‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 206 sur 302 · CHAPITRE XVI r · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI r

enivrés de la confiance populaire et impatients de réformes démocratiques, il fallut bien se résigner à des débats qui,, même au Sénat, ne pourraient manquer d'être orageux.

Déjà, en décembre 1876, l'expérience était faite. Lois en faveur de l'enseignement laïque, loi pour faire attribuer aux conseils municipaux la nomination des maires, loi pour faire retirer aux universités catholiques la collation des grades, loi pour la suppression du budget des cultes, presque tout le programme républicain radical et maçonnique avait été proposé, étudié et en partie voté à la Chambre, par la majorité aux ordres de Gambetta.

Lorsque de pareils projets seraient soumis au Sénat, c'était la lutte nécessaire entre les éléments avancés de la Chambre haute et la faible majorité de droite, qui serait réduite à néant par un déplacement de quelques voix. Et, comme la plupart des attaques maçonniques, étaient dirigées contre des institutions scolaires ou religieuses, le fardeau de la défense pèserait principalement sur Chesnelong. Il le comprit et s'y résigna.

Prévoyant que, dans la grande lutte qui se préparait contre l'Église, il aurait à défendre pied à pied le patrimoine de la France chrétienne, il aiguisa ses armes en conséquence.

Combattre au Sénat des projets impies ou sacrilèges, c'est bien ; mais, tout en retardant les ruines, il faut préparer l'armée du relèvement. Chesnelong va consacrer à cette double tâche, soit au Sénat, soit à la Société générale d'Éducation, soit encore dans les Assemblées générales des Comités cathohques, ses vingt dernières années. La politique ne suscitera plus

dans sa vie d'épisode retentissant. Jusqu'à la fin, il est vrai, sa compétence spéciale et sa ténacité rendront les plus grands services au pays sur le terrain budgétaire ; mais, en dehors des questions financières, qui retiendront son attention et son effort, il sera désormais l'homme d'une idée, et le meilleur de ses forces s'emploiera à la seule défense de l'Église.

Au mois de janvier 1877, Jules Simon vient de succéder, comme chef du cabinet, à Dufaure, emporté pour avoir trop suivi la poHtique de ménagements à l'égard de l'Elysée. On attend du nouveau ministre qu'il détache de la gauche avancée de la Chambre les républicains modérés et prudents, et que, rapprochant ceux-ci du centre droit, il opère enfin cette fameuse « conjonction des centres «sur laquelle on avait déjà compté, à l'Assemblée Nationale, pour sauver le pays du péril radical. Avec un art prestigieux, se proclamant à la fois « profondément répubhcain et profondément conservateur, » Jules Simon a fait applaudir son programme par les deux Chambres ; la gauche modérée paraît, pour le moment, assurée de l'avenir.

Au moment où Chesnelong entre en scène, le Sénat ne s'est mesuré qu'en de rares occasions contre la gauche radicale de la Chambre. Le nouveau venu a devant lui une période d'initiation qui durera plusieurs semaines. Il en profite pour reprendre ce qu'on pourrait appeler ses tournées apostohques.

Il est, depuis longtemps, l'âme des Comités catholiques ; il dirige effectivement celui de Paris, en attendant que M. Bailloud lui en cède la présidence. De son côté, M. de Mun tout en assumant, à la Chambre des Députés, le double rôle de défenseur du droit chrétien et d'initiateur d'un ordre social plus conforme à l'Évangile, organise et propage avec un admirable entrain les Cercles catholiques d'ouvriers.

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