‹ Chez les Hova (au pays rouge)Chapitre 22 sur 23 · PLÉNIPOTENTIAIRE DE LA RÉPUBLIOCE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

PLÉNIPOTENTIAIRE DE LA RÉPUBLIOCE FRANÇAISE

Dans la Conférence du 22 octobre 1894

[Pièce non insérée au Livre Jawie sur les affaires de Madagascar)

« A M. LE Myre de Vilers,

« Plénipotentiaire de la République française.

« La nouvelle de votre arrivée en mission spéciale à Madagascar a causé à Sa Majesté la Reine et à son Gouvernement le plus vif plaisir, d'une part parce qu'ils reconnaissent en vous des sentiments conciliants et un homme d'une expérience approfondie des affaires ; de l'antre, parce que le Gouvernement de Sa Majesté est lui-même très désireux de maintenir les relations qui existent entre les deux pays. Donc, profitant de votre arrivée, comme plénipotentiaire de la République, à Tananarive, j'ai cru nécessaire de vous décrire succinctement certains actes désolants qui se sont passés ici et qui ont été faits et encouragés avec intention pour refroidir les bonnes relations.

« Dans la nuit du 8 octobre 1889, des soldats de l'escorte du Résident général se sont emparés des canons de la batterie d'Ambodinandohalo et les ont jetés dans les précipices.

424 CHEZ LES IIOVA

« Le 14 juillet 1890, je suis allé à la Résidence générale pour un dîner, à Toccasion de la célébration de la fête de la République. Lorsque tous les hommes de ma suite ainsi que les porteurs étaient assis bien en ordre dans la cour, les soldats de l'escorte qui montaient la garde, et qui étaient ivres, se sont mis à battre les hommes de ma suite. Plusieurs Malgaches ont reçu des coups de baïonnette et de sabre ; d'autres avaient les jambes ou les bras disloqués dans leur chute en voulant fuir; certains avaient perdu leurs effets, et les fanaux qu'ils portaient avaient été cassés en morceaux.

« Le l^'' juin 1893, trois soldats de l'escorte ont pénétré de vive force dans une maison particulière, sise à Ambodinandohalo, et ont fracturé la porte d'une chambre en lançant de grossières insultes au propriétaire.

« Le mardi qui a précédé le 24 octobre 1893, lorsque les soldats de l'escorte revenaient de l'enterrement de M. Millier, la foule, place d'Andohalo, poussa un cri d'admiration en voyant ce défilé, sa marche en cadence, que ne soutenait aucun tambour. Le Résident général prit en mauvaise part la manifestation qui n'était qu'un hommage, y vit une insulte, et me déclara qu'à la suite de cet incident il avait ordonné à ses soldats de tirer sur toutes les personnes qui les outrageraient ainsi. Depuis cette époque les soldats de l'escorte n'ont plus connu de frein ; presque journellement ils se sont livrés à des extravagances de toute sorte et à des voies de fait sur les Malgaches rencontrés dans la rue ; ils se sont mis à violer les domiciles des indigènes, à s'emparer, sur les marchés, sans payer, des denrées que débitent de pauvres marchands.

« Dans la journée du dimanche 21 janvier 1894, un soldat français, ivre, s'était placé dans la cour du Dispensaire français d'Ambodinandohalo, d'où il lapidait les passants. La circulation était littéralement arrêtée. Après s'être livré quelque temps à cet exercice, il chercha à pénétrer dans l'église d'Am-

MÉMOIRE DE RAIML AIARIVOUNE 42d

bôdinandohalo. Heureusement, un Père de la Mission eut la présence d'esprit de fermer la porte d'entrée ; sans quoi, il se serait produit dans l'intérieur de l'église des scènes sanglantes.

« Dans la soirée du dimanche 15 juillet 1894, trois soldats de l'escorte se mirent à poursuivre les passants et essayèrent de désarmer la police malgache. Dans la même soirée, sept autres soldats français tentèrent également d'enlever leurs armes aux agents de notre police ; ils forcèrent ensuite la maison de Rainimandiamànana, la fouillèrent de fond en comble, si bien que les habitants, épouvantés, craignant d'autres violences, évacuèrent le logis. Les soldats ne se retirèrent qu'après avoir brûlé toute la paille de la maison pour se chauffer.

« Le 24 août 1894, sur le passage des obsèques de M™^ Victoire Rasoamanarivo, un soldat français frappait à la tête, d'un coup de canne, une vieille femme qui se croisait avec lui.

