CHAPITRE vn
conscience aux prises avec la biutalité des événements. Qu'allait faire le Corps législatif ? Lié par la foi du serment au gouvernement de l'empereur encore représenté par la régente, il n'avait pas qualité pour établii un gouvernement provisoire ; mais, à son défaut, l'insurrection ne s'en chargerait-elle pas ? Nombre de députés, étrangers à ces scrupules, voulaient qu'on agît sans retard. Jules Favre avait commencé par une proposition de déchéance. Moins radicale, la motion de M. Thiers se bornait à constater la vacance du pouvoù", et demandait la formation d'une commission de gouvernement. Chesnelong et ses amis voulaient qu'on suppUât l'impératrice de confier au Corps législatif les pouvoirs constituants nécessités par les circonstances.
Pendant que la Chambre se réunissait au Palais- Bourbon, et en attendant l'ouverture de la séance, le groupe des conservateurs royalistes chargea MjVI. Buffet, Chesnelong, Kolb-Bernaid et Genton d'aller .aux Tuileries, signaler à l'impératrice les premières menaces d'émeute, et lui demander de remettre ses pouvoirs à l'Assemblée.
Ils prièrent Chesnelong de prévenir de leui démarche collective le président, M. Schneider ; mais, ayant pu avec peine parvenir jusqu'à lui. notre député se trouva séparé de ses tiois collègues, qui se rendirent seuls au château et accomplirent, la mort dans l'àme, leur douloureuse mission.
Cependant le Corps législatif avait ouveit sa séance. On était au 4 septembre, à midi. Après avoir lu les propositions de Thiers et de Jules Favre, auxquelles le gouvernement ajoutait un projet déjà incompatible avec les événements, le président renvoya le tout à l'examen des biu'eaux
Dans le bureau de Chesnelong, M. Guyoc-
Montpayroux (1) déclamait en faveui de la proposition Jules Favre, à laquelle M. Martel opposait le projet Thiers, lorsque Chesnelong demanda énergiquement qu'on attendît le retour de la mission de M. Buffet.
(( Je ne crois pas, dit -il, que l'Empire puisse survivre aux désastres que subit, en ce moment, notre malheureux pays. Je ne stipule donc pas pour une puissance debout ; je stipule pour le droit légal d'une puissance tombée. Je stipule pour le respect de la loi, pour le respect du serment, pour le respect du malheur, et je déclare une fois de plus ne pas me reconnaître le droit de supprimer le pouvoii de l'impératrice, si elle n'en fait pas elle-même le sacrifice... On vient de parler « des masses attroupées ». J'entends, moi aussi, leurs « clameurs )>. C'est, Messieurs, une raison pour agir vite, avec prévoyance et résolution. Mais il y a quelque chose qui doit dominer les cris de la foule, c'est le cri du devoir et de la conscience. C'est le seul que je veuille entendre et auquel je veuille obéir (2). »
Ces paroles furent l'adieu de Chesnelong au Corps législatif. On peut discuter l'opportunité de la mesure qu'elles réclamaient : qui oseiait nier la noblesse du sentiment qui les inspira ?
Au retour de M. Buffet, ses amis espérèrent, un instant, une solution pacifique. L'impératrice avait déclaré « adhérer à ce que les niinistres de la Régence jugeraient nécessaire. » On pouvait donc, selon le vœu de Chesnelong, constituer sans émeute, sans révolution, un gouvernement légal. Hélas ! la réponse des Tuileries venait trop tard. Déjà les couloirs de la Chambre étaient envahis par une foule hurlante ; bientôt, le tumulte gagnant la salle principale, le président dut déclarer
(1) Député du Puy-do-Dômo, frf'ro de M. Guyot-DosRnigiic, plus tard député à son tour.
(2) Ch. Chesnelong, Mémoires, t. I, p. 213.