‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 14 sur 302 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

conservant un faible pour le somptueux coloris et les pompeuses périodes, il accordera toujours sa prédilection à nos classiques. Ses papiers de jeunesse contiennent une série d'études sur les tragédies de Corneille. Elles se présentent sous la forme d'une sorte de cours suivi, et sont rédigées avec tant de précision, qu'on se demande si elles n'auraient pas servi de thème à des conférences

combinaison mystique et incompréhensible du réel et de l'idéal. Toi autre enfin ne reculera pas devant la tâche odieuse de profaner une des gloires les plus pures de la France, et flétrira, dans d'obscènes productions, la chaste et suave physionomie de la vierge guerrière. — 11 n'importe. Pour tous, il demeure acquis que la France, divisw et asservie, abandonnée par ses rois impuissants, mal défendue par la noblesse qui, depuis C'récy et Azincourt, semblait avoir désappris l'art de la victoire, et ne pouvant compter sur ses peuples découragés, que cette France fut sauvée par une vierge, par une simple bergère qui suffît, seule, à rendre la force à son roi, le courage à la noblesse, l'espérance au peuple, la victoire à tous, la France à elle-même. Voilà le fait historique, le voilà dans toute sa simplicité, mais aussi dans toute sa grandeur. — Que si, en présence de ce fait merveilleux, on persiste à ne pas reconnaître \me inspiration sainte, une protection providentielle, un éclair sillonnant la nue, le doigt de Dieu enfin dans la lumineuse apparition de la Pucelle d'Orléans, cette robuste incrédulité ne me surprend point ; mais, pour mon compte, je ne pourrais pas la partager. Et quoi ! Ce que la conscience d'un ennemi ne put méconnaître, notre orgtieilleuse raison se refuserait-elle à l'avouer ? Quant à moi, je le déclare, Jeanne d'.Arc humainement expliquée me paraît être un prodige bien plus surprenant que celui de l'inspiration divine dans la vierge de Domremy ! Oui. dans cette vie tour à tour obscure et glorieuse, dans cette mort qui illumine le front de la victime de l'auréole du martyre, dans cette foi inflexible, dans ces exploits soudains, dans cette délivrance imprévue, il y a place pour un miracle ; ce fut Dieu qui suscita Jeanne d'Arc. Je croi> à une intervention céleste, et, pour terminer cet article par la pensée qui me l'a inspiré, je crois surtout à cette intervention lorsque je rapproche ce que, dans le X1V"« siècle, im même esprit inspira : V Imitation de Jésus-Christ et la Pucelle d'Orléans, la doctrine féconde qui enfanta le héros, prépara le sauveur, couronna le martyr, et l'héroïne pleme de foi qui fut comme un commentaire vivant, dans son application à la France, de la parole de vie et de salut. »

Juin 1842.

Ch. Chesnzlont..

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littéraires données par l'infatigable lecteur à un cercle de jeunes gens d'Orthez.

Qu'il voulût mettre au service des autres ces connaissances laborieusement acquises, nous en avons une preuve plus certaine.

Pour l'accompagner dans ses voyages, son père lui avait donné, comme domestique, un brave garçon plein de loyauté et de candeur, mais protestant de religion. Bientôt, attiré par les bontés de son maître, le jeune homme lui confia ses angoisses de conscience. Il craignait de n'être pas dans la vérité, et désirait connaître 1" Église catholique ; mais à qui s'adresser ?

— «A moi, si vous le voulez », dit Chesnelong.

L'offre fut acceptée d'enthousiasme. A dater de ce jour, les livres de littérature et d'histoire furent momentanément délaissés pour le catéchisme diocésain, et celui-ci fut expliqué quotidiennement au néophyte, durant les lentes montées des collines. Quelques mois plus tard, Chesnelong présentait son élève au curé d'Orthez, pour un examen approfondi sur la doctrine catholique : « Je n'ai jamais trouvé personne, dit le digne prêtre, de si bien disposé et de si bien instruit. »

L'abjuration eut lieu ; c'était la première conquête a))Ostolique de Charles Chesnelong.

11 avait maintenant autant d'amis que de chents. Rien de prétentieux ni d'embarrassé dans son attitude. Cet étrange voyageur de commerce, qui lisait les flassiques et résumait des ouvrages de théologie, était, une fois rentré au logis, le plus enjoué dos causeurs.

La maison paternelle était contigiie à la sous-préfecture d'Orthez. Bientôt on y accueillit ce jeune homme de bonne mine, de manières aisées, dont la conversation égayait d'ordinaire, instruisait souvent, caj^tivait toujours.

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