‹ ChérieChapitre 17 sur 20 · A MARIE LA MÈRE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

A MARIE LA MÈRE DE JÉSUS

Voilà donc mon règlement de vie fini, ô Marie. Je le mets sous votre protection, sous vos auspices ; je ne l'ai pas beaucoup surchargé, car j'ai pensé qu'il valait mieux être obligé d'y ajouter que d'en retrancher.

G Marie, faites que je sois obligée d'en

ajouter beaucoup, ou du moins, si je n'en ajoute

pas, que j'accomplisse bien ce qui y est écrit.

Je le mets sous votre protection, persuadée

qu'avecvotre secours je l'accomplirai à la lettre.

Ainsi soit-il.

Chérie Haudancourt,

Enfant de Jésus et de Marie pour toujours.

Le matin du grand jour était arrivé. Chérie, en i'heureuse et légère somnolence des enfanls

encore couchés, et qui appellent le départ matinal d'un voyage, aussitôt qu'elle entendait les pas de Lina , sautait en bas de son lit s'écriant : « Le voilà ! . . . voilà le jour de ma première communion ! »

Elle s'agenouillait, se jetant à genoux ce jour-là par une touchante inspiration devant le portrait de sa mère morte depuis deux ans, et l'orpheline priait avec une telle dilatation de cœur qu'elle ne pouvait dire tout du long ses prières, et que c'étaient seulement, lui sortant de la bouche à de longs intervalles, des mots comme essoufflés, et qu'étouffaient aussitôt des pleurs.

Lina l'habillait alors, et ne lui mettait rien du linge et des effets qu'elle avait portés.

Chérie était habillée de neuf des pieds à la tête. Vous retrouvez là une habitude conservée parmi quelques vieilles familles créoles qui veulent, par un coquet symbolisme, que tout soit renouvelé, et la chemise et Tâme, chez la jeune fille faisant sa première communion.

Puis Lina, avec des mains respectueuses, passait à Chérie sa robe blanche, lui attachait son voile et sa couronne.

La communiante se trouvait alors dans un

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état qu'il lui semblait n'avoir jamais éprouvé, un état où, selon son expression « il faisait bon et tranquille en elle ».

Son grand-père lui donnait la main pour monter dans un coupé Dorsay, un coupé commandé en cachette pour la circonstance, et dont l'intérieur était garni de damas blanc, et derrière lequel se tenaient debout trois domestiques en grandes livrées et en cocardes.

Dans le trajet à l'église, Chérie remarquait que lu tendresse du regard du maréchal posé sur elle était moins familière qu'à l'ordinaire, avait quelque chose à la fois d'embarrassé et d'attendri qui le rendait tout drôle. Elle se penchait à la portière d'où venait un air frais qui lui mettait du froid agréable à la figure, tout en se trouvant un peu étonnée de voir, au-dessus des murs des jardins d'hôtel, des arbres avec de petites feuilles, et se rappelant subitement qu'elle était au mois de mai, qu'il devait y avoir déjà bien des fleurs au Muguet et qu'on en ferait de beaux vases pour l'autel de la Vierge.

Quand elle descendait à la porte de Sainte- Clotilde, le goût, l'élégance, la légèreté de sa toilette de mousseline blanche, la faisaient accueillir par un susurrement admiratif et, au

milieu du concert d'épithètes louangeuses la suivant jusque dans l'église, elle entendait un gamin d'une imprimerie voisine jeter à un camarade : « En v'ià une petite mariée pas mal astiquée ! »

Dans Téglise , au milieu de l'émotion produite chez elle par l'imposante mise en scène de la cérémonie, par la longue perspective de ses petites camarades agenouillées , par les murmures d'adoration des voix et des musiques, par des senteurs d'encens, par Tétoilement des cierges dans la clarté ensoleillée du jOur; là, dans l'église, au milieu des meilleures dispositions, et dans le moment où Chérie se croyait tout à fait détachée du péché et de la volonté de pécher « d'oîi ça venait-il et comment ça se faisait-il?... elle n'était plus à Jésus... Sa toilette de communiante la faisait tout à coup songer à la toilette d'une mariée, de l'épouse d'un homme... » et malgré tout ce qu'elle faisait pour s'en défendre, la toilette de mariée menait sa pensée au mariage et à ce que ses idées enfantines, non encore débrouillées, supposaient dans l'union des deux sexes.

La voilà, la pauvre jeune fille, malheureuse comme les pierres, et voulant ramener à sa pre-

mière communion cette vilaine rétive de pensée et ne le pouvant pas. Dans un douloureux affolement, elle se voit coupable de la profanation du corps et du sang de Jésus-Christ; il lui revient ces paroles dites dans une instruction : « que, si on n'est pas dans un état de grâce et de pureté de cœur, on ne s'approche pas de ce sacrement; car on mangerait sa condamnation, si on recevait Jésus-Christ non comme son sauveur, mais comme son jugé », et elle est tourmentée par la peur de commettre un sacrilège.

Elle voudrait se confesser, mais la cérémonie est commencée, puis elle ne serait jamais assez brave pour quitter sa place, pour déranger tout ce monde. Alors, les yeux fermés, cherchant à s'enfermer en dedans d'elle-même, à ne plus voir ce voile, cette robe, causes de coupables distractions, efle dit un acte d'Amour et de Désir qu'elle se rappelle :

« Mon Dieu, je vous aime ; mon Dieu, je vous adore ! Oh! venez combler mes vœux, venez me visiter. J'espère que dans cette communion, ô mon Dieu, je vais recevoir de vous les grâces dont j'ai besoin. Mon Dieu, j'ai soif de votre présence. Oh! venez, venez! »

En dépit de l'acte d'Amour et de Désir, tou-

jours la pensée entêtée du mariage qui lui semble, dans l'instant, une de ces suggestions d'esprit malin dont parlait dernièrement un prédicateur en chaire, et cette pensée apporte à la misérable enfant un trouble dans lequel elle ne sait plus où elle en est, si bien qu'au moment où arrive son tour de se lever, il faut que sa voisine, M"® de Suzange, la tire par son voile.

Le prêtre s'est approché lentement d'elle, l'a fixée avec le regard scrutateur de l'homme d'église, lui a donné l'hostie, en prononçant ces paroles : « Que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ garde votre âme pour la Vie Éternelle. » Le bouleversement de l'esprit de Chérie est tel qu'elle n'a entendu que le mot « éternelle » et qu'avant d'avoir demandé à ses voisines ce que le prêtre leur a dit, elle se figure que son clair regard a deviné ce qui se passait au fond d'elle et qu'il l'a menacée de la damnation éternelle.

Chérie suivait assidûment le catéchisme de persévérance, mais la ferveur de sa foi semblait éteinte, et quand elle commençait ses petits cahiers d'instructions par l'en-têtê : Tout pour ma persévérance, ce n'était plus avec le don qu'elle faisait d'elle-même, l'année précédente, quand elle écrivait : Tout pour ma p^i^emière commimion.

