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LA VIE DES CHIENS ILLUSTRES

Interrogé, lors de son séjour en Angleterre, en février 1914, par une rédactrice du Daily Mail, Gabriele d'Annunzio lui répondit :

<< Je ne puis engager mes lévriers dans la Waterloo Cup, à cause des lois barbares qui interdisent l'entrée des chiens étrangers en ce pays. Mais j'ai tantôt acheté un lévrier anglais que je compte faire courir l'an prochain; il dort en ce moment sur une chaise de ma chambre. Je l'ai acheté au colonel Legh à Warrington ; j'en viens.- Quelle ne fut point ma surprise d'y être accueilli par des compatriotes, un Raphaël delà première jeunesse, un Francisco Francia et une petite chapelle du xvi® siècle, garnie de bénitiers et de vitraux vénitiens !

<< La Waterloo Cup, quelle merveille ! Et cette plaine d'Altcar où les figures se détachent sur

la ligne délicate d'un paysage de bois ! On dirait d'un Tumer. J'aime la sauvagerie de ce sport, ces milliers de lièvres fuyant devant les nobles chiens, et le chant des oiseaux innombrables qui semblent stimuler l'ardeur des lévriers, et la fière allure des gentlemen farmers, tout pareils aux archers assyriens.

« Le livre que je publierai en novembre aura pour titre la Vie des chiens ilhtstres. Je l'écris en pensant à Plutarque. J'y parle de High Leg Panther, mon lévrier anglais : j'y raconte son voyage, son arrivée dans les brouillards mystérieux du matin. Je raconterai aussi l'histoire du grand Fullerton, qui gagna quatre fois la Coupe de Waterloo, son enlèvement par des gypsies quand il allait prendre une glorieuse retraite, et la rude odyssée qu'il subit avant qu'on le retrouvât.

<< Toute ma vie a été mêlée à celle des chiens. Mon imagination les voit comme des génies bienfaisants : ils ont le sens du surnaturel qui se révèle parfois à leur agitation soudaine. J'ai tant vécu près d'eux que je les comprends, et qu'ils me parlent. »

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