‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 15 sur 302 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le sous-préfet, M. Lacoste, appartenait à une vieille famille béarnaise, et tenait, par ses alliances, au monde du premier Empire et de la Restauration, aussi bien qu'à la société issue du régime de Juillet. Cencke de M. Dauzat d'Ambarrère, pair de France et neveu du maréchal Soult ; appartenant par sa mère, M"^ d'Anglade de Brugnien, à l'aristocratie la plus respectée de la région, il pouvait, par un privilège alors fort rare, ouvrir ses salons aux tenants des partis les plus opposés, qui, grâce à son tact, s'y trouvaient à l'aise (1).

Le jeune Chesnelong, dont la famille n'avait jamais fait montre d'attaches politiques exclusives, mais possédait au plus haut point la noblesse d'âme qui dispense des titres, se trouva très vite chez lui dans ce cercle un peu divisé d'opinions, mais rigoureusement fidèle à la politesse d'autrefois. Très vite aussi, il y fut goûté. Il conquit même à ce point l'estime du sous-préfet, que, lorsqu'il osa lui déclarer sa sympathie pour sa fille aînée, ]V[iie Ernestine Lacoste, celui-ci parut enchanté.

Pieuse, discrète et dévouée, d'esprit cultivé et d'un parfait jugement, la jeune fille avait elle-même apprécié les qualités du prétendant. De bon cœur, elle lui donna sa main. C'était le prélude d'une union de cinquantequatre ans. Nous verrons jusqu'à quel point elle fut bénie de Dieu.

Le mariage eut lieu en 1844. Peu de temps après, le sous-préfet d'Orthez accordait sa seconde fille, Louise Lacoste, à un autre sujet de brillant avenir, M. Emile Izoard, qui devait fournir une magnifique carrière de magistrat.

Ces alliances allaient élargir autour de Charles

1. M. Lacoste était sous-pr6fet de Leotoure l<irs du coup d'État de 1851. Menacé dans sa liberté et dans sa vie, il dit aux éraeutiers: « Vous pouvez tuer le sous-préfet de Leotoure ; mais vous ne supprimerez pa.s la loi, qui aura raison de vous ! » Ces paroles firent cesser le désordre.

Chesnelong, le cercle des affections familiales, mais non le déplacer.

Il se rappelait toujours les angoisses de sa mère à la pensée du départ projeté pour l'École polytechnique et sa promesse de ne pas quitter le vieux foyer. D'autre part, la prospérité de la maison de commerce exigeait impérieusement son concours à l'action jDaternelle : il fut entendu que le jeune ménage trouverait asile dans la vaste maison de la rue de l'Horloge, et que M™^ Jean Chesnelong, loin d'avoir à ledouter une séparation, vi- \Tait de plus en plus en famille.

Les bénédictions promises par l'Écriture au mariage chrétien ne se firent pas attendre. Dès 1846 venait au monde le premier né de Charles Chesnelong. Il devait être suivi de huit frères et sœurs (1). Quelques années plus tard, dix ou douze convives se pressaient, chaque jour, à la table familiale : Jean Chesnelong allait devenir le patriarche d'une véritable tribu.

La vieille maison a conservé cette salle à manger aux sévères lambris de chêne, où le négociant exerçait jadis sa paternelle royauté. On s'y représente volontiers les réunions d'antan. A côté du grand-père et de l'aïeule,

( 1 ) V^oici la liste des enfants do Charles Chesnelong, dont sept vivent encore en 1912 :

M. Josoph Chesnelong, né le 3 février 184(), iimrié à M"*^ Ernestine Izoard ;

M"<^ Marie Chesnelong, née le 21 septembre 1847. mariée à M. Antonin Deloume ;

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