Sa religiosité d'un moment s'en allait chaque jour, emportée par la mondanité peu ordinaire de sa vie d'enfant, par le m ;i i . ; ; i e d'intérêt qu'elle trouvait chez son grand-papa pour les choses de la piété, par l'ennui même qu'elle voyait venir sur la figure des gens, quand elle racontait ce qu'elle faisait à l'église. Tout doucement, au fond de la jeune fille, venait une répugnance à la confession, un éloignement des sacrements. Maintenant quand elle relisait son règlement de vie, elle ne pouvait s'empêcher de sourire en retrouvant l'annotation qu'avait mise au bout

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leprêtr. 'chargédu catéchisme desemaine, annotation qu'elle avait d'abord regardée comme injurieuse, comme osant mettre en doute la durée de ses bonnes résolutions. Jl complimentait la future communiante de n'avoir pas surchargé son règlement. Elle eût été semblable « à un voyageur qui, présumant trop de ses forces et emportant avec lui des effets d'une lourdeur excessive, ne pourrait pas avancer». Et encore retrancha-t-il à son règlement pas mal de pieux engagements, limitant la durée de la méditation à quelques minutes, réduisant la récitation du chapelet à celle d'une dizaine, et remplaçant la sèche lecture des livres de théologie caléchétique par la lecture amusante de vies de saints ; et il terminait par cette phrase : « Le principe est donc de faire ce qui durera. »

Il n'y avait pas un an, et qu'est-ce qui durait encore de cette vie sur le papier dont tous les moments étaient occupés, pris, remplis par un état d'union avec Dieu, d'attention amoureuse à sa divine présence? Elle n'accomplissait plus guère que les stricts devoirs religieux d'une jeune fille du monde bien élevée : aller à la messe lous les dimanches, communier une fois par an. Il n'y avait chez elle ni impiété, ni

hostilité ironique, mais tout simplement de la tiédeur, un ennui des pratiques, et des inclinations trop joliment terrestres.

Au fond, la vénération était morte chez Chérie, et, pour peu que les choses religieuses prêtassent à rire, elle en riait avec ses petites amies dans sa correspondance de fillette :

« Samedi, j'ai été à la confirmation de Blancne Champromain. Je n'ai jamais vu rien de pareil. L'évêque qui est venu confirmer était un évèque étranger. Il avait une grande barbe. Derrière lui se tenait un domestique drôlement habillé : ce devait être un Indien. Il portait une espèce de pantalon blanc avec des raies rosàtres, une ceinture rouge semée de palmes, une veste marron avec des galons noirs. Tu penses si j'ai été étonnée de trouver là ces figures de carnaval... »

Au milieu de ce délaissement de la religion. Chérie avait gardé et garda toujours un culte tout particulier pour la Vierge, représentant, aux yeux de la jeune fille, la douce patronne de la grâce et de la distinction de la femme. A la Vierge allaient, dans ses petits chagrins, les retours de sa pensée religieuse, et en sa prière du soir, jusqu'à sa mort, elle dit tou-

jours en son honneur un Souvenez-vous, cette belle invocation : « Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Marie, qu'on n'a jamais entendu dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre secours, réclamé votre assistance, ait jamais été abandonné de vous... »

Chérie n'était pas plus jolie, pas plus enfantprodige, pas plus gentille de caractère qu'une autre, et cependant elle possédait une séduction particulière, une séduction bien à elle : tout naturellement ses attitudes s'arrangeaient ainsi que dans les poses heureuses, cherchées et trouvées par les peintres et les sculpteurs, et les gestes de sa petite personne, qu'on aurait dit rythmés, cadencés, enchantaient le regard par un certain maniérisme naturel à son corps ondulant.

La flexibilité paresseuse et mignarde de la fillette apparaissait ravissante dans ses robes du moment, des espèces de fourreaux lâches et

sans taille, jouant autour de sa maigreur distinguée, et où, parmi des flottements d'écharpes de gaze et des envolées aériennes de légères mousselines, elle semblait un oiseau gros comme rien, dans le soulèvement ébourifFé de ses plumes.

Mais où les mouvements de Chérie montraient une qualité, une beauté de lignes originale, c'était dans l'étreinte, l'enlacement, l'embrassade, en toutes les marques extérieures de l'effusion aimante d'un tendre petit cœur. Il fallait la voir dans le dos du maréchal assis, la tête abaissée sur le croisement de ses deux bras aux coudes remontants, et dont le tulle soufflé des manches semblait lui encadrer le bas du visage d'une haute et nuageuse collerette; il fallait la voir demeurer ainsi dans un affaissement rieur, tout en chatouillant du frottement de son menton l'épaule de son grand-père. Puis bientôt la blonde tète, comme lassée, se laissant aller sur le bout de l'épaule du maréchal, se couchait de côté dans un renversement fripon, avec un regard en coulisse battant de la paupière, un vrai regard de chatte qui ronronne.

Ainsi posée. Chérie était la représentation la plus parfaite, la plus adorable de la ctilincrie :

ce charme féminin appartenant exclusivement à la fillette, et dont la femme faite a tant de peine à garder quelque chose.

Et presque aussitôt les embrassades penchées, aux tendres enveloppements des bras autour du vieux cou du grand-père, aux abandonnements du souple corps pour ainsi dire fluide, et comme fondu dans l'ondoiement des molles étoffes parmi lesquelles il flottait.

En un mot, la grâce de la caresse. Chérie l'avait comme pas une petite hlle.

Une métamorphose étrange : en ce corps de Chérie qui était, venons-nous de dire, la grâce même, depuis des mois se glissait quelque chose de laidement garçonnier.

De la maladresse balourde venait aux mouvements de l'élégante créature, dans laquelle arrivaient, comme au hasard, de la grandeur et de la grosseur ne trouvant pas tout d'abord leur place juste, et les gestes de la petite fille, tout à

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l'heure d'un si joli contournement, devenaient maladroits, gauches, presque comiques.

Elle avait perdu le coquet laisser-aller de la tenue, la résolution décidée de la démarche, et ses attitudes et ses pas se ressentaient du vacillement d'une hésitation niaise. Elle ne savait quelle contenance donner à son corps, comment placer ses pieds, et allait au-devant des gens, toute sotte, les mains bêtes.

Ses petites joies mêmes ne se montraient plus délicates comme autrefois, elles éclataient dans des dégingandements masculins, dans des épanchements de gaieté au gros rire du fond de la gorge. Et au milieu de ces fortes hilarités et de cette pantomime mal d'aplomb, des timidités, des embarras, des déconcertements faisaient tout à coup monter les larmes aux yeux de la jeune fille.

Un être qui n'était plus une petite fille et pas encore une femme, un être au sexe comme indécis et non définitivement arrêté et en train de se chercher, un être mystérieux mû par des impulsions d'une spontanéité irréfléchie et contradictoire, jaillissant au dehors ave/^ une rudesse parfois sauvage

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Sous le désarroi momentané des manifestations extérieures avait lieu, dans le corps de Chérie, l'occulte transformation de la fillette en une créature d'amour, en une femme réglée.

