SCÈNE VII
les mêmes, MARY, LADY JEANNE DE BEAU-
FORT, soigneusement enveloppée.
MARY
Le prince Jacques est-il prévenu?
OSMOND
Recommande surtout à cette bonne vieille dame de ne pas tousser... ou nous sommes perdus.
MARY
Ne crains rien.
OSMOND
Venez, respectable dame! (Bas à Mary.) Quel conte m’as-tu fait? elle est très bien conservée, droite comme une flèche, allant et venant sans bâton. (a Jeanne.) Madame, nous pouvons pleurer, mais pas de sanglot, s’il vous plaît, (a Mary.) Elle ne répond pas! sourde, peut-être? il faudra crier.
LADY JEANNE, au prince.
Salut, beau neveu.
JACQUES
Dieu vous assiste, belle tante!
OSMOND
Qu’est-ce qu’on peut bien se dire quand on ne
JACQUES I®
s’est jamais vu? (Bas à Mary.) Dis-moi donc comment on la nomme?
MABY.
Ah! voilà! c’est une grande dame comme tu dis... te fait-elle peur, celle-là?
JACQUES, à lady Jeanne.
Oh! Grâce! comment jamais dire l’extrême bonheur que je vous dois ?
OSM OND , à Mary.
Comme il parle drôlement à sa tante !
MARY
Vous feriez bien de me parler à moi.
OSMOND
Écoutons tout de même, c’est curieux !
MARY
N’allez-vous pas vous occuper de moi ?
LADY JEANNE, à Mary.
Venez, Mary, je veux vous parler. (Mary s’approche.) Gagne au plus vite mon appartement; tâche de t’y renfermer longtemps, sans éveiller le soupçon. Avec l’aide du ciel, nous serons loin d’ici avant l’heure de la cérémonie. Nous sommes de la même taille toutes deux, on pourra ne s’apercevoir de rien, et, d’ailleurs, s’il y avait du danger...
MARY
S’il y avait du danger, madame, je vous aurais servie, et vous remercierais.
JACQUES !<”•
LADY JEANNE
N’oublie pas de garder le voile nuptial bien baissé... Mais comment échapperas-tu aux regards de mes demoiselles d’honneur?
MARY
Nos dispositions sont bien prises, vous le savez, pour déjouer leur finesse. Elles n’auront pas de peine à croire, sachant la préférence dont vous m’avez toujours honorée, que vous m’avez désignée pour aider à votre toilette. Votre personne une fois en sûreté, je songerai à vous aller rejoindre où vous avez dit.
LADY JEANNE, à part.
Va, ma belle : (Haut.) Mary, que je vous embrasse !
MARY
L’ai-je déjà mérité?
OSMOND, à Mary.
Sais-tu bien que Digby nous espionne?
MARY, à Osmond.
N’aie pas peur de ce singe : grâce à certaine lettre qui lui donne rendez-vous au bout du parc, nous en sommes délivrés.
OSMOND
Bravo ! Viens me conter cela.
MARY
Je t’obéis. (Au moment ou Osmond va ouvrir la porte de droite, on entend un bruit de pas.)
JACQUES 1er.
D I G B Y , parlant du dehors.
Osmond, sublime Osmond! Que faul-il dire de votre part à la jeune Mary, qui m'aime et me donne un rendez-vous?
MARY, à Osmond.
T’ai-je dit vrai?
OSMOND, à Digby.
Dis-lui que je vais t’assommer.
D I GB Y, même jeu.
Vous devez vous ennuyer, tout seul là-dedans, Osmond? Que je voie un peu votre mine.
OSMOND, se plaçant devant la porte.
Cache-loi, Mary, et vous tous, silence!
DIGBY
Il fait trop noir chez vous. <u s’éloigne.)
MARY, après un silence.
Nous en sommes bien quittes maintenant; viens, Osmond, j’ai deux minutes à te donner, et puis tu me verras encore, dans une demi-heure, quand je viendrai chercher mylady.
OSMOND, à lady Jeanne.
Surtout, illustre tante, dans l’intérêt de votre cher neveu, pas de sanglots, je vous prie.
(Osmond et Mary sortent.)
JACQUES 1«