mêlée (1323).

Dans la même année, ' Aly-q'ouly-khân, profitant d'une émeute et d'un attroupement, enleva le jeune prince 'Abbâs-mirza (1324), et sortit avec lui de la résidence royale de Hérât pour se rendre maître d'une partie de la province du Khoraç&n. Lorsqu'il arriva dans les parages de Sebzewàr (1325), le chah Soulthân Mou- 'hammed partit, en toute hâte, avec son fils ainé'Hamzah-mirza, de Q'azwin, pour aller l'attaquer. Ils n'étaient plus qu'à trois étapes J JJU l'un de l'autre, lorsque *Aly-q'ouly-khân, instruit de leur arrivée, prit le chemin de la fuite. Il laissa Mourchid-q'oulykhân au château de Tourhèt izàwehy et retourna personnellement, bride abattue, jusqu'aux portes de Héràt. Vers le milieu du mois de chevvâl de l'année susmentionnée, le sulthân Mou- ' hammed arriva sous les murs de Tourhèt^ dont il commença immédiatement le siège. Comme le soleil se trouvait dans le 18* degré du Sagittaire ^), le chah résolut d'y prendre ses quartiers

1) Ce signe do zodiaque, que les astronomes arabes nomment i^jii VArc,

d'hiver (1326), et fit tous ses efforts pour se rendre maître de la place. Mais comme les peuplades {O^l^L tribus) q'izilbâches ^J?: n'étaient pas cordialement disposées ^Ij ^pJJIj à s'emparer du château et à faire prisonnier Moarchid-q'ouly-khàn, tout son zèle et ses efforts ne furent couronnés d'aucun succès (1327).

Année 991. (A. D. 1583.)

Au milieu du dernier mois de rèbî de cette année (fin d'avril 1583), c'est-à-dire au moment où le soleil se trouvait au premier degré du Taureau (1328), Soulthân Mouhammed, guidé par les conseils et les avis du vézîr Mirza Selmân, leva le siège du château de Tourbèt et répandit la nouvelle de sa retraite et de son départ pour l'Iraq', en faisant retentir la coupole versatile des cieux du bruit de son pèlerinage à la tombe vénérée de Fimâm Riza. Lorsqu'il eut franchi une étape, il tourna (brusquement) bride du côté de Hérât, pour aller inopinément surprendre'A bbâs- mirza et *Aly-q'ouly-khân, qui étaient alors campés entre le ribâth (caravanseraï ou couvent) de Chah Mélik et la bourgade de Kouçouleb. Il parcourut, en une nuit, un espace de dix-huit pharsakhs (90 kilomètres), et au moment du lever de l'aurore du lundi, dix-huit du mois susmentionné (2 mai 1583), les avant-postes de l'armée du chah assaillirent, à l'improviste, au débouché de la tète de pont (sèr4-poul) (1329), l'avant-garde de l'ennemi commandée par 'Hâdjy KotUwâl (le commandant de place) (1330). Celui-ci fîit fait prisonnier, avec ses compagnons, après un combat de courte durée. Ceux d'entre eux qui échappèrent au tranchant du glaive se réfugièrent au camp (ordou) de 'Aly-q*ouly-khân, après avoir rompu leurs brides et brisé leurs étriers. Il en fut lui-même tellement consterné, qu'il fut hors d'état de combattre et.de résister, et se précipita dans la vallée de la fuite. L'armée de Soulthân Mou hammed se mit â la pour-

les Grecs ToSoTt}ç et les Latins SoffiUariuêt ArdUnéna se compose de trente-une étoiles (Bern. Dom, Descr, qf an arabic cdfHiai ffiobe^ p. 19—20, J\& 29).

suite du 'Aly-qouly-khân et de la peuplade Cbâmlou, leur tua plus de trois mille hommes, et fit quelques prisonniers. 'Alyq'ouly-khân et 'Âbbâs-mirza se sauvèrent, à moitié morts, de ces sanglantes luttes, et se jetèrent dans la ville et la citadelle (jLa» jpTJtfâ/la forteresse).. Le lendemain matin, dès que le khosroès (le mon-arque) de TOrient apparut sur Thorizon, tout radieux et couvert de gloire , après avoir mis en déroute les malheureuses légions (d'étoiles) de la sphère céleste; dès qu'il dégaina son glaive altéré de sang, et ensanglanta toute la surface du monde en l'éclairant de ses rayons, qui semaient l'or de toutes parts, la vaillante armée de l'Iraq' vint se présenter sous le murs de la ville de Héràt, dont elle occupa les vergers et les jardins. Le chah Soulthân Mou hammed la suivit de près, et logea son auguste cortège (sa garde) dans la mèdrèceh de Soulthân 'Houcein: il donna ensuite l'ordre d'assiéger la ville de la même manière que le château fort de Tourbèt. Les q'izilbâches agirent, dans cette circonstance, comme ils l'avaient fait sous les murs de Tourbèt. Ils y montrèrent la plus grande indifférence, chacun d'eux s'y livra à la joie et à la volupté, et prit plaisir à se régaler en société avec

ses amis (1331), comme l'exige le climat {i^fj v' ''^^^ ^^ Vklx) énervant de cette ville. Les ordres du monarque furent considérés comme des paroles en l'air (^L du vent) (1332). Ije vézlr Mirza Selmân, ayant été maintes fois témoin d'une pareille incurie et d'une telle nonchalance (1333) de la part de la nation q'izilbâcbe, prit la résolution de faire mettre à mort quelques-uns de leurs officiers supérieurs (O^O notables et de iQprs chefs (émirs), afin que les ordres du chah et les décrets du souverain fussent strictement exécutés. Les Q'izilbâches., ayant deviné ses intentions , se liguèrent entre eux et conspirèrent sa perte. Un jour que Mirza Selmân avait pris le chemin des oUées (Jchiàbân) pour se rendre aux bains du champ de bataiUe (kâzergâh o^Cj^O (1334), louçouf-big l'Àfchâr, fils du qorùudjy-bûchy Q*ouly-big, lui intercepta le passage en litière de voyage (1335), et voolat

6tl

l'assassiner. Uu de ses amis Ini donna avis de cette conspiration: il prit alors un autre chemin , et se réfugia^ tout ému, dans la résidence royale dSlit)^^ du chah. Les émirs et les seigneurs (notables) q'izilbâches se mirent à sa poursuite.

Armés de pied en cap, ils cernèrent le palais, tant à pied qu à cheval, et demandèrent qu'on leur livrât Mirza Selmân. Soulthân Mouhammed et son fils 'Hamzah-Mirza, qui. à cette époque, avait conçu le projet de demander sa fille en mariage, eurent beau supplier les conjurés de lui rendre la liberté, leur intercession fut inutile. Le Qoroudjy-hâchy (chef des gardes du corps) ^»*i^ Q'ouly-big, qui avait été l'auteur de cette sédition, vint dire à Soulthân Mouhammed et à son fils: «Si vous persistez à le protéger (1336), cette démarche, de votre part, ébranlera totalement Pédifîce (oK;' ï^s gros murs) de votre empire. Le parti le plus sage que vous ayez à prendre, dans cette conjoncture, est de me livrer Mirza Selmân, afin que je le garde en prison jusqu'à ce que cette révolte et cette émeute soient appaisées.» On fit, en conséquence, sortir Mirza Selmân de l'intérieur du palais et on le lui remit. Au bout de deux jours, lés rebelles q'izilbâches se ruèrent de nouveau sur lui dans le jardin (la viUa) des corbeaux o'^b ^W» semblables à des- corneilles et à des chiens (acharnés sur leur proie) (1337),. et le massacrèrent. Il improvisa, au milieu de ce tumulte, Ic^c, le vers suivant:

(Vers.) A quoi sert tout ce vacarme pour nous donner la mort, tandis que nous sommes destinés, de toute éternité, à mourir d'amour (tué par l'amour divin)? pourquoi donc tout ce tapage? (1338).

Un grand nombre d'autre brillantes poésies de ce vézîr, qui laissa de glorieux souvenirs, circulent encore de bouche en bouche et d'une langue à l'autre (1 338 *). C'était, sous tous les rapports, un homme distingué et décoré des ornements du talent et de la capacité. Nous avons également consigné dans ce volume le distique Cw^^ suivant de sa composition:

(Vers.) Je reçois derechef la joyeuse nouvelle d'une visite

de mon ami. Mon coeur palpite de joie; il est pent-ètre sur le point d'arriver (1339). S'il t'est survenu, Selmân, quelque calamité de sa part, ne t'en plains pas: si tu es épris d'amour, il t'en adviendra bien d'autres.

En résumé, le chah Soulthân Mou hammed et 'Hamzah-Mirza passèrent encore quarante jours à Uérât après le meurtre de Mirza Selmân, et ils transformèrent tous les jardins et les édifices de cette ville en prairies et en niches (loges) de corbeaux (1340). Dans la nuit du quinze du mois de cha'bàn de l'année précitée (25 août 1583), le chah conclut avec 'Aly-q'ouly-khàn et 'Abbâs-mirza une paix plâtrée (simulée comme celle du loup É^(^

^J^\ et quitta les murs de Hérât, Il fit déployer le drapeau da départ et même battre le tambour de la retraite pour retourner dans rirâq'. Lorsqu'il arriva aux environs de Sebzewâr, il ap- F "fro/ prit que 'Houceïn-big, fils de Sounduk (ou Séwineduk?) le qoroudjy-bâchy Àfchâr, qui était investi du gouvernement de cette contrée, avait retiré sa tète du licol de l'obéissance, et s'était retranché dans la citadelle de Sebzewâr. Le chah Soulthân Mou- ' hammed donna à Hamzah-Mirza l'ordre de s'emparer de cette forteresse; et ce prince eu commença immédiatement le siège. Les q'izilbâches se rendirent maîtres de ces château au bout d'un jour, et mirent à mort 'Houcem-big avec ses partisans. L^nâlèi (le gouvernement) de Mèchehed fut confiée à Selmân-Mirza, petitfils de 'Abd>allah-khân l'Ustâdjlou, qui était le fils de la fille du chah Thahmasp. Après avoir conféré la place de gouverneur (ou mentor, làla) et d'agent (ou majordome IjLitT) (1340 *) du jeune prince àCbâh-q'ouly-big Q'arindjeh-aug*lu, le chah revînt à Q'azwîn, où il prit ses quartiers d'hiver (1341).

Mourchidq'ouly-khân, profitant de l'absence du chah Soulthân Mouhammed, alla attaquer Selmân-Mirza et Q'arindjehauglu. Ceux-ci, n'étant pas de force à lui résister, évacuèrent Mèchehed et prirent la fuite. Mourchid-q'ouly-khân se rendit

maître de cette ville sans opposition et sans rencontrer le moindre obstacle (1342).

Pans la même année, le sulthàn Monràd-khàn confia le poste éminent de grand-vézir à Siavouche-pacha et le commandement en chef de Tarmée de Perse à son second vézir Ferhâd-pacha. Celni-ci partit de Constantinople ponr se rendre en Perse à la tête de troupes aussi impétueuses que les vagues d'une mer courroucée. Il expulsa Toqmaq' du Djokhor-Sdd jm^^ (ou Tchougowr-Sad jm^j^)^ et fit bâtir un château fort à Jrévûn (Érîvan). Le chronogramme de cette construction se colnpose des deux mots ^U^^l Atzèr-i-Fèrhûd (vestige ou monument de Fèrhâd) (1343). Il y laissa, en qualité de vézir, Sinân-pacha Djigâl'auglu (fils du renégat Oicala), nomma Khizir-pacha miri-mirân d'Érivân, dont la garde lui fut confiée, et retourna luimême à Arzeroûm, pour y prendre ses quartiers d'hiver. Il donna à 'Haçane-pacha, mir-i-miran de la Syrie (ou de Damas, Giâm\ l'ordre de se mettre en marche avec les princes J^ et les émîrs du Kourdistân et avec ceux de la Roumilie (Remanie), pour faire parvenir du numéraire et des provisions o^i^ ^iJ* à la forteresse de Tiflîs ; ce qui était alors une des missions les plus ardues. L'auteur de ces lignes prît également part à cette '^'^^j/* expédition. Les infidèles géorgiens, s'étant concertés avec quelques émirs q'izilbâches, avaient intercepté aux armées de l'islamisme le passage du défilé ou pas {Derbènd) de Thoumanis. Quoique l'effectif des troupes victorieuses se montât à plus de quinze mille cavaliers, et que le nombre des infidèles ne s'élevât pas à cinq cents hommes, l'armée musulmane fut d'abord battue, mais elle finit par se tirer saine et sauve de cet abinie de malheur, grâce au sang froid et à l'inébranlable valeur de 'Haçane-pacha, qui resta, de pied ferme, au milieu les infidèles, avec quelquesuns de ses guerriers. Le lendemain, des troupes qazâques JuVjs et celles d'/spèr (1344), qui faisaient partie de Tarmée q'izilbâche, espérant couper à l'armée le passage à travers les fourrés JXL de la rivière de Sumekhoûd^ se tenaient en embuscade et

tu

épiaient le moment favorable, lorsque /Haçane- pacha s'aperçât de leur stratagème et ordonna à Tauteur de ces pages de les charger avec quelques émirs de Roumilie. 'Aly-q'ouly*big d'Ispèr, qui commandait en chef ce corps d'armée, fut fait prisonnier, et ils furent mis en déroute (1345).

