‹ Chez les anciens AcadiensChapitre 2 sur 9 · II. V A Cl NOTA NT)-: Ans · texte numérisé non relu

II. V A Cl NOTA NT)-: Ans

lativenient assez court, et malgré les misères et les difficultés de tout genre qu'on n'a cessé de leur susciter, malgré les horreurs de la conquête et les traitements barbares et inouïs de la déportation, nos Acadiens depuis leur retour au pa\s des ancêtres, n'ont cessé d'avancer, de marcher fermes, tenaces et persévérants dans les voies du progrès, et aujourd'hui plus que jamais, ils prétendent tenir leur juste place au soleil des nations.

Ivt maintenant que faut -il donc dire de cette amélioration, de ce relèvement, de ces progrès chez les nôtres, à qui les de\ons-nous ?

Tout en tenant compte de notre énergie individuelle et Acadi(inu\ si vous voulez, est-il nécessaire de dire que nous les devons, ces progrès, tout d'abord et en grande partie à nos collèges, à nos maisons d'éducation secondées plus ou moins par le clergé et nos laïques bien pen- .sauts.

Oui, certes, di.sons-le bien hautement : gloire, honneur et reconnaissance à ces dévoués éducateurs qui ont formé les honunes de marcjue que nous comptons parmi nous aujourd'hui, et qui sans bruit et .sans éclat continuent encore de préparer de nos jours les jeunes gens qui seront nos hommes de demain.

Voilà un fait qu'on semble oublier parfois dans certains milieux, où l'on s'imagine avoir à soi tout seul le monopole du patriotisme, et où comme le coq de Rostand, on pense être la cause que le soleil .se lève sur l' Acadie.

\\\\ .second lieu, chapeaux bas. mes.sieurs, devant nos journaux acadiens qui, en vrais soldats, l'arme au bras e t partout sur la brèche, ont su défendre et protéger nos

Chi;z i.i'S Anciicn'S Acadikns

intérêts nationaux et diriger dans la bonne voie le sentiment de nos populations. Ils ont certaineiMent l)eaucoup de droits à notre reconnaissance, car ils ont été et continuent d'être de puissants facteurs dans Tœuvre régénératrice de notre petit peuple. — Et encore ici, ne senible-t-on pas oublier, en certains quartiers, que ces dévoués journalistes ne peuvent pas vivre seulement d'air et de belles paroles ?. . . Autrement, connnent expliquer le fait que sur une population de 2l)( ),()()() que nous .somuîes, nos trois petits journaux acadiens comptent à peine (),()()() abonnés. .. .Kst-ce là bien apprécier tout le bien qu'ils nous ont fait et qu'ils \eulent bien continuer *de nous faire, si nous avons .seulement le cteur de les encourager comme ils le méritent ? . . . .

Pour finir, ajoutons qu'en fait de patriotisme pratique, (le patriotisme en action, rien de plus beau et de plus louable que la magnifique vSociété Mutuelle de lA.s.somption qui vient d'apparaître à l'hori/.on, in.stitution unique jusqu'ici dans .son geni'e et qui est destinée à faire le plus grand bien chez les nôtres, si elle reçoit l'encouragement voulu. I{t encore ici, faisons-nous notre devoir ?. . cette belle société ne compte encore que ô,0()() membre.s, et est-il nécessaire de dire que chaque Acadien, digne de ce nom, de\rait se faire un rigoureux devoir d'>- appartenir et de soutenir ]var tous les moyens pos.sibles cette (cu\re patriotique par excellence et éminemment nationale ?.... Kxamiuons donc notre conscience sous ce rapport et mettons en pratique les résolutions qui ne

manqueront pas de provenir de cet examen

Mais je m'arrête ici. car. .si je mécoutais, j'aurais l'au- •dace de vouloir vous débiter un discours dans le genre de

