LA FILLE DU NEGUS
les y ferait asseoir. Elles prirent de l'ombrage do cette fécondité d'une servante.
Elles se dirent entre elles :
— A cause de l'enfant, le Roi serait capable de s'attacher à cette fille. Otons-la de ses yeux... Il ne songera plus à la demander.
Elles mirent donc à profit l'absence de Ménélik et chassèrent la belle échansonne.
De la même façon Agar fut autrefois jetée hors de la tente d'Abraham avec l'enfant Ismaël.
EiN tout temps et en tout pays du monde, la vie est la même pour celle que nul ne protège pendant les mois de passion, où, dans sa ceinture, elle porte un enfant sans père. Celle-ci erra donc, les pieds nus, par les chemins.
Elle alla du côté du nord.
Elle espérait rencontrer l'armée du Roi. Si elle ne pouvait parler à son Seigneur, au moins le verrait-elle passer dans la gloire. Mais elle s'était trompée de route, et puis le poids qu'elle portait, d'heure en heure, devenait plus lourd. Enfin il fallut qu'elle s'arrêtât, car son temps était à sa fin.
Tout de jnême elle sourit à la fillette qu'elle venait de mettre au monde dans un tel dénuement. En effet, si petite, l'enfant avait le regard duLion. Et, la mère, comme si elle prenait une étoile dans le firmament pour la mettre au front de la nouveau-née, appela Torpheline Choaregga, c'est-à-dire «Affermissement du Choa » .