Année 992. (A. D. 1584«)

Au printemps de cette année (1346), le serdâr Fèrhâd-pacha résolut de faire une campagne en Géorgie, et fit restaurer le chftteau fort de Lori. Il se rendit de là au pas (Derbènd) de Thoumanis, oh il fit également construire un fort en pierres iBt en terre, qui fut achevé dans l'espace de quarante jours. Il y laissa, pour veiller à sa défense, 'Haçane-pacha, mir-i-mirân d'Arzeroûm, et en qualité de béglèrbéguy, 'Aly-big le Bosniaque, fmri'iiva (commandant d'un liva ou sandjaq') de la Morée. Il se mit ensuite en marche pour Akhiszkha, et voulut également y faire bâtir un château fort. Les armées victorieuses ne s'accordèrent pas avec lui à ce sujet, et y formèrent même opposition , ce qui décida le serdâr à se retirer de là. Les infidèles géorgiens placés sous les ordres de Minoutchehr, lui interceptèrent le pasgage, et firent éprouver aux musulmans des pertes considérables, en fait d'argent et de provisions de bouche. Ils pillèrent, entre Î^Jri^ autres, le fourgon (araba) particulier de Fèrhâd-pacha, en firent sortir son esclave favorite qui s'y trouvait, avec ses effets (je lis ^L^IL au lieu de wLm.L) particuliers, qui se composaient de bijoux (1347) et d'ustensiles de guerre ornés de pierreries, tels que cimeterre, carquois, bouclier, pelisses de zibeline et de renard rouge etc. (1348). lis les retirèrent tous du fourgon, et les livrèrent au pillage et à déprédation (1349).

Dans la même année, le khân tatare Mouhammed Guirftî arriva dans le Chirwân avec une armée plus nombreuse que les gouttes de pluie, et fit mordre la poussière à Mou hammed-khân le Pzou Iq'adre, gouverneur de cette province, et à tous ses subor-

donnés, «fPectaa le passage du Koûr, dé concert avec le vézfr 'Otzmân-pacha, et livra au vent de la destruction tout le pays de Guèndjeh, du Q'arabâg et de Bèrda\ avec toutes ses appartenances et dépendances, en l'abandonnant au pillage de ses Tatares (1350). Il fit prisonniers, et emmena en captivité à Eaffah près de cent mille jeunes filles et garçons musulmans. Le chah Soulthàn Mouhammed arriva à Çf ara-ag âtche (1351) immédiatement après Tarmée tatare. Il nomma serdâr de l'armée q izilb&che et fit partir pour le Chirwân Émir-kbân Maûszullu (1352), qui était gouverneur de Tèbriz. Lorsque les émirs arrivèrent sous les murs du château fort de Bakou (1353), et en commencèrent le siège: la discorde éclata entre les chefs q'izilbàches, tels que Moucèïeb-khân le Tékélu, Chàh-rokh khàn le Dzoulqadre et Pir eh -Mouhammed l'Ustâdjlou (1354),, dont chacun voulait agir isolément et refusait d'obéir aux autres. Une grande famine sévit dans leur ordou (camp), et ils furent forcés de se retirer sans aucun résultat et sans avoir atteint leur but. Le gouvernement (nâlèt) du Chirwân fut ensuite confié à Imâm-qouly SoulthâQ le Q'adjâr, qui marcha, à la tête des troupes du Q'arabâg' (1354 •), contre 'Otzmân-pacha, qui se trouvait à Chamâkhy. Celui-ci rangea, de son côté, ses troupes en bataille, en présence des Q'izilbâches, dans la stépe (la plaine) de 'Aly-tchoubûn. Il s^y livra un combat et une bataille des plus acharnés, où l'armée q'izilbâche fut défaite. Un immense butin consistant en chameaux, chevaux, tentes et pavillons de toutes les dimensions, armes ornées de pierreries, vaisselle d'argent, tapis de soie et de brocart d'or, tomba au pouvoir de l'armée 'othômane. Dans cet intervalle, le sulthân Mourâd-khân fit mander à la Porte de Félicité 'Otzmân-pacha, â qui l'on annonça l'heureuse nouvelle ^l^î??' de sa promotion au poste de grand-vézir et de sa nomination au grade de serdâr de l'armée de Perse. 'Otzmân-pacha laissa dans le Chirwân, en qualité' de vézîr, l'eunuque 'Haïdèr-pacha (1355), qu'il chargea de la défense de cette province; et il partit, en personne, pour Kaffah, en prenant le chemin de Démour-qapou

(la porte de fer), avec le secours %l^j^ de la nation tcherkesse (1356). Par suite de Tinimitié qui avait éclaté lors de Tarrivée du khân tatare'Mouhammed-Guirftl (1357), à cause du pillage de la province 1^ I du Chirwân, le serdâr réjouit le coeur de son frère .' . • (1358), en lui annonçant Tagréable nouvelle de sa nomination à la dignité de khân, et marcha, conjointement avec lui, contre Mou hammed-Goirftï. Celui-ci, hors d'état de leur résister, se réfugia dans la vallée de la fuite (prit aussitôt la fuite). Son frère Chirwân- Guirftï (?), secondé par l'armée turke et tatare, se mit à sa poursuite, l'atteignit et lui donna la mort. U fut maintenu sur le trône de la souveraineté de l'ouloûs tatare, grâce à la protection et à l'appui de 'Otzmân-pacba. A la suite de cet événement, la faveur dont ce vézir jouissait près de son auguste maître fut centuplée 4li2Jju> j^ ^ (1359). Le jour où il obtint l'honneur de baiser le seuil de sa Hautesse, il fut honoré de faveurs sans bornes et comblé de grâces infinies de la part de son généreux monarque. Lorsqu'il eut été nommé grandvézir et serdâr des armées victorieuses du sulthân (1360), il fut décidé qu'il passerait l'hiver à Qasthamouny (1361), et que, si toutefois il éclatait quelque trouble du côté de Kaffah et des Tatares, il se hâterait de passer la mer (1362), et s'empresse* rait d'y mettre ordre. Dans le cas contraire, il devait se mettre en marche pour faire la conquête de l'Âdzèrbaldjân.

Dans la même année, le chah Soulthân Mou hammed et^Hamzah-Mirza revinrent de Q'ara-aq'âtche à Tèbrîz, et firent mettre aux fers Émîr-khân, gouverneur de cette ville, qui fut envoyé au château de Q'ahq'ahah. Au bout de quelques jours, le chah ordonna qu'on le mît à mort (1363), et le gouvernement (fiâ2èf) de Tèbrîz fut confié à 'Aly-q'ouly-khân Fèyïdj-auglu (fils de coureur) rUstâdjlou (1364). Le chah prit ses quartiers d'hiver dans cette ville.

5"ï,i; Année 993. (A. D. 1585.)

Au commencement de cette année, 'Otzmân-pacha, ayant l'es-

prit parfaitement tranquille an sujet de Eaffab et des Tatares, quitta ses quartiers d'hiver de Q'asthamouny, comme un lion ru« gissant et un éléphant (1365) en fureur, pour aller faire la conquête de Tèbrîz et de tout TAdzèrbaïdjân (1366). Le chah Soûlthân Mouhammed et 'Hamzah-mirza, que son père avait alors associé à la royauté, partirent, en toute hâte, de Tèbrîz, avec leur maison nomade, dès qu'ils eurent appris ces nouvelles, et se dirigèrent vers la rivière à^U:soumtU (?) (1367). 'Otzmân-pacha marcha, avec la plus grande pompe, sur la ville de Tèbriz, et vint camper, le vendredi, vingt-quatre du mois béni de ramazân de la même année (10 septembre 1585), sur le bord de la rivière d^Adjy-saou (amère) , qui se trouve à un demi-pharsakh de Tèbriz. Il y fit dresser son glorieux pavillon, qui se perdit dans les nues et s'éleva jusqu'à l'apogée du soleil et de la lune (1368). Le lendemain, les années victorieuses vinrent camper, sans rencontrer la moindre résistance et sans obstacle, au lieu nommé 'Jkhy-khouny. Le frère de 'Aly-q'ouly-khân, ne pouvant plus dès lors résister aux troupes formidables de l'islamisme avec le petit nombre de Q'izilbâches chargés de la garde de la ville, dont ils avaient barricadé les rues jlJ^ a»^, ils en abandonnèrent la défense, vers le coucher du soleil, conjointement avec les notables de la cité (1369). Ils disparurent comme de vif argent (1370), et se dispersèrent de tous côtés, Quelques aventuriers ,j*iU) de cette ville s'étaient enorgueillis, suivant leur habitude, de leur bravour et de leur audace (1370 *). Ils envoyèrent leurs femmes (jLc famille) et leurs enfants aux bains, ouvrirent les portes de leurs boutiques et se livrèrent à leur commerce, au moment où l'armée victorieuse (1371) fit son entrée dans la ville et en oc-

cnpa les divers quartiers klJy^. Celui de Sourkhâb, qui était presque aussi grand que la moitié de la ville, ayant été livré au pillage (1372), fut dépouillé et ravagé pendant la nuit. Le lendemain matin, le q'âzy Kâmrân (?), le maulla Mou hammed- Aly, qui était cheïkJi'ul'islâm (patriarche de l'islamisme) (1 372 ') et

ÎTz"' d'autres notables, s*étant présentés pour avoir l'honneur de baiser la main du graûd-yézir, poussèrent le cri d'amân^ affi4n(gr&ce! grâce!). Ce digne vézîr (1373), mû par la clémence et la commisération, chargea quelques individus des différents corps de janissaires de la garde et de la police {iaçâq jL*^) des divers quartiers de la ville (1374), où Us furent délégués à l'effet de mettre des relia et les habitants^à l'abri de toute insulte et de tout dommage de la part de la soldatesque. On partit de là pour aller camper au lieu nommé Tchérèndâb\ et à l'aube du jour de fête nommé */d-î-/ftAr (Rupture du jeûne) (1375), le grand- vézîr tint conseil avec les généraux (serdàrs) et les officiers supérieurs jUjCj^^de l'armée au sujet de la garde et de l'occupation de Tèbriz. Ils décidèrent tous, qu'il fallait convertir en château fort le palais du gouvernement ojU^i J> de Tèbrîz connu sous le nom de Hechte-bihicMe (huit paradis) (1376); qu'il en fallait restaurer les alentours, où se trouvait un fort ^j^ d'une grande solidité (1377) et y construire (c,>âh disposer) des tours »^, un mur d'enceinte ojL et des créneaux (jj^ (1378). On en mesura les différents côtés, et on les répartit entre les sipâhis (1379) et les janissaires. Ils achevèrent, dans l'espace de soixante jours, un château d'une extrême solidité et très bien fortifié, dont la garde et la défense furent d'abord confiées à la sollicitude et aux soins du vézir Sinân- pacha, fils de Cicala: elles furent ensuite conférées à l'eunuque Dja'fèr-pacha, mir-i-mirân de Tripoli de Syrie, à qui l'on remit à peu près sept mille hommes d'infanterie et de cavalerie, avec les subsistances nécessaires pour une année (entière) : on le laissa dans cette place, et fit battre le tambour de la retraite (1380), pour diverses raisons, savoir:

1 ) à cause du manque de fourage nécessaire pour les chevaux de rechange (1381); car il y avait déjà près d'un mois que la ration journalière de chaque bête de somme était réduite à une poignée d'écorce d'arbres avec un peu de racines d'auffe des prés, que l'on arrachait avec mille peines (1381 '); 2) par suite

de la maladie de 'Otzniân-pacha, qui, au bout d'un mois de séjour à Tèbriz (1382)^ avait été atteiut d'une maladie, qui devenait de jour en jour, plus grave et plus intense; 3) à cause de la méchanceté de caractère des habitants de Tèbriz, qui les avait portés à assassiner quelques individus du corps des janissaires (1 383) chargés de la police ^J^ L*j des divers quartiers de cette ÏTJzi!* ville. Les différents corps de l'armée, soit qapou-qouly (troupes de la porte), soit janissaires (1384) irrités de ces désordres, se ruèrent sur la ville et sur le bazar (1 385), sans avoir fait le moin-

dre rapport à 'Otzmân-pacha, passèrent, en un moment j^»)^ (j) (1386), au iil de leur glaive inexorable près de quinze mille habitants, vieux et jeunes, forts et faibles, pillèrent et ravagèrent tout leur avoir ainsi que leurs provisions, et emmenèrent leurs femmes et leurs enfants en captivité dans leur camp. Us déterrèrent et y transportèrent, sans relâche, pendant un mois et même pendant quarante jours consécutifs (1387), les richesses que les habitants avaient enfouies et cachées sous la terre et dans les souterrains (ou caves) de leurs maisons (1388). Ceux d'entre les habitants qui avaient échappé au carnage, aigris et exaspérés par ces pillages, prirent la fuite, et allèrent offrir leurs hommages à'Hamzah-mirza (1388 *"), à qui ils rendirent compte des procédés de ^Otzmân-pacha (ou de la position de 'Otzmân-pacha) et de la situation critique oii se trouvait son armée (1389). *Hamzah-mirza, envoya aux environs de Tèbriz quelques émîrs, qui l'emportèrent sur Sinfin-pacha, fils de Cicala, chargé du commandement de Pavant-garde (la grand' garde, qaraoui) à Sa'ïdabâd (1390), et l'armée de l'islamisme essuya un échec. Cette nouvelle enhardit et exalta 'Hamzah-mirza (1391), qui vint, à la tète d'environ cinq mille hommes de cavalerie, prendre position aux alentours du camp (ort2ot4)'othoman. Tous les béglèrbéguis et les sipâhis en ayant été instruits (1392) vinrent, dans l'aprèsmidi, se ranger en bataille en face du châh-zâdeh, aux environs de la digue jJJ de Mirànchâb (1393). Lorsque le combat fut

engagé, et que l'on en fut veuu aux mains, la lutte devint plus acharnée et plus sanglante au coucher du soleil, et même à l'heure de la prière du soir (1394). Au moment où les béglèrbéguis, les émirs et les officiers supérieurs û^' voulurent regagner leurs cantonnements (1395), les Q'izilbàches s'élancèrent en masse (1396) à la poursuite de Tarmée victûrieuse. Ua tuè* rent Mou hammed-pacha, mîr-i-mirân du Diârbékir, et firent prisonnier Mouràd-pacha, mîr-i-mirân de Q'aramanie, qui était tombé, avec son cheval, dans un puits «L, avec quelques émirs et officiers supérieurs. Plusieurs cavaliers qizilbâches, égarés par les ^stt! ténèbres de la nuit, vinrent même se jeter sur les chaînes des chariots (arabas ou fourgons?) (1396 *), tombèrent de cheval et eurent la tète tranchée par les charrois. Lorsqu'on eut terminé, au bout de quelques jours, les affaires (travaux) da château fort, les armées victorieuses quittèrent le domaine (tourte, campement?) de Tchèrèn-dâb (1397), et Ton résolut d'aller camper près de Chèmb'i-g azân (1398). 'Uamzah-mirza poussa l'audace au point de se mettre à la poursuite du camp impérial. Il harcela, de droite et de gauche, les troupes victorieuses commandées par le fils de Cicala, lui enleva à peu près quatre-vingts files JLi (1 399) de chameaux avec leurs bagages, et fit éprouver de grandes pertes aux richesses (effets) et aux subsistances jfjjl de l'armée. Ses soldats s'avancèrent jusqu'aux alentours des tentes du camp, terrassèrent et décapitèrent, au milieu même de ces tentes, le kétkhotida (ou kiata^ agent) (1400) Khosrew nommé tout récemment mir-i-miràn d'Àrzeroûm, et s'en retournèrent. Us campèrent, vers le soir, en face du camp impérial (1401), au bord du Serde-roûd (rivière froide). Le lendemain, au moiuent même où 'Otzmân-pacha était à l'agonie, on le plaça {aJ^ljf laissa) dans sa litière, et l'on se remit en marche. Sinân-pacha (1402) commandait l'arrière-garde de l'armée victorieuse, et l'on s'arrêta au village de NaÈarhu (1403). La même nuit, le hoquet suprême s'empara de 'Otzmân-pacha, et le lendemain, il rendit son âme au créateur du monde, pendant que Ton était en marche vers