« Dans la soirée du 27 août 1894, un soldat français donna un coup de crosse de son fusil à un Malgache, nommé Ralevy, qui passait devant la porte de la Résidence générale : il reçut un coup de cravache qui lui fit une enflure à la nuque.

« Le 29 août, un détachement de soldats français tenta d'entrer de vive force dans le jardin particulier de Sa Majesté, à Mahazoarivo. Lorsqu'ils étaient encore assez loin de l'entrée, des gardiens allèrent à leur devant pour les inviter à ne pas s'avancer. Ces soldats voulurent braver la défense et ne revinrent sur leurs pas que devant l'attitude résolue des gardiens. Mais, tout en s'éloignant, Tofficier qui commandait le détachement montra son poing en signe de menace.

« Dans la soirée du 11 septembre 1894, deux soldats français armés ont pénétré dans l'enclos d'une propriété privée, à Ambatovinaky. Une femme enceinte, effrayée de cette irruption, voulut se sauver, tomba et se fit mal. Les soldats sont entrés

426 CHEZ LES IIOVA

dans la maison, ont ouvert les portes des chambres et sont montés jusqn'à Vétage.

" Il est à noter que ce n'étaient pas seulement les- soldats qui comme) tfiierit fie tels actes, si préjudiciables aux bons rapports dos deux nations : corlains fonctionnaires du Gouvernement français s'en sont aussi rendus coupables.

<( Nous savons qu'en France tous fauteurs do trouble ou de rébellion sont rigoureusement poursuivis. Cependant, à la date du 20 juin 1804, la Résidence générale a publié en malgache, dans son journal Ny MaJagany^ un article dénigrant la personne de Sa Majesté et la mienne, et excitant le peuple à la rébellion contre l'autorité de Sa Majesté, Je ne mentionne pas ici les calomnies adressées par le même journal hjx membres <\i- ]h f;)rriill<- foyrjlo.

'( Dans le contrat relatif a l'otablissomont et à l'exploitation d'une ligne télégraphique de Tananarive à Tamatave, pour le compte du Gouvernement malgache, l'époque de la reprise de l'exploitation par lo Gouvornomont malgache se trouve stipulée. Cependant, à l'expiration du délai et lorsque les employés malgaches étaient reconnus propres à conduire eux-mf'mes l'exploitation, comme nous nous présentions pour reprendre le service, il nous fut répondu que la reprise par lo (Gouvernement malgache du service télégraphique pourrait otro interprétée par le (iouvernement de la République comme un acte d'hostilité manifeste à l'égard de la I''rar)ce.

«' Le 58 mars I89i, M. Denis, commandant le Ilugon^ alla vfjir lo gouverneur Faradofay au sujet do l'établissement d'un appofit/rnofit a \u Douane, et lorsque le gouverneur lui eut répondu fju il devait encore en référer à son gouvernement, le commandant se mit en colère, menaçant le gouverneur de le prendre de force et de l'emmener à bord. Cette conduite du commandant Denis était do uatiiro à compromettre le respect et la confiance réoiproquos quo doivent entretenir entre eux les

MÉMOIRE DE HAIML \l AfMVOLNE »27

représentants des deux pays. Mais lorsque nous nous en plaignîmes à M. le Résident général, colui-ci nous répondit qnil approuvait en tout la conduite du comnriandant Denis.

« Dans la matinée du 30 mai 1894, cinquante marins français débarquèrent à Tamatave pour y fiire des exercices militaires à Ambodimanga, malgré la protestation la plus énergique de la part du gouverneur de l'endroit. Le fait, ultérieurement, se reproduisit. De pareils procédés ne se comprennent pas au moment où les relations entre les deux pays sont bonnes.

