‹ Chez les anglaisChapitre 20 sur 29 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

le prince JACQUES, LADY JEANNE,

JACQUES, lui baisant longuement les mains.

Je ne saurais vous parler encore...

LADY JEANNE

Je suis venue ici m’engager à vous pour toujours, devant Dieu.

JACQUES

Dieu est bon, madame, et vous le prouvez... mais vous ne voulez pas dire que vous allez partager ma prison ?

LADY JEANNE

Chaque minute à son prix. Mes paroles seront brèves. Sacrifiée à des intérêts dont le premier mot m’est inconnu, je dois être unie ce soir même à un fiancé dont je ne verrai le visage et dont je ne saurai le nom que sur le seuil de la chapelle. Tel est l’ordre de mon père et le vœu du pays.

- JACQUES

Et quelle est votre volonté ?

LADY JEANNE

Ma présence vous en dit trop. Je ne suis et ne serai jamais qu’a vous. J’ai rompu mes liens, garderez-vous les vôtres? Qu’on cède, en vous faisant disparaître, aux tentations d’une politique

JACQUES I«r.

sans remords, ou qu’une abominable clémence éternise votre captivité : c’est à l’un ou à l’autre de ces destins qu’il faut vous résigner d’avance, si vous ne vous sentez pas prêt pour un grand effort. Vous ne vous appartenez pas...

JACQUES

Sans doute, puisque je vous appartiens.

LADY JEANNE

Pas à moi seulement, car ce tendre amour ne saurait suffire à la constance de nos grands desseins. D’abord vous appartenez à la justice, à la vengeance... Ensuite nous parlerons d’amour, car il n’est pas de meilleur amour que celui qui a détrôné la haine. L’usurpateur d’Albany a fait mourir votre père de douleur et votre frère de faim. Les mânes inapaisées de Rothsay vous implorent avec moi. D’Albany vous a laissé grandir en prison. Il s’est assis à votre place sur le trône d’Écosse. Son fils traître, lui aussi, est venu imprimer une seconde souillure au diadème illustre de Robert. Votre peuple est malheureux; vous pouvez le secourir, et moi je vous supplie...

JACQUES

Pourquoi veux-tu que je sois roi? Pourquoi vivre à côté de la trahison et du meurtre ? Morgan me disait tout à l’heure qu’un poète...

LADY JEANNE, l’interrompant.

Morgan n’est qu’un fils de valet...

JACQUES I«

JACQUES

Hé bien ! non, j’ai payé trop cher l’expérience du despotisme pour en pratiquer sur d’autres les leçons. Et puis crois-tu que je puisse considérer sans terreur tes projets? Je pourrais accepter seul les risques d’une fuite, mais t’y exposer!...

LADY JEANNE

Vous n’avez plus le droit de me refuser de vous suivre.

JACQUES

Je veux bien voler avec toi à la conquête de la liberté, mais non à celle d’une couronne.

Écoute loin d’ici, Jeanne mon bon génie,..

LADY JEANNE

Hé ! crois-tu que ce soit pour rêver le jour au bord des lacs, et chanter toujours des chansons, que moi, princesse, je suis venue dire : « Je t’aime, » à toi le prisonnier ?

JACQUES

Soit, madame, c’est le ûls du roi qui écoute la princesse.

LADY JEANNE

N’entends-tu pas? les cloches s’ébranlent... vois Saint-Geoi'ges qui s’illumine... fuyons!

JACQUES

Votre absence a dû mettre déjà sur pied tous les gens du château.

JACQUES I«

LADY JEANNE

Hé quoi! l’espérance d’être libre ne te rend pas plus joyeux ? Gesse de trembler pour mon compte. Tandis que tu rêvais, je disposais tout pour notre voyage. L’oncle de Mary, ma suivante, possède non loin d’ici une maison dont l’abri nous est assuré. Au moment où je parle, cette dévouée Mary est dans ma chambre; elle a revêtu ma robe d’épousailles, et va jouer mon personnage aussi longtemps que possible. Plus tard, elle tâchera de nous rejoindre.

JACQUES

Muse de ma liberté et de mon pays, ordonne, je suis à toi.

Au moment où lady Jeanne aide le prince à s’envelopper d’un manteau, la porte s’ouvre brusquement; Osmond entre tout effaré, et les contemple avec stupeur.

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