Thaçau (1404). Soulthân 'Hamzah-mirza se mit à la poursuite de rarmée othomane. La peuplade Châmlou commandée par Isma'ïl-q'ouly-khân formait son aile droite; à sa gauche se trouvait Toqmaq-khân avec la peuplade Oustâdjlou (1404 *), et le prince commandait en personne le centre et le. corps de bataille (»L» l'aile principale). Lorsqu'on eut franchi de la sorte un trajet de deux pharsakhs (10 kilomètres), la peuplade Châmlou se précipita, du côté droit, comme une nuée de papillons, sur Tarmée de l'islamisme. Elle alluma le feu du combat, attisa l'incendie de la ^7&' bataille; et jeta le désordre dans les rangs de l'aile droite de l'armée victorieuse confiée au zèle des béglèrbéguis et des guerriers du Diârbékir, de Q'aramanie et d'Anatolie. 'Hamzah-mirza et Toq'mâq'-khân se mirent également en mouvement, et l'armée victorieuse était menacée d'une catastrophe ^j^j JL^^ lorsque les troupes de la Porte {q apou-khalq y) , les sipâhis, les silfhdârs (gendarmes) (1405) et d'autres corps Utjj^ s'élançant, tout d'un coup, du centre et du corps de bataille, chargèrent en masse la peuplade Châmlou, au nombre d'à peu près deux à trois mille cavaliers, (1406) montèrent des chevaux pleins de vigueur, culbutèrent, à coups de lance (1407) et de cimeterre, deux cents cavaliers des plus marquants (o'-^^C'*^) ^^ ^^ peuplade Châmlou, et feur firent mordre la poussière. Soulthân 'Hamzah-mirza, effrayé et consterné (1408) de cet échec, se retira tout découragé et désespéré. Dans la soirée, l'armée de l'islamisme, toute décontenancée et en désordre, campa aux environs de Thaçou (1 409). Au lever de l'aurore, la mort de 'Otzmân pacha fut divulguée (1410). Les béglèrbéguis, les émirs, les officiers supérieurs û^' (les notables) et lès grands dignitaires de l'empire cJj:> ij\(^\ 'othoman promurent entre eux Sinân-pacha au grade de serdàty et arrivèrent de là, en deux jours, à AlMq (1411), où le corps de 'Otzmân-pacha fut lavé et enseveli (1412). L'humble auteur de ces lignes (1413) ne cessa de suivre l'armée victorieuse, dont il commandait l'arrière-garde. A chaque halte, il succombait à peu près quinze mille montures de rechange c^l , et même un

plus grand nombre, telles que chameaux et mulets, que Ton abandonnait au bord du chemin. On éventrait tous les animaux qui venaient de périr (1414), et Ton trouvait dans le creux de Testomac Xl ^y. de chacun d'eux à peu près deux mkfû& impériaux |jjiCp>lj^ ^ 9^ et même le double (1415) de sable qui s'y était amassé. Il était resté dans la province de Tèbrtz au moins cent mille bêtes de somme.

Les habitants de ce pays eurent beau se donner toutes les peines possibles pour les sauver, ils n'en conservèrent pas une seule en vie jusqu'au r'etour du printemps (1416). Lorsque Sir. JÏ70.' nân-pacha arriva à Vân, on reçut de la Porte de Félicité du sulthân un iarlig impérial admirablement conçu (1417), qui lui conférait le commandement en chef. Sinàn-pacha occupa ce poste pendant deux mois (1418) à peu près, et eut pour successeur Fèrhâd-pacha.

Dans la même année, le victorieux khaq'âa Ouzbeg ' Abd-allah effectua le passage du Djihoûn à la tête d'une armée, dont l'esprit le plus sagace et le plus subtil eût été incapable de calculer TefiFectif et de dénombrer les guerriers. Il vint camper sous les murs de la ville de Balkh (Belkh), coupole de l'islamisme (141&). Au bout dé quelques jours, il tourna la bride de son coursier du côté du Bèdekhchân et enleva la domination de tout ce pays aux descendants (enfants ^^) du chah Soulelmftn, fils de Mirza ladik&r-Mouhammed, fils de Nâszir» fils de Mirza 'Omèr-cheîkh, fils de Mirza Soulthân Aboû-Saïd (1420), fils de Mirza Soulth an Mou hammed, fils de Mirza Mirân-châh, fils de l'émîr Timoûr- Gourékân. Il se rendit maître, à la première attaque, de ce pays, qui était resté plus de deux cent trente ans, au pouvoir des Timourides et des tribus (peuplades) du Djag atai, il y installa un darogah (gouverneur civil) et retourna dans la glorieuse ville de Boukhara, qui était la résidence de sa gloire et de sa gran* deur(1481).

Année 994. (A. D. 1586.)

Le sulthân Mourâd-khân, voulant mettre fin aux ravages des

Q'izilbâches, qui avaient assiégé Djafèr-pacha, pendant cinq mois, à Tèbriz, nomma, cette année, Ferhâd -pacha serdâr de l'armée victoriease (1422), et l'envoya au secours de Djafèr-pacha. Le serdàr, s'empressant de se conformer à Tordre du monarque, quitta la résidence impériale de Gonstantinople, et se dirigea vers la Perse, à la tète des troupes victorieuses. Mais, antérieurement à son arrivée dans la province d'Adzèrbaldjân, Mou'hammedkhân le Turkoman, gouverneur de Kachân, Wély-khân le Tékélu, wûly de'Hamadan, Moucèïeb-khân Chérèf-u ddîn-auglu, wâhf ^é Reï (1423), et Oummèt-Soulthân le Dzoulq'adre, gouverneur de Chirâz, avaient marché sur l'Âdzèrbaïdjàn conjointement avec les troupes de l'Iraq' et du Farse, au moment où le soleil occupait le r' degré du Capricorne^) (1424). ^I^V/'

Lorsqu'ils arrivèrent aux environs de Tèbrîz, ils envoyèrent au chah Soulthân Mouhammed et à'Hamzah-mirza un émissaire chargé du message suivant:

«Qu'on arrête et qu'on nous livre les fauteurs du meurtre d'Éinîr-khân, principalement ' Aly-q*ouly-khàn Fèyïdje-aug lu l'Ustâdjlou (1425), Mouhammed Sarou-Solàg et Ismy-khâ (Esmakhân?) le Châmlou, afin que nous leur appliquions la loi du talion (1426): nous nous emparerons alors, avec le secours du Très- Haute, dans Tespace d'une semaine, de la forteresse de Tèbriz, que nous raserons complètement!». Soulthân 'Hamzah-mirza dé-

ploya, dans cette conjoncture, autant de hardiesse (témérité jyi*) que de persistance ^Uc, et répondit à la prétention v'y^ ^^^ émirs dans les termes les plus énergiques (1427). Il alla jusqu'à faire mourir plusieurs personnages appartenant aux diverses tribus qizilbâches, qui avaient été des plus influents, et des plus remuants (exigeants) dans ces circonstances (1428): il voulut même attenter à la vie des émissaires (ambassadeurs û^r^j)) V^^

1) Ce signe da zodiaque, que les astronomes arabes nomment ^J^' , les

Grecs AîyoxépcAc et les Latins Capricornua^ se compose de 28 étoiles (Bern. Dorn, oc. cit., p. 20. J^ 80).

s'en retournèrent tout déconcertés (1429). U donna (?) à un détachement de ses subordonnés (de personnes de sa suite (j^^ ^^) l'ordre d'assiéger le château fort, et il sortait lui-même chaque jour par les allées ^LL» de Tèbriz, avec une troupe de braves altérés (avides) de sang, pour aller se battre avec les émirs rebelles. Lorsque plusieurs jours se turent écoulés de la sorte, les émirs insurgés adressèrent clandestinement à Djafèr-pacha une dépèche, dans laquelle ils protestaient de leur soumission (1430) à la Porte 'othomane. Quoique ces protestations ne fussent ni sincères ni loyales, Dja fèr-pacha n'en fut pas moins enchanté de ces événements (1431). Les assiégés, de leur côté, furent tellement ravis et joyeux d'apprendre la mésintelligence des émîrs (1432), qu'ils ouvrirent, chaque jour, la porte du château, et ils faisaient journellement des sorties, dans lesquelles ils donnaient des preuves de leur bravoure et déployaient tant de valeur, qu'un jour, un détachement de braves de l'armée 'othomane (du Roûm) sortit de la forteresse j La», fit prisonnier le muhurdâr (garde des sceaux) Cbâh-rokh-khân, le Dzou Iq'adre, chargé de la garde du retranchement aj^^ (de la batterie) (1433) et tua une trentaine de ses fils, de ses subordonnés et de ses ag as. ^J/.' Une autre fois, une troupe de déterminés fit également une sortie, amena à Tèbriz le canon de gros calibre (guMi-kouche ^^ aIT), qui, depuis le règne du défunt ch&h Thahmasp, se trouvait au château fort de Ooeuguèrdjineliq (du colombier): ils le braquèrent en tête^^ j^ de la place (de l'hippodrome ù' J^) de Suroûrdjou (?) (1434), et endommagèrent fortement le château. C'était un des canons les plus renommés du chah (1435), que dix paires de boeufs n'avaient pas la force de traîner. Ils y attachèrent, en un clin d'oeil, les bandes de leurs turbans et les ceintures de leurs caleçons (pantalons), s'accrochèrent fortement, avec les mains, à la ceinture l'ua de l'autre pour former la chaîne, et le traînèrent dans l'intérieur du fort (1436).

(Vers,) Les plans les mieux combinés se rompent l'aorte, lorsqu'ils tendent à capter la faveur ou à fuir les rigueurs de la

perfide Fortune. Lorsqu'elle te sourit, tu peux l'attirer à l'aide d'un cheveu (1437); dès qu'elle nous trahit, elle brise (les plus fortes chaînes).

Le q'oroudjy-bâchy Àfchâr-q'ouly-big (1438) avait été (je supprime le conjonctif df) le boute-feu (1439) des Q'izilbâches, et 'Hamzah-mîrza conçut le projet de lui infliger le châtiment qu'il avait mérité. Dès que le coupable eut connaissance de cette résolution du prince, il prit la fuite avec Djebbâr-q'ouly, tils de son frère et alla rejoindre Djafèr-pacha dans l'intérieur du (ihâteau de Tèbrtz: il le mit au courant de la ruse, de la perfidie et de l'astuce ^Lu des Q'izilbâches (1440), et lui donna avis (1441) d'une mine, à laquelle les mineurs travaillaient depuis quelques jours, sans se laisser rebuter par la peine et la fatigue, et qu'ils avaient avancée depuis l'intérieur de la glacière de 'Haçane-big jusqu'à une )>etite distance du pied des remparts (du mur) de la forteresse: il ne restait plus à creuser que dix à douze coudées de terre pour pénétrer dans l'intérieur de la place. Le pacha fit ouvrir, du côté du château, l'extrémité de la galerie , où il entra et tua les mineurs (en leur donnant un camouflet?). H inonda ensuite la mine, la détruisit et la combla.