Il y a Ci-NuiAxT]-: Ans

-ceux que nous entendons parfois dans nos grandes conventions, de ces discours où l'on fait beaucoup de bruit, où l'éloquence coule à grands flots, etc., mais qui aboutissent presqu'invariableinent, quant aux résultats pratiques, par ce qui est dit dans la fable du bonhomme Lafontaine : "La montagne en travail enfente une souris." D'ailleurs il n'est point du domaine du Grand-père Antoine de faire des discours, il n'a d'autre prétention que celle de vouloir causer, et il espère que sa simple causette saura tout de même vous intéresser. —Allons, maintenant, mes amis, a\-ant de coumiencer ces entretiens, chantons tous ensemble notre petite "Marseillaise Acadienne", qui, soit dit en passant, ne ressemble guère à celle de nos fougueux républicains d'otitre-mer. Aussi, que ce chant Acadien nous .serve donc pour ainsi-dire de l)énédicité patriotique aujourd'hui et pour toujours, car en suivant lidèlement les principes énoncés dans cet hymne, nous" ne pouvons manquer d'arriver .sûrement aux fins que le bon Dieu a en vue pour le peuple Acji-

'dien.

".AIARSl'IIXAISE ACADIENNE'-'

Allons enfants de l'Acadie,

Oui, haut les cœurs, as.sez pleurer.

Ht saluons l'ère bénie

Qui vient pour nous de se lever.

Trop longtem])s sommes nous esclaxes

D'un sort contre nous acharné.

Brisons sans tarder nos entraves.

Marchons, marchons, le réveil est sonné.

10 Cni:z L}:s Ancikxs Acadihns

ClKKl'R

Honneur à l'Acadie,

Vive notre Patrie !

Chantons la terre des aïeux, ' a--

C'est la plus belle sous les cieux. )

De nos pères suivons les traces, Marchons sans reproche et sans peur, Comme eux tenons toujours vivaces Les nobles lois du vieil honneur.

Gardons leur foi et leur vaillance.

N'oublions pas leur doux parler Héritage reçu de France .Sachons, sachons toujours le conserver.

Vers ^a^•enir avec courage

l'renons sans crainte notre essor,

A nous la gloire pour partage

Si nous joignons tous nos efforts.

Marie au Ciel est notre Mère,

»Son étendard guide nos pas.

Au champ d'honneur, à la victoire

Marchons, marchons, frères ne tardons pas.

Honneur à l'Acadie,

Vive notre Patrie !

Chantons la terre des aïeux, I , .,

C'est la plus l>elle sous les cieux. \

Mariages d^ Autrefois

C"e.st ini fait bien reconnu (]ue la race acadienne française s'est distinguée de tout temps par rameur profond et sincère que se portent entre eux les membres de chaque foyer.

Aussi, dans mon jeune temps, comme de nos jours encore, nos maris Acadiens, suivant en cela le conseil de Saint- Paul, ne manquaient i^as de professer pour leurs tendres et chères moitiés, les sentiments d'un jirofond respect et de l'amour le plus sincère, et en retour il est facile de comprenslre que nos bonnes fennnes acadieiines, de leur côté se montraient des plus dociles à l'exhortation du grand Apôtre et chérissaient de tout leur cœur les compagnons que le Ciel leur avait donnés.

Quant aux enfants provenant de l'union de tels parents, il va .sans dire qtie ]X)ur eux le quatrième commandement, le seul d'ailleurs auquel Dieu ait attaché une promesse formelle de récompense, leur devenait

12 Cnicz i.ivs AxciKNS Acadiicxs

d'une observance assez facile, et ainsi de cette union, de cette paix quasi-générale qui existait alors au sein des familles, il s'en suivait que les bons curés de ces tempslà, se vo\aient rarement dans l'obligation d'a\-oir à discourir sur les brouilles ou le manc[ue d'union dans les •nénages.

