‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 17 sur 302 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

toujours consultés et obéis, les deux chefvS de la nouvelle famille, puis les nombreux parents qui, d'Orthez ou d'ailleurs, venaient saluer les Chesnelong, puis les deux sœurs de Charles, puis la postérité grandissante des jeunes mariés : c'étaient de vraies scènes bibliques.

La famille croissait ainsi dans le travail, la paix et l'estime de tous, lorsque survint la révolution de 1848. En face du socialisme menaçant, les honnêtes gens d'Orthez formèrent un « Comité de concentration conservatrice, )) et, tout autre espoir étant alors interdit, promirent de faire l'essai loyal des institutions républicaines.

Charles Chesnelong fut élu secrétaire du Comité, et, à ce titre, signa nombre de manifestes ayant pour but la préservation sociale et religieuse de la contrée. Impossible de voir dans ces signatures Tindice d'une préférence personnelle pour un état de choses qui restait fort inquiétant. Aussi bien, les journées de Juin vinrent-elles bientôt décourager les plus fermes partisans de 1' « essai loyal. » Au lendemain des hécatombes parisiennes, les conservateurs épouvantés se détournèrent d'un régime incapable de maintenir l'ordre dans la rue. Chacun se blottit chez soi et attendit.

Charles Chesnelong se consacra plus que jamais aux devoirs de famille. L'heure était venue, hélas ! du grand sacrifice que Dieu exige de tout homme un peu avancé dans la vie, et qui laisse au cœur une blessure inguérissable. A la fin de mai 1849, la mère tendrement aimée, l'aïeule dont le bon sourire égayait, chaque jour, le foyer, M'"*-' Jean Chesnelong, fut ravie à l'affection des siens. Charles n'avait jamais sérieusement envisagé la perspective de perdre sa mère. Ce fut un déchirement. Il confia sa douleur à son vieil ami de collège, Auguste Champetier

de Ribes. Rien de pénétrant comme cette plainte d'un cœur brisé : « Tu m'as dit de ma mère, écrit-il, ce qu'en pensent tous ceux qui l'ont connue, ce qui me serait révélé aujourd'hui par l'énergie de mes douloureux regrets, si le bonheur d'une possession, hélas ! bien courte ne me l'avait point jusqu'ici fait assez sentir...

» Ah ! j'aimais tendrement ma mère ; je jouissais très vivement de son affection; je faisais bien de son bonheur l'une des meilleures parts du mien ; je savourais très souvent et avec délices le bienfait de sa tendresse ; je respirais avec une fihale volupté le suave parfum de ses angéliques vertus. Je m'efforçais de lui rendre en respectueuse amitié, en égards, en caresses, en bonnes attentions cet abandon ineffable de son être, cette sainte prodigalité d'amour dont elle m'avait toujours et si complètement entouré. Encore aujourd'hui, pendant mes longues heures d'impuissantes angoisses, je ressens comme une triste joie de lui avoir fait, à seize ans, tu t'en souviens, le sacrifice de quelques-unes de mes idées d'avenir, pour répondre à son maternel désir de n'être jamais séparée de moi que par la mort. Et pourtant si je pouvais reprendre ces jours de bonheur évanoui, revoir cette tendre et sainte mère, ranimer une cendre chérie, ah ! je ne serais pas aussi indifférent à cette félicité domestique que je l'étais ; je saurais mieux en jouir... Mais qu'importe ! En attendant le jour suprême qui, je l'espère, nous réunira au sein de Dieu, tout doit se borner désormais, entre la mère et le fils, à des communications d'âme à âme, solitaires et désolées, aux aspirations de mon cœur vers une ombre, et à la certitude consolante que, de ce séjour d'éternelle paix où sa sainte âme repose, elle accueille encore avec un céleste tressaillement ces hommages do ma tendresse, ces tributs incossant.s do ma douleur. Pardon, mon ami, d'épancher si longuement mon triste cœur dans le tien, de te dire, comme elles me

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