Chez la petite Parisienne, cette révolution physique apportant la maturité procréatrice est en avance d'un an, de deux ans sur les autres jeunes filles de la France. C'est un fait constaté par la médecine, qui fixe la puberté parisienne entre treize et quatorze ans. Des lettres de mères qui me sont adressées donnent même une date antérieure à celle indiquée dans leurs livres par les spécialistes de la matière; ces lettres parlent de nombreux cas de puberté qui se sont produits, ces dernières années, entre neuf et onze ans.

Il semblerait que l'effervescente atmosphère des salons ; avec ses excitants de l'imagination, ses ferments amoureux, les vibrations musicales que la pelite fille emporte encore résonnantes

en elle, avivent et précipitent la formation de la femme, ainsi que la tiédeur humide d'une serre-chaude pousse la floraison d'une fleur.

Un sommeil trouble où, parmi les cauchemars, ont lieu la sourde et tourmentante élaboration de la femme dans la jeune fille, le détournement du plus pur de ses veines pour les fonctions de la maternité, le chaud éveil d'un organisme encore végétant : c'est le sommeil, pendant plusieurs mois, des vierges impubères, jusqu'^; la nuit de fièvre, où elles se réveillent dans Uv terreur de ce sang inattendu.

— Bien ^ûr, — se disait Chérie, assise le matin sur la petite chaise au pied de son lit, dans laquelle autrefois, tout enfant, elle man-

geait sa bouillie et sur laquelle aujourd'hui encore elle se plaisait à mettre ses bas, — bien sûr elle ne serait plus vivante le soir... On meurt, n'est-ce pas ? quand on n'a plus de sang. . . et rien ne pouvait l'empêcher de s'en aller 'd'elle... son sang.

Gomme si elle s'était entendu condamner ■par un médecin, la fillette, affaissée sur sa petite chaise, pleurait... se pleurait déjà.

— Parler à quelqu'un de ce sang... Non! jamais, rien ne pourrait la contraindre à cela... elle aimait mieux tout, — laissait-elle échapper à demi-voix, en se parlant à elle-même, et elle continuaità se désespérer, ignorante de son mal.

De cette éventualité, en effet, il est bien rarement question chez les femmes. Les mères redoutent d'avertir leurs filles, les sœurs aînées répugnent à faire des confidences à leurs sœurs cadettes, et les gouvernantes sont généralement muettes près de celles qui n'ont ni mère ni sœurs.

Chérie tenait les deux mains sur ses yeux pour en cacher les larmes, quand entra sa femme de chambre, qui, ouvrant son lit pour le ■faire, regarda la fillette... avec un petit rireoîiil ;y avait à la fois de la gouaillerie et de la caresse.

Ce rire énigmatiqiie enleva tout d'un coup à Chérie sa peur. Puisqu'elle riait de ce sang, elle ! cette domestique dévouée, c'est que sa petite maîtresse n'était point en danger de mourir.

Et sans plus songer aux suites de ce qu'elle jugeait tout à l'heure si eifrayant, sa pensée s'occupait uniquement à cacher ce sang, à ne pas laisser soupçonner qu'il vint d'elle, à empêcher toute divulgation de son état nouveau.

Des mois, plusieurs mois se passèrent et Chérie, tranquillisée, resta cependant assez longtemps un peu honteuse de cette perte de sang, comme d'une infirmité, comme d'une souillure apportée à sa nette et propre humanité, comme d'une indignité ayant aux yeux de la jeune fille quelque chose de la déchéance dont la Bible frappe la femme en cet état.

Ils sont bien complexes, bien mélangés de choses contradictoires, les sentiments qu'amène

dans l'existence féminine ce changement : le passage de la petite robe courte à la grande robe.

C'est ainsi que, à ce premier dégoût que la fillette éprouve d'elle-même, se mêle une satisfaction d'amour-propre, une espèce de gloriole intérieure, venant de la mise sur le pied d'égalité de sa petite personne avec sa mère, avec une sœur aînée, avec de plus grandes qu'elle, — et parmi une gêne, jusqu'alors inconnue, qu'elle ressent en face de son père.

Il y a également chez la petite fille la jouissance profonde et intime « d'avoir quelque chose de particulier à cacher à ses amies » , de posséder en soi du secret, du mystérieux, du non avouable qu'il faut dissimuler. Cela se passant au milieu de retours d'inquiétudes, de la persistance d'un certain trouble moral, d'un restant de peur de la mort, état bizarre oîi, dans l'éveil de la curiosité de Chérie, existait une continuelle occupation de sa pensée «de savoir pourquoi faire » cette perte de sang revenant tous les mois.

Poussée par une force instinctive dont elle n'a pas conscience, alors la fillette, vis-à-vis de ses petites camarades, joue à la grande fille, s'écarte de leurs poupées et de leurs amusements, se tient courbée sur un livre qu'elle fait ,

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semblant de lire, travaille à une tapisserie, et, sérieuse, réfléchie, immobilisée, affecte de faire œuvre de femme.

Un des phénomèmes psychiques les plus remarquables de cet état, c'est, chez la jeune fille en voie de formation, le soudain effarouchement lui venant maintenant de la présence, de l'approche d'une personne de l'autre sexe. Chez la femme naissante, à cette heure seulement, la pudeur féminine prend naissance dans un embarras, un trouble, un tourment, un petit effroi de l'homme, charmants à étudier.

Elle a comme le tremblement émotionné et peureux de celui que demande, sollicite, appelle l'organisme nouveau de son corps.

Hier, les habitués de la maison, elle courait les embrasser, se frottant à eux avec ces familiarités du corps de l'enfance qui se donne de tout son cœur, et elle avait pour eux ces bons gros baisers inconscients du sexe où ils vont. Depuis la dernière visite, quelques mois â peine

^e sont passés, et tout est changé. On ne saute plus sur vos genoux. La fillette s'est retirée dans un coin, à l'écart, en une attitude fuyante comme •dans un mouvement de retraite.

— Eh bien, qu'est-ce que tu as ? Tu ne me dis rien?

On ne vous répond pas, on ne se rapproche pas, on reste lointaine et tout embarrassée.

— Oh! oh!... qu'est-ce que ça veut dire?... Tu bouderais?

Le froid mot de « Monsieur » vient à la bouche de la petite, d'où le tutoiement, le gentil et caressant tutoiement des jours derniers, s'en est allé.

— Et tu ne m'embrasses pas?

Enfin, la fillette se décide à venir à vous, mais c'est fini des bras jetés autour du cou, dans le plein élan d'autrefois. Elle ne vous embrasse même plus. La petite demoiselle se présente de <îôté, vous tend de loin un bout de tempe : ce qu'une femme accorde de son visage au baiser de l'homme qui n'est ni son mari, ni son amant. Et vous n'avez l'explication du changement et -de la transformation de votre petite amie que ;par un clignement d'œil de la mère, fait derrière ^ia froide accolade.

Une autre particularité. Autrefois, un homme vieux ou jeune s'entretenait-il à voix basse à côte d'elle, la fillette n'y prenait pas garde. Aujourd'hui, elle est toujours dans l'anxiété de l'occupation que les messieurs peuvent avoir d'elle, et croit-elle que l'un d'eux parle de sa personne, elle pâlit, elle rougit. Et la voilà tout à coup qui se lève, qui quitte le salon, qui passe dans lapièce voisine, où elle se tient coite^ On la cherche, on la découvre, on lui demande c& qu'elle fait là, toute seule. Elle répond : Rien, — ce mot qu'elle dit pour la première fois, et qui va être l'impatientant monosyllabe qui reviendra dans toute son existence nerveuse. Il est besoin presque d'une espèce de violence pour la ramener au salon.

