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Tous droits de reproduction et de traduction éi pour tous pays.
l'ul.lished i" July 1908.
Voyager vite et sans préparation dans un pays inconnu, c'est être certain de peu voir et de mal voir le peu qu'on voit.
Il faut recourir aux livres, non point pour s'y asservir, mais comme à des interlocuteurs que vous écouterez avec attention et dont vous contrôlerez les dires. Il faut recourir de même aux hommes qui sont allés avant vous dans la contrée que vous voulez visiter.
Fondateur et président de la Canadienne (i), m'occupant ainsi du Canada depuis plusieurs années, ayant lu les ou-
(i) Association qui a pour but de multiplier les relations de toutes sortes entre le Canada et la France. Cette association, qui a son siège social à Paris, 26, rue de Grammont, publie une revue mensuelle.
vrages les plus sérieux' sur les questions canadiennes, connaissant des Canadiens et des Français qui revenaient du Canada, j'ai cru que je pourrais y faire, sans trop de risques, ce que j'appellerais volontiers un voyage de vérification. Vérification de notions déjà précises, mais auxquelles manquait la confrontation directe avec la réalité.
En outre, je me suis borné prudemment. Sans m'interdire de regarder à droite et à gauche, je me suis occupé surtout de savoir ce qu'était, au Canada, la situation actuelle des Canadiens-Français et ce qu'y devenaient les Français de France. Quand j'intitule ce livre : Ches les Français du Canada, c'est de ces deux sortes de Français en même temps, les Canadiens et nous, que j'entends parler.
L'attention est attirée sur le Canada par la nouvelle convention commerciale franco-canadienne. Mais n'oublions pas non plus que, vers le Canada, se porte une émigration française régulière.
Ne nous en plaignons pas sous prétexte que, notre natalité diminuant, il ne faut pas émigrer. Il faut émigrer, au contraire, parce que notre natalité diminue. Les économistes ont démontré qu'une émigration normale — et la nôtre reste malheureusement bien au-dessous de la normale — a pour résultat de faire monter le taux de la natalité de manière à combler non seulement les vides, mais à accroître le chiffre de la population (iV
(i) Consultez à ce sujet la brochure de M. René Gon-
Ne disons pas non plus que le Canada, en attirant nos émigrants, fait concurrence à nos colonies. Nous n'avons pas d'autre colonie de peuplement que l'Algérie (i); et elle ne s'adresse pas, pour ainsi parler, à la même clientèle. Tout Français qui veut y obtenir une concession gratuite doit, justifier d'un capital minimum de 5,000 francs. Tandis que, dansl'Ouest canadien, où la main-d'œuvre est rare et chère, notre cultivateur, même sans argent, peut toujours vivre de son travail en arrivant au printemps. Enfin, ce sont les Provençaux et les Languedociens qui semblentles colonisateurs naturels de l'Algérie, alors que le Canada réclame plutôt des Bretons, des Picards,
nard, professeur à la Faculté de droit de Lyon : Dépopulation et Législateurs. (Paris, Larose et Forcel, 1903.)
(1) Voyez l'enquête de M. Robert Doucet : Doit-on aller aux colonies!' (Edition du Comité Dupleix, Paris, 1907.)
des Poitevins et des Angevins, des Jurassiens, des Savoisiens.
Puis nos cultivateurs réussissent généralement dans le Grand Ouest. Un roman plein de verve contre la colonisation au Canada : la Poînte-aux-Rats de M. Forestier, a paru dernièrement (i).
Mais il n'y est question que de bourgeois : employés, commerçants, officiers, bacheliers. Ceux-là échouent, en effet, presque tous. Il n'en est point de même, je le répète, des cultivateurs, qui constituent aujourd'hui la majorité de nos émigrants.
Statistiques et livres mis à part, je me suis instruit d'une manière très simple : en causant. J'ai interrogé partout et sans
(i) Paris, Pion, 1907.
me lasser; j'ai classé les réponses; je les ai contrôlées les unes par les autres.
Tout exemple que je cite est un exemple typique, presque une moyenne.
Chaque fois qu'on m'a recommandé de me défier de telle personne à cause de ses critiques partiales, je me suis hâté de la voir. J'ai donc entendu toutes les cloches; je crois avoir réussi mes enquêtes; et, même au cas où je me tromperais sur certains détails, j'espère bien ne pas donner une idée fausse des ensembles.
Si j'ai péché parfois, cela n'a pu être que par sympathie. Car la race canadienne-française — notre race en Amérique — m'inspire un intérêt passionné.
Je ne m'en défends pas. Loin de combattre ce sentiment, je voudrais qu'il fût contagieux.