Les émîrs rebelles, désespérant de se concilier la bienveillance de 'Hamzah - mirza, séduisirent (gagnèrent) son frère nommé Thahmasp-mirza, qui était âgé de neuf ans, et qui avait pour gouverneur {léUa) Mourâd-big le Turkoman Bèhârlôu. Ils ÎTSm!* l'attirèrent, par ruse et par astuce, hors du palais (du logis) du chah Soulthân-Mouhammed (1442), l'enlevèrent, et s'en retournèrent du côté de l'Iraq'. A leur arrivée à Q'azwin, ils placèrent Thahmasp-mirza, sur le trône du sulthanat (1443), firent réciter la khouthbeh et battre monnaie dans toutes les villes de l'Iraq' et du Farse au nom du chah Thahmasp (1443 *). Les émirs et les notables (dîân) se partagèrent, d'un commun accord, les places les plus éminentes de la province (ou les places çt la province) (1444). Les fonctions de vézir et de conseiller du royaume

(1445) furent conférées à Mouçèleb-khân. Lors-

que Soulthâu ' Hamzah fut instruit de ces événements, il se fit devancer, à Q'azwln, par Ismy- (ou Esma?) khân le Châmlou, gouverneur de cette ville, par mesure do prudence et de précaution, pour (sauver) les femmes et les familles de la peuplade Châmlon qui se trouvaient dans ses murs. Le prince se mit ensuite, personnellement, eu marche avec 'Aly-q'ouly -khân TUstâdjlou (144G) et Mon bammed-Szarou-Solàg . Dès qu'il arriva dans les parages de Soulthânleh, les émirs rebelles en furent aussitôt instruits. Ils emmenèrent de suite Tbahmasp mirza, et vinrent se ranger en bataille, en présence de son frère, au lieu nommé SzâHne-qata (bon château). Quoique les partisans de Thahmasp-mirza formassent un corps considérable, et que ceux de 'Hamzah-mirza fussent en petit nombre, la grâce divine et la toute puissante protection du Très- Haut secondèrent et soutinrent Soulthâu 'Hamzab-mirza. Wély-khâu le Tékélu et son fils 'Aly Pâk-méàl (ou Mal) mordirent la poussière, au moment oii la lutte et le combat étaient le plus acharnés. L'armée de Thahmasp-mîrza fnt mise en déroute (1447). 'Hamzah-mirza donna, eu personne, dan^ cette bataille, des preuves (irrécusables) de sa valeur: il rencontra, dans la mêlée, Mou hammed-khân, le vézîr Moucèïeb-khân et son propre frère Thahmasp, les fit prisonniers^ tous les trois, et, les livra au poignet formidable de la prédestination (1447 *). La plupart des seigneurs (notables), qui avaient été les fauteurs de cette affaire, y furent tués, et les guerriers des peuplades Tékélu et turkomane qui échappèrent au glaive vengeur se dirigèrent, les brides rompues et Tétrier brisé (en pleine déroute) da ^p!^J^';c6té de l'Iraq' et de Hamadân. La crainte et l'inquiétude ne leur permirent pas d'y faire un long séjour, et ils se rendirent, à Bag- 'dâd (la demeure du salut), oh ils firent leur soumission à la Porte de Félicité de la dynastie othomane (1448). Soulthâu 'Hamzah revint victorieux et triomphant à Tèbrîz. Ce fut dans cet intervalle que le bruit de l'arrivée du serdâr Fèrhâd-pacha et de sa formidable armée se répandit dans cette ville (1449). Le chah Soultbân Mouhammf'd et 'Hamzah -mirza sortirent de Tèbrîz, et

se mirent en marche vers Àrdébil et le Q'arabàg'. Fèrhàd- pacha arriva aux environs de cette capitale, muni des pouvoirs les plus absulus. Il fit d'abord construire un fort jLa» aux alentours du châtélet ^jù (?) (1450) du khaudjah Rèchîd-uddîn Mouhammed situé dans l'endroit nomtné dJL«» Khèmineh (?) (1451): il se rendit de là à Tèbriz. Il encouragea Dja'fèr^pâcha, et stimula son zèle eu le comblant de faveurs de la part de son souverain : il lui alloua des fonds et d'abondantes provisions pour subvenir aux dépenses et aux besoins de l'armée, et alla ensuite prendre ses quartiers d'hiver à Ârzeroûm, ayès lui avoir conféré le titre de vézîr. Soulthàu Mouhammed et 'Hamzàh-mirza allèrent, de leur côt^, passer l'hiver à Q'ara-agâtche(yoTme).

Ce fut là qu'un fils de barbier nommé Khoudy (1452), qui avait eu pour protecteur Ismy- (ou Esraa?) khân, et qui était le mignon du mirza , noya dans une mer de sang ce cyprès du jar * dm du sulthanat, cette rose (fleur) du parterre de la monarchie (1453) en lui plongeant, vers minuit, un poignard acéré dans le coeur, au milieu de sa tente. Il prit la fuite, et se réfugia chez Ismy- (ou Esma?) khân. Quoiqu'on suspectât ce dernier de ce crime, il arrêta Khoudy (1453 *), et le mena à la cour du chah Soulthâfn Mou hammed, qui le fit mettre à mort. 'Aly-q*ouly-khân et Ismy- (Esma) kjiân promurent à la royauté Abou-Thâleb-mirza, de concert avec les khans et les seigneurs (notables) q'izilbâches; et ils quittèrent le campement d'hiver {iourte^ domaine) de Q^araag'âdij (1454) pour se rendre dans l'Iraq'. Lorsqu'ils arrivèrent à Q'azwîn, les émirs de l'Iraq et du Farse leur refusèrent leur appui dans cette entreprise; et bien loin de leur obéir et de se soumettre, ils se déclarèrent formellement contre eux. Les rebelles se virent, en conséquence, forcés d'emmener Abou-Thâleb • ^s/j mirza; et ils partirent pour Kachâne .et Iszphahân. On ne fit nulle part la moindre attention à eux. Chaque émîr, chaque gouverneur, «'imaginant être devenu un petit souverain (o^l^J» É^ des rois de petites peuplades ou de satrapies), arbora le drapeau de l'indépendance et déploya la bannière du pouvoir absolu ( 1 455).

Au commencement du printemps de la même année, l'amitié et la bonne intelligence, qui subsistaient jusqu'alors entre Mourcbid- q'ouly-kbân et 'Âly q'ouli*kbàn le Cbftmlou, dégénérèrent en inimitié et en hostilité par suite des suggestions perfides de quelques intrigants. 'Âly-q'ouly-kh&n, voulant donner une leçon à son adversaire (1455 *) enleva 'Abbâs-mirza, et marcba, à la tète des troupes de Hér&t et du Khoraçàn, sur la ville de Mèchehed, en suivant le chemin de Q'àlne. Lorsqu'il arriva dans les stépes ou déserts de Djinn-abâd ^LL^ «ïv5jl«*(?)(1456), Mourchid-q'ouly-khAn sortit de Mècl^hed dans l'intentioû de lui livrer bataille. Le choc des deux armées eut lieu dans un désert situé entre Djinnabâd et Maboulât(?) (1457). Mourchid-q'ouly-khàn avait placé à Tavant-garde la peuplade Ustâdjlou (je lis iijlL \j ^Ijui), qui avait, pour chef Mouszthafa-Soulthào, fils deKètchelChâh-werdy. Celui-ci enleva Abbâs-mirza pendant la ba* taille et l'emmena chez Mourchid-q'ouly-khàn. Ce plan qu'il avait conçu fut agréé par la divine providence jiJi»^ Au moment où 'Aly-q'ouly-khân s'en retournait, croyant avoir vaincu (iJU?) Mourchid-q ouly-khàn, il reçut de son arrière-garde (de derrière lui) la (fâcheuse) nouvelle, que la peuplade Ustftdjlou avait enlevé le mirza, et qu'elle avait été rejoindre Mourchid-qouly-khân. Lorsqu'il apprit cette nouvelle, un soupir glacé «s'échappa de son coeur consumé par la douleur (1458).

(Vers.) Lorsque la vie de l'homme est assombrie par l'infortune, il entreprend tout ce qui ne lui est d'aucune utilité (1459).

Il abandonna le champ de bataille, et partit, bride abattue, pour Hérât. La plupart de ses officiers supérieurs (notables) furent faits prisonniers et tombèrent entre les mains de l'ennemi. Mourchid-qouly-khàn, de son côté, au comble de la joie et du bonheur, emmena, avec la plus grande pompe, *Abb&s-mirza à Mèchehed, oii il le promut à la royauté et devint son aUer ego ^^m: (^^ somme du royaume vîUl) iU) (1460).

Année 995. (A. D. 1587.)

Au commencement de cette année, le serdâr Fèrhâd-pacha

se dirigea vers la Géorgie avec le dessein de s'emparer du pays de Simdoun (J^mon ou Siméan) (1461). Il fit restaurer le château de Kour-khâneh (1462), où il installa 'Haïdèr- pacha en qualité de héglèrhéguy^ et revint sain et sauf et chargé d'un riche butin.

Dans les premiers jours du printemps de la même année, époque à laquelle le monarque de l'Orient mit le pied à l'étrier pour faire la conquête du quatrième climat (de la quatrième sphère céleste), et où le soleil, semblable à Djèmchld, transféra son pavillon royal de la queue du Poisson céleste ^) sur le cou du Bélier, et passa de la paisible demeure des Poissons dans le délicieux séjour du Bélier (146 3), le puissant et conquérant khaqân, 'Abd-allah-khân l'Ouzbeg prit pour objet de ses nobles préméditations la conquête des provinces du Khoraçân, et passa VAmmleh (Oxus) à la tête d'environ cent mille cavaliers avides de carnage. Lorsque ses victorieux étendards projetèrent leur ombre auguste sur les bords de la rivière de Mèrgâb, 'Aly q'ouly-khân le Tékélu (1464), gouverneur de Hérât, en reçut avis, et donna aux habitants des cantons (buluks) environnants (1465) l'ordre de se rendre dans la citadelle (le château fort) de la ville (1466), où il prit la résolution de se retrancher.

Dans la journée du jeudi, vingt-sept du dernier mois de djoumada de la dite année. (26 mai 1 587), les troupes victorieuses du khaqân vinrent dresser leurs tentes dans la plaine de Saqlamân (jloii^ {Saqselmân jUimÂM.?) et de Kélàtè-lMchy (du châtelet vernissé) (1467), une troupe de preux chevaliers et un détachement de valeureux Ouzbegs s'avancèrent, dans la même journée* au coucher du soleil, jusqu'à la porte royale (1468), et firent^ mordre la poussière à une multitude de q'izilbâches. Dans

1) Ce signe du zodiaque, que les Arabes Dominent O»» I ou «jaIX^u^JI les

deux FoiëBons^ les Grecs lx^^< ®^ ^^^ Latins Tisces^ se compose, suirant Ibu-Mon- ^hammed-Chérlf, de trente-quatre étoiles parfaites et quatre imparfaites.

Le Bélier, que les astronomes arabes appellent Jl^J.) (Widder), les Grecs

Xpioç et les Latins Arie9, contient treize étoiles, et cinq imparfaites (Bern. Dorn, loc. passim eiiato, p. 20, J^ 32 et p. 17, A& 21).

la matinée (à l'aube) du vendredi, vingt-huit du même mois (27 mai 1587), Tarmée ouzbègue {Vordou)^ qui parcourait le monde, quitta la plaine de Saqsdmàny et vint camper aux pâturages (plang) de Kâr-oubâr (1469) sous le murs (à l'extérieur) du tom- ^^"'lae! ^^^^ resplendissant de lumières du khaudjah Mou hammed Boa* rân, et sur les terres du village à^^Altcàr (1470).

Après avoir passé deux jours dans ces riantes contrées, le cortège (la garde àpyotcuna) du khàn alla se loger à la mèdrèceh (au collège) de Soulthân 'UouceIn-mirza(1471), & l'heure du déjeuner du dimanche, premier du mois de rèdjeb (29 mai 1587), au moment où le soleil, qui éclaire le monde, se trouvait au 5^ degré des Gémeau^ (1472)^). Au même instant, les daroy as (gonverneurs civils) et les iaçaqtchis (percepteurs du tribut, en russe ficanuKU ou ncau/^UKu) furent chargés de prendre possession des revenus des villages et des bourgades (1473). Il fut strictement défendu par un firman des plus sévères d'inquiéter, en aucune manière, une foule d'indigents, de malheureux et de cultivateurs (1474), qui étaient restés dans leurs domiciles et leurs demeures (1475) à cause de leur modique fortune et de leur indigence. Le lendemain, l'armée victorieuse cerna la ville de toutes parts, et ferma aux assiégés les portes d'entrée et de sortie. Émîr-q'ouly- Baba Goeunul tâche (1476) fut chargé de répartir et de fixer remplacement du mur de circonvallation aaa^ et des tranchées Jfjy^' on en établit en face de chacune des tours de la ville, et l'on en confia la garde au zèle et à la sollicitude des illustres émirs. 'Aly-q'ouly-khân, ayant été spectateur de ces dispositions préparations, adressa à Mèchehed, au chah 'Abbàs et à Mourchid-q'ouly-khân, par l'intermédiaire de hardis et robustes estaffiers, des dépêches, par les quelles il réclamait, eu pareille cir-

constance, leur secours et leur assistance. Comme il ne se trouvait, à cette époque, pas plus de six mille cavaliers sous les éten-

\ ) Ce signe du zodiaque, que les astronomes arabes nomment ijy^i , les Grecs

AidufjLoi, et les Latins Gemini^ se compose, suivant Q'azwiny, de dix huit étoiles parfaites et sept imparfaites (Bern. Dorn, loco Bupro laudato^ p. 17 — 18, J^ 23).

dards de 'Âbbâs, il n'eut pâs le courage d'accourir, et prit le parti de se rendre (aussitôt) dans l'Iraq', afin d^ rassembler sous ses drapeaux les soldats découragés {Cj^^ ou dispersés, épars) et les émirs (chefs) de ces parages, qui s'étaient habitues à jouer le rôle de petits souverains «Ju»! ^L ài'^ (rois de satrapies) , pour aller ensuite repousser l'armée de 'Abd-allah-khàn. Il fit parvenir ces nouvelles à Hérât par l'organe de Noùr-'Aly le Tchègîtèny^ et il se rendit lui-même, en toute hâte, dans l'Iraq, de concert axec Mourcbid-q'ouly-khân et la plupart des émirs du Khoraçàn. Cette nouvelle, que *Aly-q ouly-khân venait de recevoir du chah 'Abbâs, était désespérante, car elle signifiait que, si la souverai- ^Sa?* netê était dévolue par l'Iraq' à chah 'Abbâs, il ne viendrait pas une âme à son secours (1477) pendant trois années (entières). Lorsque le chah 'Abbàs arriva dans la capitale de Q'azwln, il s'assit sur son trône héréditaire (1478); et il voyait, chaque jour, une multitude d'illustres émîrs et une ^foule de glorieux khàns s'empresser de venir lui rendre hommage, et frotter, avec dévouement, leur front soumis sur le seuil de sa puissance, après lui avoir offert leurs félicitations à l'occasion de son avènement. Ils se rassemblèrent tous à l'ombre de son victorieux drapeau, se montrant soumis et. obéissants à ses ordres et à ses firmans. Ismy- (Esma?) khân le Chamlou et 'Aly-q'ouly-khân l'Ustâdjlou (1478 *) amenèrent même Abou-Thâleb-mirza et briguèrent Thonneur de yenir baiser, à Q'azwin, le tapis du monarque. Le chah 'Abbâs, cédant aux instigations de Mourchidrq'ouly-khân, les fit mettre l'un et l'autre à mort avec Mou hammed-Szarou-Sblâg (1479). Il s'appliqua dès lors, de tout son pouvoir, à faire fleurir et prospérer son royaume; mais les émîrs q'izilbàches se liguèrent, suivant leur habitude, pour perdre Mourchid-q^oulykhân, et résolurent de s'en défaire. Le chah 'Abbâs, s'étant aperçu (1479^) de ce qui se passait, convoqua toute la nation q'izilbâche, en général, et lui donna l'ordre d'arrêter les éintrs qui le trahissaient. Les Q'izilbâches assaillirent, en masse, tous les traîtres qui s'étaient établis dans la demeure de Q'orq'maz-

big (1480) le Chàmlon. Mehdy-qouly-khàn, 'Aly-q'oQly-khàn le Dzoulqadre, Pir-6'alb-khàn l'Ust&djlou, Témir Astftâjlou(1481)

Âszlàn-Soulthàn, le khalfa Roùmlou furent faits prisonniers

et suppliciés en vertu d'un firman du chah. Une foule d'autres prirent la fuite et allèrent demander un asyte au khân A'hmed, wdly du Guilân (1482).