Quelquefois la jeune fille fait mieux : elle remonte dans sa chambre, se couche, faisant dire qu'elle est malade.

Ça avait été avant, ce fut encore assez longtemps après le jour où elle devint une

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« grande demoiselle », ce fut chez Chérie un développement de sensibilité maladive tout à fait anormal.

Les moindres contrariétés causaient des peines immodérées à la jeune fille, comme si son être psychique était devenu d'une susceptibilité impossible. Elle ne pouvait même plus supporter la plus petite taquinerie de ce cher grand-papa, de sa nature pas mal taquin, et qui appelait maintenant sa petite fille : « Mademoiselle la larme à l'œil et le crêpe au bras ! »

Il venait aussi à Chérie un goût de la solitude, de l'immobilité en un coin de chambre, oîi ^lle aimait à se tenir parmi le demi-jour, plongée dans une rêvasserie vide, et tout absorbée par ce doux et mol enroulement de la pensée des vierges pubères autour de l'inconnu de l'amour.

Enfin, au milieu de cette métamorphose morale, les amitiés de la fillette pour ses petites amies s'exaltaient et se fondaient en épanchements affectueux, en tendresses mouillées, en caresses aimantes, prenant le caractère d'une passion.

L'année suivante, année où Chérie avait quatorze ans, l'intérêt de Paris allait tout entier à un roman-feuilleton, un roman qui racontait, dans un journal du soir, une libre histoire d'amour, une anecdote scandaleuse, dont les héros, aux noms à peine défigurés, étaient un homme et une femme que la jeune fille rencontrait dans le monde.

Chérie ne lisait pas les livres qu'on lui disait de ne pas lire, n'y jetait pas même un coup d'œil en cachette, quand elle les trouvait traînant à sa portée; mais autour de ce roman-feuilleton,ilse murmuraittant de choses, et lafiUette surprenait, à son occasion, des clignements d'yeux si bizarres, des sourires si affriandeurs, des jeux de physionomie d'une telle nature, qu'elle se sentait prise d'une envie, d'une envie irrésistible de savoir un peu ce qu'il y avait dedans ; — et cela même, rien qu'à voir l'impatience fiévreuse avec laquelle le maréchal brisait l'enveloppe du jour-

nal et le dépliait, pour s'assurer si le diabolique feuilleton n'était pas interrompu.

Cette vérification iaiie, le maréchal repliait soigneusement le journal dans ses plis, le déposait sur la table du salon, en passant encore dessus la paume de ses deux mains dans un mouvement de fermeture et de cachetage, attendant 1» fin de la soirée, le moment d'être seul pour lire tout à son aise.

Une fois, deux fois, Chérie se leva de très bonne heure, descendit dans les appartements de réception, poussée par un désir irrésistible de prendre connaissance de quelques lignes du feuilleton; mais le salon était déjà fait, et le journal enlevé par les domestiques.

Une nuit elle se couchait et ne pouvait dormir Elle avait, dans ses yeux fermés, absolument comme devant elle, le journal tel qu'il se trouvait plié au coin de la table du salon, et sur les grosses lettres de la moitié de son titre, le rond de lumière du dessous de l'abat-jour de la grande lampe. Malgré les retournements de la jeune fille dans son lit, pour ne plus le voir, le mau,dit journal semblait se faire plus réel sous le commencement de son titre plus lumi* neusement éclairé. Et l'obstinée vision amenait

chez elle l'idée fixe de lire le feuilleton, ce soirlà. Tout à coup, elle sautait au bas de son lit, puis, au houi de quelques minutes, se recouchait.

Elle n'arrivait pas cependant à s'endormir, tourmentée de la volonté de descendre au salon, mais combattue encore, dans sa tentation, par la peur de l'ombre de la nuit dans les escaliers et les immenses corridors du Ministère.

Toute peureuse qu'elle était demeurée, à la fin Chérie ne se sentait pas la force de résister ; elle jetait sur elle un peignoir et, une bougie allumée à la main, se hasardait hors de sa chambre, avançant avec des regards à tout moment retournés derrière elle, inquiète de l'écho de ses pas, lui faisant croire à la poursuite de quelqu'un.

Chérie avait ouvert la porte de l'immense salon qui, à la lueur de son petit bougeoir, lui paraissait être terriblement grand et avoir des profondeurs bien sombres.

Mais il était là, sur la table, le journal, l'imprimé tentant. Elle allait à lui, s'en emparait avec une main de voleuse, se mettait à le lire précipitamment. Tout à coup elle s'arrêtait, elle avait peur du silence du salon de l'hôtel. Elle reprenait le feuilleton tombé sur ses

genoux, levant de temps en temps la tête dans un mouvement d'effroi qui lui faisait regarder les portes du salon, comme si elles allaient s'ouvrir à un assassin.

Elle continuait à lire, un instant alarmée par le blanc reflet de son vêtement de linge dans la glace ténébreuse, un instant troublée par le voletement lourd contre les lambris d'un papillon de nuit, partagée entre l'intérêt du roman et les peurs de l'heure, et tout à la fois souriante et frissonnante.

Les derniers feuilletons que durait encore le roman, Chérie les lut tous, la nuit, dans le noir du grand salon du Ministère, sollicitée par une curiosité malsaine de vierge.

Au fond, le plus grand attrait de cette lecture nocturne de feuilletons fut la jouissance donnée par l'accomplissement dune chojc défendue, et qu'accompagne toujours une certaine anxiété non sans charme, mais Chérie bien

réellement n'avait rien ressenti du doux émoi intérieur qu'amène chez une fillette une lecture amoureuse.

Mon frère et moi, nous le disons quelque part, le livre obscène, le livre erotique, n'ont aucune action sur la jeune fille française. Quand elle arrive à se perdre par la lecture, elle se perd par un livre sentimental, par un livre chastement romanesque. Il y a plus : l'amour comme elle l'entrevoit autour d'elle, l'amour reproduit dans sa réalité contemporaine réussit rarement à intéresser son cœur. Pour être remuée, touchée, attendrie, approchée de la tentation, il lui faut, dans le livre qu'elle tient entre ses mains, de l'amour qui se passe en des milieux autres que nos salons, de l'amour qui ait même un certain recul dans le passé, de l'amour traversé de malheurs, de péripéties, de fatalités, — de l'amour entouré d'accessoires qui en font une sorte de sentiment idéal, et sans copie de ce qu'elle a sous les yeux.

Le livre où elle trouvait tout cela, c'était dans Paul et Virginie qu'on lui permettait de lire, quelques mois après.