« Le 17 juin 1804. M. X..., accompagné de deux citoyens français, s'introduisit de vive force dans la maison d'un Malgache nommé Ranaivo. N'y trouvant pas celui-ci, il enleva, non sans l'avoir d'abord giflée, la femme qui gardait la maison. Tous les effets de Ranaivo furent soit abîmés, soit emportés. Au nombre de ceux-ci se trouvaient : deux fusils appartenant au Gouvernement; une lance, une liaclie, un canif et quatre cJefs au maître de la maison. Les mêmes personnes ont fait également irruption dans le temple d'.Vmbatomitsangana au moment du service religieux et y ont causé le f)lus grand trouble. Enfin le nommé Rainimoiia. sous prétexte qu'il avait accusé Ranaivo d'avoir voulu l'empoisonner, a été garrotté, puis amené chez M. X..., où on lui a infligé des supplices atroces: on lui a mis les fers aux pieds et lié les mains avec une corde derrière le dos ; la corde était tellement serrée qu'elle s'enfonçait dans la chair qui s'enflait à faire horreur. Après maintes réclamations de la part des fonctionnaires du Ministère des AfTaires étrangères, qui voulaient la confrontation des deux accusés. ^L X... ne voulut point livrer son prisonnier. Ce ne fut qu'au moment de son déparl pour la France qu'il consentit à le relâcher.

" Le même jour 17 juin 1894. un jeune homme appelé Rakotomanga n'eût pas plus tôt renfermé sur lui la porte d'une mai- - m dan? laquelle il entrait, que M. X... et ses compagnon

426 CHEZ LES nOVA

dans la maison, ont ouvert les portes des chambres et sont montés jusqu'à l'étage.

« Il est à noter que ce n'étaient pas seulement les- soldats qui commettaient de tels actes, si préjudiciables aux bons rapports des deux nations : certains fonctionnaires du Gouvernement français s'en sont aussi rendus coupables.

« Nous savons qu'en France tous fauteurs de trouble ou de rébellion sont rigoureusement poursuivis. Cependant, à la date du 20 juin 1894, la Résidence générale a publié en malgache, dans son journal Ny Malagasy^ un article dénigrant la personne de Sa Majesté et la mienne, et excitant le peuple à la rébellion contre l'autorité de Sa Majesté. Je ne mentionne pas ici les calomnies adressées par le même journal aux membres de la famille royale.

« Dans le contrat relatif à l'établissement et à l'exploitation d'une ligne télégraphique de Tananarive à Tamatave, pour le compte du Gouvernement malgache, l'époque de la reprise de l'exploitation par le Gouvernement malgache se trouve stipulée. Cependant, à l'expiration du délai et lorsque les employés malgaches étaient reconnus propres à conduire eux-mêmes l'exploitation, comme nous nous présentions pour reprendre le service, il nous fut répondu que la reprise par le Gouvernement malgache du service télégraphique pourrait être interprétée par le Gouvernement de la Répul)lique comme un acte d'hostilité manifeste à l'égard de la France.

« Le 28 mars 1894, M. Denis, commandant le Hugon^ alla voir le gouverneur Faradofay au sujet de l'établissement d'un appontement à la Douane, et lorsque le gouverneur lui eut répondu qu'il devait encore en référer à son gouvernement, le commandant se mit en colère, menaçant le gouverneur de le prendre de force et de l'emmener à bord. Cette conduite du commandant Denis était de nature à compromettre le respect et la confiance réciproques que doivent entretenir entre eux les

MÉMOIRE DE RAINILAI ARIVOLNE 427

représentants des deux pays. Mais lorsque nous nous en plaignîmes à M. le Résident général, celui-ci nous répondit qu'il approuvait en tout la conduite du commandant Denis,

« Dans la matinée du 30 mai 1894, cinquante marins français débarquèrent à Tamatave pour y faire des exercices militaires à Ambodimanga, malgré la protestation la plus énergique de la part du gouverneur de l'endroit. Le fait, ultérieurement, se reproduisit. De pareils procédés ne se comprennent pas au moment où les relations entre les deux pays sont bonnes.

a Le 17 juin 1894, ]\L X..., accompagné de deux citoyens français, s'introduisit de vive force dans la maison d'un Malgache nommé Ranaivo. N'y trouvant pas celui-ci, il enleva, non sans l'avoir d'abord gitlée, la femme qui gardait la maison. Tous les effets de Ranaivo furent soit abîmés, soit emportés. Au nombre de ceux-ci se trouvaient : deux fusils appartenant au Gouvernement; une lance, une hache, un canif et quatre clefs au maître de la maison. Les mêmes personnes ont fait également irruption dans le temple d'Ambatomitsangana au moment du service religieux et y ont causé le plus grand trouble. Enfin le nommé Rainimoria, sous prétexte qu'il avait accusé Ranaivo d'avoir voulu l'empoisonner, a été garrotté, puis amené chez M. X..., où on lui a infligé des supplices atroces : on lui a mis les fers aux pieds et lié les mains avec une corde derrière le dos ; la corde était tellement serrée qu'elle s'enfonçait dans la chair qui s'enflait à faire horreur. Après maintes réclamations de la part des fonctionnaires du Ministère des Affaires étrangères, qui voulaient la confrontation des deux accusés, M. X... ne voulut point livrer son prisonnier. Ce ne fut qu'au moment de son départ pour la France qu'il consentit à le relâcher.

