Chez les anciens Acadiens
Ami lecteur, si vous êtes eu quête d'un régal littéraire, femiez bien vite ce livre et passez votre chemin.
Le Grand-i^ère Antoine ne prétend pas être un littérateur, il se dit tout au plus un bon vieux causeur, qui ne vous demande que la i^ermi.ssion de jaser à .sa façon.
De plus il vous prie de ne pas considérer toutes les choses qu'il vous raconte dans ses causeries, comme des articles de foi. — Il vous avertit que les faits qu'il rapporte lui viennent pour la plupart des anciens, d'une autre époque, qui les lui ont racontés, et voilà tout.
Avec cet avis dûment donné et comptant sur la bienveillance du public acadien. il lance à l'aventure le petit livre contenant ses humbles causeries.
Il y a Cinquante Ans
Il n'est point nécessaire, mes amis, de mettre ses lunettes pour constater aujourd'hui qu'ils sont bien réels, et. tout con.sidéré, vraiment étonnants les progrès qui se sont faits chez nos Acadiens depuis une cinquantaine d'années.
Oui, il y a cinquante ans, et je m'en rappelle bien encore, c'est à peine .si nous pouvions compter deux ou trois prêtres parmi les nôtres. Point de médecins, point d'avocats, de juges ou de sénateurs acadiens dans ce.s temps-là. Peut-être avions-nous un membre à la législature du Nouveau- Brunswick et un autre à celle de la Xouvelle-Kcosse.
Quant à des marchands, des commerçants, des industriels et^autres hommes d'affaires, on pouvait alors les compter sur les doigts de la main, et des fermiers instruits, a>aut fait un cours d'études quelconque, ceux-là n'avaient point encore fait leur apparition.
Ciii-:/. i.ics Anciens AcadiI'.ns
Nous avions cei^endant quelques uiaitres-d' école, des fanieuK pédai^ogues qui passaient pour de grands savants dans ces temps-là, sachant lire et écrire couramment et pouvant enseigner les principes élémentaires de l' arithmétique d'une manière assez orthodoxe. Et c'était là à peu près les seules ressources que possédaient nos gens d'alors pour pouvoir s'instruire et se mettre aii ni\eau des autres nationalités.
Or donc, par un beau jour, c'était en 1.S(>4je crois, l'Education, la grande Education nous arriva au pays avec armes et . . . .j'allais dire bagage, mais ma foi il n'y avait point de bagage dans son train, et quant aux armes ou a voulu dire qu'elles n'étaient point dangereuses et par conséquent peu redoutabies.
Tout de même c'était bien là le commencement, le grain de .sénevé qui devait .se développer et dex-enir plus tard le .bel et grand arbre que nous admirons tous aujourd'hui et qui a déjà donné au pays de si beaux et de si généreux fruits.
Certes, avec l'éducation, les choses ont rondement marché dans le pays depuis cette époque là : Les progrès accomplis au cours des cinquante années qui \ieunent des' écouler, sont des plus con.solants, je dirai plus, ils sont surprenants, merveilleux même, de la part de notre i>etit peuple Acadien qu'on avait longtemps considéré en certains milieux comme une race inférieure, dénuée d'intelligence, un peuple de parias, de /l'i/j'-brtrds, propre tout au plus à servir de valets aux niessieurs des autres nationalités.
vSous l'induence de l'éducation, l'Acadie s'est jwur ainsi dire re. su.scitée et cela dans un e.'^pace de temps re-