‹ Chez Gabriele d'AnnunzioChapitre 7 sur 8 · D ANNUNZIO ET ANNUNZIO · texte numérisé non relu

D ANNUNZIO ET ANNUNZIO

célèbre et populaire, comme le promoteur des armées noires, par exemple, ou le président du Conseil, que l'on oubliera généralement soit « monsieur», soit le titre officiel, et c'est «Briand>> ou << Mangin >> qui viendront aux lèvres. De même ferait-on pour un personnage contemporain, devenu historique, légendaire, au besoin, si ce personnage s'appelait << d'Assas » ou << d'Argenson >>. Mais jamais une foule de chez nous ne déguiserait ces noms-là en « Assas » ou << Argenson, >>

L'instinct populaire — maître du langage

— consent qu'ime particule ne fasse pas tout à fait partie d'un nom. (Et encore, que diton le plus souvent : << Monzie », ou << de Monzie >> ? ) Néanmoins, l'oreille française n'admet pas que le d, suivi d'une apostrophe, se détache de la première syllabe, à laquelle cette consonne, d, prête un autre son. Le peuple enfin

— qui, encore une fois, a toujours raison en telle matière — s'accoutumera peut-être à penser, donc à dire << Monzie » pour << Demonzie ». Toutefois il entend, et par conséquent pense et dit « Dassas, Dargenson », et aussi << Dannunzio ».

Quant à ces délicats qui prétendent aux belles

manières (i), et dont la fierté croirait déchoir en tenant compte d'une particule, ils ne devraient pas ignorer qu'en Italie celle-ci n'indique pas la moindre noblesse ; pas plus que le De flamand, qui fait partie du nom. En France même, la possession seule d'un titre signifie quelque chose ; et si la particule accompagne le plus souvent les noms d'origine anciennement noble, elle ne leur est indispensable en aucune façon. Citons, parmi d'autres, les Murât. Certes, Dupont de l'Eure et Martin du Nord produisent plus d'effet que Martin ou Dupont. Mais on a vu le contraire également : M. du Mouriez était un petit gentilhomme obscur, qui devint fameux — voire trop fameux depuis sa trahison — comme général Dumouriez. Faudrat-il le nommer << Mouriez », par hasard?

L'oreille seule doit guider un langage bien vivant et sain. C'est pédanterie que d'avoir la superstition de l'orthographe. Quoi ! parce que le d' de d'Annunzio se détache sur une page imprimée, il faudrait que l'oreille aussi fît la distinction? Voilà le contraire d'une des lois qui formèrent nos mots français. Nos aieux

(i) Au fait, il y a, ou il y eut, en France une famille nommée «d'O»; comment donc l'appellent-ils?

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nous ont légué lierre (de l'ierre, hederà), lendemain (de l'en demain), loriot (de l'oriot, aureohis). Si le grand poète italien se fût illustré de leur temps, nos ancêtres nous eussent transmis avec bonhomie son nom sous une forme telle que Danousseau, ou mieux encore, Danouciot. Ainsi degli Orsini donnait-il des Ursins. Ah ! c'est que le français était solide, en ce temps-là. Il absorbait, il dévorait tout, à la bonne heure !

Il n'y a rien de plus livresque que de ne songer qu'à l'orthograpRe des mots, quand on parle. On se laisse aller à dire mœurss, au lieu de mœur, à cause de l's du pluriel : ce qui n'est pas moins endimanché que de prononcer Brukcelles, au lieu de Brusselles, à cause de \'x (qui n'est autre que deux s, comme chacun pourrait savoir). N'ira-t-on pas jusqu'à Brukcelless ? Ca.r on n'ignore point qu'il y a aussi une s à la fin. On est bachelier, ■ ou on ne l'est pas.

Il deviendra nécessaire, en tous cas, que les partisans de << Annunzio >> s'entendent avec toute l'Italie qui dit « d' Annunzio », et toute la presse italienne, qui imprime également ainsi.

De même faudra-t-il prier nos voisins et amis de vouloir bien effacer de leur langue l'adjectif dannunziano, qui s'y trouve depuis longtemps.

et a passé chez nous sous la forme << dannunzien ».

On parle toujours de ce Suisse qui était venu à Paris pour être Suisse. Il est à présumer qu' « Annunzio >> vint en France tout bonnement pour y être d'Annunzio.

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