« Le même jour 17 juin 1894. un jeune homme appelé Rakotomanga n'eut i)as plus tôt renfermé sur lui la porte d'une mai- S3n dans la-jiielio il entrait, que M. X... et ses compagnon

428 CHEZ LES IIOVA

s'en approchèrent. M. X... heurta la porte à coups de pied, Rakotomanga ouvrit aussitôt. Alors ils entrèrent de force, tirant Rakotomanga dehors pour le jeter sur un roc où il se blessa grièvement. On le menaça ensuite avec un revolver, mais quand ces messieurs reconnurent que Rakotomanga n'était pas Ihomme qu'ils cherchaient, ils l'abandonnèrent.

« Le 27 avril 1893, un ouvrier d'Analakely prenait des branches d'arbre pour les porter au secours d'une digue rompue. La digue n'était point dans l'emplacement qu'occupait alors M. N... Néanmoins celui-ci lança contre l'ouvrier malgache un chien de garde qui lui déchira tout le bas du dos.

« Le 13 décembre 1893, lors de la répartition des dividendes de la faillite Ducheman Janson, Ramanantsoa ne put obtenir sa part qui s'élevait à la somme de 237 piastres. Cependant, le 31 mars précédent, il avait exhibé à la Résidence générale le billet original à lui souscrit par M. Janson et constituant l'authenticité de la créance.

« Le 22 septembre 1892, dans un cas analogue, Andriamisaodray réclamait 126 piastres sur la signature de M. P'antoni. Ce titre était connu à la Résidence générale : on n'en fit pas plus de cas.

« Le 18 mai 1893, un bœuf ayant pénétré dans l'enclos de M. N..., celui-ci commença par retenir le bœuf, puis se mit en devoir d'en rechercher le propriétaire. Voyant un homme qui se tenait par hasard à la porte de l'ancienne maison de M. Cameron, et qui n'était pas du tout le propriétaire du bœuf, il lui administra des coups de pied, le terrassa, le piétina jusqu'à lui faire vomir le sang et ne l'abandonna que tout à fait évanoui. La victime, transportée d'urgence à l'hôpital de Soavinandriana, ne tarda pas à y mourir des suites de ces mauvais traitements.

« Depuis le départ de M. Le Myre de Vilers pour la France, les Français ont encaissé 16.989 piastres et 10 centièmes de

MÉMOIRE DE RAINILAIARIVOUNE 429

piastre, comme recouvrement de créancevS personnelles sur des Malgaches de Tananarive. Dans ce nombre se trouvaient des créances ne se montant pas à 6 centièmes de piastre : elles furent tout de même exigées et payées. Au contraire, aucune suite ne fut donnée, comme le prouve ce qui est dit plus haut, aux réclamations des Malgaches pour les créances, même les plus petites, dont ils étaient porteurs contre des Français et que ceux-ci avaient reconnues et confirmées par leurs signatures.

« Certains Français, notamment les agents du Comptoir national d'Escompte de Paris, ont détenu, garrotté, fait torturer illégalement des sujets malgaches, — tels Rainisoavelonoro, Andrianaivo, Rainialidaira, Rainiketamanga, Rabemanontany, Rabe, Andriamamonjy, Andriampatsa, Ratsimanjehimanana, Rafiringa, Rakotoamboa, Rainizaka, Rainidona, Ramanandray, Tsimanadino et bien d'autres qu'il serait trop long d'énumérer. 11 est aisé de concevoir qu'une telle conduite ne devait pas être tolérée par l'autorité française à l'égard de ses ressortissants. Cependant on a constaté qu'elle ne donnait aucune suite aux plaintes qui lui étaient adressées.

« Au mois de mai 1894, un Français, employé de M. Suberbie, et nommé M. Schupp, a tiré un coup de revolver sur un soldat malgache qui en est mort. On a dit plus tard, pour se justifier, que la victime avait volé de l'or ; mais les enquêtes n'ont aucunement établi le bien fondé de l'accusation.

