CHAPITRE Vil
que les délibérations n'étaient plus libres, et levei la séance.
Ici se place un incident que le député d'Orthez a lui-même raconté à M"^^ Chesnelong : « Le président, dit-il, est alors sorti ; je l'ai accompagné de la Chambre à son hôtel ; j'ai été assez heureux pour lui être utile, car une foule furieuse s'est portée sur lui, criant : (( Schneider, Schneider, il faut le pendre ! » Magnin, Boduin ( 1 ) et moi, nous l'avons préservé. Pour ne te rien cacher, ces hommes, sans nous connaître, voyant que nous défendions le président, ont voulu nous maltraiter aussi ; deux gardes nationaux m'ont dégagé, et il ne m'est rien arrivé de fâcheux (2). »
On connaît la suite : pendant que Chesnelong regagne son appartement, au risque d'être reconnu et insulté, les députés de Paris, à l'exception de M. Thiers, quittent le Palais-Boiu-bon et se rendent à l'Hôtel-de- Ville où, avec le concours du général Trochu, ils proclament le « Gouvernement de la Défense nationale. » En vain leurs collègues restés à la Chambre leur envoient une délégation pour leui* rappeler les droits du Corps législatif ; en vain ]M. Thiers, présidant une dernière réunion, à laquelle Chesnelong se fait un devoir d'assister, oppose de nouveau à Jules Favre le langage de la légalité, celui-ci répond qu'il est trop tard pour s'entendie avec la Chambre, et que rien ne peut être changé à ce qui s'est fait dans la journée.
Dès le lendemain, le Corps législatif avait cessé d'exister. Chesnelong se rendit chez son collègue, M. Martel, afin de signer une protestation contre les événements de la veille, puis il rejoignit, chez M. Johnston, un groupe de députés qui voulaient se concerter, une dernière fois.
(1) C'étaient deux clôputôs.
(2) Lettre inédite, du dimanche 4 septonibiv» ]<~*K
sur l'attitude à prendre en présence du gouvernement ifc^su de l'émeute. Tous qualifiaient sévèrement cette audacieuse intrusion ; ils auraient pu réunir certains éléments de résistance ; mais, devait-on provoquer des luttes intestines en présence de l'ennemi ? Aucun d'eux n'en voulut prendre la responsabilité. Laissant aux gouvernants provisoires celle qu'ils avaient assumée, ils s'abstinrent de les reconnaître, mais surtout de les entraver.
Quelques jours plus tard, Chesnelong était à Orthez. Dès le lendemain de son arrivée, il donna sa démission de maire : l'honneur, tel que le comprenait sa sévère conscience, lui interdisait de servir, comme fonctionnaire, le gouvernement qui avait renversé l'Empire. Ce fut, d'ailleurs, son seul acte d'opposition au nouveau régime, et il déclara que son concours était acquis à toutes les mesures qui auraient pour objet le maintien de l'ordre. Il avait vu avec une profonde tristesse s abîmer, à Sedan, la fortune de Napoléon. Outre les blessures de la patrie, il déplorait le naufrage de ce gouvernement dont il avait toujours apprécié les services et condamné les fautes avec une loyale impartialité.
« Au demeurant, a-t-il écrit, et malgré certaines de ses tendances, l'Empire avait été un gouvernement d'ordre et de conservation sociale. Il avait eu une armée vaillante et fidèle, une administration intelligente et honnête, une magistrature capable et respectée. Il avait été redouté par le parti révolutionnaire, soutenu par l'immense majorité des hommes d'ordre, et avait particulièrement obtenu le concours de cette portion du pays, après tout la plus nombreuse, qui, sans faire de la politique militante, a besoin de sécurité, et donne son appui aux gouvernants qui la lui assurent. Il n'était d'ailleurs j)ermiH d'entrevoir, après lui et derrière lui, que l'anarchie des compétitions et le chacs dans la ruine... Aussi.