SCENE X
LES MEMES, plus LIL
LIL, entre, gênée. — Bonsoir, Excusez-moi, je je ne veux pas vous déranger... j'ai oublié mon sac... Tout à l'hem-e.
VIVETTE, joyeuse. — Mais, ne reste pas sur la porte, Lil. Ne m'en veux pas pour mon hiuneiur de tantôt, tout est changé.
LIL. — Merci. Je veux seulement ])rendrc mou sac. II est là sur le bureau. ( Comme il était resté sur le bureau ministre, elle le prend, hésite et en sort un petit paquet. ) Ah ! Pierre, je suis con lente de vous trouver là. Voulez- vous dire au colonel que je voudrais... que je lui donne ce petit souvenir pour le remercier de m'avoir offert le thé. ( Elle lui tend le paquet et tous éclatent de rire. )
LIL, surprise. — Qu'ai-je donc dit de si comique ?
LE COLONEL, va la prendre /«ïr l'épaule et prend le paquet. — Merci, Lil, vous êtes trop gentille. Cela me fait ti'ès plaisir.
LIL, qui n'en revient pas. — Mais vous pai'lez français ?
VIVETTE. — Comme un académicieji !
LE COLONEL. — Je l'ai apjîris pour vous plaire
YIVETTE. — Et puis, lu ne sais pas loul, Lil, le colonel est mon oncle.
GASTON. — Il est le frère de sa mère. II s'appelle Pasche.
LIL (avec une nuance de regret.) — Ah ? C'est \Tai, tout ça ?
LE COLONEL. — C'est la stricte vérité. Ça a l'air (le vous chagriner.
LIL. — Oh ! non, mais... quand je pense que vous avez compris loul ce que je vous ai dit... j'ai un peu honte.
LE COLONEL. — C'est ridicule, voyons. Vous étiez sincère, je suppose ?
LIL. — Oh' ! oui ! ... trop... je l'aurais sans doute été moins si j'avais su que vous compreniez...
LE COLONEL. — Alors, c'est parfait! Moi aussi, je suis sincère ; mes amis, je vous i)résenle ma fiancée.
GASTON. — Bravo, Lil !
PIERRE. — Je vous félicite.
VIVETTE. — Oh ! Que je suis contente ! Lil, je serai ta nièce.
LIL, très émue. — Pardonnez-moi... je ne sais plus quoi dire... c'est hèle... Mais aussi, on prévient les gens.
LE COLONEL. — Eh bien ! c'est fait à l'américaine, mais c'est fait.
PIERRE. — C'est vexant lout de même, dire que je me suis éremlé à faire l'interprète pour des prunes.
LE COLONEL. — Vous serez récompensé de vos pemes. Vous h-ez me remplacer à la direction de ma fabrique à Baltimore.
PIERRE. — A Baltimore ! Oh ! Merci, colonel. L'Amérique! Mon rêve !
LE COLONEL. — Tant mieux. Alors, c'est convenu. Ma chère Lil, i>ermetlez-moi de vous offrir... ( // cherche du regard ) Mais ? . . . Qu'est devenu mon bouquet ?
GASTON. — Aïe!... Zut!... Je l'ai donné à la concierge.
VIVETTE. — A la concierge ? Pourquoi ?
GASTON. — Tu compi^nds... j'allais me fâcher... alors...
VIVETTE. — Mon Dieu, que va-t-elle i>enser ?
PIERRE. — Que Gaston l'adore. Ce n'est pas grave.
LE COLONEL. — Cela ne fait rien. J'en trouverai un autre, nest-ce pas, Lil ? I shal give j^ou flowers every day, darling.
LIL. ^ Au secours, Pierre, je ne comprends plus. Il triche de nouveau.
PIERRE. — Le Colonel dit qu'il ne vous aime plus.
LE COLONEL. — Mauvais interprète ! J'ai dit que dès maintenant, je vous donnerai des fleurs tous les joui-s.
VIVETTE. — Vous êtes taquin, Pierre, mais vous n'êtes pas curieux.
PIERRE. — Moi, pourquoi ?
TIVETTE. — Vous allez remplacer mon oncle et vous ne lui demandez raèmie pas ce qu'on fait dans sa fabrique.
iLE COLONEL. — Ah ! ça, je ne sais si j'ose le dire.
VIVETTE. — Oh ! pourquoi ?
LE COLONEL. — A cause de Gaston. J ai une fabrique de chewing-gum. ( On rit. ) ' "
GASTON. -^ Eh bien ! niori oncle, maintenant je peux bien vous confier un seci^t... un secret qui va surprendre Vivettc... et Lil aussi.
VIVETTE. — Dis vite !
GASTON. — J'adore le chewing-gum.
PI,ERRE. — Quand je serai là-bas, je t'en enverrai chaque semaine une tonne.
GASTON. — Inutile, mon vieux, j'ai déjà mon fournisseur. Regardez. ( // sort un paquet de chewinggum de .sa poche et en offre au colonel. ) Chewinggum, mon oncle ?
LE COLONEL. — Ah ! non merci, sans compliment. Moi, je l'ai en horreur !