« M. Suberbie et sa société doivent au Gouvernement malgache, conformément aux traités passés pour l'exploitation de l'or à Mevatanana, 1.370.008 piastres, plus 50 centièmes de piastre. Sur cette somme il n'a été payé qu'un acompte bien minime. Les affaires de l'exploitation ont été menées de façon à décourager les ouvriers. Les salaires étaient insullisants, même pour l'achat des nourritures journalières. On leur donnait en argent tout au plus deux fois le poids de l'or qu'ils

récoltaient ; de telle sorte que, si les ouvriers ne récoltaient que très peu d'or, ou s'ils n'en récoltaient pas du tout, on ne leur donnait rien. Mais on les faisait torturer. On les obligeait à ramper sur les coudes, et on les frappait par derrière à coups de cravache ; on les mettait à la cangue, on les garrottait, on les jetait ensuite en prison où on ne leur donnait rien à manger. Certains ouvriers qui ne méritaient aucune punition recevaient des coups de fusil et succombaient.

« Certaines conditions relatives à l'exploitation de For, bien que prévues par les traités, n'étaient point exécutées par M. Suberbie, et ce volontairement. Elles auraient pu cependant être très favorables à l'entreprise. Les initiatives capricieuses du directeur, qui n'étaient nullement prévues dans le traité, avortaient fatalement, grâce à la mauvaise administration de l'exploitation. L'exploitation des filons pour laquelle M. Suberbie m'avait promis des rendements avantageux, et où il m'a décidé à mettre 50.000 piastres, n'a point donné le résultat qu'on attendait : on peut même douter de la sincérité de cette affaire, vu la façon lente, indécise, décourageante dont elle a été mise en œuvre. C'est à tort que M. Suberbie invoque le manque de bras pour expliquer l'insuccès de ses travaux. Son excuse est inadmissible. Nous avons tout fait pour faciliter à M. Suberbie le recrutement de la main-d'œuvre; lui et ses employés blancs ne peuvent s'en prendre qu'à la façon dont ils traitaient les ouvriers malgaches. Ceux-ci ne pouvaient s'habituer à être ainsi malmenés. Les habitants des districts de l'exploitation désertaient leurs demeures. Cet état de choses a occasionné de grands désordres, a provoqué dans ces districts des attaques de brigands à main armée.

« Le 6 avril 1894, un Français, M. C..., a tiré un coup de fusil sur une Malgache nommée Isana, habitant Fort-Dauphin, et l'a tuée.

<« Le dimanche 26 août 1894, au moment où devait se celé-

MÉ.MOIKE DE RAINILAIARIVOLNE 431

hrer le service religieux du temple de Soavimalaza, trois F'rançais ont occupé ledit temple de onze heures du matin à quatre heures du soir, et ont ainsi empêché les Malgaches de se réunir pour faire leurs prières en commun.

« Je crois devoir aussi vous mettre au courant dune situation déplorable relativement à nos affaires de douanes. Vous avez été l'un de ceux qui nous ont conseillé de traiter l'affaire de l'emprunt malgache avec le Comptoir d'Escompte de Paris. Les douanes alors produisaient beaucoup. Plus tard, des propositions nous furent faites par M. X... et quelques-uns de ses amis, dans le but de se substiluer à nous pour le règlement de nos dettes envers le Comptoir et de se rembourser sur nos recettes douanières. Ces propositions n'ayant pas été agréées, de nouvelles nous furent faites par M, de Cocquiel, qui n'étaient que la reprise des premières, lés mêmes intéressés se trouvant dans la coulisse. On n'arriva pas davantage à s'entendre. Mais, à partir de ce moment-là, nous avons remarqué de notables diminutions dans les recettes de douane, tandis que le nombre des bateaux chargés en marchandises venant d'Europe croissait de plus en plus.

« Tout ce qui vient d'être dit compte au nombre des faits intolérables qui se sont passés ici. Cependant nous les avons tolérés, dans le seul but de vous prouver notre désir sincère de bonne entente entre les deux pays. Au cours de notre dernière entrevue, vous m'avez déclaré que vous aviez pour mission d'améliorer des relations devenues mauvaises : aussi ai-je cru devoir vous mettre au courant des faits. Nous nous plaisons à reconnaître que, pendant votre premier séjour ici, vous avez tout fait pour le maintien du bon accord ; vous avez même ménagé — nous nous en souvenons bien — nos plus petites susceptibilités. »

Page 1