Aussi faut-il dire que les alliances d'autrefois étaient toujours commencées et cimentées sous les auspices de la religion. Point de ces mariages faits à la \apeur connue il arrive de nos jours, sans préparations et quelquefois sans messe et sans bénédiction nuptiale ; le ces contrats tout mondains où l'on semble \ouloir exclure toute jjarticipation de l'action divine et surnaturelle, avec un cérémonial froid et banal qui ne dit rien au Cfêur des jeunes contractants, les laissant pour ainsi lire à leurs seules ressources, privés du secours et des grâces du Ciel pourtant si nécessaires à ceux qui s'engagent dans les liens indis.solubles et parfois difficiles de l'état du mariage.

Il >■ a quelques années pas.«ées, nous avions dans notre paroisse un curé qui était comme l'on dit, tout un type sous certains rapports, ce qui ne l'empêchait pas d'être nn vrai saint, un bra\'e et un patriote si jamais il en fut.

Sa grande ambition, a])rès le salut des âmes, était de bénir autant de mariages que possible et puis d'établir les nouveaux ménages sur des bonnes terres dans sa paroisse, ou de les en\-o>er se joindre aux colons des nouvelles colonies eu \oie de formation dans le pays.

Oh ! par exemple, c'est lui qui nous prêchait l'iuipor- .tance des Ijounes fréquentations, de ces fréquentation.s

Mariaghs d'Ai trkfois' l-»-

f;ages et chrétiennes qui conduisent généralement à^ dés >nariages heureux et bénis du Seigneur.

Aussi de son temps, les fréquentations des jeunes geiis dans notre paroisse se faisaient toujours sous l'œil et lai vigilance bienveillante et modérée des parents, et il va sans dire que les choses se passaient toujours d'unemanière très convenable. Point de ces assemblées et deces rencontres à la dérobée, où l'on tâche de se soiistraire à la surveillance des parents, oubliant en même temps que l'on ne saurait se soustraire à la présence continuelle et à l'œil vigilant de Celui qui voit tout et connaît tout.

"Mes amis, disait ce bon curé, je comprends que les fréquentations sont nécessaires, il faut de toute nécessité que la jeunesse .se connaisse avant de s'engager dans les liens d'une union qui doit durer toujours ; mai;-., que ces fréquentations .soitnt de la bonne espèce, c'est-à-dire qu'elles soient sages, prudentes, con\-enableset chrétiennes.

''Or donc, ajoutait-il, je permets aux garçons d'aller voir les filles une bonne fois par semaine pour se choisir des compagnes, mais qu'ils prennent bien garde de ne pas prolonger leurs visites au-delà de dix heures du soir, car pour des travaillants, pour des honnôtes gens, pour tout le monde enfin, c'est l'heure d'être rentre à la mai- ,sou et de se repo.ser.

"Si par hasard nos jeunes galants témoignaient ledésir de vouloir prolonger la veillée, alors que les mère.s de famille leur signifient que c'est le temps de déguerpir ; je conseille même à ces dernières de se servir du

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manche à balai, dans le cas on ils se montreraient réfractaires anx ordres ainsi donnés.

"Oni, mariez-vous, le plus tôt le meilleur si c'est la vocation où le bon Dieu vous appelle, mais mariez- vous en chrétien et que le bon Dieu et la Sainte Vierge assistent à vos noces.

"Jeunes hommes ne vous mariez point pour la beauté ou pour l'argent.

"Vous connaissez le vieux proverl>e toujours vrai qui dit que "la 1:>eauté n'apporte point à dîner", et vous devez savoir que l'argent sans la vertu ne vous rendra jamais heureux.

"Que ce ne soit point vos >eux qui vous marient, mais que ce soit \otre raison et votre l)on sens commun.

"A quoi vous servirait-il de marier des poupées toutes fardées et belles à voir ((uant à l'extérieur, mais qui seraient dépourvues à l'intérieur des qualités qui vdoivent orner l'âme et le cœur ?

"N'oubliez pas non plus, et c'est ici l'important, que les parents peuvent bien donner les maisons et les richesses, mais qu'une fennne sage et prudente est un don qui ne vient que du Seigneur. vSi donc vous voulez inie compagne qui vous rende heureux en autant que possible dans ce bas-monde, priez le Ciel <le vous l'accorder.