Ce gracieux et touchant amour des deux enfants , commençant au berceau, ces courses par les

bois, les deux têtes sous le même jupon bouffant, ce tendre emmêlement de leurs petites existences, et les fuites de Paul devant les grandes vagues au milieu des cris de l'effroi aimant de Virginie, et la soudaine réserve de Virginie à l'égard de Paul, que Chérie, lors de sa formation, se rappelait avoir éprouvée pour les petits garçons de son entourage, et la tendre ingénuité de la parole du jeune créole, et toutes ces fraîches et émouvantes scènes amoureuses entre ces cœurs primitifs, et cette prose enfin, infiltrée d'une jeune, d'une sincère, d'une pure passion, et qui fait du petit chef-d'œuvre un manuel d'amour pour les jeunes filles, produisaient, chez Chérie, un effet jusqu'alors inconnu par elle.

Elle lisait, du feu monté aux joues, le cœur lui battant plus vite qu'à l'ordinaire, et prenant tout à coup d'adorables airs de coupable, quand on la surprenait dans la lecture, cependant autorisée, du livre de Bernardin de Saint-Pierre.

L'émotion intimement heureuse que la jeune fille éprouvait delà lecture de Paul et Virginie, ainsi que d'autres livres honnêtemenc amoureux, pour la faire plus complète, plus intense, plus entrante avant dans tout son être, devi-

nerait-on jamais ce qu'elle avait imaginé? Le livre qu'elle lisait, elle le trempait, elle le plongeait dans des eaux de senteur, et l'histoire d'amour arrivait à son imagination , a ses sens, par des pages toutes mouillées, tout humides de parfums hquéfiés.

Un jour même, que dans un roman passionné elle avait versé un flacon d'extrait de magnolia, la liseuse se trouvait mal au milieu de sa lecture.

L'année précédente, le maréchal voulait prendre un congé de deux mois à l'automne, pour emmener Chérie dans la Meuse, lui faire prendre quelque temps l'air de la campagne; mais les complications politiques du moment et certaines appréhensions de guerre lui défendaient de s'absenter du Ministère. Cette année nouvelle pendant laquehe la situation s'était détendue, et où sa petite-fille continuait à se montrer maladive, fatiguée, nerveuse, le maréchal pouvait partir vers la mi-août

pour le Muguet, où de grands changeroents avaient été faits.

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Depuis des années, à partir du jour où le maréchal avait été appelé au Ministère, on travaillait au Muguet.

Dans le principe, il s'agissait seulement de trouver, en ce grand bâtiment mal distribué, trois ou quatre petits appartements logeables pour les invités du maréchal, pendant le mois de septembre. Mais au moment de commencer les travaux, l'architecte persuadait sans peine au maréchal que la bâtisse, avec ses démolitions du commencement du siècle, et dans l'état ruineux où elle se trouvait, était vraiment indigne du parc qui la contenait, du parc connu à trente lieues à la ronde et que venaient tous les jours visiter les baigneurs des stations thermales des environs.

La seconde construction et le revêtement extérieur de l'abbaye ne remontant pas au delà de 1750, l'architecte assurait pouvoir très facile-

ment convertir les bâtiments en un château, on vrai ciiâteau, et sans qu'il en coûtât des millions. A Tappui de son dire, l'architecte avait apporté au maréchal un très intelligent plan de remaniement, où les pilastres ioniens à fleurettes de l'architecture ecclésiastique du xvm'' siècle s'assortissaient fort bien avec la nouvelle construction civile, où les arcades cintrées de l'ancien cloître, fermées par d'élégantes fenêtres, formaient une superbe galerieserre, et où trois pavillons, décorant la façade aux treize fenêtres, donnaient au Muguet un caractère de château royal.

Lors de la présentation du plan, tout en l'acceptant en bloc, le maréchal s'était réservé de le modifier, de le réduire, de le simplifier, certains travaux devant être exécutés d'une façon moins décoratoire et à meilleur marché. Puis, au moment de l'exécution de ces travaux, le propriétaire se laissait toujours entraîner par l'architecte, lui démontrant que le moindre changement au plan primitif tuait l'ensemble de sa restauration.

Le maréchal, dans ses courtes visites au Muguet, il faut l'avouer, avait été lui-même fasciné par le renouveau du bâtiment , et par la belle

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tache blanche que la gracieuse architecture faisait dans le vert de ce parc bien-aimô^ auquel il envoyait de temps en temps, pour placer sous sa feuillée pourpre et panachée, un rhododendron de cinq cents francs.

C'est ainsi que le maréchal se laissa aller à la dépense fastueuse d'une cour d'honneur digne d'un petit Marly : une immense cour demi-circulaire fermée par une enceinte de balustres qu'entourait un fossé plein d'arbustes h fleurs. Elle était divisée sur les deux côtés en compartiments enfermés dans des margelles de pierre, aux petites allées cailloutées, aux platesbandes gazonnées, du milieu desquels s'élefait un vase de marbre blanc. Dans ce décor dessiné par les élégants serpentements de la pierre, se contournaient, comme pièces du milieu, deux grands bassins-rocaille, dont les jets d'eau allaient toute la nuit, mettant un bruit frais dans les insomnies du maréchal. Autour de l'hémicycle de la cour, en dedans de la balustrade à jour, étaient rangés les vieux orangers du roi Stanislas, des orangers pareils à ceux des Tuileries.

Cette cour présentait comme fouLl un perron de neuf immenses marches, où se voyait tou-

jours couché le plus admirable chien de la terre, un épagneul anglais, un survivant de cette vace orange et blanche possédée par un lord d'Ecosse qui, par une clause de son testament, ordonnait que, le jour de sa mort, tous les chiens qu'il laissait vivants dans son château seraient empoisonnés. Jamie avait été donné au maréchal par le comte de Cardigan, après la campagne de Crimée.

Luxueusement princière apparaissait cette cour d'honneur avec ses balustres, ses jets d'eau, et ce perron où, sur la pierre ensoleillée, se tenait allongé ce beau grand chien à la paresse aristocratique.

Dans sa transformation, le Muguet gardait un caractère, le caractère particulier des habitations où s'est écoulée la fin de l'existence des maréchaux de Napoléon I".

Le souvenir de la vie ambulante des camps y revivait dans un décor emprunté aux images de la guerre et aux réminiscences d'histoire ro-

maine. Le soldat du second Empire gardait religieusement tout ce que le soldat du premier Empire avait mis et laissé dans ses foyers, d'ornementation militaire. Les grilles du parc, avec leurs piques entremêlées de haches de licteurs, avec leurs piliers de pierre surmontés d'une grenade enflammée , furent conservées telles que le colonel des lanciers de la garde les avait fait fabriquer. Quand on convertit le cloître en une galerie-serre, le maréchal ordonna de respecter une gigantesque croix de la Légion d'honneur mosaïquée dans le pavage, et qui, sous les pas du visiteur pénétrant du vestibule dans l'intérieur de la maison, était le cave canem du logis glorieux.

Même en son ancien cabinet de travail, demeuré intact dans la partie du château non remaniée, le maréchal ne voulut pas qu'on renouvelât un vieux papier du temps de son père : un papier à bandes bleues et grises, représentant très fidèlement le coutil d'une tente.

