‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 84 sur 302 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

faire pardonner, à force de désintéressement et d'activité, le vice de son origine.

Une Assemblée Constituante chargée d'organiser la résistance du pays, puis d'obtenir de l'Allemagne une paix honorable, et enfin de régler les conditions d'un gouvernement définitif, c'était le vœu de la France honnête ; maïs quel pénible mandat pour les députés conviés à une pareille tâche !

De divers côtés, on soUicita Chesnelong d'accepter une candidature. C'était un poste de dévouement qu'on lui offrait ; il ne le déchna pas. « Dans la situation que les derniers événements m'ont créée, écrivait-il, je ne puis pas m'offiir, et je ne dois pas me dérober. Si mes amis croient que je puis être un candidat utile et accepté, je leur livre mon nom, quels que soient les dangers et la responsabilité de la tâche. Je considérerais comme une lâcheté de déserter le bon combat. S'ils croient que mon nom est aujourd'hui un nom compromis, et qu'il faut, pour le succès, des hommes sans attaches et sans précédents, je n'élève aucune prétention personnelle ; je m'efface, en servant la cause commune comme simple soldat (1). »

Son courage ne devait pas êtie de sitôt mis à l'épreuve. Le 19 septembre avait lieu l'entrevue de Ferrières, entre Bi.-=marck et Jules Favre. Lorsque Gambetta connut les prétentions de l'Allemagne, il se déclara pour la guerre à outrance, et ajourna d'autorité toute mesure qui ne concourrait pas directement à la défense nationale. Les élections étaient remi.;'?s à une date indéterminée.

Etait-ce pur patriotisme, comme on le crut généralement alors ? N'était-ce pas, au contraire, dessein arrêté

(1) Letti-e inédite, du 13 septembre 1870.

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d'affermir en France le régime républicain, par les nomi- , nations de fonctionnaires, avant que le pays fût appelé à S9 prononcer ?

Chesnelong avait suivi de près, pour son compte, les faits et gestes du gouvernement de Tours. Il ne croyait plus que faiblement au désintéressement de Gambetta, de Picaid et de Rochefort : « Le salut ne nous viendra pas de ces hommes, disait-il. Le mal qu'ils empêchent ne saurait les absoudre de celui qu'ils font. Tout est à terre ; il ne nous reste que Dieu et le pays ! Dieu, qui peut nous relever quand il le voudra ; le pays, qui reprendra possession de lui-même quand il pouna faire les élections.

» J'en parle avec désintéressement, car décidément je ne serai pas candidat. Après avoir accepté d'être porté pour les élections du 9 octobre par une liste modérée, j'ai retiré ma candidature. Mes- deux fils étant sous les drapeaux, je ne puis laisser M™^ Chesnelong dans un isolement plein d'angoisses qui la tuerait, ni livrer à l'aventure une profession qui est la sauvegarde de l'avenir et presque de l'existence de ma famille ; il y a là aussi des devoirs ! J'ai repris ma place dans mes bureaux (1). »

Dans une autre lettre de la même époque, il indique un nouveau motif de renoncer à la vie pubhque : il prévoit que rA£8?mblée Constituante prononcera la déchéance de l'Empire, et, toujours par respect pour la religion du serment, il ne veut pas s'associer à un acte qui, de sa part, et à ses yeux du moins, aurait une apparence de forfaiture.

Le voilà donc, de nouveau, livré aux préoccupations d'un commerce compromis par les événements et aux soucis beaucoup plus cuisants que lui cause la dispersion des siens (2).

( 1 ) Lettre du 8 novembro 1870 à M>'« de Guérines. (2) Les devoirs de famille ne l'empochent pas de suivre de près le mouvement dos idéos et des év(^nement.s, qu'il juge et dont il prévoit

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