"Et pour vous, jeunes tilles, qu'il en soit de même, ne mariez jamais un jeune homme ix)ur le .^eul amour de sa beauté ou de son élégance. Choi.ssissez, si vous voulez être heureuses, des jeunes hommes industrieux, tra- •v'aillants et fidèles à leurs de\'oirs religieux.

"Ah ! jamais, non jamais, ne faites l'irréparable folie

Makiac.I'S i)"ArTKi:i'()is

d'allier votre sort à celui d'un ivroone ou d'un paresseux. Mieux vaudrait mille fois rester vieille fille pour toiTjours et coiffer vSainte-Catherine tout de bon, que de risquer ainsi de mener luie vie d'enfer, et dans ce monde et dans l'autre à venir."

Quelque fois à la publication des bans, ce bon et brave curé qui avait tant à cœur les intérêts spirituels et matériels de ses ouailles, semblait oublier parfois qu'il .se trouvait à l'église et non dans une réunion de famille, et après avoir annoncé les bans de mariage d'un tel et -d'une telle, et comme pour encourager les autres à suivre le bon exemple, il se permettait parfois des digres- .sions, des réflexions faites avec la meilleure intention du monde et que le bon Dieu lui aura certainement bien pardonnées.

"Tiens, disait-il, vous le connaisse/, bien, c'est p'til Toine à François qui se marie, celui qui demeure sur le haut de la côte. C'est certainement un brave garçon, bien travaillant et fidèle à ses devoirs religiettx, et je suis convaincu qu'il fera un excellent mari. Tenez, l'autre jour en pa.ssant par chez-lui, je n'ai pa.s manqué de remarquer qu'il tenait ses bâtiments en très bon ordre, jusqu'à sa clôture qu'il avait bien blanchie et qui était toute reluisante de propreté. A ce propos, j'en connais quelques-uns dans la paroisse qui, certes, ne .sont pas aussi diligents que lui sous ce rapport-là, et s'ils consacraient une partie du temp.s qu'ils dépensent en visites inutiles, à manier la brcsse à chaux sur leurs bâtiments .sales et si pauvres d'apparence, ils se rendraient certainement un bon service

](> Chkz i.ks Anciens Acadikns

tout en sativegardant le bon nom et l'honneur du village.

"Quant à Julie à Dominique qu'il marie, c'est certainement une bonne fille qui n'a jamais trainé les chemins, une bonne travaillante et qui aide bieia sa pauvre mère. Vraiment, je ne sais pas trop comment la brave fenune va faire pour .se passer d'elle. — P^nfin, il faut iDien qu'elle se marie quelque temps, et si c'est la volonté du bon Dieu, les choses s'arrangeront pour le mieux."

Vn autre sujet qu'il avait beaucoup à cœur était celui de la colonisation, et il lui arrivait presque invariablement au cours de .ses instructions d'émettre quelques réflexions à propos d'agriculture.

"Ah ! mes enfants, s'écriait-il, aimez bien la terre, car c'est une bonne mère, une mère vraiment nourricière qui donne toujours en abondance et même au surplus quand on la traite comme il faut.

"De plus, .soyez certains, que c'est dans l'observance de notre sainte religion et dans la culture intelligente des terres que le bon Dieu a mises à votre disposition, que vous trouverez le vrai bonheur ici-bas.

"Et pourquoi donc aller en pa\s étrangers y dépenser toutes vos forces en peu d'années, dans des usines .sales et malsaines, au .service de maîtres durs et intraitables bien souvent .... Ht puis qu'arrive-t-il ? Au bout de quelques années qui ne vous profitent nullement, après avoir sué sang et eau au .service des autres, il arrive qu'il ne vous reste en fin de compte qu'une santé délabrée à tout jamais, que \-ons n'a\'ez point de maison.

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