Il faisait ce jour-là au Muguet une de ces chaleurs étouffantes, comme il en fait dans certaines propriétés de la France situées dans un vallon en entonnoir, au fond de hautes collines.

Chérie, après le déjeuner, était remontée chez elle, et allongée sur sa chaise longue, dans la pénombre tiède de la cham^bre aux volets fermés, un doigt au milieu d'un livre qu'elle n'avait pas le courage de continuer à lire, indolemment somnolente, les yeux demi-clos, elle aspirait, avec de petits frémissements voluptueux des narines, l'odeur des orangers de la cour d'honneur, jetant dans le moment des parfums entêtants.

De l'état vague et de la mollesse fade d'un assoupissement commençant dans le voisinage d'un bouquet trop odorant, Chérie se trouvait tout à coup tirée par une causerie sous sa fenêtre, une causerie de jeunes voix pouffantes de frais rires étouffés.

Chérie alla à la fenêtre et écouta, masquée par les nersiennes.

Deux fillettes montées au haut d'une double échelle, un drap blanc sous elle, et chacune en main un petit panier d'école, travaillaient à la cueillette de la fleur d'oranger.

Les deux fdles de la campagne, dont on sentait le corps, libre et nu, sous une camisole blanche et un court jupon, étaient penchées, presque couchées sur la rondeur des arbustes tondus, en un abandonnement amoureux des membres, et avec des paresses lascives, laissant voir l'allumement de leurs yeux brillants dans l'ombre des quissenotes : cette cage de mousseline servant de coiffure sous le soleil aux Lorraines.

Dans la chaleur et l'odeur d'Orient de la journée, les deux fillettes, tout en épongeant la sueur de l'entre-deux de leurs seins, causaient en patois, — dans ce parler de caresse et de musique et de l'enfance d'un pays, — causaient de la douceur du premier baiser d'amour donné sur la bouche.

Chérie, étonnée de se rappeler si bien la langue de son enfance, resta à écouter tout le temps de la cueillette de l'oranger qui était

SOUS sa fenêtre, laissant entrer dans sa chair ouverte ie gazouillement sensuel des deux fillettes, mêlé et confondu avec le brûlant midi du jour, avec les défaillantes senteurs des orangers.

Le soir de la cueillette de la fleur d'oranger, le monde du château se trouvait réuni dans l'ancien cloître où, par les fenêtres toutes grandes ouvertes, commençait à entrer un peu de la fraîcheur de la nuit.

La galerie du cloître où l'on se tenait, et qui avait été convertie en une espèce de serre, était remplie de jeux de toute espèce, de tables couvertes de livres à images, de quantité de sièges divers en bambou et en canne garnis de pompons de laine rouge; au mur du fond se détachaient, de distance en distance, des appliques faites de pistolets d'arçon, dans le canon desquels étaient enfoncées des bougies.

Chérie, la tête renversée au fond d'une causeuse, les bras remontés contre la gorge.

dans une jolie pose de paresse, tricotait en laine rose un béguin pour un enfant de pauvre, s'arrêtant de temps en temps, prenant de longs repos, pendant que ses regards allaient au loin devant elle, sans voir.

— Eh! mignonne, à quoi penses-tu?... au chapeau de Henri IV ? fit le maréchal, en levant la tête de dessus une grande table devant laquelle il était assis, une plume à la main.

Chérie se leva, alla à son grand-père, sans répondre, l'embrassa par derrière en l'entourant de ses bras, qu'elle laissa un moment pendre sur sa poitrine, regardant distraitement, pardessus son épaule, la feuille de papier qu'il avait devant lui.

— Eh bien! devines-tu, mignonne?... Je parie que non... Voyons, je vais t'aider... N'est-

CHÉRIE ÎGl

ce pas ? au milieu, voici beaucoup de N mis dans un 0... et tu sais que les 0 sont généralement ronds... Maintenant mon 0 est enfermé dans un grand Q... puis ce Q est placé entre un 7 et un 8... C'est cependant clair comme tout, mon rébus... et tu ne comprends pas encore, petite bêtasse!... Tiens, le voilà.

Et le maréchal se mit à écrire au-dessous, de sa grosse écriture, avec une mauvaise plume crachant de l'encre :

Les enjiemis en auront dans le ç. . entre sept ou huit heures.

En même temps le vieux soldat cria son rébus dans toute son énergie martiale.

Chérie s'était rassise, et le petit béguin tombé sur les genoux, toute rencognée de côté dans sa causeuse et recroquevillée sur elle-même, la jeune fille tripotait et pétrissait, entre des doigts remueurs, le manche d'un éventail en bois de violette, dont elle respirait à chaque instant la senteur développée par la chaleur de ses mains. Puis elle entrait dans une immobilité complète, de temps en temps seulement allongeant à moitié les bras en de petits étirements nerveux.

Le maréchal s'était remis à la confection d'un

second rébus militaire que le maladif curé, qui avait ce jour-là dîné au château, regardait, les deux mains à plat sur ses maigres cuisses, avec une figure béate.

— Monsieur le curé, aurons-nous de la pluie ces jours-ci?... Les arbres du parc en ont diantremeat besoin! — dit le maréchal en barbouillant son dessin dans un mouvement d'impatience.

— Pour vous répondre, monsieur le maréchal, — reprit le curé — il aurait fallu que je fisse chanter mes jeunes filles ce matin... Oui! c'est bien simple... Quand il y a de l'humidité dans l'air, les cordes vocales de mes jeunes filles sont toujours au-dessous de l'orgue... Quand il fait sec, elles ont une tendance à le dominer, à monter au-dessus...

Le secrétaire du maréchal, l'homme pour lequel Chérie avait eu, tout enfant, une passionnette, et qui, rentré en grâce auprès d'elle, était devenu son confident, finissait de gagner une partie d'écarté à un usinier des environs. Remarquant l'absorption de la jeune fille, il vint s'asseoir à côté d'elle, se mit à la plaisanter sur sa taciturnité, sur son air singulier. Chérie ne répondait pas, écoutait ironique, regardant

son interlocuteur avec ce regard de sphinx de la femme, ce regard tout plein, à certaines heures, de choses énigmatiques qui ne se laissent pas lire.

— Quels yeux!.,. Dites donc, il doit y avoir de drôles de pensées derrière ces yeux-là!

— Oh! je ne les dirai à personne! s'écria la jeune fille dans un mouvement de refermement de tout son être.

- — Et le thé! sacredieu ! tu l'oublies ce soir, mignonne! fit la voix du maréchal.

Quand tout le monde monta se coucher, en cette conduite provinciale qu'on se faisait au Muguet, les uns aux autres, dans les escaliers et les corridors du château, parmi les rires et les soufflements de bougeoirs que chacun portait en main. Chérie, arrivée devant sa chambre, donnait, pour le bonsoir, une main inerte à son vieil ami, en lui disant dans une moue d'enfant : — Je m'ennuie! sur ce ton indéfinissable, sur cette note à la fois navrée et gamine, que seules trouvent les demoiselles, quand commence à parler chez elles la tendresse d'un cœur vide.

— Ohé, mignonne!... arrive ici à l'ordre! — criait, à quelques jours de là, le maréchal à sa petite-fille avec sa grosse voix tendre.