Année 996. (A. D. 1587-88.)

A dater du jour où 'Abd-allah-khân commença à s'occuper du siège de Héràt, comme notre plume, qui vise à l'élégance, y p. m'^ fait précédemment allusion (1483), il prit sérieusement à tâche de resserrer les assiégés de plus en plus, d'un jour à l'autre, à . un tel point qu'ils se virent réduits à la plus affreuse détl*esse et qu'un grand nombre d'entre eux succombèrent au méphytismfe de l'air et à une multitude de maladies. Une foule d'habitants des cantons cJ^ environnants et de gens du peuple (du bazar) (1484) s'évadèrent, avec mille peines et difficultés, de l'intérieur de la ville, et allèrent se reposer, en toute sécurité, à l'ombre de la protection du khaq'ân, sans pareil et sans égal. Lorsque le siège se fut prolongé pendant neuf mois et vingt-un jours, et que l'on aperçut les premières lueurs de l'aurore du samedi, dix-huit du second mois de rèbi (9 mars 1588), qui répondait (à peu près) au moment oiH le soleil commençait à quitter le signe des

Poissons sl^ Je^ J^') une foule de serviteurs attachés à la personne du souUMn-zûdeh (fils de sulthân) ' Abd-ulmouminekhàn (1485) escaladèrent entre la Bofme ou la Belle Parte Ij^^j^ ^y> et le pont de la rivière dite Ab-i^-tchëkân (eau dégouttante) (1486), une tour (1487), dont la garde et la défense avaient été confiées aux serviteurs placés sous le» ordres de Mirza Djftn- Soulthân, et ils y tuèrent deux ou trois Q'izilbâches. Ils s'y maintinrent jusqu'à ce que le mur d'enceinte de la forteresse eut été escaladé par deux à trois mille formidables Ouzbegs altérés de sang, qui poussèrent les cris de sourune (chargez) et d^AUah âkbèr

(Dieu est très-grand), et firent retentir Tair du son de leurs timbales et de leurs kerrénas (1488), c'e^t-à-dire de leurs clairons à queue de boeuf (1489). 'Aly-q'ouly-khftn, qui avait toujours sous ses ordres un petit nombre d'hommes destinés à renforcer la garde (1490) des tours et du mur d'enceinte, et qui était toutours prêt à leur porter secours, s'élançait vers les ennemis pour les repousser, lorsqu'il entendit tout-à-coup, du côté de la tour de Baba-Mahmoûd, retentir également les cris de guerre sourune (chargez!) et AUàh-âkbèr^ qui se joignirent au son du tambour (Sè&èr) (1491) et du clairon des Ouzbegs. Voyant qu'il n'y avait plus moyen d'y porter remède, 'Aly-qouly-khân (1492) se jeta tout consterné, avec le petit nombre d'hommes qui raccompagnaient, dans l'intérieur du fort d'ikhtiâr-uddîn (1493). L'armée ouzbègue envahit, de tous côtés et de toutes parts, l'intérieur de la ville, qu'elle commença à piller et à dévaster. Elle dégaina son glaive altéré de sang et elle n'épargna âme qui vive, fût-ce Turk ou Tâdjik, vieux ou jeune, esclave ou homme libre, étranger ou habitant de la cité. ^28$!

Le lendemain matin, dès que le soleil triomphant arbora la bannière de son émigration (1494) au dessus de la septième sphère céleste, le puissant conquérant Soulthân Nàszir-uddin (1495) 'Abd-ul-moumine-khân fit son entrée triomphante dans les murs de la ville par IdL Belle Porte (ou porte Khoche)^ et se dirigea vers la mosquée cathédrale (1496), où il resta une heure. Il se rendit alors au jardin de la ville, où il s'arrêta un instant, et il daigna ensuite se loger au palais du gouvernement «jU^I jl^, où résidait 'Aly-q ouly-khàn. Le troisième jour, ce dernier ainsi que ses compagnons, poussèrent jusqu'à l'apogée des cieux les cris d'amân, aman (grâce! grâce!). Une foule des principaux émîrs du khân, tels que l'émir Q'ouly-Baba Goeuiiultâche (1497), l'émîr Mouhammed-Bâqy-big, l'émîr Tchéléby (1498), l'émîr chah Mou hammed Ala-tchèpân se rendirent à la porte de la forteresse, conjointement avec le grand mauUa khaudjah Abou Ibèq'a, qui était le modèle des coryphées de toutes les nations et la

colonne des hommes de talent. 'Aly-qouly-khân vint les rejoindre avec à peu près quatre-vingts émîrs et mirzas de la peuplade Châmlou; et ils allèrent tous ensemble offrir leurs hommages à 'Abd ul moumine-khàn. En chemin faisant, un des goujats ^U de l'armée, convoitant la bande^^ ^y (1499) qui entourait le turban du frère de Q'âzy-Soulthân le Châmloa, alla la lui enlever de la tète (1500). Q'âzy-Soulthftn, indigné de son extrême audace et de son impertinence, plongea son poignard dans le flanc de cet Ouzbeg, et le tua. Il en résulta un grand tumulte des deux parts. L'émir chah Mou'hammed Ala-tchèpàn, mû par un sentiment d'honneur (ou de patriotisme C>j*t ^^jjl) donna aux Ouzbegs l'ordre de saisir et de tuer les Ghâmlous (Syriens) (1501). Il suffit d'un clin d'oeil pour mettre à mort 'Aly-q'ouly-kbân et tons ses subordonnés, sans en épargner un seul. Le vendredi suivant, qui était le quatrième jour à compter de la prise, du masp./po.' sacre et du pillage de Hérât, 'Abd-allah-khân daigna faire son entrée dans cette ville et ordonner aux Ouzbegs, aux iaçâqy (agents de police?) et aux militaires de cesser, à l'instant même, le meurtre et le pillage et de n'inquiéter aucun des habitants de la ville ni des Q'izilbâches. L'agréable nouvelle de cet acte de justice et de cette amnistie générale se répandit bientôt aux alentours de Hérât et même dans toutes les contrées du Khoraçàn (1502).

(Vers.) La victoire brille (lui sourit) partout oh tu portes tes regards ; tu entends retentir la bonne nouvelle du pardon partout où tu prêtes l'oreille. Grâce à l'allégresse générale, le trône, devant lui, se prosterne dans la poussière (1503). A cette heureuse nouvelle la cime de sa couronne se perdit dans les nues. Le ciel lâcha le lacet qui serrait le ceinturon du glaive; le monde

^L) enleva la corde qui étreignait le cou de l'arc (1504).

Quelques auteurs prétendent qu'il fut statué par un fetwa, qu'il était permis d'acheter les femmes et les familles des Q'izilbâches aussi bien que les captifs infidèles: ce trafic fut, au con-

traire, interdit par la décision de quelques 'oulémas {docteurs de la loi). Le khàn plein de justice, prenant en considération le second fetwa (1505), défendit la vente et l'achat des prisonniers q'izilbâches. Le khaudjah Mou hammed-moumine, généralement

connu sous le nom de Mirza Arbâb^y fut chargé de procéder au dé^ nombremeiit (recensement) des morts qui avaient succombé à Héràt. Il constata un effectif de quatre mille âmes, qui avaient péri pendant ces neuf mois dé siège. Au bout de deux ou trois jours. le glorieux khân quitta Héràt (aneienne Aria ou Artacooâta sur VArius, ou Hèry-roûd) et tourna la bride du départ du côte de la ville sanctifiée de Mèchehed. Il campa, à peu près deux mois, sous ^es murs, et donna l'ordre de faire paître les céréales et les jardins de son territoire. Il revint ensuite par Sèrakhs (ancienne Sarigd) et Firoûz-abâd (1506) à Hérât, où il remit les rênes du gouvernement aux mains capables du grand émir Q'ouly (1 507) Baba-Qoeunultâche, et accorda le poste éminent de cheikhtd'islâm (patriarche de l'islamisme) à son Éminence le khaudjah Âboul-béq'a. L'administration de la justice (des affaires de la loi) fut confiée au jugement droit et à l'esprit éclairé du q'âzy Mou hammed-Riza. Le khân fit la prière de la fête dé la rupture du jeûne (Id-i-fithr) dans la mèdrèceh (au collège) du mirza (Soulthân 'Houceïn), et s'en retourna ensuite, avec toute son armée victorieuse, dans le Ma - u^rannaiir (ou Transoxanej ancienne p. »9iJ Sogdiane) et à Boukhara.

Vers la fin de la même année, le chah 'Abî)âs leva une armée innombrable dans l'Iraq' , mit le pied du bonheur à l'étrier du succès pour. aller repousser les Ouzbegs, et se dirigea vers le Khoraçân (ancienne ylriana). Lorsque son ordou (camp), qui parcourait le monde , fut arrivé dans les prairies de Bèsthâm, il se concerta avec un petit nombre de conjurés, et surprit, pendant la nuit, Mourchid-q'ouly-khân, qui était Vâme (le factotum iL») de son royaume, et le fit mourir, pendant qu'il était plongé dans le sommeil de l'incurie (1508). Il tourna ensuite la bride du départ vers la ville sainte de Mèchehed; et lorsqu'il y fat arrivé,

Parmée fut réduite à la plus grande détresse par suite du manque de vivres (1509), et elle se débanda tout entière» de tous côtés et de toutes parts. Le chfth conféra, en conséquence, Vnûlèt (le gouvernement provincial) de Mècbehed à Oummèt-khàn rUstàdjlou Gouchek-aug^lu, et sortit, à la hâte, de cette ville pour s'en retourner. Quand il eut parcouru une étape (poste J jio), il fit mettre à mort son vézlr Mirza Mou hammed, et ac- ' corda ce poste à Mirza Louthfy.

Dans cet intervalle, Mouhammed-khftn le Turkoman, oubliant ses turpitudes, osa postuler le commandement en chef et le titre de richi-séfid (barbe blanche), ancien ou senior) des Q'izilbftches, à la place de Mourchid-q'ouly-khftn. Son extrême impudence enflamma le courroux du' chah, qui, d'un seul coup de cimeterre, abattit dans la poussière cet astucieux traître (1510). Il confia le gouvernement (la souveraineté ^^Iji^) d'Astérabâd à Mourtéza-qouly-kbân Pemàk et celui de Q'oudjân à Boudàqkhân le Tchékény, et s'en retourna, à marches forcées, dans sa résidence royale de Q'azwtn (1511).

Dans cette même année, le serdftr Ferhàd-pacha se mit en marche avec le dessein de se rendre maître de Guèndjeh et de Bèrda'. Après avoir soumis ce pays, il en expulsa la peuplade Q'adjàr , les içuirmtf deurte (ou vingt-quatre tribus kourdes) et les Turkbmans (1512). Il fit ériger à Guèndjeh un château fort, 5[^^J(»dont il acheva la construction, et y laissa 'Haïdèr-pacha, qui fut chargé de la défense de cette place. D alla lui-même, avec toute l'armée victorieuse, faire une incursion sur le territoire de la peuplade Q'adjâre, qui occupait les bords de l'Âraxes (^os-iâr), pilla et lui enleva tous ses effets, ses bestiaux et ses moutons (1513) de même que ceux des autres ouloûs du Q'arabâg'. U laissa ensuite, en qualité de vézlr, dans le Chirwftn, l'eunuque 'Haçane- pacha, à qui il confia la garde de cette province, et retourna à Àrzeroûm, pour y prendre ses quartiers d'hiver (1514).

Dans le courant de cette année, le serdâr Fèrhâd-pacha, accédant à la prière des habitants d'Érivàn, donna à Khizir-pacha, mir-i^mirûn (gonvemenr général militaire) de cette ville , Tordre de prendre possession et de se rendre maître dn Toamân de Nakhidjéwàn (1515). Lorsque Khizir-pacha se mit en marche pour se rendre de ce côté-là, les raia, les notables et les habitants vinrent tous lui faire leur acte de soumission. Il fit bâtir une forte citadelle au lieu nommé Koeuchk-i-BUbân (ou BcdcMn) (1516), et prit possession da tout ce pays.

