‹ Chez la reine de Saba; chronique ÉthiopienneChapitre 3 sur 39 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Depuis que son nom a été prononcé pour la première fois ^ il y a trois mille ans, la Reine de Saha n'est jamais sortie de la mémoire des hommes. Des intérêts religieux et politiques Vont, tour à tour, exaltée et puis diffamée. Au gré de r heure, on Va représentée comme une femme philosophe, comme une courtisane Jiardie, comme une magicienne. On lui a donné des sosies ; des points opposés de Vhorizon ils s aclieminent vers Jérusalem avec des visages de couleurs différentes, voire avec des pieds cVoie et des sabots de chèvre.

De ces contradictions une évidence se dégage. Si la Grèce a gardé le reflet d'Hélène et la Méditerranée le nom de Cléopàtre, la région mystérieuse oit le monde africain et le monde

asiatique se touchent s'est révélée dans le récit mi-légendaire, mi-historique^ qui associe les souvenirs du Roi Sage et de la Reine Amoureuse.

Chaque contrée impose au type de femme qu'elle façonne une intensité particulière. La sensibilité du Nord se mire dans cette brume de découragement oit OpJiélie s'efface. L'innocence impersonnelle de Marguerite est broyée entre une obéissance instinctive aux appels de la nature, et les rigueurs de la convention socicde. Lucrèce Borgia., politique et jalouse, tue ce qui fait obstacle à sa passion ou à son ambition. Autant d'élans qui finissent dans la mort. Par contre, pour la Française, l'amour, c'est la vie, — la vie dès ici-bas aménagée comme dans un Paradis Terrestre.

Il était peut-être réservé à Israël, à qui la Reine de Saba se rattache dans les pages que l'on va lire, de produire la femme amoureuse, éprise à la fois d'un Jiomme et d'un Idéal.

Privée de ce qu^ella a de spirituel, cette aventure de la Reine de Saba et de Salomon serait une fable banale. Ce ne sont, d'autre pcwt, ni la tradition cjue la Reine incarne ni le sacrifice qu'elle consent qui l'imposent à nous. Ce qui nous émeut au travers de la passion qui la possède, c'est le triomphe de son âme, dans la douceur de l'amour auquel elle s'abandonne, c'est l'éveil de son espoir aux certitudes de la vie éternelle. Elle

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avait adoré le Soleil, la Nature. Elle adorera Celui qui a créé le Monde. Salomon féconde à la fois sa chair et son esprit. Vierge et Reine dans un pays oit les femmes ont toujours régné, elle transmettra le sceptre à son fils avec la croyance qu'un homme lui a inspirée.

Au moment oit, avec une violence que l'on regrette, les mœurs modernes insistent sur les inévitables oppositions des sexes, on prend plaisir à remettre en lumière cette histoire d'une femme que son simple amour pour un homme et sa foi parfaite en un Dieu rendent immortelle.

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