Il reprenait : — Sais-tu que tu as une fichue mine !... Serais-tu malade?

. — Non, grand-père... je ne suis pas en train, voilà tout.

— Mademoiselle, faut se purger ! — fit sur le ton d'un commandement militaire le maréchal dont toute la médecine consistait presque dans remploi de l'huile de ricin.

Chérie restait souffreteuse, avait, par les plus grandes chaleurs, un sentiment de froid qui h forçait, à de certains moments, de jeter un chàle sur ses épaules.

— Ça ne peut pas durer comme ça, — dit, un après-midi , le maréchal. Qu'on m'aille chercher le père Taboureur.

Le père Taboureur, qui exerçait la médecine

dans le village voisin, était un médecin improvisé par un décret de 1793, un jour où la République avait eu besoin, pour ses quatorze armées, d'une levée d'officiers de santé pris parmi les garçons de l'Hôtel-Dieu, et partout où elle découvrit des coupeurs de bras et de jambes de bonne volonté. Mais, fait extraordinaire, le père laboureur, avec des études médicales dans les livres à peu près nulles, se trouvait être un diagnostiqueur de premier ordre, et d'une telle sûreté de coup d'œil que les meilleurs médecins de Nancy et de Metz, quand ils rencontraient un cas embarrassant, s'adjoignaient l'officier de santé de la première République, qui n'était jamais plus lucide qu'e?^ plein vin, comme il disait, c'est-à-dire légèrement ivre.

Un homme tout à fait spécial que ce vieillard de 90 ans pour lire, sur un visage, ce qui se passait dans l'intérieur d'un corps humain et ' voyant des choses imperceptibles échappant absolument à ses confrères. — Bon! c'est une fracture du radius! disait-il de la porte, en entrant chez un villageois, et la fracture de tel ou tel membre, ii la devinait à l'aspect du genre de contractions de la figure, devinant aussi bien,

à certains signes extérieurs connus de lui seul» les maladies internes.

Resté tout à fait un paysan, les deux ou trois fois où il avait eu l'honneur de dîner à la table du maréchal, à chaque question qu'on lui adressait, il saluait, ayant, à la façon des gens de la campagne, gardé son chapeau sur la tête. Et l'original personnage était le père d'une fille qui avait ses quarante ans sonnés, et à laquelle, pour un plat brûlé ou une lessive mal faite, il donnait le fouet comme à une petite fiile de cinq ans.

Le père Taboureur arriva de suite.

Un vieillard vivace, aux membres desséchés et comme sarmenteux d'une antique vigne, aux yeux noirs, et qui paraissaient encore plus noirs sous des cheveux tout blancs.

— Eh bien ! Elodie ? dit le maréchal en faisant sur une main le geste avec lequel on indique l'action de donner le fouet à un enfant. Y a-t-il longtemps?

— Dà ! elle est devenue tout à fait sage, monsieur le maréchal... etvoilà trois mois... Ah! ah!... c'est pour la demoiselle que vous m'avez appelé... Et son regard se projeta sur la malade, un regard où il y avait une fixité intense, et qui

était un peu comme une lumière aiguë pénétrant en vous.

Puis, le père Taboureur alla à elle, lui prit le poignet qu'il rejeta aussitôt, et dit en se tournant vers la fenêtre toute grande ouverte et par laquelle on voyait jusqu'à l'horizon, l'immense pelouse fauchée pour les regains.

— C'est de ça que mademoiselle est malade !

— Quoi, de ça? — fit le maréchal.

— Dà ! de toute cette herbe fraîche coupée, qui sèche au soleil... La demoiselle a la fièvre des /oms... Ça vous surp rend, vousles Parisiens, cette fièvre... bien sûr que ça ne doit pas pouiisersur le pavé de Paris... Elle court tout de même aussi bien que \ai/îèvredes roses, dans la saison... aux endroits où on en cultive beaucoup... Dà! od est impressionnable... dà ! on est nerveuse autant que cela... dà! il y a donc toujours, ians cette belle grande personne, la petite fille qui s'est mise enribote... avec l'eau-de-vie camphrée de ses compresses.

Dans la dernière semaine de son séjour au Muguet, le maréchal voulut donner à Chérie le plaisir d'une pêche aux écrevisses.

La pêche n'étant au fond que le prétexte d'une fête organisée par le grand-père pour célébrer la convalescence de sa petite-fille, le maréchal avait invité des voisins, convié un sous-préfet des environs, sa femme, sa jeune belle-sœur, et l'usinier, dont la jolie épouse était devenue la société intime de la jeune fille, et encore d'autres femmes et d'autres hommes, parmi lesquels figurait le jeune homme du département, cité pour ses équipages de chasse et ses conquêtes parmi les femmes de la magistrature.

Le rendez-vous étaitindiquéàune lieue du château, près de l'embouchure d'une petite rivière à Veau courante, appelée le Glouglou, et dont les écrevisses jouissaient d'une grande renommée parmi les gourmets de la Meuse. Là, dans mi

CHÉIUE 169

pré touchant à la rivière et boisé de vieux saules, on devait dîner ou plutôt souper, tout en allant, entre chaque service, lever les balances.

Le monde du château et les invités trouvèrent, à leur arrivée, une table servie au milieu de la saulaie, etentourée de hautes perches à chacune desquelles était fixée une torche résineuse qu'on alluma bientôt, la nuit venant à tomber.

Comme la rosée, déjà abondante, traversait de sa froide humidité la légère chaussure des femmes, le maréchal donna l'ordre d'allumer un grand feu, où, pendant le repas, se levant de table, les dames et les demoiselles venaient, une seconde, tout debout, sécher les semelles mouillées de leurs bottines à la claire flambée, montrant, au bout de pantalons brodés, de jolis bas écossais, pendant qu'elles se soutenaient de leurs bras passés autour de la tîiille, dans des enlacements caressants et coquets, et avec des paroles rieuses à l'oreille.

On se met à table dans le grésiUement des torches pendant que, des hauteurs au loin, tout au loin, et comme des quatre coins de l'horizon, montaient dans l'air des sonorités à peine perceptibles de trompes de chasse.

Les verres à Champagne sont à tout moment remplis par les domestiques, l'organisateur de la fête ayant déclaré qu'il entendait bien que tout le monde eût sa petite touche.

— Eh bien! les écrevisses,y va-t-on? — dit tout à coup le maréchal, sans montrer l'intention bien sérieuse de quitter la table.

On s'interroge des yeux, et des convives, il n'y a que Chérie et la jeune belle-sœur du souspréfet qui abandonnent la table, pour aller voir retirer les balances.

Le diner s'anime de la gaieté bavarde bruyante, surexcitée, des repas en plein air.

La femme du sous-préfet, une petite créature blondasse, aux cheveux coupés à la chien sur le front, et qui a le type clownesque et fantasque des Anglaises qui servent des boissons américaines au buffet des expositions, commence, en provinciale exagérant le chic Metternich de l'heure d'alors, commence, légèrement ivre, à, se livrer à des cascades, à parler la langue des Bouffes-Parisiens, au milieu de désespérés rappels à l'ordre de son mari, un mari flave, morose eti'^quiet, et qui apporte en cette partie de caa*pagne un rien de l'effarement de Pierrot dans une pantomime accidentée de chausse-trapes.