Bans la même année, 'Âbd-ul-moumine-khàn partit de la ville de BaUch (ancienne Bactra ou Zariaspd) avec l'intention de s'emparer de Mèchehéd (1517). Il vint, au commencement du second mois de djoumâda de la dite année (8 avril 1589), camper sous les murs de cette ville, qui est l'emblème du paradis, et se hâta d'en ordonner le siège. Les fougueux et belliqueux Quzbegs cernèrent aussitôt le château fort, qu'ils prirent d'assaut au bout de deux mois. Ils livrèrent au tranchant du glaive impitoyable les Turks et les Tâdjiks (Persans) qui habitaient cette ville. Oummèt-khân, gouverneur de Mèchehéd, se réfugia, avec une foule de vénérables sèïds et de notables (1518), dans la tombe révérée de l'imâm Riza. Ils ne furent pas plus épargnés ni ménagés que les autres, et furent égorgés sans pitié (1519). Toutes les richesses et le mobilier <^L«I , les livres sacrés «ji>La« (volumes du Q'oran), les lampes et le mausolée qui servait d'habitation (de nid) aux anges,.furent impitoyablement livrés au pillage. On n'y laissa ni tapis, ni vases sacrés, et l'on emmena en captivité une multitude de femmes et d'enfants musulmans. Après avoir confié la garde et la défense de ce lieu sacré à un des émîrs ouzbegs (1520) de sa suite 'Abd-ul-moumine-khân s'en retourna victorieux et triom-^!*^^^* phant à Balkh (Belkh), la coupole de de l'islamisme.

Année 998. (A. D. 1589-90.)

Le châh'Abbâs T' envoya, cette année (1521), au serdâr

Fèrhàd-pacha nn ambassadeur chargé de demander la paix. Lorsque celui-ci fut arrivée à la cour du glorieux serdâr, il fut décidé que le cbâh 'Âbbâs enverrait à la Porte de Félicité du sulthàn Mouràd-khân 'Haldèr-Mirza, fils de son frère, qu'il ne poserait plus le pied hors du sentier de la soumission et ne s'écarterait plus du chemin de l'obéissance, tant que les portes de la paix et de la conciliation seraient ouvertes entre les deux parties. Cet accord fut ratifié de part et d'autre; et, à dater de ce jour, l'armée othomane ne se permit plus la moindre hostilité contre les états de Châh-Abbâs (1522). .

Lorsque ce monarque eut l'esprit (parfaitement) tranquille au sujet de l'armée othomane (du Boûm) (1523), et qu'il n'eut plus à craindre les hostilités du souverain de cet empire, il résolut de repousser la'qoub-khàn le DzouTqadre, toâly de Chirâz, qui avait pris le chemin de l'insurrection et de la révolte: il se rendit, par <;onséquent, en toute hâte, dans le Farse. Dès qu'Ia q'oûb-khân en fut instruit, il s'enferma dans le château fort d'Iszthakhr-Iez-Ghiràz (1524), et s'y fortifia (retrancha). Le chah 'Abbàs fit déposer dans cette ville les bagages du séjour, sans faire la moindre attention au khan rebelle. Il fit marcher, au bout de deux mois, son émirtul-ouméra (généralissime) Fèrhâdkhàn, contre lobçouf-khân l'Âfchàr, wâly du Kermân (ancienne Garfnani€\ qui ne respirait également que sédition et révolte. H parvint à se rendre maître de la personne d'Iouçouf-khàn, et attira également, par ses cajoleries et ses feintes caresses, le rebelle la q'oûb-khân hors des murs du château d'Iszthakhr, et l'amena chez lui à Chirâz. Ijà, il finit, un jour, par le faire mourir avec une trentaine de personnages de marque et de fils d'émirs de la peuplade Dzou Iq'adre. Il fit ensuite pendre leurs corps au gibet sur la place publique (l'hippodrome) de Chirâz^ et retourna dans p. 994: l'Iraq', après avoir mis ordre aux affaires du Farse et du Kermân. Lorsqu'il fat arrivé à Iszphahân, il fit priver de la vue ses frères Thahmasp-mirza et Âbou-Thâleb-mirza (1525), qu'il relégua au château d'Âlamoute. Il expédia à la cour du khân A'h-

med, wâly du Guilân, un courrier chargé de réclamer les émîrs qui s'étaient précédemment enfuis de Perse et réfugiés chez ce khân. Celui-ci renvoya les dits émîrs à la cour de * Abbâs, sous la condition expresse que les lieutenants du chah (c'est-à-dire le chah lui-même) leur pardonneraient leurs fautes. Lorsque ces émîrs approchèrent des environs de Q'azwîn, le chah envoya quelqu'un à leur rencontre. Il fit mettre à mort, avec leurs compagnons de voyage, les principaux d'entre eux, qui étaient Mou- *hammed-Chérîf l'Dstàdjlou, fils de la fille de Ma'szoûm-big et Mehdy-q'ouly-big, fils de Thâliche *Hamzah. On pendit les corps de ces deux victimes au*cou d'un seul (et même) chameau; on les amena en ville, et leur fit faire le tour de tous les quartiers (les rues) de Q'azwîn (1526). Le khân A'hmed, blessé au vif et in^ digne de ce qui venait de se passer, commença à s'insurger et à se révolter contre le châh'Âbbàs (1527). Le monarque envoya, vers la fin de la même année, dans le Khoraçân, Ferhâd-khân le Q'aramânlon, qu'il avait nommé serdâr, afin d'appaiser les troubles que suscitaient les Ouzbegs et de réprimer leurs brigandages (1528). Il s'avança jusqu'aux confins de Nichabour, d'où il revint sans avoir atteint le but qu'on se proposait (1529).

Année 999. (A. D. 1590-9L)

Au commencement de cette année, ' Abd-allah-khân partit du Ma-wérarmahr (de la Transoxaue) à la tète d'une armée aussi nombreuse que les gouttes de pluie qui tombent des nuages du mois de niçân (avril), et semblable à un torrent furieux 1530), avec le projet de se rendre maître de toutes les villes (ou des autres villes :>% ^L) du Khoraçân (1531). Il s'empara, dans l'espace de trois mois, du pays de Nichabour, de Sebzewâr, d'Is férâlne, de Ma boulât, de Toun, de Djénabâd (1532), de Q'âïne, de Thabs (ou Thabbès) (1532 •), Guiléky '), de Phèréh (ancienne

1) Les deax villes connnes sons le nom de Thabs oa Thabbès répondent à l'ancienne Tàbiène située sur les frontières de la Perse et de la Caramanie {Géogr, ane, et historique, T. I. p. 189).

Phra ou Para de VAnabon), du Sistân (ancienne Lraf^iané) et de Hézâreh, et il retourna ensuite dans sa résidence royale de Hérat. Après y avoir passé un mois an sein des plaisirs et de la gaieté, il leva le drapeau du départ pour retourner dans le Mawèrannahr.

^pTlos! H^n^ la niènie année, le serdâr Ferhâd-pacha, commandant en chef l'armée 'othomane (du Roûm)^ amena d'Àrzeroùm à Constantinople (1533) le prince persan 'Haïdèr-mirza, fils de Soulthàn 'Hamzah-mirza, que le chah 'Abbàs avait envoyé à la cour du glorieux et puissant monarque, le sulthâu Mourad-khân, conjointement avec Mehdy-q'ouly-khân Tehaoûchelou TUstâdjlou (1534), gouverneur d'Àrdébil. Le serdftr fut comblé de caresses et de témoignages de bienveillance de là part de sa Hautesse, qui lui accorda le poste de grand-véztr et la présidence %Zjj\j^ du divan (1535). 'Haïdèr-mirza fut également l'objet des augustes attentions du sulthàn, qui prit à tâche de l'honorer et de lui témoigner les plus grands égards. Il alloua sur sa cassette impériale les sommes nécessaires à l'entretien du prince, et ordonna qu'elles fussent délivrées mensuellement à ses fondés de pouvoirs (ou intendants '^r^), afin qu'il restât, à poste fixe au pied du trône impérial. Après avoir été comblé de faveurs par le sulthân, Mehdy-q'ouly-khân obtint la permission de s'en retourner, et reçut, selon ses désirs, son audience de congé (1536).. Arriver à la cour du chah et recevoir la mort fut pour Mehdy-q'ouly-khân l'affaire d'un instant.

Dans la même année, le chah 'Abbâs se rendit à lezd (ancienne Isatichaé) et à Iszphahàn (Aspadana)^ d'oii il partit, au bout de trois mois, pour l'Adzèrbaïdjan, avec le dessein d'aller visiter le tombeau de son auguste aïeul le chèikh Szafy- ou Sjsèfyuddtn d'Ârdébil. Après avoir rempli ce pieux devoir, distribué ses aumônes (1537) et accompli ses voeux, il se livra, pendant quelques jours, au plaisir de la chasse à ÇfieU-agatch (l'aune) de Thâliche, et s'en retourna ensuite à Q^azwln. Pressentant la révolte du khân A'hmed, tcâly du Guilân, le chah mit résolument

le pied à Tétrier pour aller exterminer la race de ce rebelle. En apprenant cette désastreuse nouvelle, le khân A'hmed se rendit à Lèngroûd (1537 *). L'armée q'izilbâclie vint ^attaquer inopi' nément au moment où il venait de s'embarquer précipitamment à bord d'un vaisseau Mou (?)^ avec une suite peu nombreuse, quelques vases d'argent et quelques tapis, sous les auspices du kbaudjah 'Houçàm-u ddin de Lèngroûd, qui était Mou (ou Maû) Khoudmtoènd {153S). Il se dirigea vers le Chirwân, et le vézîr^l^pi!* Haçane-pacha Peunuque ^:>U, qui était chargé de la garde de cette province, prit à tâche de l'honorer et de lui témoigner les plus grands égards. Il l'amena à Cham&khy, et s^empressa de faire parvenir au pied du trône impérial un rapport, où il expo* sait les faits 4 sa Hautesse. II émana un firman, qui lui ei^joi* gnait formellement de faire partir, sur le champ, le khân A'hmed pour la Porte de Félicité (1539).

Le chah 'Abbâs se rendit personnellement dans le Gttilàn,

prit possession de tout ce pays, qu'il conquit et soumit à sa do^

mination. Il en remit la garde et la défense à des hommes dig*

• nés de sa confiance, et s'en retourna ensuite dans sa glorieuse

capitale (1540).

Année 1000« {A. D. 1591-92.)

Le sulthàn Mouràd-khftn destitua, cette année, Fèrhâd-pa^ cha du poste de grand- vézir et conféra la présidence du divan ^♦kc vl^ljuo à Siawouche-pacha (1541). *Haçane-pacha, mïr-tmirân de Bosnie, ayant violé, à Tégard des infidèles, les capitu^^ tations et les traités subsistants, il se livra entre eux plusieurs combats et batailles. 'Haçane-pacha l'emporta d'ibord sur les infidèles; mais ceux-ci, ayant enfin attaqué ^Haçane en masse, le tuèrent avec une dizaine de mille musulmans, entre autres cinq mille sipâhis de la Roumilie. A dater de ce jour, la paix et le bien-être firent place, sur les confins et les frontières de la Romanie (1542), aux troubles et à l'agitation.

Le chah 'Âbbâs sortit de Q'azwîii poi r aller combattre 'Âbdul-moumine khân, fils de ' Abd-allah-khân (1543), qui était venu dans les parages de Djadjerm. Lorsque le chah arriva dans les prairies de Bèsthftm, 'Abd-al-moumiDe-khân (1544), ne se sen* tant pas la force de lui tenir tète, se dirigea dn côté de Ny-Chabour. Le chah ^Abbàs- le poursuivit, et s'avança jusqu'au lieu nommé Place (ou hippodrome) du suîthân à Damégàn, d'où il se retira par prudence et circonspection, et prit possession de Sebzewâr et d'Isféraïne. Il y laissa une multitude d'émtrs, qu'il p. PP7.' chargea de la garde de ces deux villes, et s'en retourna à Q'azwîn (1545). Il parvint, sur ces entrefaites, aux augustes oreilles du chah, qu'une foule de gens sans aveu et d'aventuriers du Guilân avaient commencé à s'insurger et à se révolter. Il envoya, en conséquence, Fèrhâd-khàn le Q'aramânIou(1546), avec'Houceïn-big le Q'ouroudjy-bâchy Châmiou (1547), remettre à l'ordre les aventuriers du Guilân. Fèrhàd-khân se mit en marche, et abattit la poussière de la discorde et de la guerre civile à l'aide de son brillant cimeterre (1548).

L'émir 'Hamzah-big, fils de 6aIèndour-khân-i Thâliche, tcâly^ d'Acitàra (1549), en faveur duquel son père avait, de son vivant, résigné sa principauté héréditaire, partagea l'inimitié que Baïèndour-khân avait vouée à Fèrhâd-khân, en qualité de voisin. Celui-ci, dans cet intervalle, s'estimant heureux d'en trouver l'occasion, accusa Ilamzah-khân de quelque méfait, et marcha sur Acitâra à la tête de quelques troupes, en vertu des ordres du chah 'Abbâs. Le père et le fils, étant hors d'état de résister à. son attaque (1550), évacuèrent Acitâra, résolurent d'aller visiter les tombes sacrées, et se rendirent, à cet effet, à Bagdad (1551). Fèrnâd-khâu fit prisonnier Iredj-khân, fils de^Hamzahkhân, avec ses autres frères, et les fit mettre à mort. Le père et le fils moururent aussi de chagrin dans le pays de Roum (la Turque d'Asie).

Année 1001. (A. D. 1592-93.)

Le souverain Ouzbeg 'Abd-allah-khân conçut, cette année,

dans son vaste génie, la ferme résolution de faire une campagne dans le Ehoraçân. II porta, en conséquence, le pied de la décision à rétrier du bonheur et soumit toute cette contrée. Il fit prisonniers et mit à mort la plupart des fils de souverain de ce pays. 'Hâdjime-khân et son fils Noûrume-khân (1552), qui étaient wâly de ces parages, eurent mille peines et difficultés à se sauver (1553) des griflFes du supplice, et prirent le chemin d'Asterabâd pour se rendre à la cour du chah *Abbâs. 'Abd-allah-khân préposa à la gardé et à la défense de ces lieux des émirs investis de sa confiance, et s'en retourna (1554).

La même année, le sulthàn Mourad-khàn destitua Siawouche- ^Ja* pacha de sa place de grand-vézîr et de président du divan (1 555), nomma grand-vézîr Sinân-pacha, et second vézîr, Fèrhâd -pacha. Il remit, en même temps, à Sinân-pacha le commandement en chef de l'armée, et l'envoya en Roumilie. Il décida que Fèrhâdpacha s'occuperait à la Porte de Félicité, en qualité de lieutenant du grand-vézîr, de la solution des affaires publiques et de la décision de celles qui intéressaient toutes les classes de la société (petits et grands) (1556).

Sinân-pacha, se conformant au firmau impérial, auquel il était aussi nécessaire d'obéir qu'<aux arrêts de la Pi'ovidence (1557) se dirigea vers la frontière de Bude avec une armée plus nombreuse^ que les feuilles d'arbres et les grains de sable du désert. II prit d'assaut le château de Comorn (1558), qui était la place la plus forte des infidèles hongrois. Après y avoir laissé une nombreuse garnison chargée d'occuper le château, de garder et de défendre tout le pays, le serdâr revint victorieux et triomphant à Belg*rad, oii il devait prendre ses quartiers d'hiver (1559).

Vers la fin de la dite année (septembre 1593) (1560), le chah 'Abbâs marcha contre Châh-werdy-khân, gouverneur {hâkime) du Loridâfiy et partit pour Khourrèm-àbâd. Chah werdy, ne se sentant pas la force de résister à son attaque, évacua le pays et s'expatria. Après avoir confié la garde et l'administration du Loris-

t&n à Mehdy-q only le Chàmlou, le chah s'en retourna dans sa résidence royale (1561).

Année 1002. (A. D. 1693-94.)

'Abd-ul-moumine-khàn, poassé par la colère et Tesprit de vengeance, vint attaquer, cette année, le château fort de Sebzewâr, que le chah ' Abbfts lui avait enlevé , et dont il avait pris possession lors de sa campagne du Khoraçàn. Il s'en empara, en peu de temps , de vive force, fît passer au fîls du glaive inexorable tous ses habitants, petits et grands, et il n'y laissa pas subsister âme qui vive. Il tourna ensuite la bride du retour vers la ville de Balkh (Bèlkh) (1562).

Dans la même année, la discorde et l'inimitié éclatèrent entre le grand- vézir Sinân-pacha et G'âzy Guir&I, khân des Tata- ^Pif* res. Voici quelques détails à ce sujet.

A l'époque de la conquête du château de Comorn (1563), et lorsqu'on eut jeté un pont sur le fleuve du Danube, ce fut Parmée tatare qui fut la cause et l'auteur de la. déroute (1564) et de la destruction du camp retranché {Thahor) des infidèles. Outre cela, les Tatares pillèrent et ravagèrent, comme ils avaient coutume de le faire ^jj^^ ^j^j la province de Transylvanie, d'où ils ramenèrent au camp impérial une grande quantité de vivres et un immense butin (1565), qui fournirent, sous tous les rapports, aux troupes victorieuses, les moyens de vivre dans l'aisance et l'abondance. Le khân espérait, qu'en retour de ces différents services, le serdâr lui donnerait des preuves de sa protection. Mais Sinân-pacha déposa (1566) tous les services rendus par le khân des Tatares dans la niche de l'oubli. Il poussa l'ingratitude au point d'attribuer à son propre fils Mou hammedpacha, mtr-i^mirân de Roumilie (Romanie), tous les services ainsi que les valeureux exploits du prince tatare , et en fit l'énumeration dans un rapport (circonstancié) qu'il adressa au pied du trône du khalifat. GTâzy Guir&I, ayant été informé de ces antécédents.

fit, de concert avec quelques officiers supérieurs û^^'i ^^ ^^P" port au monarque sur l'incurie et l'indolence que montrait le serdâr dans les afiîiires de l'empire , et fut cause de la destitution de Sinân-pacha du poste de véztr et du commandement en chef de l'armée, qui furent confiés à Fèrhàd-pacha (1567).

Au commencement du premier mois de rèbf de la même année (16 novembre 1593), le chah 'Abbâs alla faire une excursion et une partie de chasse à Iszphahàn, où il se livra, pendant deux mois, au plaisir et à la gatté (1 568). Il revint ensuite à Q'azwin, d'oii il partit pour les OuUâns oL^Ur(1569), et infligea aux rebelles de ce pays le châtiment qu'ils avaient mérité. Il fit prisonnier'Aly-bîg, gouverneur de Rechte, et l'envoya au château d'AIamoute.

Année 1003. (A. D. 1594-96.)

Un des événements les plus graves et les plus importants qui arrivèrent cette année (1569 *), fut le désastreux décès du sulthân Mourâd-khân, qui fut le souverain maître du monde et le plus grand monarque de son temps. L'éloquent q'alame des plus habiles écrivains et la langue de l'élocution des narrateurs les plus élégants et les plus éclairés avouent leur incapacité et se sentent hors d'état de décrire (1570) les revers et les malheurs qu'entraîna ce désastre. Cet événement inévitable eut lieu, con- ^Jj/,' formément à l'arrêt du Dieu, tout puissant et éternel, commet nous allons l'exposer plus bas.

Lorsqu'il se fut écoulé une période de vingt- un ans à dater de l'avènement de ce souverain absolu, qui servait d'asyle au monde entier, son âme destinée au paradis, répondant à l'appel du messager céleste, qui lui criait:

«Ame pleine de confiance ! reviens satisfaite dans le sein de ton Seigneur qui t'accueillera avec plaisir», prit, comme un faucon royal, son essor vers les bosquets de l'intimité (divine)^ dans la résidence impériale de Constantinople, le mardi, seize du pre-

mier mois de djoumâda (le 27 janvier 1595) (1571), et les rayons de sa belle physionomie, anssi resplendissante et anssi majestueuse que le soleil, dont la lumière bienfaisante procurait le repos au monde entier, se couchèrent et disparurent à Foccident de ce verset sacré: ^Quelque soit le lieu oii vous vous trouverez, la mort vous y atteindra» (1 572). Les lettres patentes de ce potentat aussi glorieux que César, dont la justice assurait la tranquillité des mortels, furent scellées et revêtues du monogramme de cet autre verset: «Tout ce qui est sur la terre est périssable (1573) et éphémère.» Le son des timbales de ce souverain aussi glorieux que Djèmchid, qui annonçait, soir et matin, à toutes les régions et à tous les parages de Puni vers l'heureuse nouvelle de ses conquêtes et de son triomphe, cessa tout d'un coup de se faire entendre.

(Vers.) Quoique sa gloire fût tellement grande, que son trône sublime se perdait dans les nues, il finit par transférer les bagages de son existence dans la fosse du tombeau (1574). La mort ' fit évacuer le domicile de son corps et le précipita du haut du trône sur la planche mortuaire . • . Ce n'est pas la première fois que le monde a agi de la sorte, car il en a fait bien d'autres. L'homme ne saurait y trouver à redire , et il n'est pas en droit d'être surpris (de se plaindre) de cette triste destinée.

Ce sulthân, qui habite aujourd'hui le paradis, avait sous sa domination tous les états dont les confins les plus éloignés (Pextrôme limite) s'étendaient depuis l'Abyssinie, l'Iémèn, l'Egypte et la Syrie (1575), l'Algérie, le'Hédjâz, latzrib (Médine), les côtes de la mer d'Ommàn (mer des Indes), Baszra (Bassora), La'hsza (en Arabie) (1576), Bagdad, Néhawènd, dans l'Iraq (1577), Tèbrîz avec la plus grande partie de l'Adzèrbaïdjân (la Médie-Atropatène) et l'Arménie, jusqu'à Textrémité du Chirwân, de Bakou et de Dèrbènd devenu célèbre sous le nom de Démour-qapau (portes de fer ou caspiennes) (1578). (Il possédait en outre) toute la Géorgie, la côte septentrionale de la mer de Qdjsoum {dn font p**J//' Euxin\ Kafia, Azâq (Azof), Aq'kermân, la Hongrie, Témeswàr,

qui sont à Textrémité de la Ronmilie (1579), la Moldavie {^ura- Bogdàn)y la Pologne, la Bohème, la Transylvanie et le pays de Madjârs(1579').

Malgré la vaste étendue de son empire, qui avait plus de mille pharsakhs (5000 kilomètres) de longueur sur six cents jpAarsakhs (3000 kilomètres) de largeur, il n'en était pas encore satisfait, et avait, à cette époque, conçu le projet de subjuguer la contrée des Madjârs et la Transylvanie. Ce fut au sein des combats qu'il se lassa derce monde versatile et resta les mains vides (1580), se contentant de trois guèz (2 ™ 91) de terre. Il partit et laissa en place (1581) son trône, sa somptueuse couronne et des impôts productifs aI^I^ ^[^, des armées bien organisées et des trésors tellement remplis d'or et de pierreries, qu'aucun empereur ni puissant monarque n'en avait jamais possédé de sem* blables depuis la propagation de l'islamisme jusqu'à nos jours (1581*).

(Vers.) Viens me dire ce qu'a emporté Féridoun en fait de richesses et de grandeurs. Dis-moi ce qu'Alexandre a emporté de ce monde. Si le premier a amassé des trésors, il les a transmis à un autre. Si celui-ci a conquis des empires, il les a laissés à autrui.

Après la mort du défunt monarque de ce puissant khaqân et de ce sulthân, qni était l'émule d'Alexandre, le snlthân Abou 1mouzaffèr-Mou hamraed-khân (que le Très-Haut le préserve des calamités de ce monde!) s'embarqua à Magnésie, à l'âge de vingthuit ans, sous les auspices de son auguste mère, la sulthane wàlideh^ et arriva à la résidence impériale de Constantinople (1582) le vendredi, vingt du premier mois de djoumâda de l'année précitée (22 janvier 1595): il y monta sur le trône de l'empire à la place de son auguste père. On emporta le corps de son illustre père que l'on avait dérobé, pendant quatre jours (?), aux regards du public Jlc ^^^, avec les corps et les bières de ses dix-neuf frères, qui avaient été mis à mort dans la même journée par les soins des illustres vézirs (1583) pour assurer le repos et le bien-

être du monde (I!). On fit, sur son corps (1584), la prière des morts, en présence de tous les ouléma ^Ijb, les hommes les plus distingués (ou les hommes de lettres e'^Us), les véztrs et les 7bm« //. grands de l'empire, et on Tinhuma dans le voisinage de la mosqnée cathédrale de Sainte Sophie, à côté de son glorieux (1585) père le sulthàn Séltm-khân (que Dieu répande sur lui les ondées de sa clémence et de sa miséricorde!) (1585 % Ce sulthftn, qui habite aujourd'hui le paradis, avait vécu quarante deux ans (1586) et occupé le trôné pendant vingt-un ans.

Vers la fin de la même année (1587), le sulthftn Mouhammed-khàn confia le poste de grand-vézîr à Fèrhftd-pacha, qui l'occupait du temps de son père, le nomma serdftr de ses troupes victorieuses, et l'envoya en Roumilie. Comme il n'y donna pas tous ses soins aux aflaires du commandement en chef (1588), les infidèles attaquèrent eu foule (1589) les provinces de l'islamisme, et enlevèrent aux musulmans le château fort de Strigonie (Gran) (1590) avec quelques autres forteresses. Us pillèrent et ravagèrent plusieurs bourgades, et s'avancèrent jusqu'à celle de Boustchouq (1591), où ils causèrent beaucoup de dommage {Cjj\^ humiliation) aux musulmans. Le sulthàn M ou hammed-khân, courroucé contre lui, envoya quelqu'un pour le mettre à mort, et conféra le poste de grand-véztr ainsi que le commandement en chef à Sinân-pacha (1592). Fèrhftd-pacha, ayant été prévenu par ses amis les plus dévoués (1593), prit la fuite avant l'arrivée des exécuteurs chargés de le supplicier et vint à Constantinople, où il se tint caché pendant quelques jours. L'empereur le fit enfin arrêter et incarcérer: il fut mis à mort au bout de quelques jours (1594). Sinftn-pacha n'ayant également obtenu aucun succès dans son commandement, fut battu par les infidèles et mis en déroute. Le sulthftn le destitua de même du poste de grand-véztr et du commandement en chef (1595).

Année 1004. (A. D, 1596-96.)

Le sulthftn Mouhammed-khftn donna, cette année, toute son

attention à la prospérité de l'empire et au bien-être de ses su* jets (1596). Il expédia dans toutes les contrées et les régions du monde des dépèches, dans lesquelles il manifestait son désir de prendre la justice pour guide dans tous les actes de son gouvernement Lf«b cJljc: la renommée de son esprit de justice parvint, par conséquent, jusqu'aux confins les plus reculés de l'univers. H remit les rênes du vézirat entre les mains capables d'Ibrahîm-pacha (1597). Quoique ce fût la première aanée (le commencement) de son avènement au trône, et quoiqu'il ne s'y fût pas encore affermi, la valeur et la bravoure qui lui étaient ^^^^f» innées et qui étaient profondément empreintes dans son caractère plein de noblesse, le décidèrent à poser le pied du bonheur dans rétrier de la félicité, avec l'intention (1598) de faire la guerre aux infidèles. Il orna, par conséquent , son bras puissant de l'amulette de cette parole sacrée: «Dieu te protégera contre la méchanceté des hommes» (1599); et cette promesse divine: «Car Dieu te suffira pour les combattre» (1600) «rehaussa, comme une habile coiffeuse, l'éclat de la touffe de crins qui tenait lieu de flamme à sa victorieuse bannière. Il choisit, pour sortir de Constantiuople, une heure propice ainsi que le moment où le souffle (l'haleine) de la victoire et de l'assistance divine agitait ses (glorieux) étendards, et il marcha avec tant de rapidité, que le léger zéphir et le fougueux aquilon n'auraient pu atteindre la poussière que soulevait son coursier qui fendait l'air, et l'oiseau au vol audacieux eût été hors d'état de suivre de front la course de son cheval, qui foulait aux pieds l'univers entier.