CHÉRIE <7i

Le retour de la jeune sœur, encore habillée d'une robe faite au couvent, et dont le petit œil noir enveloppe sa grande sœur d'un regard d'agent de police, calme pour un moment la sous-préfète qui, le nez dans son verre, se remet à boire silencieusement du Champagne.

Les trompes se rapprochent et, tout autour de la saulaie, mettent dans la nuit leur lointaine musique aux échos mourants.

— Qu'est-ce donc que ces fanfares? interroge le maréchal, en se tournant vers son domestique de confiance.

Le domestique désigne, d'un clignement d'œil, le voisin de la sous-préfète.

— C'est à vous, monsieur Othon, que ces dames doivent cette galanterie?

Le jeune homme fait de la tête un signe d'acquiescement avec un regard de côté, qui met aux pieds de sa voisine l'hommage de la musique de ses piqueurs.

Toute la table est à ces harmonies de rêve et qui semblent, dans la campagne noire et le »ague des choses noyées, l'accompagnement d'une chasse fantastique, d'un hallali de minuit, quand la sous-préfète, qui s'agite depuis quelque temps sur sa chaise, se lève soudain ; et il jaillit

de son corps de mauviette une formidable voix, une voix de contralto, qui met à Niniche les intonations de bronze d'un beuglant, pendant que, sur le maigre torse de la chanteuse, court l'ébauche égrillarde d'un cancan.

Mais au milieu de sa chansonnette, la souspréfète a perdu un cure-dent japonais que lui a donné M. Othon, et la voilà cherchant son cure-dent à quatre pattes dans l'herbe mouillée, avec des torsions de corps savantes, mêlées à des grimaces de petite fille, et répétant, dans un accès de petite colère niaise : — Non, laissezmoi!... il faut que je le retrouve... C'est celui-là que je veux et pas un autre!

— Madeleine, allons, Madeleine... soupire le mari désolé, sans que sa femme daigne l'entendre.

Les femmes ont commencé à se lever de table; aussitôt Madeleine les attire à une partie de main chaude où la tape est remplacée par un baiser chatouilleux, et où « celle qui l'est » doit deviner le nom du propriétaire des lèvres qui lui ont mis un frisson dans le creux de la main.

Toute tourbillonnante, Madeleine entraîne un peu après les hommes dans la ronde des j«^nx

innocents, les forçant à prendre part à une de ces parties de cache-cache où les mains tâtonnent, et où la reconnaissance des personnes se fait avec des doigts libertins; — et tout doucement, s'éloignantdelatable, et peu à peu allant plus loin, toujours plus loin, elle emmène se cacher avec elle le jeune Othon, se serrant contre lui dans une terreur jouée des bêtes de lanuit, ets'échappant bientôt d'entre ses bras pour se faire rattraper, et traversant des clartés de lune avec l'échevèlement et la folie de corps d'une faunesse.

Toutefois, en ces échappades, la grande sœur est surveillée par la petite, qui, chaque fois que la situation se complique, arrive à propos et ramène son aînée dans le cercle de la lumière et de la société.

Alors la grande sœur, prenant une pose innocente, murmure un petit turlutiitu bête et mélancolique; après quoi elle se met à sautiller sur ses deux pieds, ainsi qu'une chèvre dans une vigne, puis tout à coup échappe à sa surveillante.

En ces jeux, au milieu des lueurs vacillantes des torches balayées par la brise du soir, à tout moment, passent de l'ombre dans la lumière et de la lumière dans l'ombre, passent cou-

rantes, des silhouettes de femmes, dont les robes d'été éclairent, une seconde, l'obscur paysage des claires couleurs de douces apparitions. Parmi les joueuses qui toutes sur la tête ont jeté un petit châle battant contre leur visage, la femme de l'usinier, une grande, longue et fluette jeune femme, à la taille mince sans rondeur, à la gorge presque plate, aux yeux noirs tout doux avec une bouche sentimentale où il y a comme la moue d'une petite fille, et répandant autour d'elle une légère odeur sauvage fondue en un parfum d'héliotrope, dans la rapide fuite de sa jupe rose à travers la nuit, apparaîtcomme un rose fantôme.

Cette femme cependant, le type physique de la chasteté, semble s'amuser du navrement comique des maris, et sourire aux désirs qui attaquent dans l'ombre ses petites amies, et ressentir, au fond d'elle, une joie intérieure des naissants adultères qui la frôlent.

Le maréchal, un fort mauvais mentor de jeunes filles, se frotte les mains, répétant de temps en temps :

— Ça va bien, on s'amuse, sacredieul

La partie de cache-cache continue toujours dans la nuit.

— Mais il commence à tomber une rosée de tous les diables ! — s'écrie le maréchal. Si tout le monde venait prendre un verre de punch au château?

Le départ s'exécute dans le désordre des parties de campagne très gaies, chacun grimpant au hasard dans la voiture la plus rapprochée.

La sous-préfète s'élance sans vergogne sur le marchepied du phaéton de son voisin de table. Elle a même la maladresse de manquer le marchepied, et tombe dans les bras de M. Othon, qui est obligé de la soulever dans sa voiture. Mais, en se retournant, la sous-préfète trouve, déjà installée derrière elle, sa petite sœur qui vient de faire monter Chérie à ses côtés, et rien ne peut donner l'idée du regard que la petite sœur lance à la grande.

Tout le temps du trajet au château, la tête penchée en avant, et fouillant de son petit œil dur le côte à côte des deux amoureux, en s'eifforçant d'en percevoir l'invisible, la pensionnaire de couvent, sans parler, indique à sa voisine, en les soulignant d'un coup de coude, les rescards longs, les paroles au sourire humide éclairé

sur un coin de bouche par la lanterne, les rapprochements tendres des deux corps, et tout ce qui se trahit du contact de deux désirs, emportés la nuit dans la môme voiture ; — le coude grêle de la jeune fille, pris de colère par mon;ients, et témoignant, par ses coups répétés, comme de l'enragement jaloux de son être de n'avoir pas encore sa part dans cette partie d'amour.

LU

Le maréchal et sa petite-fille ne revinrent du Muguet, cette année, qu'au commencement de décembre; Chérie, très bien portante, était devenue une jeune fille ayant déjà de la jeune femme, et toute séduisante, en ses quinze ans, d'une hâtive maturité qu'elle devait au sang espagnol de sa mère.

A Paris, les salons commençaient à se rouvrir. Plusieurs brillantes réceptions avaient eu lieu, et Chérie^ dès sa rentrée rue Saint-Dominique- Saint-Germain, tourmenta son grand-père pour aller dans le monde. Appuyée et soutenue par

CHÉRIE i^^

M"*' Tony-Freneuse, une amie intime du maréchal, et qui devait servir de chaperon à la jeune fille, Chérie obtint de faire sa première apparition dans la société parisienne, au bal du Sénat, qui devait avoir lieu le 15 janvier de l'année prochaine.

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