(Vers.) Semblable à Salomon, il sella le zéphir, et monta, avec la promptitude du vent, sur le trône de Souleïmàn (Salomon). Il avait rassemblé sous sa bannière une armée aussi imposante que la célèbre montagne de Q'd/*, qui écrasait le roc (le plus dur) et fendait le fer (1601).

Après avoir doublé les étapes et franchi les stations, ce sulthàn sans pareil daigna s'arrêter, le vingt-trois du mois sacré du mouha^rrèm de Vannée 1005 (7 septembre 1596 de J. C.) sous

les murs da château à^Àgria (Eger ou Ërlatl), qui était une des places les plus fortes du pays soumis au malfaisant roi {qrâl) d'Autriche (Rudolphe II). C'est un château qui le dispute, pour la hauteur, au palais de Jupiter, et pour la solidité de ses fortifications, à la citadelle de la voûte azurée (1602).

(Vers.) Toute pierre lancée du haut de ses barbacanes aurait fendu le crâne de Saturne après un trajet d'un siècle (1603).

Les armées de l'islamisme inspirées par la divinité et guidées par leur monarque doué du génie de César, cernèrent (bloquèrent) immédiatement le château d'ErlaQ. Les artilleurs et les mineurs, dont chacun, sous le rapport de l'adresse et de l'agilité, était, dans son art la perle de son temps et le phénix de son siècle, creusèrent aussitôt des tranchées et construisirent des batteries (I^AA^ murs de circonvallation) (1604), où ils dressèrent leurs balistes et leurs machines de guerre. Le choc des boulets de pierre (1604 *) semblables à la foudre que lançaient les pièces d'artillerie nommées hadalochéka (espèce d'obusiers) et far- ÎuïmÎ' Wrtgy (1605) qui foudroyaient la ville, ébranla les tours, les gros murs et les remparts de cette solide citadelle, où ces boulets firent des brèches et des trous pareils à ceux d'une fourmilière et d'un guêpier. Les vils infidèles de la forteresse, se résignant forcément à la mort, résolurent de repousser l'armée victorieuse, et lui livrèrent le combat le plus acharné. Mais, lorsque le siège se fut prolongé pendant vingt jours, ces cruels ennemis et cette odieuse nation (1606), ayant recours à la médiation des illustres vézîrs et de l'ag a des janissaires, proposèrent une capitulation et demandèrent Vamûn (grâce) (1606 *). Le zéphir de la conquête et de la victoire s'étant élevé à l'horizon de la grâce 'du Dieu de bonté, qui favorise de son secours ceux qu'il lui plaît de protéger (1607), commença à ranimer, par son souffle vivifiant, les coeurs des victorieux guerriers musulmans, et la brise matinale du triomphe, docile à leurs désirs, leur fit sentir sa douce haleine. L'arbuste des espérances du généreux sultliân se

Tamê II,

chargea des fraits de ce verset sacré: «Lorsque Dieu nous aura envoyé sou secours et la victoire (1608).

(Vers.) Le Zéphir de la Victoire s'est levé à Torient de nos espérances. La sombre nuit qui favorisait nos ennemis (ou la nuit de Tambition de nos ennemis ) ^^ \^) est arrivée à sa fin (1 60 9)«

Près de cinq mille fantassins et cavaliers infidèles, avouant leur faiblesse et leur impuissance, sortirent des murs du château et voulurent regagner leurs foyers. Comme les troupes victorieuses avaient été témoins de quelques turpitudes de ces infidèles qui étaient contraires aux. dogmes de l'islamisme, leur zèle relîgieux et leur respect pour la loi saiute du prince des apôtres

^JL^I ^^ firent bouillir le sang dans leurs veines: elles poussèrent, en corps, le cri à^AUah'àkbèr (1610), et passèrent les mécréants au fil de leurs glaives impitoyables. Pas un seul de leurs personnages de marque ^^1*^1 ne fut épargné (1611 *), sauf toutefois un petit nombre de leurs officiers supérieurs et de leurs généraux (1611), qui se réfugièrent à Tombre de la protection du grand-vézîr Ibrahim-pacha, et qui se sauvèrent de ce gouflFre avide de sang.

Comme le château fort d'Erlail avait été complètement dévasté en punition des mauvais principes et de l'infâme conduite dé ses habitants, conformément au texte sacré qui porte: «Lorsque nous avons voulu détruire une ville, nous avons fait part de notre volonté à ses richards aveuglés; mais ils ont persisté dans leur perversité, et notre parole s'est accomplie (1612); comme ^o^f* les armées victorieuses (de l'islamisme) lui avaient tellement fait sentir leur supériorité et leur domination, qu'elles réalisèrent ces paroles divines: «Nous l'avons bouleversé de fond en comble» (1613), le puissant monarque donna l'ordre de restaurer cette forteresse. Il y laissa Sinân-pacha le Bosniaque, mlr-i-mirûn de Témeswâr, avec douze mille hommes d'infanterie et de cavalerie destinés à la garder. Il la munit en outre de tout ce qui était indispensable et nécessaire à sa conservation, en fait

-- d'ustensiles de guerre, de numéraire et de provisions, et tonma ensuite la bride du retour vers la glorieuse capitale. Le qral d'Autriche et d'Espagne, le pape qui était roi de Rome, le dnc de Florence y>l âij^, et le roi {qrât) de Transylvanie (1614) ayant appris '), par un effet du hasard, que le victorieux sulthân marchait contre le château fort d'Erlatt, avaient mis sur pied et envoyé au secours des assiégés une armée d^à peu près trois cent mille hommes d'infanterie et de cavalerie. Arrivée à deux éta« pes d'Erlafl, cette troupe réprouvée apprend que la ville a été conquise par les serviteurs du sulthân (1615), et que le camp (Vordou) impérial se dirigea vers la capitale. Ces maudits infidèles coupent le chemin à Tannée du sulthân, et se disposent au combat Le vendredi, trois du premier mois de rébf de l'année susdite (16 octobre 1596), le glorieux sulthân marche, en vaillant cepitaine, contre les vils mécréants. Les braves guerriers et les lions impétueux entrent, de part et d'autre, dans l'arène des combats. Les canons, semblables à de formidables dragons, commencèrent alors à gronder des deux côtés comme la foudre et le tonnerre: à Taspect de cette bataille, le belliqueux Mars fut tellement saisi d'épouvante qu'il laissa échapper de sa main le glaivQ dont elle était armée. Le soleil, voulant s'abriter contre les balles qui fendaient l'air, se couvrit de la coupole azurée des cieux pour qu'elle lui tint lieu de bouclier (1616). Les bouillants guerriers des deux armées s'entremêlèrent (se confondirent) commes les vagues de l'océan indien ^^1 ^j}^j> (la mer verte). Les braves musulmans et les vaillants unitaires étaient sur le point d'essuyer un échec des plus graves, car les infidèles avaient ^rio"' déjà envahi la moitié des tentes de Tordou, et leur infanterie avait cerné, comme des astres de sinistre augure, la tentée et le pavillon impérial (1617), qui servait d'abri au monarque resplen-

1) Il B'agit probablement ici du pape Clément VIII, du Grand-duc de Toscane Ferdinand de Médicis et de Sigismond* Battori, prince de Transylvanie. Le roi d'Espagne était Philippe II (J. Picot, tahleUes chronologiques^ T. II, p. 501, 607, 618, 644, 596).

(lissant comme le soleil, lorsque Moubàriz-u Min (le champion de la foi) Sinân-pacha, fils de Gicala, Thonneur du glorieux sul-

thanat, Tordonnatear de la hiérarchie c^|^ ^^ ^^ Taugaste khalifat, le tigre j^ de la forêt des combats^^le lion de la montagne des batailles (que le Très- Haut, lui accorde une longue prospérité) (1618), lança tout- à-coup à la droite du victorieux empereur son coursier aussi prompt que l'éclair, de concert avec rhéroique Fat'h-guirftï (1618*), frère du khân des Tatares. Il donna à son glaive de Tlémèn (1619), qui avait la nuance de la topaze, la teinte vermeille du rubis en le plongeant dans le sang des infidèles, et métamorphosa Témeraude de son cimeterre en cornaline de l'Iémèn (1620) en l'exposant aux rayons de Tastre (de Canope)^) de la félicité. L'auguste monarque ayant, à son tour, porté le pied de la vaillance à l'étrier de la victoire (1621), chargea l'ennemi avec l'héroïsme de Houstèm, et força, au premier choc, cette nombreuse et odieuse troupe à plier devant lui. Près de cent vingt mille de ces impies, tant infanterie que cavalerie, d'après le calcul approximatif de l'oeil exercé des plus habiles experts, devinrent, en un clin d'oeil, la proie du cimeterre foudroyant des héros de cette guerre sainte (1622). Ceux qui échappèrent au' glaive meurtrier résolurent de prendre la fuite en vérifiant la teneur de ce verset sacré : «Semblables à des ânes sauvages qui fuient épouvantés à l'aspect d'une lionne» (1623). Couronné par la victoire, le sultbàn s'empressa d'en rendre aussitôt des actions de grâces au créateur. Le poste de grand-vézîr fut accordé (1624) à Sinân'pacha en présence des vézirs, des émîrs et des grands dignitaires qui s'étaient réunis au pied du trône du khalifat. Plusieurs tchaouches (huissiers) et moutéferriqàh (fourriers) du palais impérial, qui, dans cette bataille, avaient poussé la lâcheté au point de prendre la faite, furent

1) Les astronomes arabes ont donné le nom de J^axm* SohèU à «ne grande et brillante étoile nommée en grec Kavttpoç et en Latin Canopus^ qui fait partie de la constellation de l'hémisphère austral que les Arabes appellent ÂUâmJI . le» Grecs 'ApY«» et les Latins Argo, noms (Bern. Dom, lac, poBsm eitato. p. 22, Je 39).

suppliciés. D'autres, au contraire, qui s'étaient signalés par leur brillante valeur (1624 *), furent honorés des faveurs impériales, et devinrent l'objet de la jalousie de leurs collègues (1625). Des '^07!' secrétaires au style brillant et des mounchis (rédacteurs) aussi distingués par leur éloquence que par leur élégante rédaction (1626) furent chargés de décrire, en vers comme en prose, les hauts faits de l'armée othomane, à l'aide de leur habile qàlame^ qui semait le musc, et de leur plume qui répandait l'ambre. Des courriers, dont la marche rapide égalait celle de la pleine lune (1627), firent parvenir cette joyeuse nouvelle aux oreilles des habitants de tous les pays et de toutes les contrées, petits et grands, éloignés ou rapprochés, et répandaient dans toutes les régions du globe le bruit des conquêtes et la renommée des exploits du sulthân, dont la puissance égale celle du ciel (1628).

(Vers.) Le monde entier retentit de la victoire de ce monarque. Le bruit s'en répandit de toutes parts, même à la distance d'une année de marche. Cette nouvelle remplit d'allégresse le coeur des musulmans: celui des polythéistes fut, au contraire, plongé dans le chagrin, saisi de crainte et d'épouvante (1629).

Rendons grâces à Dieu de ce qu'après avoir fini de raconter sommairement les principaux événements du règne des divers émtrs et princes du Kourdistân, de même que les faits qui se sont passés «pendant trois cent seize ans, sous la domination des célèbres sulthâns de la dynastie othomane, notre plume {q(dame\ a encore eu l'honneur décrire (1630) l'auguste avènement et la première campagne du souverain maître du quart habitable du monde. L'humble auteur de ces lignes a donc jugé convenable et à propos de s'en tenir à l'engagement qu'il a contracté dans l'avant-propos de son Épilogue (1631), en évitant des récits de longue haleine (16^2), en appliquant sur ses lèvres le sceau du silence et sur sa langue le cachet de la modération. Il terminera donc ce livre en faisant des voeux (1633) pour la longue durée du règne de notre monarque, qui sert d'asyle au monde entier; car le but qu'il s'est proposé en composant cette histoire, a été

de faire mention des illustres alenx et ancêtres de ce glorieux souverain (1634).

(Vers.) Grand Dieu! fait en sorte que ce fortuné monarque, qui rehausse l'éclat de la couronne et du trône, jouisse longtemps de l'autorité souveraine, que chacun goûte le repos à l'ombre de sa puissance; que son coeur soit éclairé par la lumière de la vraie science (/^l Je la science de la vérité divine); que le monde

entier^oit soumis à son anneau royal! (1635). Témoignons surtout notre reconnaissance sans bornes (1636) au monarque (suprême) do l'univers, qui a daigné seconder de sa grâce et honorer de sa (divine) protection son humble et indigne serviteur, malgré sa faible intelligence, sa complète incapacité, son esprit distrait (1637), son cerveau égaré et son coeur ulcéré, en le mettant en état de retracer avec ordre et de raconter méthodiquement et en ''^^Ji; peu de temps les événements les plus mémorables du Kourdistân, de même que ceux qui se sont passés sous le règne des souverains de l'Iran et du Tourân, qui ont été les contemporains de la famille des khaq'âns de la dynastie othomane. Il a pris à tâche et il s'est appliqué, dans ce manuscrit dépourvu de mérite qu'il a entièrement achevé, à en rectifier les récits et à en épurer la narration autant qu'il a été en son pouvoir (1638).

(Vers.) Grâces à Dieu! ce livre a reçu un titre et a été terminé, avant que la vie de son auteur ait atteint son terme. Pour mettre le sceau à l'épilogue de son ouvrage, il y a inscrit mots les

Fin du livre.

Revu et corrigé par son auteur (puisse le Très-Haut prolonger les jours de son règne et de sa grandeur!) dans les derniers jours du mois de chevvâl de l'année 1007 de l'émigration du Prophèt (mi-mai 1599 de J. C); (que Dieu lui soit propice, ainsi qu'à sa famille, et leur accorde le salut éternel!) dans la ville de Bidlîs; que Dieu la préserve de la malice du démon! p<39).

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